Typographie | by Karen Cheng

Design Typographique
by Karen Cheng

je ne pouvais pas rater ce petit jeu de couleurs dans le titre de mon billet, pour la simple raison qu’il existait à l’origine dans l’édition américaine (designing with type). J’avais acheté l’édition anglo-saxonne avant que les éditions Eyrolles me demandent de commenter la traduction française de l’ouvrage. Quelques semaines ont passé et je ne pouvais non plus ignorer les nombreux commentaires qu’il a suscité sur le web.

Jean-Christophe Courte sur urbanbike parle d’une véritable méthodologie pour le dessin typographique, alors que l’ensemble des commentaires sur le typographe.com tournent autour du design de la couverture et de l’utilité ou pas d’acheter le livre. On connaissait déjà la librairie Eyrolles pour s’être spécialisé dans les manuels de logiciels aussi bien graphiques que DAO ou 3D mais il semble bien qu’avec cette traduction, cet éditeur veuille relever le débat sur nos métiers en intervenant non sur les outils mais sur leur emploi approprié ou non. A ce titre design typographique est plutôt sérieusement élaboré puisqu’il donne à voir par familles de caractères les différences et les ressemblances entre architecture de construction.

un travail de traduction remarquable

L’éditeur a fait là un travail de traduction assez formidable, et même si Julien Janiszewski sur typographe.com relève à juste titre l’emploi de «minuscules» au lieu de «bas de casses», il faut admettre que d’avoir ne serait-ce que traduit la classification des caractères anglo-saxonnes en classification Vox mérite une mention de «très sérieux ouvrage», respectueux justement des professionnels passés par le scriptorium ou l’ANRT. Au fil des pages que je vous donne à «feuilleter», l’on découvre ou vérifie les proportions, les angles d’attaques, les inclinaisons intérieurs des lettres rondes et tout ceci par un jeu de transparence et de contours très pédagos et élégants.

les signes diacritiques

Avec grande honnêteté intellectuelle Karen Cheng aborde la question des signes diacritiques… en nous expliquant (ce qu’on savait déjà) pourquoi les Américains (et non les anglais s’il vous plaît: cf.Monotype) se sont toujours «foutus» (pardon, c’est une expression chère aux Gabor’s) d’accentuer correctement leurs alphabets. Me souviens effectivement, lorsque j’étais agent pour la distribution des polices FontHaus, que les caractères de David Berlow manquaient sérieusement à la politesse européenne, mais qu’importe, la mondialisation en marche, les Américains (et l’on doit beaucoup en ce sens à Adobe et Robert Slimbach) ont fini par adopter les normes ISO et l’unicode aidant, vive l’OpenType, il semble difficile aujourd’hui de lancer sur le marché une police de lecture courante (police labeur) en oubliant les accents d’Europe de l’ouest et de l’est.

Ce livre comme le dit très justement le même Julien Janiszewski, n’est cependant rien d’autre (et c’est déjà pas mal) qu’un catalogue de formes alphabétiques, rapprochées, comparées méthodiquement. Karen enseigne à l’Université de Washington la typo. Et j’imagine très bien un atelier d’étudiants avec des Macs/PC dans tous les coins, équipés de FontLab ou encore de Fontographer, en train de s’essayer à la création d’alphabets. Rigueur, discipline sont nécessaires pour décliner les formes, rendre cohérent un alphabet complet et faciliter par la même occasion une certaine productivité dans le processus de création.

Trois réserves

Trois réserves en effet, la première c’est l’absence totale de référence à la calligraphie et à l’écriture. Karen Cheng fait l’impasse culturelle et historique sur le tracé des lettres. Il s’agit là d’une omission d’autant plus  désolante qu’elle prend pour exemple des caractères de labeur extrêmement sérieux comme le Bembo, le Fournier ou encore le New Baskerville. Pour ceux qui ont vu les Art Works d’Albert Boton ou de José Mendoza sur carte à gratter, qui les ont vu travailler à la main, à la plume et/ou au pinceau comme j’ai vu Edward Benguiat sur la 42e rue, ou Hermann Zapf à Darmstadt tracer des pleins et déliés (où plus près de moi, Paul Gabor tout simplement), pour tous les amoureux de la typo qui s’exercent depuis les cours de Vernette ou d’Aarin (Scriptorium) ou ceux de Michel Derr à tracer des formes «gestuelles» pour retrouver l’origine des courbes, et leur sensibilité, et leur personnalité, il y a là comme un lâcher prise historique qui ne fait que témoigner d’un passage de l’Homo Faber à l’Homo Virtuel.

Je ne dis pas forcément que c’est grave, mais de là à comparer ce livre à une Bible de la création typographique… c’est, comme disait mon cher Paul «tu fous ma gueule». Et j’imagine très bien Jan Tschichold dire à peu près la même chose en Allemand. Et aussi Eric Gill ou Robert Slimbach (Adobe Garamond, Warnock etc.). Mais puisque Homo Virtuel il y a, il faut bien reconnaître que le travail de Karen est très sérieux et peut servir de base pour architecturer une police. 

La deuxième remarque qui découle d’ailleurs du premier, c’est la mise en parallèle systématique et par superposition des formes semblables. Nous sommes entrés dans l’ère du typographiquement correcte. Mais sachez une chose, c’est que jamais le Times New Roman ne serait né avec ce livre pour base de travail. Parce que Stanley Morison a fait graver là un alphabet qui est loin d’être construit avec une rigueur architecturale. Il s’est employé surtout à créer un caractère qui une fois réduit au corps 8 ou 9 donnait à lire du texte avec le plus de confort possible. Et l’on pourrait sans doute dire la même chose du Garamond et du Janson et du Bembo de Griffo.

La troisième réserve qui n’est pas des moindres c’est l’absence quasi totale d’informations sur la structure des approches, des essais visuels sur la composition et les indications pour programmer les kernings (rectifs d’approches pairs). Ce faisant c’est comme si Karen Cheng laissait ses étudiant sur le bord de la route, dans une forêt sans boussole… Car enfin le but final c’est tout de même de préparer un alphabet à la composition… et de lui donner une âme. Le gris typo, c’est là tout le travail sur les approches qui font défaut dans l’ouvrage. Tant et si bien que l’on ne saurait le recommander sans l’assortir d’achats complémentaires comme le livre très pédagogique de Damien Gautier chez Pyramyd.

Voici donc quelques pages de ce livre tout de même remarquablement bien conçu, réalisé et traduit par la librairie Eyrolles sous la référence: Design Typographique | Karen Cheng | Eyrolles | EAN: 9782212117455 | 39 €

 

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Couverture originale de l’édition Américaine

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© design et typo | 6 octobre 2006

Publié dans Graphismes & Typographies, Identités | Commentaires fermés sur Typographie | by Karen Cheng

Transgressions | graphisme post moderne | une étude de Rick Poynor

(réédition d’un billet paru le 19 février 2006)

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«…Rick Poynor est aujourd’hui chroniqueur permanent pour le magazine Eye,
magazine qu’il fonda en 1990 et dont il fut rédacteur en chef pendant
sept ans. Il est aussi chroniqueur régulier pour le magazine Print à
New York. Il écrit sur le design, les médias et la culture visuelle
pour Frieze, Domus, Blueprint, ID, Metropolis, Adbusters et le
Financial Times.
Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Typography Now (1991),
Typographica (2001), Design Without Boundaries (1998) et La Loi du plus
fort édité en français aux éditions Pyramyd.

Rick Poynor donne des conférences en Europe, aux États-Unis et en
Australie ; il est, depuis cinq ans, professeur invité au Royal College
of Art».

Il a publié aux éditions Pyramyd et Laurence King Publishing un ouvrage
essentiel pour comprendre l’évolution plasticienne du graphisme au XXe
siècle.

Comme je le faisais déjà remarquer au sujet de Nam June Paik l’art contemporain ne se mesure pas à l’aune du «c’est beau» ou «c’est pas beau». Il projette le spectateur dans un entre deux et un questionnement permanent. Il provoque, il interroge et l’important, tout le monde l’aura deviné n’est pas La Réponse mais Les Réponses… innombrables, permutables. L’art contemporain est sans doute la meilleure réponse à l’accélération de l’Histoire (Engels). Cette histoire qui s’écrit dans d’innombrables et incommensurables boursouflures. Neville Brody dans son texte de New York en 2003 parle de perte de repères, mais il ne s’agit pas tant de perte que de multiplication à l’infinie. On pourraît résumer cette histoire de l’art par l’artifice qu’employa Marshall MacLuhan, sociologue et professeur de littérature comparée dans les années 60 au Canada. De l’origine de l’humanité au 16e siècle : deux dimensions. La perspective s’invente sous la Renaissance et introduit une troisème dimension, les lignes de fuites. De cette invention naquit une perception révolutionnaire qui permit à la littérature, au théatre d’évoluer, jusqu’à supposer que l’œuvre de Shakespeare n’est pas étrangère à cette invention de la perspective.

Ainsi jusqu’à l’ère de lélectricité l’art de la représentation parce qu’il n’en était pas autrement, se définit par une vision spatiale. Le XXe siècle aura connu plusieurs grandes séries de bouleversements qui causèrent sinon la mort, en tous cas une datation finale de l’art dite traditionnelle. L’électricité entraîna l’industrialisation… la mécanisation, que les deux guerres ne firent que stigmatiser, la télévision et le cinéma (sans compter la photo), le consumérisme des trente glorieuses inventèrent de nouveaux formats d’expression projetés simultanément sur toute la planète (village globale), la fin de la typographie plomb remplacée par les technologies issues de la lumière (photocomposition-composition froide) mirent un terme à des siècles de graphisme gutenbergien enterré définitvement par l’avènement des langages postscript et html et des logiciels d’images et de mise en page permettant une exploration en profondeur dans l’image et la page. Ainsi naquit ce qu’on appela le post-modernisme, résultat de milliers d’années d’évolutions techniques et de notre perception qui en découle.

Le graphisme moderne, terriblement proche de l’art contemporain explore les limites et l’au-delà des possibles de la représentation. Il est provocateur bien entendu (et on y reviendra avec la sortie récente d’un ouvrage [2 kilo] de Kesselskramer), et se fonde comme un système de la rupture. C’est ce système que l’ouvrage de Rick Poynor que je présente ici tente de décrire et d’expliquer.

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Jeffery Keedy. Emigre Type Specimen Series (2002).

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Doublespace. Fetish, n°2, couverture de magazine et double page, USA (1980).

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William Longhausser. The Language of Michael Graves, affiche d’exposition (USA-1983)

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Cliff Roman. The Weirdos are Loose, affiche de concert (USA-1977).

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Franck Edie. Affiche de concert (USA-1978).

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Tom van den Haspel, Hard Werken. Affiche de festival de film (Hollande-1981)

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Étudiants à la Cranbrook Academy of Art (USA-1978)

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Allen Hori. Typography as Discourse, American Institute of Graphic Arts (USA-1989)

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Rudy VanderLans. Emigre n°5, double page de magazine (USA-1986)

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John Hersey. Pacific Wave, couverture de catalogue (Italie-1987).

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Neville Brody et Jon Wozencroft, The Guardian (GB-1988)

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Où l’on s’aperçoit que plus que jamais le signe participe à ce système de la rupture. Il est omni-présent, typo-graphique, calligraphique, manuaire ou taggé, l’alphabet trituré, cassé, déconstruit et altéré vient nous rappeler en permanence qu’il est essentiel à tout système de communication. Les révolutionnaires DaDa l’avaient tout aussi bien compris qui firent du signe typographique le terrain de prédiléction de leur expérimentation.

Non seulement Rick Poynor nous fait partager dans ce magnifique ouvrage sa passion pour l’art contemporain mais nous propose un découpage pédagogique de cette évolution dans un sommaire ultra-simplissime : [Origines], [Déconstruction], [Appropriation], [Techno], [Profession auteur], [Opposition] qui rend compte compte avec intelligence et sensibilité d’une culture en marche et en mutation constante. Editions Pyramyd (2003). Un ouvrage que nous devrions tous laisser trainer à coté de nos tables de travail. Disponibilité, dans toutes les bonnes librairies d’arts graphiques et ici.

Un bref résumé de ce qu’est le mouvement DaDa

Autres articles concernant le DaDa sur Design et Typo:

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Angá Díaz | Photos Noir et Blanc vs Couleur

Ange Díaz n’est plus!

Et voilà, une fois de plus je découvre à l’occasion d’un reportage un musicien que je ne connaissais absolument pas. Hier soir, oui dimanche, le New Morning a ouvert ses portes à l’une de ses soirées les plus mythiques en hommage à Anga Díaz, qui vient de s’éteindre à l’âge de 45 ans à Barcelone. D’autres pourraient beaucoup mieux vous en parler. Non que je n’aime pas le jazz, la percu ou la musique en général, au contraire. Mais j’ai trop honte de ne pas avoir connu de son vivant cet homme exceptionnel. Artisan modeste, artiste à part entière, culture classique et carrière fulgurante. Sur le blog de Samizdjazz, vous trouverez un premier billet des plus émouvants, avec un lien-video pour aller voir jouer Anga dans une formation avec Magic Malik. C’est apparemment CitizenJazz qui a annoncé la mauvaise nouvelle en premier suivi de peu par RFI et France CultureBatteur On-Line, et Wikipedia en parlent également en des termes plus qu’élogieux. Le maître des cérémonies hier soir n’était ni plus ni moins que l’inénarrable Rémy Kolpa Kopoul de Radio Nova. Est-il besoin de présenter ce personnage incontournable des scènes world et jazz parisiens qui égrène au fil de ses contributions une passion pour la musique latine et plus spécialement depuis quelques années pour la musique afro-brésilienne. Et…

…vous qui êtes parmi mes fidèles lecteurs, et qui, à juste titre vous demandez parfois, mais qu’est ce qu’il nous em…bête avec ses photos de scène… nous on vient pour voir de la typo, du graphisme, du design… je vous répondrais qu’après tout ce lieu n’est qu’un blog. Je vous épargne déjà mes états d’âme perso, mes opinions politiques, mes colères quotidiennes contre les bruits des sirènes de police ou des klaxons d’embouteillage sous mes fenêtres ;-). Je me suis juste découvert une passion pour la photo de scène il y a environ cinq ans et c’est plus fort que moi. Je vous rassure, je n’en vis pas et c’est donc un exercice de style totalement «bénévole» qui me donne la joie de pouvoir capter des émotions et des énergies insoupçonnables. Un entraînement aussi parce que les conditions de prise de vue lors d’un concert sont proches de celles d’une épreuve sportive pour ne pas dire de temps à autre d’un champ de bataille, tant les mouvements de foule sont irrationnels et parfois d’une violence rare (cf. mes photos de la Bastille pour Brésil-Brésils).

Alors le New Morning, parlons-en :

Newmorninghomepage

Au passage j’adore le logo de cette salle. Les dents de scie sur le «N» ne sont pas sans rappeler les frises d’Amérique Centrale ou même de certains masques africains, témoignant ainsi des choix de la programmation de ce lieu qui a fêté voici peu sa jeune vingtaine. Peut-être que j’aurais rapproché les lettres un peu plus pour donner encore plus de puissance à l’écriture du logo… passons. Le site n’est pas trop mal fait même s’il manque un peu de cohérance et d’interactivité. Seul vrai repproche, il n’est pas mis à jour quotidiennement, ce qui fait que lorsqu’un concert est annulé vous l’apprenez mieux sur le portail de la Fnac que directement à la source. Re-passons…

Hier soir il y avait la foule des grands soirs, les quotas de sécurité avaient explosé, plus de cinq cent invités et passionnés qui se pressaient à la petite porte métallique. A l’intérieur, un véritable hammam. Suis arrivé trop tard pour voir Omar Sosa, et suis parti avant la fin… heureux, mais sans regret, tant les conditions pour la photo étaient difficiles… J’ai pu tout de même voir jouer quelques-uns des Childo Thomas, Dee Nasty, Baba Sissoko, Puntilla, Stéphane et Lionel Belmondo… Une qualité de son cubain et jazzistique rarement atteinte.

Pour revenir à la photo, une fois de plus je m’interroge… je balance régulièrement entre le noir et blanc et la couleur. S’il ne tenait qu’à moi, je ne ferais plus que du noir et blanc. Voici quelques exemples (que je commenterai ensuite) :

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D’abord un peu de technique: appareil D200, objectif 80/200 2,8ƒ, exceptionnellement flash SB800 (orientation indirecte avec diffuseur) tant les conditions d’éclairage étaient mauvaises hier soir. ISO100 pour diminuer au maximum le grain (pixel je sais ;-). Réglages en mode manuel entre 5 et 8 de diaph). Prise de vue en RAW).

Bien que le D200 soit muni d’un mode N et B, je l’utilise toujours en process couleur, ce qui me permet de faire d’abord un équilibrage des chromies. C’est seulement après que je passe en mode Noir et Blanc (dans Photoshop) pour ensuite repasser en mode RVB. C’est un moment crucial. Car dans 90% des cas on doit refaire une prise des noirs pour approfondir les ombres et le modelé. Sauvegarde en tif des photos retouchés (tout en gardant les RAW sélectionnés).

Lorsque je «vais à l’impression», c’est à dire que je prépare mes photos pour le pre-press, je fais mes séparations avec photoshop avec un réglage perso qui me donne une «couche» de noir faible.

Courbecmjn

Précision suite à un email que j’ai reçu, cette courbe de séparation n’est évidemment valable que pour une impression sur un papier couché moderne et en trame 175. Ce qui représente tout de même 80% des cas que je traite pour mes clients. Bien entendu s’il fallait «préparer» une quadri pour un papier journal ou les pages jaunes, la courbe devrait tenir compte du papier (engraissement des points) ainsi que de la linéature plus faible (entre 75 et 133). La chaîne graphique ne souffre pas d’à peu près… mais les imprimeurs donnent dans ce cas et volontiers les paramètres nécessaires à la préparation des fichiers d’impression.

Une fois la séparation validée, là encore il faut vérifier les contrastes. Bien que mes photos soient hyper équilibrées (je fais la chasse en permanence aux couleurs non imprimables), il faut là encore refaire une prise de noir, le cmjn ayant tendance à aplatir les écarts de densités. Ces techniques je les apprises il y a fort longtemps ;-) en photogravure tradi… où l’on savait déjà parfaitement qu’une séparation (CMJN) n’était jamais qu’une interprétation d’un ekta (RVB) . Bien des chromistes étaient à cet époque des artistes refoulés ;-)

J’en reviens donc à mon interrogation première. Pourquoi je préfère le Noir et Blanc:

La plupart du temps je cherche à exprimer les émotions, l’intensité d’une énergie, la concentration des interprètes, la couleur me perturbe parce qu’elle anecdotise la photo. Le noir et blanc permet d’en dégager l’essentiel. La couleur joue un rôle paradoxal (et je parle de photos de reportage et non de mode ou de pub), elle banalise, factualise (barbarisme), et au lieu de traduire toute la poésie de la scène elle nous envoie un message d’une pauvreté déplorable…: voici ce qui était… comme si vous y étiez. Mais justement elle ne vous laisse aucune place à votre propre imaginaire, elle remplit toutes interstices de votre mémoire visuelle, ne faisant que rajouter une image de plus et encore et encore une de plus. Je ne me permettrai jamais de comparer la qualité de mon travail à celui d’un Salgado que j’admire profondément, ou d’un Capa qui photographiait le débarquement ni encore à celui d’un James Natchwey photographe humaniste s’il en était…

Mais l’on voit bien dans leur démarche la nécessité de figer l’essentiel. Et non l’anecdotique. La guerre, toute guerre est tragique. La couleur vous la rend supportable. Mais je divague. Une scène de jazz n’est pas un front de combats. Et pourtant, et pourtant, il s’agit bien d’artistes qui se battent contre eux-même, contre leur trac, leur fragilité, le débordement de leurs émotions. Et la couleur de la peau de Stéphane ou Lionel Belmondo, on s’en foût… ce qui m’importe c’est juste de capter l’intensité de leur jeu. Un jour Robert Doisneau me disait: si ton cadrage est bon… ta photo est bonne. Oui une bonne photo doit supporter le noir et blanc… et là on ne peut pas tricher avec les artifices d’un éclairage de scène, où le rouge, le violet, le vert viennent encenser l’artiste, comme si, comme si une lumière blanche eut été trop pauvre…

J’ai vu pas mal de scènes dans ma vie, et parmi les plus beaux éclairages je n’en retiendrai que quelques salles, comme le Divan du Monde, ou le Théatre des Champs Élysées, ou encore cette petite scène du centre culturel d’Enghien les Bains ou j’ai eu le plaisir de photographier la Familia MirandaLe Triton aussi, pas mal… Las Malenas, un très beau souvenir (et de musique et d’éclairage)… Bref je pourrais gloser ainsi encore pendant des heures sur la question et je préfère vous laisser la parole. Je suis sûr que vous avez vos opinions sur la question.

Et puis il y a la réalité. Les lecteurs de magazines ou de journaux veulent voir la vie, la vraie, en couleur. Alors de temps en temps je sacrifie à cette attente et je laisse mes photos dans leur état colorés. La mort dans l’âme ;-)

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Galerie des photos de la soirée New-Morning consacré à Anga Díaz… en couleur ;-)

Biographie d’Anga Díaz :

Miguel ‘Angá’ Díaz
Biographie (envoyée par Claire Hénault de Planète Aurora)
merci Claire.

Congas, percussions, compositeur, arrangeur

Angá Diaz est le nom artistique de Miguel Aurelio Diaz, né en 1961 à San Juan y Martinez dans la province de Pinar del Rio, à Cuba, région connue pour sa tradition rumbera. Né dans une atmosphère musicale, d’une mère clarinettiste et d’un père saxophoniste – dont il tient son surnom – , ‘Angá’ commence à jouer très jeune. À 10 ans, il obtient une bourse pour intégrer l’Ecole Nationale des Arts de Pinar del Rio, où il démarre sa formation académique à la percussion.

En 1975, alors âgé de 14 ans, il part pour étudier la percussion classique à l’Ecole Nationale d’Arts de La Havane (ENA). Là, au premier jour de son arrivée, il rejoint le groupe Treceto, avec lequel il se produira sur scène tout au long de ses études. En parallèle, Angá travaille régulièrement sur les bandes son de film cinéma et télé, composées par le pianiste José Maria Vitier. C’est là qu’il commence à jouer avec son héros, le maître de conga Tata Guïnes et le batteur Guillermo Barretto.

En 1978, le groupe Treceto est reformé sous le nom de Bus Trece (Opus 13). Angá qui vient de finir le collège, entame sa carrière professionnelle avec le groupe, avec lequel Ii passera 9 ans.

C’est en 1987 qu’il rejoint le groupe Irakéré, dirigé par le pianiste Chucho Valdès.Irakéré a été le pionnier du latin jazz à Cuba et leur influence reste immense. C’est là que Angá perfectionne son jeu aux 5 congas et qu’il se voit offrir l’occasion de tourner dans les plus grands festivals internationaux, d’y travailler avec des artistes comme Al di Meola, Chick Corea ou Billy Cobham.

Il restera 7 ans avec Irakéré avant de se lancer dans sa carrière solo. En 1994, il enregistre avec Tata Guïnes ‘Pasaporte’, qui gagnera à Cuba le prix EGREM (équivalent d’un Grammy), en tant qu’album de l’année 1995.

Il part alors donner des cours, notamment à l’université de Stamford en Californie et de Banff au Canada. C’est en 1995 qu’il s’établit à Paris, partageant son temps entre Cuba et la France.
C’est aussi à cette période qu’il commence à travailler avec Steve Coleman.

En 1996, il rejoint le groupe de Roy Hargrove en tournée et pour l’enregistrement de l’album ‘Havana’ (vainqueur d’un Grammy) lors du Festival International de Jazz de La Havane. La même année il enregistre ‘A toda Cuba le gusta’ Afro Cuban All Stars, mené par Juan de Marcos Gonzalez, à l’origine de l’explosion de la musique cubaine à la fin des années 90. Cet album réunissait déjà les meilleurs musiciens, toutes générations confondues.

En 1997, il enregistre ‘Opening of the way’ avec Steve Coleman, puis part l’année suivante avec lui en tournée au Sénégal et en Inde, ce qui lui permet de jouer et enregistrer avec les musiciens locaux.
En 1999, il enregistre ‘Dinstincto Diferente’ avec Afro Cuban All Stars, ainsi que l’album ‘The Sonic records Language of Myth’ avec Steve Coleman & Five Elements.

Parallèlement, il produit une vidéo de cours ‘Angá mania’ (sélectionnée comme vidéo de l’année 2000 par le magazine Drum). En 2000, il enregistre ‘A lo Cubano’, du groupe Orishas, ainsi que l’album ‘Chanchullo’ avec Ruben Gonzalez (nommé aux Grammy) et suit le pianiste en tournée.

En 2001, c’est avec le génial contrebassiste Cachaito Lopez qu’il enregistre ‘Cachaito’, sélectionné partout comme album de l’année. 2003 : Angá s’établit cette fois à Barcelone. Et travaille dans la foulée pour ‘Buenos Hermanos’ d’Ibrahim Ferrer (objet d’un Grammy Award et d’un Latin Grammy award), ainsi que pour ‘Mambo Sinuendo’ avec Ry Cooder & Manuel Galban (Grammy Award), puis en 2004 pour ‘Flor de Amor’ d’Omara Portuondo (nommée pour les Grammy 2005) et enfin pour ‘Buena Vista Social Club présente…Guajiro Mirabal’.

Depuis 2004 il tourne régulièrement avec Omar Sosa, en tant que soliste invité.
Enfin, 2005 est l’année de son couronnement, avec la réalisation de son premier album solo, ‘Echu Mingua’, chez World Circuit.

Et je voudrais aussi spécialement remercier Rémy Kolpa Kopul (RKK) pour m’avoir envoyé un mail plein d’émotion et de m’avoir aidé à légender les photos. (je ferai un addedum bientôt). 

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Garamond vs Garamond | physiologie d’un caractère typographique

Re-édition d’une note publié la première fois le 3 février 2006.

En attendant un nouveau billet (suis en plein bouclage d’un magazine ;-) que je prépare pour lundi prochain, je vous invite à revisiter cette note. Et surtout n’hésitez pas à me laisser vos commentaires…

Avertissement: an English translation of this chronicle is available here . Thanks for his author : Barney Carroll

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Combien de fois a-t-on entendu cette exclamation: «que c’est beau un Garamond!»… Oui sans aucun doute, il est beau ce caractère, bien que j’abhorre user de cette expression. En l’occurrence on peut dire d’une voiture qu’elle est belle, et puis on se pose ensuite la question du pourquoi. Bien sûr la réponse est sans doute dans la manière d’aborder la création typographique. Il y a celle, dessinée patiemment à la main (handtooled), qui donne aux lettres cet aspect artisanal qui fleure bon le terroir et les meubles de campagne, et puis la création moderne, beaucoup plus conceptuelle, en rupture tel l’art contemporain avec des siècles de tradition et d’idées reçues. Ce qui ne veut pas dire non plus qu’ils ne sont pas beaux. Mais leur objectif n’est plus de l’être tout simplement, mais d’interpeller, voire de choquer. Et je pense en particulier aux caractères de Zuzana Licko qui inventant, au moment où ce n’était pas possible de faire autrement, les caractères Bitmap sur Macintosh au milieu des années 80, fait faire un bond en arrière ou en avant à la création des lettres. En avant si l’on considère l’expression moderne d’une nouvelle ère de la télématique, du digital, du numérique, en arrière si l’on considère le travail accompli par les centaines de créateurs de formes alphabétiques qui œuvrent depuis des siècles à améliorer l’écriture et sa lisibilité. Deux écoles donc, deux manières d’aborder la critique typographique et je ne saurais en choisir un au détriment de l’autre, tant il est indispensable de faire cohabiter créativité, novation aux cotés de la promotion des traditions ancestrales.

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Les Garamond de la famille des Garaldes, par opposition à Humanes et Réales datent du 16e siècle. En rupture avec le dessin des Humanes. Celles-ci sont finalement l’œuvre de dessinateurs qui à l’aide du Pantographe reportaient sur les poinçons un tracé finement exécuté au contraire des caractères Humanes qui pouvaient être encore l’œuvre de scriptoriums, tracés à la plume sur du velin. Au vingtième siècle nous nous sommes retrouvés grâce à la volonté de fondeurs audacieux et plus tard aux courbes de Béziers avec environ 5-6 déclinaisons de l’original dessiné par Claude Garamond.

Le Garamond de Francesco Simoncini (Simoncini foundry, Bologna, 1958), puis celui de la fonderie Stempel devenu plus tard Linotype, dessiné en 1924 à Frankfurt, le Garamond de la fonderie Monotype dessiné en 1922 par Fritz Max Steltzer à Salfords, et plus récemment donc grâce à l’avènement du Postscript et des courbes de Béziers, celui d’Adobe, dessiné par Robert Slimbach à San Francisco en 1988, précédé du très élégant Garamond de Tony Stan en 1970 dessiné pour International Typeface Corp à New York en 1970. Berthold aussi, qui a repris un dessin proche du Garamond de Deberny et Peignot a commis un dessin qui serait parmi les plus proches de l’original dont les poinçons sont actuellement rangés soigneusement dans le cabinet des poinçons fermé désormais à la visite du public (imprimerie nationale). Voici les différents tracés de la lettre G du Garamond où l’on voit qu’il s’agit de modèles totalement différents, où les courbes ne se superposent pas et donc je vais m’efforcer de vous donner les clefs d’une analyse pour que vos yeux s’habituent à comparer ces caractères, grille de lecture qui peut vous servir pour en comparer d’autres également.

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Voici quelques lignes composés avec ces différents modèles de Garamond (cliquez sur les images pour les voir à la taille de lecture optimale à l’écran):

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Et encore:

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cliquez sur les images pour les voir à la taille de lecture optimale à l’écran.

Voyons dans le détail les différences entre toutes ces formes alphabétiques:

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J’ai posé un rond gris sur les points où votre regard doit se porter pour vous permettre d’analyser les différences de conception. La forme des empattements plutôt carré avec des angles vives s’approchent de celles de l’original. La goutte du <a>, de l’attaque virtuelle de la plume (car nous ne sommes plus dans le tracé calligraphique, bien au contraire, mais dans le dessin à proprement parler. Cependant Simoncini attaque encore le <a> comme s’il tenait un calamme ou une plume calligraphique, d’où un aplatissement dans cette partie du <a>. Dans l’ensemble le Simoncini à la fois souple et traditionnel est assez proche de celui du Garamond de Claude G.

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Même chose pour celui dessiné par Robert Slimbach pour Adobe. Sauf pour les angles des empattements qui sont émoussés, arrondis comme si on voulait reproduire la foulure du plomb dans le papier après de multiples usages. C’est d’ailleurs une démarche très proche des Éditions Gallimard, qui en 1985 s’étaient adressé à une société française Microtype pour digitaliser (entendez vectoriser) un Garamond usagé (imprimé déjà avec des lettres usées) pour leur permettre de composer la collection de la Pléiade avec du Garamond sur des systèmes de photocomposition digitale. Modernité des process associé à un neotraditionalisme que Claude Garamond lui-même aurait sans doute dénoncé comme une hérésie s’il avait été un contemporain.

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Le Garamond de la Monotype est résolument différent, cliquez ci-dessus pour agrandir la vue. Les empattements sont dessinés de manière presque malhabile, différents selon la lettre, et même différents au sein de la même lettre (le H cap est révélateur, mais aussi le m bas de casse). Les formes arrondis sont franchement d’une facture dessinée et non tracée à la plume, la goutte du <a> quasiment filiforme, et le ventre de la même lettre très réduit en rapport de la partie supérieure, semble tomber littéralement. très intéressant aussi les contrastes entre pleins et déliés. Relativement peu marqués. Nous sommes en présence d’un caractère Garalde par sa filiation mais quant à se réclamer du Garamond, il y a un pas. Je vous laisse le loisir de le franchir. Pour ma part j’ai souvent eu le sentiment que la dénomination des caractères avait un rapport avec le marketing et pas seulement avec la forme. Il est certes plus facile de vendre un Garamond ou un Times, qu’un Janson ou un Goudy. Surtout sur le marché Français. Mais je vous parle d’une époque où l’on achetait des polices de caractères (une police = un kilo de caractères en plomb dans un style et un corps donné. L’assortiment des lettres étant codifié par les règles linguistiques de la fréquence des lettres dans chaque langue).

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Le Garamond ITC de Tony Stan dessiné en 1970 est remarquable par l’équilibre des pleins et déliés, par la régularité des empattements, légèrement arrondis de même qu’incurvés dans leur partie horizontales. L’œil des lettres, bien ouvertes, l’équilibre des proportions entre la ligne de lecture et la ligne de base. l’harmonie donnée par les arrondis réguliers font de cette typo un excellent caractère de titrage qu’Apple avait bien compris puisque c’est celui retenu pour la comm. de la firme de Steve Jobs. Quant à l’utiliser en corps de texte (8,9,10,11,12) il présente les défauts de ses qualités. Trop régulier, trop géométrique, il supporte mal une lecture longue, celle d’un roman par exemple. D’autant qu’il chasse pas mal également (c’est celui qui chasse le plus dans les exemples montrés ci-dessus. On préférera utiliser un Garamond de Stempel pour composer un livre ou des brochures où l’encombrement typographique commence à intervenir dans le process économique de l’édition.

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Le Garamond de Berthold, mise à part l’angle d’attaque des <a> ou des <m> (4,10), correspond le mieux à l’esprit de celui dessiné au 16e siècle. Il est moderne-ancien par les formes carrés et traditionnelles, par la tenue d’une plume virtuelle dans le dessin. Légèrement médium ou demi-gras, le régular correspond le mieux de même à l’esprit d’un caractère plomb qui «foule» le papier, au contraire de celui d’ITC, résolument maigre et presque trop délicat.

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Si j’étais épris de tradition, j’aurais une vraie préférence pour le Garamond de Stempel, qui a mon sens est plus une Humane-Garalde qu’une Garalde pure. À cause du <a> bdc (6, 10), très gothique. Mais l’équilibre des pleins et déliés, le léger arrondi des empattements, ainsi que l’harmonie entre longueur des patins et largeur des lettres confèrent à cet alphabet un air d’authentique alphabet de la renaissance post-gothique. La seule chose que je pourrais lui reprocher c’est qu’il chasse aussi pas mal et donc difficile à utiliser en édition courante.

Sur l’illustration ci-dessous, l’on peut voir de très grandes variations entre les dessins des uns et autres. La fourchette sup. et inf. des capitales ainsi que celle des bas de casses montre à l’évidence des stratégies de design sensiblement différentes.
Sous entendu: tous ces dessins sont issus du même corps. La Cap du H de Berthold occupe toute la partie supérieure du talus, alors que celle d’ITC est presque 17% moins haut. Cela en dit long sur toute la stratégie d’Aaron Burns et Herb Lubalin durant leur exercice à la tête d’ITC. Réduire l’encombrement des textes, leitmotiv qu’ils ont appliqué à toute la production d’ITC durant une vingtaine d’années. Mais alors, pourquoi leur Garamond chasse-t-il plus que celui de Berthold. C’est là le mystère de la création de caractères. Il ne suffit pas de baisser un dessin sur le talus (aujourd’hui virtuel grâce aux dessins vectoriels), pour qu’automatiquement un caractère chasse moins. C’est tout l’équilibre de l’alphabet qui contribue à déterminer l’économie spatiale d’un caractère: hauteur des caps, hauteur de l’œil de la bas de casse, largeur (chasse) des lettres, et aussi bien sûr les approches que l’on va programmer sur son ordinateur. C’est bien parmi les problèmes que l’on pose au créateur dans un cahier de charges pour un dessin de caractère destiné à un journal qui veut relifter sa mise en page.

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Un dernier regard s’impose à nous lorsqu’on veut vraiment entrer dans l’anatomie d’un caractère. Regardez les planches suivantes (en cliquant dessus pour profiter pleinement de la taille réelle).

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Où l’on voit deux choses:
1| Les dessins sont bien différents en hauteur à l’intérieur de l’espace verticale du talus (le talus c’est la partie supérieure d’une lettre plomb, sur laquelle on trouve la lettre en relief; la hauteur d’un talus est égale au corps de la lettre. Ainsi lorsque vous utilisez un Arial c.12 cela ne veut pas dire du tout que la hauteur de la lettre est égal à douze points. Celle-ci est égale environ à 66% de la hauteur du corps, ainsi un corps douze nous donne des capitales hauts d’environ 8 points). Le talus doit comprendre aussi bien les Capitales, que les lettres montantes <b, d, f, h, l, t> qui quelquefois (futura par ex.) sont plus hautes que les caps., mais aussi les descendantes <g, j, p,q, y>.

2| Les axes des contreformes ont des angles très différentes selon les dessins: ceux du Simoncini et du Berthold, sont les plus penchés en arrière (ceux qui par effet d’optique nous font pencher la forme vers l’avant). Le Garamond d’ITC et de la Monotype ont les contreformes les moins inclinées, qui confèrent à l’alphabet un aspect plus statique. Cela peut jouer sur la rapidité d’une lecture où l’œil cherche à fuir en avant le plus vite possible (lecture rapide).

Que l’on crée un alphabet ou un logotype on se posera toujours ces questions pour comparer, analyser, décrypter les formes alphabétiques. Cela permet de choisir ou dessiner la bonne forme pour le bon usage.

Et pour le fun, je suis revenu sur le sujet en février 2007, en publiant une note où je mets en perspective des formes du Garamond avec les différences d’interprétation d’une pièce musicale de Jean-Sébastien Bach. À écouter ici.

Avertissement: an English translation of this chronicle is available here. Thanks for his author : http://barneycarroll.com/garamond.htm
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Dee Dee Bridgewater explore ses racines africaines | photos

Le nouveau projet de notre grande dame du Jazz …un projet de coeur. Dans cette aventure et ce retour aux "sources des tambours", Dee Dee BRIDGEWATER explore ses racines africaines et souhaite que la musique traditionnelle Malienne se marie aux jazz instrumental et vocal. Elle nous livre son nouveau concept, son rêve, inspiré directement des syncopes d’Horace SILVER et de sa rencontre avec Cheick Tidiane Seick, musicien phare de la musique malienne. (New Morning le 18,19,20 septembre à 20h)

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Chaque fois que je me prépare à prendre en photo une artiste, un trac, une fébrilité me saisissent. Mon estomac se retourne et je deviens maniaque ne cessant de vérifier les objectifs, les réglages, le rangement des cartes flash et des batteries, comme si je craignais de rater le moment crucial, le seul instant où l’artiste va délivrer cet instant magique d’émotion que je traque à chacun de mes reportages. Et puis lorsque les lumières s’éteignent, que «la poursuite» s’allume sur l’artiste qui entre en scène tout redevient serein. Mes gestes cent fois répétés, s’enchaînent, je déclenche de moins en moins, attendant, pressentant ces instants de sorcellerie qui illuminent la scène et les âmes des spectateurs. J’aime la photo pour ce qu’elle représente de risque, le meilleur ou le pire. Et puis arrive le travail chez soi, tranquille, sur les fichiers raws où il s’agit encore et encore de retrouver les couleurs les plus naturelles voire supprimer les couleurs pour ne laisser la place qu’à l’émotion et à la joie de l’artiste qu’une couleur vive pourrait brouiller. Réglage des densités, harmonies des contrastes, déboucher parfois le blanc d’une pupille pour redonner vie au regard intense de la chanteuse. J’ai passé une quinzaine d’années penché sur les cuvettes de développement, ou sous les agrandisseurs Durst à faire du masking avec mes mains en forme de cornet de glace. Puis je retrouve avec photoshop les mêmes possibilités surmultipliées. Mais toujours présent à l’esprit: que ferais-je de ce néga, sur quel papier je le tirerai, avec quel filtre, etc. Attaquer le travail numérique sans aucune culture argentique représente un danger immense pour ceux qui veulent obtenir le maximum de leurs images.

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Typographie sur Design et Typo | rappel des galeries

Il faut parfois savoir ralentir et regarder dans le rétroviseur. C’est ce que je vous propose en publiant dans cette note le sommaire de toutes les galeries que j’ai déjà publié pour accompagner mes billets et analyses.

Au commencement de la rupture, il y eut les années 20

La Galerie du Graphisme Russe des années 20 qui accompagne ce billet est ici

Russieannees20

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EnVille | design réussie d’un urban magazine gratuit

La Galerie qui accompagne ce billet est ici

Enville

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Figaro | une design-analyse

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Lefigaro

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L’utopie graphique selon Hermann Zapf

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Neville Brody | dans l’oeil du cyclone

L’ère typo-plasticienne

L’ère typo-plasticienne (suite et fin)

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Nevillebrody

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Herb Lubalin: Hommage (tribute)

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Lubalin

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David Carson | le graphic design sur la crête des vagues

 

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Davidcarson

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Paul Gabor | graphiste à Budapest & Paris | 1913-1992

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armin hofmann | l’école de bâle

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Arminhofmann

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Franco Maria Ricci | Top Symbols & trademarks of the world | suite #2

Logotypes Histoire (1) | Franco Maria Ricci | Top Symbols & trademarks of the world

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Toplogos

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Rencontre avec Kesselskramer (2 kilo)

Suite de l’article sur le site d’étapes ici!

La Galerie qui accompagne ce billet est ici

Kesselskramer

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pédagogie graphique à Bâle dans les années 50-60

La Galerie qui accompagne ce billet est ici

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Westvaco | cahier de style | graphisme

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Westvaco
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Takenobu Igarashi | Space Graphics | une œuvre majeure

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Igarashi

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Lou Dorfsman | le design global triomphe à la CBS

La Galerie qui accompagne ce billet est ici

Loudorfsman

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Et pour vous montrer un
catalogue d’un autre temps voici ci dessous  un lien (en cliquant sur
l’image) qui vous amène visiter le catalogue de Photolettering, mise à jour de 1971, qui contenait déjà plusieurs milliers de fontes. Toutes dessinées à l’époque à la main.

Photolettering

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La Typographie selon Edward M. Gottschall

dans la rubrique Histoire des Arts Graphiques | littératures comparées.

La Galerie qui accompagne ce billet est ici

Gottschall

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et évidemment il y a des dizaines d’autres articles que vous retrouvez dans la colonne des rubriques à droite (sous Firefox ou Safari)

Mais je vais vous donner une astuce pour chercher un élément précis sur mon blog (ça marche avec tous les sites d’ailleurs):

vous allez sur Google
et vous tapez un mot ou plusieurs (suivi de) site:https://blog.typogabor.com
par exemple : typographie site:https://blog.typogabor.com
ou bien alphabet site:https://blog.typogabor.com
ou encore : mise en page site:https://blog.typogabor.com

et pour trouver les fonderies : fonderie site:https://blog.typogabor.com

Une technique de recherche locale sympathique et efficace ;-)

 

Publié dans Graphismes & Typographies, Identités | Commentaires fermés sur Typographie sur Design et Typo | rappel des galeries

La Typographie selon Edward M. Gottschall | suite et fin

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notes précédentes :

La Typographie selon Edward M. Gottschall | intro

Les Peintres et les Lettres | préface d’Alain Korkos à Typographic Communications Today

Graphic Design 20th Century | typographie approximative

Typographic Communications Today (1) | Le Wlassikoff

Typographic Communications Today (2) | du plomb au numérique

Typographic Communications Today (3) | Edward M.Gottschall

Typographic Communications Today (4) | Edward M.Gottschall

Typographic Communications Today (5) | Edward M.Gottschall

Typographic Communications Today (6) | Edward M.Gottschall

Typographic Communications Today (7) | Edward M.Gottschall

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Voici les dernières pages de cet ouvrage majeure de Edward M.Gottschall. J’ai sauté depuis le début de ces publications un certain nombre de pages que vous retrouverez dans une galerie complète (adresse à la fin de cet article). A la fois pour des raisons d’économie d’espace sur le blog, mais aussi parce que dans la galerie les images sont traités à une taille légèrement supérieure et donc infiniment plus spectaculaire. Je ne saurais que trop vous recommander d’aller y jeter un coup d’œil.

Je profite aussi de cette dernière note pour vous inviter à me poser des questions ou me demander des précisions sur des légendes et origines qui pourraient manquer tout au long de ces huit articles. Pour être précis, il suffit de m’indiquer le nom du fichier qui comprend un numéro d’ordre, facile ainsi de retrouver l’image en question ;-)

Je voudrais aussi apporter ici les quelques critiques mineures sur cet ouvrage (en fin d’article) qu’il ne manque pas de susciter. Et ce dans le souci d’une objectivité puisque je n’ai pas hésité à comparer le travail d’historien de Gottschall à celui de Jean-Luc Dussong et de Michel Wlassikoff. (cf en fin d’article)


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Nous sommes là toujours dans le chapître XIII: Many Faces of Typography Today

Gottschall voyage dans tous les pays et y collecte les travaux «locaux» ce qui lui permet de construire un panorama international des styles graphiques. Ici Hong Kong (Henry Steiner), l’Iran (Morteza Momayez), Israël (Dan Reisinger), Brésil (Oswaldo Miranda).

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Les travaux de Miran pour le magazine Raposa (Bresil) où l’on voit les influences de Lubalin puisque cet artiste a créé un studio en joint venture avec Herb Lubalin. 

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Yusaku Kamekura (Japon) Ces travaux ici s’échelonnent entre 1954 et 1983

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à gauche Kabuki No Hakken, à droite une affiche de Morisawa photo typeset par Ikko Tanaka (idem pour l’affiche ci-dessous 1972).

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1958, Ikko Tanaka, influencé par la Neue Graphik qui s’épanouissait en Suisse. Affiche pour The Fifth Sankei Kanse Noh.

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Kazumasa Nagai dans les années 80.

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Pentagram, John McConnell, 1985

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Posters designé par Mervyn Kurlansky partenaire de Pentagram (1972-1980)

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deux affiches pour les transports Londonien par Tom Eckersley

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Affiche et couverture de catalogue, Ernst Roch, 1977

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Saul Bass pour l’affiche du film Exodus.

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Saul Bass pour l’affiche du film d’Otto Preminger, Anatomy of a Murder (à gauche)

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Tout de même, quelques travaux de Herb Lubalin. Mais on voit tout au long de l’ouvrage de Gottschall la parcimonie avec laquelle il distille l’œuvre de Lubalin voulant surtout éviter de succomber à la fascination que celui-ci exerçait sur toute son «équipe».

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Lubalin toujours pour Upper & Lower Case

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Dans une harmonie parfaite entre les roues d’un vélo et le Futura Light, une illustration pour le magazine Woman’s Day par Gene Federico.

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Gene Federico (1980’s)

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Robert P.Smith (1963), Aaron Burns (1959), Doanald Egensteiner (1960), Dan Friedman (1974-1980) etc.

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L’œuvre de Lou Dorfsman

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Bob Farmer pour ITC et Otto Storch, George Lois, Seymour Chwast, Jacqueline Casey

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Seymour Chwast

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Seymour Chwast

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Alan Peckolick pour Pushpin Peckolick à Wiesbaden (Allemagne)

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Massimo Vignelli pour Knoll

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Mo Lebowitz (page gauche), Massimo Vignelli (sur la page de droite)

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Et voilà. Tout d’abord je voudrais m’excuser auprès de vous tous d’avoir ainsi publié en huit billets cet hommage au livre de Gottschall. J’aurais pû aussi bien n’en publier qu’un seul et vous renvoyer directement à la galerie principale. Mais malheureusement il n’y a aucune légende dans la galerie, juste un crédit et un copyright réservant tous droits de reproduction à un usage strictement pédagogique. Et le découpage que j’ai pu effectuer ici n’est pas aussi visible dans les 9 pages de la galerie.

Alors les critiques et réserves sur cet ouvrage comparé à ceux de Dusong et Wlassikoff.

Tout d’abord il a les défauts de ses qualités. Edward M.Gottschall est un passionné de la «qualité graphique» issu des écoles du Bauhaus et de Bâle. Il est mal à l’aise pour construire une histoire culturelle où aparaîssent les rebellions et les filiations avec l’art contemporain. A ce titre l’ouvrage de Wlassikoff est infiniment plus pédagogique bien que limité au seul corpus du graphisme en France. Mais à contrario Typographic Communications Today fait une bien plus belle part au graphisme «commercial» et ce au travers d’un panorama international ce qui en fait une véritable «somme» historique.

Les lacunes de Gottschall : peu ou pas de références à la création graphique des pochettes de disque, mais c’est une lacune propre aux deux autres ouvrages. Quasiment aucune référence à l’œuvre d’Hermann Zapf. Peu ou pas beaucoup de place pour l’avènement de la typographie plasticienne dont fait état l’ouvrage Transgressions de Rick Poynor et nottamment aucune référence aux travaux de Brody qui commençait à être connu au milieu des années 80. De même pour les travaux de Zuzanna Licko (Emigre), mais on peut comprendre les réserves de Gottschall qui y voyait un danger pour la production d’ITC. L’auteur malgré une volonté de transcender sa filiation à la compagnie dont il était l’un des chefs de files a censuré ainsi des tendances qu’il considérait soit dangereuses pour l’économie d’ITC, soit mineures ou marginales, alors que l’avenir lui donnera grandement tort.

Sa fascination pour les qualités graphiques postGutenbergiennes ont eu cette double résultante, qu’il n’a su faire un véritable classement chronologique préférant à celui-ci un classement plutôt géographique et qu’il a mis sous silence les tendances très fortes à un graphisme de rebellion que l’on trouve plus dans les pays de l’est et en France post-soixanthuit. Ainsi les mouvements des Grapus ou les recherches de Roman Cieslewitz sont pas ou mal compris par Gottschall qui comme je le disais plus haut était bien plus fasciné par le travail commercial que par les expérimentations qui étaient menés dans le monde parallèle de la culture et de l’art contemporain.

Il n’empêche que ses qualités sont certaines, par l’excellence des sélections iconos, peu ou pas de fausses notes et il restera sans doute comme une référence majeure pour les chercheurs en histoire du graphisme.

Voici la galerie complète du livre Typographic Communications Today.

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ciquez ici pour voir la galerie complète

© Tous droits de reproduction réservés. Usage académique, strictement réservé à l’enseignement et la pédagogie dans les arts graphiques. ©Design et Typo, 2006

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Typographic Communications Today (7) | Edward M.Gottschall

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Graphic Design 20th Century | typographie approximative

Typographic Communications Today (1) | Le Wlassikoff

Typographic Communications Today (2) | du plomb au numérique

Typographic Communications Today (3) | Edward M.Gottschall

Typographic Communications Today (4) | Edward M.Gottschall

Typographic Communications Today (5) | Edward M.Gottschall

Typographic Communications Today (6) | Edward M.Gottschall

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Servir le message, dit Gottschall, est une approche payante (littéralement) du design graphique et typographique.

Il cite les articles de Weingart dans Graphis qui souligne l’opposition des graphistes inféodés à l’école Suisse et ceux qui ont cherché par la suite à innover…

…Odermatt et Tissi, Hanz Rudolph Lutz, Emil Ruder, Piet Zwart, Karl Gertsner, Jan Tschichold, El Lissitzky et bien sûr Wolfgang Weingart soi-même.

 

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à gauche et à droite Odermatt et Tissi

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à gauche et à droite Odermatt et Tissi

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Odermatt et Tissi

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Odermatt et Tissi 1985, affiche d’expo pour le Type Director Club de New York

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Odermatt et Tissi à gauche cinq alphabets, à droite une pub pour un journal

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Ordre et organisation pour un tabloïd zürichois par Gottschalk & Ash International.

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Gisela Cohrs, West Germany, 1984. Expression puissante du «manuaire» faisant irruption dans une composition typo.

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Mendell & Oberer à Munich combinent des images fortes avec des typos expressives mais très lisibles.

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Il y a chez Edward M.Gottschall une telle fascination pour l’histoire qu’il nous raconte et surtout dé-montre, qu’il en vient parfois à se mélanger dans les ordres chronologiques. Ou alors et c’est une autre hypothèse, il cherche à rapprocher les styles d’hier et d’aujourd’hui ce qui en soi n’est pas inintéressant non plus… ici, ci-dessus nous sommes dans les années 50 avec Olaf Leu, page de gauche et pour U$A, puis Anton Stankowski en 1928, 1929, 1948, 1957, 1962-64 pour tous les autres design de la page droite.

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Parfois la calligraphie individuelle, belle et unique convient mieux à une créa.
A gauche pricipalement Friedrich Neuegebauer, Autriche.
Quant à la page de droite, elle est entièrement consacrée aux créations de Carré Noir de l’époque Michel Disles, Gérard Caron, Albert Boton, Gérard Saingt. Nous sommes au début des années 80. La pub, les logos, ça se soignaient comme dirait mon cher Albert avec sa voix douce et plein de miel, son Montecristo coincé sous sa moustache Napoléon III.

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Une Affiche de Paul Ibou pour le ministère de la culture néerlandaise.
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Square letters dessinées par Paul Ibou (nous sommes dans les années 60)

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Gottschall visite tous les pays européens, ici la Finlande, l’Espagne, l’Italy avec des noms comme Ben Bos, Gert Dunbar, Jose Pla-Narbona (pour la planche du bas au milieu à droite)

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Une série de Posters pour un Jazz Festival par  Errki Ruuhinen, 1985-87
les caractères se libèrent de contingeances de la composition traditionnelle et l’on revient presque qux fondamentaux DaDa.

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Viktor Kaltala

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Suède: John Melin & Anders Osterlin en 1961 pour le Modern Museum.

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En haut à droite, José Pla-Narbona, Espagne. Où l’on voit les tendances lubaliniennes se décliner avec des accroches typos puissantes

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ici des pubs Viking Line par l’Art Director, Lasse Liljendahl, Suisse

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et ici une série pour Olivetti par Walter Ballmer

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José Pla-Narbona, Espagne
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Giovanni Pintori pour Olivetti en 1948

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Walter Ballmer Italy

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Alfieri et Lacroix, 1964

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Albe Steiner pour Alfieri & Lacroix, 1960

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1959, Franco Grignani, Italie, idem en 1955 à droite

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Albe Steiner Italie

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Albe Steiner Italie

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1978, 1975, 1981 Italie, par Bruno Montguzzi

Ici Gottschall aborde le graphisme Tchèque. C’est dire qu’il a fait le tour de la «vieille europe» pour faire ses emplettes de références et que l’ouvrage se ressent de cette universalité.

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Et l’auteur revient sur les «années russes» qui fondèrent l’autre pendant du Bauhaus en Europe.

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Ici Malevich, 1914

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Le bonhomme typo c’est Yuri Bazhanov, 1977, à droite la composition structurée de Maxim Zhukov (book designer)

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Dans ce sous-chapitre Gottschall aborde la diversité du graphisme russe durant les années 60-80

où l’on voit bien l’influence des Milton Glaser, Saul Bass et Takenobu Igarashi bien sûr.

suite et fin Typographic Communications Today ici

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Françoise Claustre | un(e) prof. que j’aimais bien

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Vous êtes sans doute trop jeune ;-) pour l’avoir connu ou même entendu en parler. Françoise Claustre vient de disparaître. Je l’aimais bien, pour l’avoir eu comme prof d’ethnologie à Paris V et découvert grâce à elle Levi-Strauss et la pensée structuraliste. Une pensée émue et plein de courage pour son mari qui s’est battu à ses côtés pour la faire libérer alors qu’elle était l’otage de rebelles Toubous. Lire l’article du Monde ci-dessous.

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Françoise Claustre, archéologue
LE MONDE | 05.09.06

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Typographic Communications Today (6) | Edward M.Gottschall

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notes précédentes :

La Typographie selon Edward M. Gottschall | intro

Les Peintres et les Lettres | préface d’Alain Korkos à Typographic Communications Today

Graphic Design 20th Century | typographie approximative

Typographic Communications Today (1) | Le Wlassikoff

Typographic Communications Today (2) | du plomb au numérique

Typographic Communications Today (3) | Edward M.Gottschall

Typographic Communications Today (4) | Edward M.Gottschall

Typographic Communications Today (5) | Edward M.Gottschall

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Les caractères typographiques ont cette particularité de pouvoir insuffler un supplément d’âme à un texte, à un message. Par leurs formes, leurs dessins traditionnels ou modernes, empattements humanes ou garaldes ou encore mécanes, par le contraste des pleins et déliés et la sensibilité du tracé. Par la lisibilité intrinsèque de l’œil d’un «a» ou d’un «e» et «u», mais aussi et surtout par la manière de composer un texte, tantôt serré, tantôt relaché, les lettres sont porteurs d’un message supplémentaire tout comme les gestes d’un mime comme Marceau ou la voix chuchotante d’un Jacques Weber. La typographie d’un texte c’est comme le timbre d’une voix, rocailleuse ou bien chantante, masculin ou d’une sensible féminité, elle offre au lecteur une dimension visuelle et sensible qui transfigure inconsciemment la teneur du texte.

Et Edward M.Gottschall nous donne à voir les différentes typologies des caractères du XIXe jusqu’à 1969. Il les détaille comme vous pouvez en lire un bref résumé en anglais et s’arrête à cette date symbolique de 1969, date de la création d’International Typeface Corp, où le monde de la création gutenbergienne va basculer vers un renouveau à la fois esthétique et marketing.

Tout le monde se plaignait des gravures de poiçons du XIXe trop léchés, trop maniérées, et nonobstant les travaux herculéens de William Morris, des esprits modernes comme Stanley Morison ou Frederic Goudy, mais aussi Jan Tschichold ou Eric Gill se sont rebellés pour apporter connaissance historique, sensibilité et renouveau à la fabrication des types qui allaient nourrir les composeuses mécaniques (Monotype et Linotype ou Intertype).

Ce qui de fait allait devenir une révolution ininterrompue tout au long du XXe siècle, la possibilité d’imprimer des textes sans aucune altération du dessin typographique. Déjà avec la composition mécanique, mais ensuite avec la photocomposition puis le flashage d’une typographie vectorielle, jamais depuis Gutenberg on a connu une telle fidélité dans la reproduction des alphabets. Les passionnés comme Morison ou Béatrice Warde l’avaient bien pressenti. Une aube nouvelle s’ouvrait, et à la qualité graphique et à l’inventivité.

Ci-dessous le classement des caractères (selon Gottschall, mais aussi et on peut le dire selon le système américain en général).

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Voici détaillé de façon très claire les 4 étapes de la révolution technologique qui amena le Monde à entrer dans un espace Gutenbergien à l’échelle planétaire.

Cette référence à Gutenberg qui inventa le «type» mobile en plomb vers les 1492 à Mayence est devenu chez moi une habitude voire un tic ou un toc. Ce n’est pas du tout ce que vous croyez. Je ne rêve ni d’un monde ancien, ni ne fait l’éloge du plomb vs les lettres de lumière (auj. le Laser), mais j’y reviens sans cesse parce que la plus grande invention chez Gutenberg ce n’est pas le support lui-même, mais bien plutôt la mobilité du caractère qui cessa d’être figé pour la première fois dans l’histoire de l’humanité dans un mot, dans une page.

Un caractère en HTML n’est ni plus ni moins la même chose. Mobile, interchangeable, répétable et remplaçable. Et toute la culture du 3W de nos jours lui doivent cette invention universelle.

4 générations de photocomposeuses se succèdèrent entre 1957 et 1988 :

1) photo/optique: le principe que l’on trouve dans l’invention de la Lumitype de Moiroud et Higonnet fut décliné jusqu’à 1980 par l’ensemble des fabricants de machines à photocomposer.

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ci-dessus un disque de caractère Lumitype. Fabriqué par Deberny et Peignot, par un atelier qui comprenait une cinquantaine de techniciens, il donna naissance nottament au caractère Univers d’Adrien Frutiger. L’atelier de fabrication était dirigé par Ladiszlasz Mandel auprès de qui Albert Boton fit ses premières classes.

Ci-dessous une machine à photocomposer Berthold «Diatronic». Vitesse de frappe et flashage des lettres photomécaniques 8000 caractères heure. Montés sur une minuscule plaquette les caractères où les lettres étaient reproduites en corps 8 étaient composables jusqu’en corps 20. La perfection même. On pouvait encore agrandir photographiquement les lettres jusqu’à 200 mm sur la Cap sans trop d’altération des formes.

Chef de studio chez Berthold: le docteur Langhe

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Le claviste typographe ne «voyait» que les 8 derniers signes qu’il frappait sur une petite fenètre de display électronique.

Une machine comparable de chez Compugraphic (devenu par la suite Agfa-Compugraphic)

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Toujours une photocomposeuse de la première génération (1975). Les lettres frappés par le claviste, mises en mémoire tampon pour la valeur d’une ligne, une fois le retour ligne validé, le computer calculait les blancs à distribuer entre les mots pour justifier la ligne, et la machine «flashait» la ligne. (ces répétitions de mots m’exaspèrent mais indispensables pour comprendre le fonctionnement ;-)

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2e génération) à partir des années 70 les systèmes permirent de composer les lettres capturés sur des écrans CRT (Cathodic Rayon Tube). Le tube était minuscule, il ne laissait passer qu’une lettre à la fois. Mais la vitesse de défilement de ces lettres électronique passa de 8000 caractère heure à près de 30.000. On commeçait à entrevoir la possibilité de recomposer des annuaires de téléphones et des horaires d’avions sans être obligé de recomposer à la main chaque ligne.

3e génération) les lettres étaient directement «générés» par un tube cathodique pour être projetés sur le support film. Cette fois plus de mouvements mécaniques. Le flux de flashage devznait régulier et l’on entrait progressivement dans la virtualité typographique la plus totale.

4e génération) associé à des ordinateurs puissants, la technologie des photocomposeuses s’approche de ce que l’on connaît aujourd’hui. Les textes composés par des clavistes. Mises-en mémoire. Corrigeables sur des écrans dédiés et re-composables à l’infini.

1989: le Postscript) Il ne manquait plus qu’une dernière invention, mais Gottschall n’y fait pas vraiment référence, bien qu’il l’entrevoit (voir figures ci-dessous), l’invention des courbes vectorielles qui allait alléger le «poids» des caractères virtuels, qui au lieu d’être définis par des dots (des pixels si vous voulez) étaient «décrits» par un contour vectoriel qui comprenait à peine quelques dizaines d’informations mathématique. (courbes de Bézier). On pouvait enfin entrer dans le monde de la vitesse et de la miniaturisation des machines (Laserwriter etc.)

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L’ouvrage de Gottschall est à ce titre exemplaire. A cause sans doute de sa culture et des moyens d’édition sans limite comme je le disais dans une des premières notes le concernant, il peut développer le thème des révolutions technologiques avec à la fois une précision et une exhaustivité rares. Il va donc détailler l’anatomie des caractères, Les technologies de composition, et surtout toutes les solutions graphiques que ces inventions vont pouvoir générer.

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Chapître XII: Bits, Bytes et Design Typographique.

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Revisitation de la Presse, des graphiques,

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et… entrée en scène du rôle d’ITC, de Lubalin dans le paysage typographique mondial. Mais il est à noter à cet instant que jamais l’ouvrage d’Edward M.Gottschall ne devient une homélie en l’honneur d’ITC. Il sait garder ses distances afin d’atteindre à cet objectivité universelle qui fait de son œuvre d’historien bien plus qu’un catalogue d’autopromotion.

 

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Otto Storch pour McCall’s

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Travaux de Weingart

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April Greiman | Los Angeles

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California Institute or the Arts poster

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California Institute of the Arts view book

suite de l’article demain ;-)

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