l’Histoire des Magazines typoGabor N°13 | Humeur d’Humour

Avec l’aimable autorisation de Frank Adebiaye.

« TypoGabor présente » N°13 | Humeur d’Humour

Même si certaines manifestations graphiques sont en germe dès 1968, typoGabor est fondée en 1973 par Paul et Peter Gabor. L’activité de la société est double : atelier de création graphique autour des clients historiques de Paul Gabor et société de services typoGraphiques sous l’égide de Peter Gabor.

Les premières années de typoGabor sont rythmées par le fonctionnement coûteux et limité des Diatronic de Berthold. Tant et si bien qu’à la fin des années 1970, la continuité d’exploitation semble compromise. C’est à la faveur d’une annonce dans la revue CARACTÈRE que Peter Gabor découvre l’Alphatype. Il y voit l’amorce d’une révolution du digital. Ce sera son ami (depuis) Raymond Aubry, chef d’Atelier de Graphiservice à Bruxelles qui achèvera de le convaincre. Un système de composition américain venant de Chicago, qui pour la première fois, propose non plus d’acheter mais de louer (prix dérisoire) des polices de caractères, ce qui porte l’offre et la diversité typographiques à un niveau inédit : 1 000 polices contre 80 sur Diatronic auxquels s’ajoutent 16 polices supplémentaires tous les mois.


« typoGabor présente » naît en 1980 de deux constats. Il ne s’agit plus de faire de la Pub pour une entreprise, mais d’informer et d’éduquer un marché. La Publicité. Un marché où s’affrontaient une trentaine de concurrents proposant tous à peu près les mêmes services (24 / 24, coursiers, catalogues de calibrage gratuits et qualité de composition supérieure à celle de l’édition ou de la Presse). typoGabor connaît alors le succès. Les Directeurs Artistiques affluent et les commandes doublent de volume en l’espace de 2 an. Mais la formule marketing du magazine ne plaisait plus à Peter Gabor. Il y préféra une formule nouvelle autorisant toutes les expérimentations typographiques.

Le magazine littéraire de typoGabor était né. Plusieurs directeurs artistiques vont se succéder dans les cuisines typographiques de la maison Gabor. Bill Butt, Jérôme Binda, Philippe Duriez et pour finir Paul Gabor qui revient en 89 par une magistrale œuvre consacré aux Droits de l’Homme. L’Âge d’Homme.

L’expérience de la photocomposition fut de courte durée. Le Postscript arrive sous la forme commercialisée d’Adobe Type Manager et tous les prestataires de composition perdent 50 clients par jour à partir de 1990. Peter Gabor tenta encore d’adapter son entreprise en devenant le premier compositeur qui a basculé la totalité de son fonds sur Macintosh. Mais les dettes s’accumulant et victime d’un administrateur judiciaire peu scrupuleux, il finit par baisser les bras, non sans avoir personnellement créé 4 polices de caractères pour le Journal Libération en 1994.

Une aventure de vie passée à promouvoir la diversité et la qualité de composition, parce que comme l’aimait à rappeler son père Paul, d’après une phrase de Jean Cocteau : « Le style n’est pas une danse mais une démarche ».

Le texte ci-dessus, qui revient en préambule de chaque magazine, est extrait d’un prochain ouvrage à paraître. Frank Adebiaye est l’auteur d’un ou plusieurs chapitres. Et je le remercie ici particulièrement de m’avoir autorisé à utiliser cet interview qu’il a réalisé au sujet de la naissance des magazines «typoGabor Présente».

Caractères condensés, extra-condensés, obélisques pointés vers le ciel de la page d’annonce… Faite à Marie, ils participent à l’anamorphose du réel, à la déformation de l’écriture dans l’espace et le temps. De conception gothique, l’ogive nucléaire des lettres ovalisées menace de manière téméraire l’équilibre fragile de la lisibilité des mots et des choses. Jeu cruel où la réforme de la forme est nécessaire pour redécouvrir la beauté essentielle et originelle d’un Bodoni ou d’un Garamond. Jeu cruel où on accusera un jour les typoGraphes d’avoir organisé l’holocauste de la typoGraphie. Vivons tout de même et… Dangereusement.

Après l’Amour Chronique il était normal que nous nous tournions vers les traits d’Humour. Le sommaire ci-dessus (cliquez sur l’image et re-cliquez pour lire le détail de la page du sommaire) montre à l’évidence une vraie pensée éditoriale que Léon-Marc Lévy dirigeait avec un brio inégalé. Humeurs Urbaines, Humeurs des Mots, Humeurs et Maux, Humeurs Vagabondes et Humeurs d’Amour bien sûr, tous les grands thèmes de la littérature universelle étaient re-visités par le Rédacteur en Chef. Une manière de psychanalyse de l’Humour qui s’achève bien sûr avec un chapitre sur les Humeurs Dernières. Les mots de la fin.


Parallèlement ce numéro fait la part belle aux techniques numériques de la déformation des textes. On pouvait enfin déformer la typoGraphie. Et les Directeurs Artistiques adoraient cela. Au milieu des années 80. Sans doute une manière de s’approprier le signe. Nous détestions cela. Et puis je me suis penché sur la question de façon plus sérieuse. Et j’ai conçu des grilles de comparaison pour convaincre les D.A.des limites à ne pas franchir. C’est selon chaque famille de caractère. Une Didone supportera un peu mieux l’anamorphose qu’une Linéale. Pour la raison simple que, contrairement aux idées reçues du simple mortel, une linéale, un caractère bâton pour faire dans le vulgaire, n’est absolument pas dessiné avec des épaisseurs égales.

Un caractère Grotesque (Allemagne) ou Gothic (USA) ou Linéale (France) est dessiné selon un principe simple. Les tangentes horizontales doivent être légèrement plus fines que les tangentes verticales. En raison d’une persistance rétinienne qui épaissit la perception que nous avons des horizontales. Ce faisant si je déforme, j’étroitise par exemple un caractère Linéale, j’inverse le phénomène de la persistance rétinienne. Et je crée un ordre contraire à la nature même de notre organisation (œil-cerveau-perception).

Mais comme je le dis en préambule sur la page des éditos, il fallait obéir aux lois d’un marché en forte demande d’anamorphose.

Ce numéro 13 de typoGabor présente a été conçu par Nathalie Baylaucq. Voici sans doute une des pages les plus originales de ce numéro. Pour que vous compreniez la performance de cette page, il suffirait que vous preniez le texte et que vous essayiez de recomposer la page dans InDesign ou Illustrator. Vous verrez assez rapidement les difficultés de réalisation. Une double page comme celle-ci aurait coûté environ 20.000FF pour un client. Compte tenu des marges très faibles que nous faisions sur le service vendu (environ 6%) vous imaginez sans peine l’investissement pour réaliser cette folie. Un tour de force. À quoi bon? direz-vous. Une façon efficace de démontrer notre capacité à produire l’impensable. Les débuts de la composition numérique étaient prometteurs d’une page libérée des contraintes techniques. Ça y est vous avez réussi à recomposer cette page?

Nous sommes en mai 1987, la collection de caractères photoCompo de typoGabor s’est enrichi depuis le lancement de nos premiers magazines. Quelque 800 à 1000 polices supplémentaires. Nous éditions un catalogue de calibrage avec 2000 polices en démonstration. 2 volumes. Les TypeBook. Le magazine littéraire était aussi un prétexte pour annoncer les nouveautés, mais ce sera la dernière fois.

Les trois numéros suivants, Meurtres, Femme et l’Âge d’Homme vont s’abstenir de « polluer » commercialement notre intention éditoriale. L’entreprise tournait à plein régime et nous déménagions à Levallois-Perret sur un plateau de 1000 M2 (Architecte : Bernard Bensignor).

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l’Histoire des Magazines typoGabor N°12 | L’Amour Chronique

Avec l’aimable autorisation de Frank Adebiaye.

« TypoGabor présente » N°12 | l’Amour Chronique

Même si certaines manifestations graphiques sont en germe dès 1968, typoGabor est fondée en 1973 par Paul et Peter Gabor. L’activité de la société est double : atelier de création graphique autour des clients historiques de Paul Gabor et société de services typoGraphiques sous l’égide de Peter Gabor.

Les premières années de typoGabor sont rythmées par le fonctionnement coûteux et limité des Diatronic de Berthold. Tant et si bien qu’à la fin des années 1970, la continuité d’exploitation semble compromise. C’est à la faveur d’une annonce dans la revue CARACTÈRE que Peter Gabor découvre l’Alphatype. Il y voit l’amorce d’une révolution du digital. Ce sera son ami (depuis) Raymond Aubry, chef d’Atelier de Graphiservice à Bruxelles qui achèvera de le convaincre. Un système de composition américain venant de Chicago, qui pour la première fois, propose non plus d’acheter mais de louer (prix dérisoire) des polices de caractères, ce qui porte l’offre et la diversité typographiques à un niveau inédit : 1 000 polices contre 80 sur Diatronic auxquels s’ajoutent 16 polices supplémentaires tous les mois.


« typoGabor présente » naît en 1980 de deux constats. Il ne s’agit plus de faire de la Pub pour une entreprise, mais d’informer et d’éduquer un marché. La Publicité. Un marché où s’affrontaient une trentaine de concurrents proposant tous à peu près les mêmes services (24 / 24, coursiers, catalogues de calibrage gratuits et qualité de composition supérieure à celle de l’édition ou de la Presse). typoGabor connaît alors le succès. Les Directeurs Artistiques affluent et les commandes doublent de volume en l’espace de 2 an. Mais la formule marketing du magazine ne plaisait plus à Peter Gabor. Il y préféra une formule nouvelle autorisant toutes les expérimentations typographiques.

Le magazine littéraire de typoGabor était né. Plusieurs directeurs artistiques vont se succéder dans les cuisines typographiques de la maison Gabor. Bill Butt, Jérôme Binda, Philippe Duriez et pour finir Paul Gabor qui revient en 89 par une magistrale œuvre consacré aux Droits de l’Homme. L’Âge d’Homme.

L’expérience de la photocomposition fut de courte durée. Le Postscript arrive sous la forme commercialisée d’Adobe Type Manager et tous les prestataires de composition perdent 50 clients par jour à partir de 1990. Peter Gabor tenta encore d’adapter son entreprise en devenant le premier compositeur qui a basculé la totalité de son fonds sur Macintosh. Mais les dettes s’accumulant et victime d’un administrateur judiciaire peu scrupuleux, il finit par baisser les bras, non sans avoir personnellement créé 4 polices de caractères pour le Journal Libération en 1994.

Une aventure de vie passée à promouvoir la diversité et la qualité de composition, parce que comme l’aimait à rappeler son père Paul, d’après une phrase de Jean Cocteau : « Le style n’est pas une danse mais une démarche ».

Et voici donc le premier numéro
de la nouvelle formule littéraire

des magazines «typoGabor Présente»

 

Dans la relation père-fils je demande la carte du conflit. Ce sera ce magazine là. Durant un an Paul Gabor cessa de me parler, sinon par grognements ou juste pour me dire bonjour. Genèse d’une mésentente vécue comme une trahison.


dans ma vie d’homme j’ai vécu des choses assez difficiles, entre autres mon divorce et la perte de ma mère décédée plutôt jeune, d’un AVC. Cela m’a valu sinon une belle dépression, en tous les cas une tristesse infinie que je n’arrivais plus à combler par le travail. Le Judo ? C’était fini depuis mon accident L4 / L5 dont j’ai mis plusieurs mois à m’en remettre.

j’allais travailler presque comme un automate. Plus rien qui me motivait. L’entreprise tournait presque tout seul et j’expédiais les affaires courantes. Et puis il y a eu une alerte économique. Il m’a fallu resserrer la gestion de typoGabor pour éviter de sombrer de nouveau dans le rouge. Et puis je cherchais. Je cherchais quelque chose qui me redonnerait envie, le goût des choses de l’avenir.

et ce n’est pas chez le psy que j’ai trouvé la réponse, mais mon ami Roger Kleman. Celui-ci venait de monter son agence Weston Magna et me demandait souvent des conseils typo. J’allais le voir avec un plaisir ineffable. Roger était un géant, taillé à la serpe avec un sourire enjôleur et une rare douceur dans le regard. Il a toujours été d’un soutien quasi filial à mon égard. Son mot favori : « calme-toi Peter ».

j’étais excité, énervé, je cherchais des raisons de continuer là où je n’avais plus qu’une envie, de tout plaquer. D’aller m’enfuir dans un désert. Et lui disais inlassablement que je ne pouvais plus continuer les magazines de typoGabor en l’état. Plus aucune satisfaction. La réussite était là. On nous imitait même parmi les concurrents, alors pourquoi continuer.

et brusquement j’ai eu une idée. « Roger, pourquoi pas un magazine littéraire ? ». Je dois vous avouer que Roger était un grand lecteur. « Le Juif Amoureux » de Ben Hecht, c’est grâce à lui que je l’ai découvert. Les mots, le texte, les émotions, les sentiments, les conflits, l’amour et la haine au cœur d’une littérature universelle.

et je m’embrasais. Et petit à petit je comprenais que cela faisait sens dans mes mélancolies. De fait ma chère mère était une poétesse, une littéraire, une femme d’une exigence absolue quant aux mots et aux maux de l’humanité. C’est elle qui m’a donné le goût de l’écriture, de la lecture. C’est grâce à elle sans doute que j’ai décroché un premier prix de philo dans mon lycée en terminale. Chassez le naturel il revient au trot.

quand on a 2000 clients dans le monde publicitaire et artistique on n’a que l’embarras du choix pour aller chercher les talents nécessaires à la mise en œuvre d’un tel projet. Curieusement mes pas se sont dirigés vers Le BOOK. Ils venaient d’éditer un magazine, le BOOK Mag. Et je suis allé voir Véronique Kolasa pour lui demander conseil. Elle était là avec son compagnon et ils m’ont recommandé tous les deux Patrick Amsellem pour prendre la direction littéraire du nouveau magazine « typoGabor Présente ».

grosse réunion éditoriale, nous fixons les grandes lignes du futur magazine. Ce sera une anthologie littéraire. Un prétexte pour citer des œuvres de la littérature mondiale et d’assurer en même temps une expérimentation typoGraphique. Des titres furent avancés. L’Amour, l’Humour, la Femme, les Meurtres, etc. Il ne m’en fallait pas plus pour m’emballer. Et le projet prit corps. Quelques semaines après j’avais les premiers textes-extraits de l’Amour Chronique, avec un édito signé par Léon-Marc Lévy qui s’effaçait au début dans l’ombre de P. Amsellem (c’est plus tard, que j’apprendrai qu’ils étaient cousins et que Patrick en fait ne faisait que sous-traiter la rédaction en chef à Léon-Marc).

je reviens à l’Atelier et j’allais voir Paul Gabor pour que le studio qu’il dirigeait se mette en ordre de bataille pour assurer la création de cette nouvelle formule.

un mois après, Paul me présenta une maquette, nous discutons quelques détails, il revient vers moi une semaine après et le voilà parti en vacances à Budapest pour un mois.

« Démerde-toi mon fils, moi j’ai fini le boulot ».

et c’est à ce moment précis que débute LE PROBLÈME.

L’Atelier typoGabor ainsi que le Studio sous la direction de Fabrice Emberger commence l’exécution de la maquette laissée par Paul. Régulièrement je traverse l’impasse Compoint pour me rendre au Studio. Impatient que j’étais de voir les premières pages sortir des tables lumineuses.

et là gros souci. Fabrice, très embêté me laisse « entre-voir » ce qui allait se révéler un vrai problème. Paul n’avait pas lu les textes. Il a juste fait une mise en page correcte, bien « torchée » comme on dit. Lui qui était un fervent défenseur de la lecture des textes que les clients lui donnaient à mettre en scène, là, soit par ras-le-bol soit par un refus d’entrer dans les styles d’écriture qui se succédaient sans cohérence apparente, il a eu un blocage.

et pour la première fois de sa carrière il a commis une mise-en-page totalement froide. Une belle architecture, mais pas d’archi-texture. Là où nous attendions une réflexion sur la typographie, une vraie remise en question des pratiques professionnelles, Paul n’a fait qu’effleurer le sujet, en s’en débarrassent au plus vite. Bonne mise en page mais pas d’âme. Il avait oublié de prendre le plaisir de lire les textes.

j’appelle Patrick Amsellem, qui vient un soir avec Léon-Marc Lévy pour voir les premières pages des maquettes, et ils confirment tous les deux mon ressenti. Il fallait vite prendre une décision. Pas question de continuer dans cette voie. Pas question non plus d’appeler Paul en vacances et de l’obliger à revenir de Budapest. J’étais seul à décider, et il faut que je vous avoue que j’en fais encore des cauchemars aujourd’hui. Seul à décider de laisser tomber la maquette de Mon Père, et de me diriger vers une autre solution.

c’est P. Amsellem qui me tira d’affaire. Il me propose de faire appel à Bill Butt (qui venait de Jardin des Modes), et qui avait aussi réalisé la maquette du magazine Le BOOK. Bill était un grand américain qui mesurait plus de deux mètres. Longiligne, l’air d’un anorexique (qui mangeait comme quatre). D’une gentillesse communicative, et d’une culture musicale incroyable. Je crois qu’il avait quelques 10.000 vinyles (jazz et rock) chez lui aux States. Ce fut un choc quand je l’ai rencontré. Dans le pénombre du studio Gabor, il s’assit en face de moi. Me sourit. Il regarde les maquettes de Paul Gabor. Me sourit de nouveau et nous mettons d’accord. Il avait trois semaines à peine. Le temps des vacances de Paul. Je crois qu’il était conscient d’être meurtrier par procuration. Mais ça n’était pas son problème.

le délai passé, il finissait à peine, quand Paul est revenu au bureau. Nous avons à peine parlé. Il avait tout de suite compris ce qui se passait. Il était pas con mon père. Il savait. Il avait compris mais il n’admettait pas. Sans doute qu’il aurait préféré que j’attende son retour. Mais à quoi bon. Le mal était fait. J’avais fait mes choix. Et après tout il me faisait une totale confiance pour le management de typoGabor, pourquoi discuterait-il ? N’empêche. De ce jour, jusqu’à 1988 c’est à peine s’il m’adressa la parole.

il faut avoir vécu une totale complicité avec son père durant une trentaine d’années, voire depuis ma plus tendre enfance, pour comprendre ce que représentait ce silence. Cette souffrance qui devait être, j’en suis sûr, réciproque. Mais j’ai touché son ego. J’ai touché là où ça fait mal. Remis en question son travail. Sans l’avertir, sans en discuter comme nous le faisions depuis une vingtaine d’années.

peut-être que je lui en voulais d’être parti avant la réalisation complète du projet. Peut-être que j’avais l’intuition qu’il ne servait à rien d’attendre son retour. Que les jeux étaient déjà faits, à partir du moment où j’avais choisi la voie littéraire pour les magazines. Pourtant il aimait la littérature Paul. Ça n’était pas un inculte. Loin de là. Mais à force de se pencher sur sa table de travail durant de longues années, il avait perdu le plaisir de lire. Et je le comprenais. Mais voilà, j’avais la sensation qu’il avait saboté le travail par désintérêt de la chose et que de partir à Budapest lui importait plus que le lancement de cette nouvelle formule.

et vient le succès ! J’ai été au calage du magazine, comme toujours. Les nuances de rouge dans les pages de « Je Te Veux » étaient assez difficiles à rendre. Nous ne disposions pas encore de calage numérique. Et les double pages de « Tu m’abandonnes », tout en aplat de gris. Une vraie galère pour avoir sur une surface A3 une belle régularité d’encrage. 10.000 exemplaires imprimés.

à peine reçus l’équipe commerciale se met en quatre pour envahir tous les étages de Direction Artistique des 150 agences de publicité qui œuvraient à Paris dans le milieu des années 80. Et les Studios de Création. Et les Studios d’exécution. Et les graphistes. Chacun recevant ce cadeau de la main à la main. Nous avons bossé comme des fous. En trois semaines, tout ce qui se comptait comme Graphiste ou Directeur Artistique à Paris avait reçu le magazine. Et la réponse fut immédiate.

38 % d’augmentation du Chiffre d’Affaires. Les clients étaient ravis. Heureux. Nous avions osé casser les codes de mise en page. Expérimenter. Jouer avec les textes et les mots. Oser l’illisible pour donner encore plus envie de lire. Et puis il y a eu un effet rebond. Dans les Agences, les Directeurs Artistiques recevant le magazine, ils le posaient devant eux, et les concepteurs-rédacteurs, les CR s’en emparaient et ils avaient la sensation que cet objet s’adressait également à eux et pas uniquement à leur partenaire artistique.

lorsque l’année suivante nous avions fait le bilan de cette expérience (suivi de près par le magazine Humeur d’Humour que je vous présente dans le prochain billet), Paul dut reconnaître en grognant que j’avais eu raison. Mais c’est seulement après notre déménagement de l’Impasse Compoint à Levallois-Perret qu’il prit la mesure de l’ampleur de la réussite. Nous sommes passé de 350 M2 d’atelier à près de 1.000 M2. Spectaculaire bond en avant et reconnaissance de l’ensemble de la profession.

l’année 88 fut marquée également par deux prix majeurs, un Golden et Silver Award décernées par la Typographer International Association. Leur congrès se tenait à Vancouver cette année là. Je n’ai pas pu y aller. Nous étions membres éminents de cette association et classés dans les cinquante premiers ateliers de photocomposition dans le monde entier. On m’a raconté que nous avons eu droit à un standing ovation de 1500 patrons d’entreprises de typographie pour la qualité de notre communication et de nos magazines.

ce qu’il en reste ? Des souvenirs. Des moments d’intenses souffrances et de joie mêlées. Mais aussi sans doute la naissance d’une légende. L’exercice typoGraphique faite institution. La qualité typoGraphique au pinacle des exigences premières. Ce qu’un Directeur Général de Publicis est incapable de comprendre. On apprend pas la typographie à Sciences Po, ni en dirigeant des Agences de Publicité. D’ailleurs, il n’y a jamais eu de Type Directors à Paris. Sauf une. Allison Girard à la JWT.

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l’Histoire des Magazines typoGabor N°9 Hermann Zapf et Paul Gabor

Avec l’aimable autorisation de Frank Adebiaye.

« TypoGabor présente » N°9 Hermann Zapf et Paul Gabor

Même si certaines manifestations graphiques sont en germe dès 1968, typoGabor est fondée en 1973 par Paul et Peter Gabor. L’activité de la société est double : atelier de création graphique autour des clients historiques de Paul Gabor et société de services typoGraphiques sous l’égide de Peter Gabor.

Les premières années de typoGabor sont rythmées par le fonctionnement coûteux et limité des Diatronic de Berthold. Tant et si bien qu’à la fin des années 1970, la continuité d’exploitation semble compromise. C’est à la faveur d’une annonce dans la revue CARACTÈRE que Peter Gabor découvre l’Alphatype. Il y voit l’amorce d’une révolution du digital. Ce sera son ami (depuis) Raymond Aubry, chef d’Atelier de Graphiservice à Bruxelles qui achèvera de le convaincre. Un système de composition américain venant de Chicago, qui pour la première fois, propose non plus d’acheter mais de louer (prix dérisoire) des polices de caractères, ce qui porte l’offre et la diversité typographiques à un niveau inédit : 1 000 polices contre 80 sur Diatronic auxquels s’ajoutent 16 polices supplémentaires tous les mois.


« typoGabor présente » naît en 1980 de deux constats. Il ne s’agit plus de faire de la Pub pour une entreprise, mais d’informer et d’éduquer un marché. La Publicité. Un marché où s’affrontaient une trentaine de concurrents proposant tous à peu près les mêmes services (24 / 24, coursiers, catalogues de calibrage gratuits et qualité de composition supérieure à celle de l’édition ou de la Presse). typoGabor connaît alors le succès. Les Directeurs Artistiques affluent et les commandes doublent de volume en l’espace de 2 an. Mais la formule marketing du magazine ne plaisait plus à Peter Gabor. Il y préféra une formule nouvelle autorisant toutes les expérimentations typographiques.

Le magazine littéraire de typoGabor était né. Plusieurs directeurs artistiques vont se succéder dans les cuisines typographiques de la maison Gabor. Bill Butt, Jérôme Binda, Philippe Duriez et pour finir Paul Gabor qui revient en 89 par une magistrale œuvre consacré aux Droits de l’Homme. L’Âge d’Homme.

L’expérience de la photocomposition fut de courte durée. Le Postscript arrive sous la forme commercialisée d’Adobe Type Manager et tous les prestataires de composition perdent 50 clients par jour à partir de 1990. Peter Gabor tenta encore d’adapter son entreprise en devenant le premier compositeur qui a basculé la totalité de son fonds sur Macintosh. Mais les dettes s’accumulant et victime d’un administrateur judiciaire peu scrupuleux, il finit par baisser les bras, non sans avoir personnellement créé 4 polices de caractères pour le Journal Libération en 1994.

Une aventure de vie passée à promouvoir la diversité et la qualité de composition, parce que comme l’aimait à rappeler son père Paul, d’après une phrase de Jean Cocteau : « Le style n’est pas une danse mais une démarche ».

L’illustration basée sur l’alphabet « numérique » de Paul a été réalisée par Sándor Ernyei lors d’une visite à Paris (cliquez sur la photo pour voir les détails).

Ce magazine va clore le chapitre des publications « traditionnelles » du magazine « typoGabor Présente ». Il avait quelque chose de tragique pour moi. Mise en œuvre au début de l’année 84 et publié en mai, soit 2 mois 1 / 2 avant le décès de ma mère Klara Gabor le 13 août 1984. Paul quant à lui venait d’avoir une alerte cardiaque en 1983. Ce faisant la famille, ma seule famille se fragilisait et l’immense amour que j’avais pour l’un et l’autre me dictait un devoir de mémoire de leur vivant. J’allais donc consacrer l’édition de ce magazine à l’œuvre de Paul. Mais je me devais de l’équilibrer. Ne voulant pas en faire un livre de deuil mais plutôt une référence à la gloire des grands typographes contemporain. J’ai appelé à la rescousse Fernand Baudin à Bruxelles. Il a écouté et approuvé. Nous avons convenu d’un voyage à Darmstadt pour aller rencontrer à trois (Fernand, Paul et moi-même) Hermann Zapf pour l’interviewer sur son œuvre.

La maison d’Hermann Zapf. Un choc. Une battisse toute blanche, carrée. Construite autour d’un patio sur lequel toutes les pièces donnaient par des vitres. De fait la maison était illuminée autant vers l’intérieur que vers l’extérieur qui donnait sur la lisière d’un bois. Les pièces étaient immenses. On allait d’un espace vers l’autre sans porte, juste des ouvertures. On pouvait évoquer une construction à la Bauhaus, mais aussi bien une maison à la japonaise. Ça n’était pas un musée, mais plutôt un lieu de travail et de réflexion. Hermann nous amena dans son bureau et là il nous reçut et nous donna un cours de typo. Il prit son stylo à bille et nous écrivit un texte en Garamond corps huit avec juste un outil que chacun de nous utilise tant bien que se peut. Mais Zapf avait la maîtrise. L’outil comptait peu. Sa main, sûre, caressait le papier avec une dexérité, une assurance que je n’avais jamais vu. Je connaissais Hermann pour l’avoir rencontré souvent à Lurs, lors des Rencontres de Lure de 1963 à 1968. Pour l’avoir également croisé plusieurs fois lors des assemblées générales de l’ATYPI. Mais là, au cœur de son atelier-maison-havre de paix et de travail, il se révélait tel qu’en lui-même. Simple, humaniste et plein d’humour.

Me souviens à un moment lui avoir demandé ce qu’il pensait de la mode des approches serrées très en vogue dans les compositions publicitaires, mais aussi dans l’œuvre de Lubalin… Sa réponse fusa comme un éclat de rire. Ah, le Sex Spacing TypoGraphy ? Il avait tout dit. En une phrase courte et lapidaire.

Cette visite restera et pour moi mais aussi pour Paul, un souvenir mémorable. Je n’étais pas si surpris que ça. Mais j’ai eu la confirmation d’une intuition. Le travail, le travail, le travail. Il n’y a pas d’autre voie. Et Zapf en avait fait son mode de vie. Sinon sa religion.

 

Pour celles et ceux qui s’en souviennent, des maquettes en couleur, nous avions connu cela déjà avec le ColorKey de la 3 M et là, tout à coup au début des années 80 nous découvrons les vertus du transfert. De la compo (Titrage ou Texte) transférable en couleur sur des maquettes. Bien évidemment ce sont d’abord les studios de Packaging qui ont utilisé cette technique en premier. Suivis par les Agences de Publicité qui pouvaient enfin montrer des maquettes en Réalité Colorée à leurs clients. Juste pour mémoire, il s’agissait d’une technique très instable et fort coûteuse. Nos techniciens s’arrachaient leur touffe de cheveux pour livrer en temps et en heure des typos en couleur.

Et donc voilà l’interview du Maître. Hermann Zapf. Je vous invite à cliquer sur les pages pour lire en format réel les texte et découvrir les illustrations en grandeur nature. Un plaisir de l’intellect.

Et donc voilà l’interview du Maître. Hermann Zapf. Je vous invite à cliquer sur les pages pour lire en format réel les texte et découvrir les illustrations en grandeur nature. Un plaisir de l’intellect.

Et donc voilà l’interview du Maître. Hermann Zapf. Je vous invite à cliquer sur les pages pour lire en format réel les texte et découvrir les illustrations en grandeur nature. Un plaisir de l’intellect.

Lancement du Weideman ITC. J’avais eu la chance de rencontrer plusieurs fois Kurt Weidemann et son épouse aux Rencontres de Lure. Un homme d’une rare élégance. Et de fait c’est tout le gotha de la typoGraphie Mondiale qui se retrouvait tous les ans au mois d’aôut à Lurs. C’est sans doute là et à l’ATYPI qu’Aaron Burns venait faire son marché des plus grands talents qui allaient alimenter le catalogue d’ITC.

J’ai laissé Andrée Simons faire l’interview de Paul Gabor. Il était très important que Paul se sente libre et totalement seul pour répondre aux questions de l’intervieweuse. Andrée était douée, sensible, dans l’empathie. Paul ne pouvait pas mieux « tomber » que de se retrouver en face de cette parolière et chanteuse merveilleuse. Elle était douée pour faire parler les gens. Et Paul se lâcha. Plus tard je vais m’inspirer de ce texte pour écrire l’hommage à Paul Gabor qui se trouve ici.

Page de gauche des travaux, essentiellement des logotypes et marques réalisés en France dans la période 56‑92 de Paul Gabor. À droite une affiche pour une exposition d’Art Appliqué à Budapest. 1954. La typo, entièrement dessinée de sa main annonce déjà le Mermoz dont je parlerai plus tard.

À gauche plusieurs logos et illustrations pour des marques comme Uginox (la Roue) et un travail colossale que Paul entreprit pour la Banque de la Hénin (devenue Suez) pour son client et ami Vincent Rode. À droite une affiche d’Exposition pour des jouets Hongrois en 1955 juste un an avant l’insurrection de Budapest qui allait le voir émigrer avec toute la famille en France. Les typos, dessinées de même (puisqu’il n’y avait pas encore de Letraset), n’ont jamais été numérisées et sont cependant d’une modernité qui résiste au temps.

À gauche voilà enfin le Mermoz, un travail d’auteur. Il l’a conçu pour accompagner un programme de refonte de l’identité Française dans le cadre du Salon des Artistes Décorateurs la SAD. C’était je crois en 1983 qu’a eu lieu cette expo. Le Mermoz n’existait encore qu’en une seule graisse. Plus tard il en réalisa trois graisses supplémentaires qui ont figuré dans le catalogue de titrage puis au catalogue de composition, lorsque nous les avons numérisées avec IKARUS. À droite une affiche d’Exposition du Graphisme Britannique qui s’est tenu à Budapest en 55. L’expression graphique, le dessin, la touche colorée du drapeau Anglais tiennent du minimalisme dont Paul raffolait. Le caractère, une sorte de Bookman Swash dont il avait une affection immodérée, avait été aussi dessinée de sa main. Toutes ces affiches, je les voyais les réaliser alors que je n’étais qu’un enfant et c’était un plaisir ineffable de voir ses mains, magiques courir, caresser et accompagner ses outils, voire les précéder. Je crois qu’à ce moment précis il me donna le goût de faire ce métier pour le reste de ma vie professionnelle.

Et ici une fiction-caricature de l’univers impitoyable de la Publicité, d’Andrée Simons, prématurément disparue en 1983 que j’ai connu entre-autre grâce à Albert Boton. Immense talent que cette jeune femme.

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l’Histoire des Magazines typoGabor N°5 | Les TypeDirectors

« TypoGabor présente » N°5 | Les TypeDirectors

Juin 1982 | Avec l’aimable autorisation de Frank Adebiaye.

Même si certaines manifestations graphiques sont en germe dès 1968, typoGabor est fondée en 1973 par Paul et Peter Gabor. L’activité de la société est double : atelier de création graphique autour des clients historiques de Paul Gabor et société de services typographiques sous l’égide de Peter Gabor.

Les premières années de typoGabor sont rythmées par le fonctionnement coûteux et limité des Diatronic de Berthold. Tant et si bien qu’à la fin des années 1970, la continuité d’exploitation semble compromise. C’est à la faveur d’une annonce dans la revue CARACTÈRE que Peter Gabor découvre l’AlphaType. Il y voit l’amorce d’une révolution du digital. Ce sera son ami (depuis) Raymond Aubry, chef d’Atelier de Graphiservice à Bruxelles qui achèvera de le convaincre.

Un système de composition américain venant de Chicago, qui pour la première fois, propose non plus d’acheter mais de louer (prix dérisoire) des polices de caractères, ce qui porte l’offre et la diversité typographiques à un niveau inédit : 1 000 polices contre 80 sur Diatronic auxquels s’ajoutent 16 polices supplémentaires tous les mois. « typoGabor présente » naît en 1980 de deux constats.

Il ne s’agit plus de faire de la Pub pour une entreprise, mais d’informer et d’éduquer un marché. La Publicité. Un marché où s’affrontaient une trentaine de concurrents proposant tous à peu près les mêmes services (24/24, coursiers, catalogues de calibrage gratuits et qualité de composition supérieure à celle de l’édition ou de la Presse). typoGabor connaît alors le succès.

Les Directeurs Artistiques affluent et les commandes doublent de volume en l’espace de 2 ans. Mais la formule marketing du magazine ne plaisait plus à Peter Gabor. Il y préféra une formule nouvelle autorisant toutes les expérimentations typographiques. Le magazine littéraire de typoGabor était né. Plusieurs directeurs artistiques vont se succéder dans les cuisines typographiques de la maison Gabor. Bill Butt, Jérôme Binda, Philippe Duriez et pour finir Paul Gabor qui revient en 89 par une magistrale œuvre consacré aux Droits de l’Homme. L’Âge d’Homme.

L’expérience de la photocomposition fut de courte durée. Le Postscript arrive sous la forme commercialisée d’Adobe Type Manager et tous les prestataires de composition perdent 50 clients par jour à partir de 1990. Peter Gabor tenta encore d’adapter son entreprise en devenant le premier compositeur qui a basculé la totalité de son fonds sur Macintosh. Mais les dettes s’accumulant et victime d’un administrateur judiciaire peu scrupuleux, il finit par baisser les bras, non sans avoir personnellement créé 4 polices de caractères pour le Journal Libération en 1994.

Une aventure de vie passée à promouvoir la diversité et la qualité de composition, parce que comme l’aimait à rappeler son père Paul, d’après une phrase de Jean Cocteau : «Le style n’est pas une danse mais une démarche».

Couverture composée en Barcelona ITC. Cette couverture est l’une des plus étrange de toute la collection des magazines typoGabor Présente. De fait c’était un clin d’œil à la profession publicitaire. Il n’y avait pas de Type Director dans les Agences Parisiennes. À part Allison Girard qui travaillait (si ma mémoire ne me fait pas défaut) à la JWT, il n’y avait jamais eu de typeDirector en France. Et même aujourd’hui, encore, je n’en connais qu’un seul, Thomas Linard, de mes amis. Les raisons sont innombrables. La France n’a jamais privilégié la typoGraphie jusqu’à encore récemment. C’est sans doute les nouveaux outils du numérique, qui ont donné l’accès à la création typographique, sans plus être obligé de gratter de la carte, que les Directeurs Artistiques contemporains font assaut de créativité, soit en redessinant des typos, soit en les faisant redessiner par quelques studios spécialisés.

Les typothèques innombrables, les TypeKit d’Adobe, le foisonnement des fonderies indépendantes dans le monde entier ont libéré des énergies créatrices. Et puis il faut l’avouer, on a découvert assez tardivement le rôle prépondérant du signe en France. J’ose croire que dans les années 70 et 80 une société comme typoGabor s’est illustré précisément dans ce rôle de pédagogue et d’éducation du regard. Nombre d’écoles d’Art à l’époque ne s’occupaient guère de former l’acuité intellectuelle et visuelle aux formes typographiques et de la composition. La typoGraphie est un langage à part entière. Avec sa grammaire, sa syntaxe et son vocabulaire (de formes).

Diriger une société de photocomposition et de phototitrage n’était pas une mince affaire. Passer de 0 salarié à 60 en l’espace de 17 ans. Un travail acharné de chaque jour. Rendu d’autant plus délicat que l’entreprise œuvrait jour et nuit. 24/24. Les problèmes techniques, de production et de choix commerciaux se posaient donc à un rythme quotidien qui s’étalait sur 24 heures. Un choix assumé. Mais l’on ne peut compter le nombre de nuits blanches que l’on peut y passer. C’était devenu une habitude, presque une routine. 5‑6 heures de sommeil quotidiens. C’est tout. Parfois un immense plaisir. Revenir à l’écriture. Les magazines me donnaient cette occasion que je n’aurais raté pour rien au monde.

• Et toujours le plaisir de mettre en avant le travail des étudiants en Arts Graphiques de l’ESAG/Penninghen où j’enseignais tous les samedis après mon mandat de la semaine.

Ici un très article sur la situation des techniques en 1982. Vous pouvez cliquer sur la reproduction. Et re-cliquer pour zoomer sur le texte. Intéressante lecture pour comprendre les enjeux industriels d’une époque charnière où l’on commençait à recevoir des textes tapuscrits par des machines de traitement de textes. Plus besoin donc de re-saisir la dactylographie des textes. Ce fut une petite révolution pour les flux de production. Le Salon de la Bureautique, le Sicob se tenait chaque année pour présenter les nouveaux systèmes de traitement de textes. Nous sommes 2 an avant la naissance du Macintosh et Windows n’existait pas encore.

Présenter un caractère, nouveau, qui nous vient tout droit des laboratoires de recherche d’Alphatype demandait un travail considérable. Tester les polices. Retravailler toutes les tables d’approches en fonction de la langue française (merci Serge Cortesi). Alors vous imaginez bien Trois familles de polices, Barcelona, Cushing et Galliard, avec toutes les déclinaisons de romains et d’italiques. Un travail de fourmi. Énorme. Et c’est une fois cette préparation accomplie que nous pouvions seulement faire la promotion des nouveautés dans nos magazines. On n’imagine absolument pas la charge, la pression et le travail que cela représentait. Qui de plus est, lorsque vous êtes victimes de votre notoriété de qualité, le trac vous assaille chaque jour. Faire mieux et toujours mieux. Et rester convivial et calme avec ses collaborateurs et ses clients. Pas toujours simple. Mais une aventure si belle.

typoGabor fournissait la typo à beaucoup de magazines, Elle, mais aussi Actuel de Jean-François Bizot. Annie Krivitzky était la Directrice Artistique du magazine sous la responsabilité d’Emile Laugier Directeur de Créa. J’avais interviewé Annie sur les difficultés et le plaisir d’offcier à la maquette d’Actuel. Et puis pendant qu’on y était je lui ai demandé de mettre en page cette intervention à la manière de… cela donne ces quelques pages totalement décalé dans un magazine typo qui se voulait plutôt sage et classique. Je me souviens des grognements de Paul Gabor. Mais il accepta finalement cette intervention extérieure. Il adorait Annie qui avait été son ancienne élève à Penninghen. Cela sert la sympathie réciproque.

Et à partir de 81‑82 les magazines étaient l’occasion d’annoncer en avant première le lancement des polices américaines issues de la collection Alphatype. On ne pouvait pas réimprimer 1200 pages de catalogue de calibrage à chaque lancement. Le magazine servait alors de banc d’essai et de présentation temporaire en attendant l’insertion des nouveautés dans le typeBook que nous lancions environ tous les deux ans. Je consacrais environ 6 % du chiffre d’affaires de typoGabor au budget de la com’ de l’entreprise. C’était à la fois beaucoup et raisonnable. Un choix aussi. Nombre de mes confrères offraient des cadeaux de fin d’année « très significatifs » à leurs clients. J’avais fait l’impasse sur ces pratiques assez toxiques et je préférais investir dans la com de typoGabor. Cela me semblait plus vertueux et plus pérenne.

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l’Histoire des Magazines typoGabor N°6 | La Calligraphie | Albert Boton et Ed Benguiat

Avec l’aimable autorisation de Frank Adebiaye.

« TypoGabor présente » N°6 | La Calligraphie |
Albert Boton et Ed Benguiat | Janvier 1983

Même si certaines manifestations graphiques sont en germe dès 1968, typoGabor est fondée en 1973 par Paul et Peter Gabor. L’activité de la société est double : atelier de création graphique autour des clients historiques de Paul Gabor et société de services typographiques sous l’égide de Peter Gabor.

Les premières années de typoGabor sont rythmées par le fonctionnement coûteux et limité des Diatronic de Berthold. Tant et si bien qu’à la fin des années 1970, la continuité d’exploitation semble compromise. C’est à la faveur d’une annonce dans la revue CARACTÈRE que Peter Gabor découvre l’AlphaType. Il y voit l’amorce d’une révolution du digital. Ce sera son ami (depuis) Raymond Aubry, chef d’Atelier de Graphiservice à Bruxelles qui achèvera de le convaincre.

Un système de composition américain venant de Chicago, qui pour la première fois, propose non plus d’acheter mais de louer (prix dérisoire) des polices de caractères, ce qui porte l’offre et la diversité typographiques à un niveau inédit : 1 000 polices contre 80 sur Diatronic auxquels s’ajoutent 16 polices supplémentaires tous les mois. « typoGabor présente » naît en 1980 de deux constats.

Il ne s’agit plus de faire de la Pub pour une entreprise, mais d’informer et d’éduquer un marché. La Publicité. Un marché où s’affrontaient une trentaine de concurrents proposant tous à peu près les mêmes services (24 / 24, coursiers, catalogues de calibrage gratuits et qualité de composition supérieure à celle de l’édition ou de la Presse). TypoGabor connaît alors le succès. Les Directeurs Artistiques affluent et les commandes doublent de volume en l’espace de 2 ans. Mais la formule marketing du magazine ne plaisait plus à Peter Gabor. Il y préféra une formule nouvelle autorisant toutes les expérimentations typographiques. Le magazine littéraire de typoGabor était né.

Plusieurs directeurs artistiques vont se succéder dans les cuisines typographiques de la maison Gabor. Bill Butt, Jérôme Binda, Philippe Duriez et pour finir Paul Gabor qui revient en 89 par une magistrale œuvre consacré aux Droits de l’Homme. L’Âge d’Homme.
L’expérience de la photocomposition fut de courte durée. Le Postscript arrive sous la forme commercialisée d’Adobe Type Manager et tous les prestataires de composition perdent 50 clients par jour à partir de 1990. Peter Gabor tenta encore d’adapter son entreprise en devenant le premier compositeur qui a basculé la totalité de son fonds sur Macintosh.

Mais les dettes s’accumulant et victime d’un administrateur judiciaire peu scrupuleux, il finit par baisser les bras, non sans avoir personnellement créé 4 polices de caractères pour le Journal Libération en 1994.

Une aventure de vie passée à promouvoir la diversité et la qualité de composition, parce que comme l’aimait à rappeler son père Paul, d’après une phrase de Jean Cocteau : « Le style n’est pas une danse mais une démarche ».

Nous sommes en janvier 1983. typoGabor vient de renaître de ses cendres. En effet c’est peu dire que nous revenions de loin. Début 1980 la Maison était au bord du dépôt de bilan. Tous les indicateurs étaient dans le rouge. Les machines Berthold étaient systématiquement en panne un jour sur deux. Les techniciens de Berthold défilaient quotidiennement sans pour autant être capable de stabiliser la situation. Parallèlement nous sortions d’une crise sociale difficile. La CGT du livre s’était mis en tête d’avoir « la peau » de l’entreprise. Sans raison valable.

C’est seulement une vingtaine d’années plus tard que j’ai eu la fin mot de cette histoire. Je m’étais fait un ami à San Francisco lors d’une réunion du Seybold Report. Et plus tard en 1995 il m’avoua que la CGT n’avait rien contre typoGabor. Juste qu’ils voulaient faire un exemple dans la profession. Ils étaient mal tombés. J’ai toujours été un combattif et d’être né dans un pays communiste (la Hongrie) m’avait donné une culture des luttes syndicales qui dépassaient de loin ce qu’on apprend en sociologie à René Descartes (3 ans d’études).


Nous sommes donc enfin sur le bon chemin. L’outil de production Alphatype ayant remplacé avantageusement les Diatronic de Berthold, nous lancions un programme de communication annuelle qui débordait d’inventivité et de présence dans les agences de publicité. Ici une couverture entièrement calligraphiée par Albert Boton. Lui avais donné ce texte un peu grandiloquent mais qui résumait bien la foi que nous avions dans l’avenir des technologies numériques. Au point d’ailleurs que Berthold s’était mis en tête de racheter la société Alphatype pour proposer les mêmes technologies à leurs clients.

Quand une société de 3500 salariés commence à imiter ta stratégie, tu comprends alors que tu n’es pas complètement fou. Me souviens d’un déjeuner homérique où le patron de Berthold France m’invite pour m’annoncer avec fierté le rachat d’Alphatype par sa société et leur intention d’effacer toutes les dettes de typoGabor sur la maintenance désastreuse des Diatronic: « Vous comprenez Monsieur Gabor, avec tout l’argent que nous avons fait grâce à vous… » Je n’étais pas peu fier… les aventures rocambolesques des chefs d’entreprise. Époustouflant.

Voici le Modern ITC dessiné par Edward Benguiat que j’avais rencontré plusieurs fois aux Assemblées Générales de l’ATYPI. Devenu un ami depuis. J’aurais tant de choses à raconter sur Ed Benguiat. Me souviens d’un déjeuner formidable à trois, avec Paul Gabor. Nous avons évoqué la carrière de l’un et de l’autre. Je buvais du petit lait. Avoir eu la chance de connaître les monstres sacrés de nos métiers. Sans doute un des privilèges de ma longue expérience. Mais pas que. J’ai pendant longtemps préféré la compagnie des « hommes d’expérience » que de « jouer » avec les gens de mon âge. Un besoin inné et récurent d’apprendre et encore d’apprendre. Et aujourd’hui bizarrement c’est le contraire qui se passe. J’apprends plus des jeunes que des gens de mon âge. Un besoin vital.

Le Modern ITC est une Transitionnelle (merci Jonathan) classique (Vox l’aurait appelé Réale). Ce qui en fait une police novatrice se trouve inscrit dans la charte de la création de tous les ITC. Des jambages résolument courtes pour permettre de composer des textes avec un œil assez grand et sur-interligner à volonté selon le rythme désiré. Ce qui n’était pas le cas avec les didots classiques aux jambages interminables.

Je connaissais Albert Boton depuis qu’il avait rejoint le studio Hollenstein. Plus tard je l’ai rencontré encore à l’Agence Delpire. Puis à Carré Noir. Nous étions devenus assez vite de grands amis. Puis un jour je lui demandé de participer au programme du Centre de Création Typographique que j’avais créé avec Paul Gabor. Il nous dessina son magnifique Boton… Ici donc un interview du grand Albert. Que j’ai voulu d’abord éclairer par son amour de la musique et de la haute fidélité « ésotérique ». Il faut non seulement regarder le travail d’Albert Boton, mais aussi l’écouter parler. Son phrasé, le timbre de sa voix, un peu texan, sont à eux seuls le témoignage d’une sensibilité à fleur de voix. Je crois qu’il caresse les mots, comme il caresse les lettres. Une unité parfaite. Il est à lui seul un être multimédia, audio-visuel. Dans la suite de l’article on découvre les innombrables logos qu’il dessina au long de sa carrière. Un plaisir sans cesse renouvelé.

Ici sur cette page des exemples de Calligraphies de Claude Mediavilla. Dont j’ai déjà fait mention dans ce blog ici.

Il y a quelque chose de « bizarre » dans le texte ci-dessus qui illustre la page des Baskerville ITC. Nous y évoquons quelques pages du Chien des Baskerville de Sir Conan Doyle. Était-ce une prémonition ou pas ? Toujours est-il que la littérature fait brusquement irruption dans un magazine typoGabor présente, alors même que nous ne savions pas encore qu’un jour de 1986 j’allais inventer la formule des magazines littéraires et typographiques. Sans doute une appétence, une envie refoulée de m’approcher de la littérature.

Penta. Là aussi prémonition. Je ne peux pas expliquer autrement la présence de cet article. J’ai rencontré Yves Droucpeet qui dirigeait la Photogravure Penta, grâce à une responsable de la Fabrication de Carré Noir. J’y ai découvert non seulement un métier dont je ne connaissais que le versant noir et blanc, mais surtout la numérisation en marche de ce métier qui ne voyait pas non plus encore l’arrivée des Macintosh et du Postscript. Cependant, à l’instar de typoGabor ils avaient senti le vent tourner et avaient investi sur des machines lourdes, du Crossfield, si ma mémoire est bonne. Avec une multitude de Disques durs Control Data. Imaginez. Là où un seul disque dur de 300Mo suffisait pour six mois de production de texte en photocomposition, il fallait quasiment un disque dur par image dans une photogravure numérique. Vous le savez bien, aujourd’hui il n’est pas rare d’ouvrir ou de créer des images qui font 500Mo. Cela ne représente plus grand chose. Mais à l’heure de la naissance du numérique, scanner, corriger et flasher une image, une page en numérique demandait des investissements incroyablement lourds. Me souviens qu’Yves Droucpeet me parlait d’une douzaine de millions de Francs pour une unité de production du coté de la rue de Sèvres. Là où nous avions nous investi seulement 1,2 million pour nos unités de photocomposition. Tu fais la même chose aujourd’hui sur un MacBookPro, un bon scanner ou mieux un appareil photo numérique. Tu n’as plus besoin de scanner. Tout simplement. C’était il y a 33 ans. Loi de Moore oblige.

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l’Histoire des Magazines typoGabor N°7 | Le Monde Numérique

Avec l’aimable autorisation de Frank Adebiaye.

« TypoGabor présente » N°7 Le Monde Numérique

Même si certaines manifestations graphiques sont en germe dès 1968, typoGabor est fondée en 1973 par Paul et Peter Gabor. L’activité de la société est double : atelier de création graphique autour des clients historiques de Paul Gabor et société de services typographiques sous l’égide de Peter Gabor.

Les premières années de typoGabor sont rythmées par le fonctionnement coûteux et limité des Diatronic de Berthold. Tant et si bien qu’à la fin des années 1970, la continuité d’exploitation semble compromise. C’est à la faveur d’une annonce dans la revue CARACTÈRE que Peter Gabor découvre l’Alphatype. Il y voit l’amorce d’une révolution du digital. Ce sera son ami (depuis) Raymond Aubry, chef d’Atelier de Graphiservice à Bruxelles qui achèvera de le convaincre. Un système de composition américain venant de Chicago, qui pour la première fois, propose non plus d’acheter mais de louer (prix dérisoire) des polices de caractères, ce qui porte l’offre et la diversité typographiques à un niveau inédit : 1 000 polices contre 80 sur Diatronic auxquels s’ajoutent 16 polices supplémentaires tous les mois.


« typoGabor présente » naît en 1980 de deux constats. Il ne s’agit plus de faire de la Pub pour une entreprise, mais d’informer et d’éduquer un marché. La Publicité. Un marché où s’affrontaient une trentaine de concurrents proposant tous à peu près les mêmes services (24 / 24, coursiers, catalogues de calibrage gratuits et qualité de composition supérieure à celle de l’édition ou de la Presse). typoGabor connaît alors le succès. Les Directeurs Artistiques affluent et les commandes doublent de volume en l’espace de 2 an. Mais la formule marketing du magazine ne plaisait plus à Peter Gabor. Il y préféra une formule nouvelle autorisant toutes les expérimentations typographiques.

Le magazine littéraire de typoGabor était né. Plusieurs directeurs artistiques vont se succéder dans les cuisines typographiques de la maison Gabor. Bill Butt, Jérôme Binda, Philippe Duriez et pour finir Paul Gabor qui revient en 89 par une magistrale œuvre consacré aux Droits de l’Homme. L’Âge d’Homme.

L’expérience de la photocomposition fut de courte durée. Le Postscript arrive sous la forme commercialisée d’Adobe Type Manager et tous les prestataires de composition perdent 50 clients par jour à partir de 1990. Peter Gabor tenta encore d’adapter son entreprise en devenant le premier compositeur qui a basculé la totalité de son fonds sur Macintosh. Mais les dettes s’accumulant et victime d’un administrateur judiciaire peu scrupuleux, il finit par baisser les bras, non sans avoir personnellement créé 4 polices de caractères pour le Journal Libération en 1994.

Une aventure de vie passée à promouvoir la diversité et la qualité de composition, parce que comme l’aimait à rappeler son père Paul, d’après une phrase de Jean Cocteau : « Le style n’est pas une danse mais une démarche ».

Ce n’est sans doute pas la couverture que je préfère. Le dessin n’est pas terrible, et le traitement graphique est à vomir. Mais l’intention était là. Se poser une question. Pourra-t-on un jour numériser la matière « humaine ». Bien entendu de nombreux auteurs de Science Fiction avaient décrit ce processus. J’avais dévoré ces auteurs pendant mon adolescence.

Et l’irruption du numérique dans mon secteur d’activité était comme une bouffée d’air frais dans un monde dominé jusqu’alors par la mécanique très souvent défaillante. Il faut savoir que Berthold avait choisi une technologie 2ème génération où un Schtelwerk, une sorte de boîte noire en fonte, faisait monter / descendre et se faire déplacer latéralement une plaquette de caractère rectangulaire de 10 cm de coté (long). Chaque lettre exposée (pendant un millième de seconde) arrivait en face de l’objectif de la photocomposeuse pour faire la place à la suivante. La vitesse de « flashage » atteignait difficilement les 20.000 caractères heure. Alors que dans le même temps les machines qui fonctionnaient sur le principe de la lumitype (disque rotatif) permettaient d’atteindre des vitesses 2 à 3 fois supérieures.

L’arrivée d’Alphatype avec le principe de numérisation des polices nous a fait sauter d’un bond gigantesque. L’on pouvait désormais « flasher » à près de 100.000 caractères / heure et nous avions installé deux de ces appareils dans l’atelier. Nous venions de nous lancer dans l’espace intersidéral de la vitesse (toute relative pour l’époque). La productivité a toujours été au cœur des inquiétudes des industriels, fussent ceux de services de composition. Mais le fait est, que lorsqu’on choisissait la marque d’un matériel, on était poings et mains liés pour le Front-end (les écrans de travail) et le Back-end (les flasheuses et les polices de caractères spécifiques à chaque marque).

Il faudra attendre l’arrivée tragi-comique et miraculeuse du Postscript pour enfin se dégager de ces contraintes de systèmes propriétaires. Tragi-comique parce que si la profession des compositeurs n’a pas survécu à cette révolution, ça n’était que le début d’une remise en question de toute l’industrie du service (tertiaire). Bientôt tous les métiers allaient être touchés pour arriver aujourd’hui à l’expression d’ubérisation de la société. Disons que le métier de photocompositeur a été la première à se faire ubériser en 1989 et que personne alors ne s’inquiétait des conséquences de cette révolution étendue à toutes les pratiques professionnelles.

L’article ci-dessus se termine par la phrase «Demain, il n’y aura plus de communication, que pointue, précise, bien ciblée». Me trompais-je ? Fier d’avoir écrit ce long texte (cliquez pour zoomer) qui résume la relation entre les typographes et les Agences de Publicité.

Un très bel article en hommage à un viel ami de la famille. José Mendoza y Almeida. Il travailla pour Roger Excoffon sur les caractères de l’Antique Olive, Nord Compact, et fut le créateur du Photina, grande commande de la fonderie Monotype sous la direction artistique de John Dreyfus. Dix ans de travail assidu pour créer une des plus belles séries de caractères qu’on n’ait jamais vu.

Un magnifique texte d’Andrée Simons peu de temps avant qu’elle mette fin à son existence si précieuse pourtant.

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l’Histoire des Magazines typoGabor | N°3 La Typo Américaine digitale à Paris

Avec l’aimable autorisation de Frank Adebiaye:

« TypoGabor présente »

N°3 | La Typo Américaine à Paris

Même si certaines manifestations graphiques sont en germe dès 1968, typoGabor est fondée en 1973 par Paul et Peter Gabor. L’activité de la société est double : atelier de création graphique autour des clients historiques de Paul Gabor et société de services typographiques sous l’égide de Peter Gabor.

Les premières années de typoGabor sont rythmées par le fonctionnement coûteux et limité des Diatronic de Berthold. Tant et si bien qu’à la fin des années 1970, la continuité d’exploitation semble compromise. C’est à la faveur d’une annonce dans la revue CARACTÈRE que Peter Gabor découvre l’Alphatype. Il y voit l’amorce d’une révolution du digital. Ce sera son ami (depuis) Raymond Aubry, chef d’Atelier de Graphiservice à Bruxelles qui achèvera de le convaincre. Un système de composition américain venant de Chicago, qui pour la première fois, propose non plus d’acheter mais de louer (prix dérisoire) des polices de caractères, ce qui porte l’offre et la diversité typographiques à un niveau inédit : 1 000 polices contre 80 sur Diatronic auxquels s’ajoutent 16 polices supplémentaires tous les mois.

« typoGabor présente » naît en 1980 de deux constats. Il ne s’agit plus de faire de la Pub pour une entreprise, mais d’informer et d’éduquer un marché. La Publicité. Un marché où s’affrontaient une trentaine de concurrents proposant tous à peu près les mêmes services (24/24, coursiers, catalogues de calibrage gratuits et qualité de composition supérieure à celle de l’édition ou de la Presse). typoGabor connaît alors le succès. Les Directeurs Artistiques affluent et les commandes doublent de volume en l’espace de 2 ans.

Mais la formule marketing du magazine ne plaisait plus à Peter Gabor. Il y préféra une formule nouvelle autorisant toutes les expérimentations typographiques. Le magazine littéraire de typoGabor était né. Plusieurs directeurs artistiques vont se succéder dans les cuisines typographiques de la maison Gabor. Bill Butt, Jérôme Binda, Philippe Duriez et pour finir Paul Gabor qui revient en 89 par une magistrale œuvre consacré aux Droits de l’Homme. L’Âge d’Homme.

L’expérience de la photocomposition fut de courte durée. Le Postscript arrive sous la forme commercialisée d’Adobe Type Manager et tous les prestataires de composition perdent 50 clients par jour à partir de 1990. Peter Gabor tenta encore d’adapter son entreprise en devenant le premier compositeur qui a basculé la totalité de son fonds sur Macintosh. Mais les dettes s’accumulant et victime d’un administrateur judiciaire peu scrupuleux, il finit par baisser les bras, non sans avoir personnellement créé 4 polices de caractères pour le Journal Libération en 1994.

Une aventure de vie passée à promouvoir la diversité et la qualité de composition, parce que comme l’aimait à rappeler son père Paul, d’après une phrase de Jean Cocteau : «Le style n’est pas une danse mais une démarche».

 

 

• à chaque sortie de magazine, le plaisir d’offrir à voir des nouveautés d’une qualité de dessin et de composition très performante. Il faut savoir qu’ITC avaient conçu un programme de création spécialement pour la publicité et la Presse. Burns qui avait longtemps séjourné dans le Composing Room à New York, savait qu’un des soucis majeurs étaient la hauteur d’œil et la hauteur des jambages montants et descendants. La Publicité avait besoin de confort de lecture (un œil plus grand) mais aussi de pouvoir jouer plus facilement sur les interlignages. Or beaucoup de polices parmi les Old Style, présentaient des contrastes bien trop importants à ses yeux. Goudy, Caslon, Garamond etc. Et même le Futura de Paul Renner dont les jambages originaux étaient interminables. C’est ainsi qu’il fut décidé au sein du Board d’ITC de promouvoir un standard de rapport «hauteur de x/X» adapté à un marché en évolution.

• j’ai toujours été fasciné par la créativité dont sont capables les jeunes qui fréquentent les écoles d’art. C’est là une de mes passions, et dès le début des années 80 j’ai privilégié cette exposition des jeunes talents pour démontrer l’inénarrable possibilité des jeunes à imaginer, à remettre en question, à expérimenter. Et c’est au sein de l’ESAG où j’enseignais en Master 1 (4ème année) durant treize ans que j’ai puisé cette merveilleuse versatilité. Plus récemment, en prenant la direction de l’école e-artsup j’ai eu la chance de recommencer cette expérience de partage, ce que je continue de pratiquer quotidiennement sur ma page Facebook.

• il nous a fallu un certain temps pour digérer les 1000 polices de caractères qu’Alphatype nous avaient expédié de Chicago. Les inventorier, commencer à les tester, entreprendre une vaste remise en question systématique des approches de pairs standards grâce au travail de Serge Cortesi. Un travail titanesque…de fourmi. Mais le résultat était au rendez-vous. Les clients, les innombrables directeurs artistiques reconnaissaient la qualité de nos compositions. J’en connais encore beaucoup qui s’en souviennent.

Publié dans Formation et méthodo, Ouvrages et Expressions, Production Graphique, Typo | Histoire, Typographie et typographies | Commentaires fermés sur l’Histoire des Magazines typoGabor | N°3 La Typo Américaine digitale à Paris

L’histoire des magazines typoGabor | N°1 American Type Collection

Avec l’aimable autorisation de Frank Adebiaye:

Même si certaines manifestations graphiques sont en germe dès 1968, typoGabor est fondée en 1973 par Paul et Peter Gabor. L’activité de la société est double : atelier de création graphique autour des clients historiques de Paul Gabor et société de services typographiques sous l’égide de Peter Gabor.
Les premières années de typoGabor sont rythmées par le fonctionnement coûteux et limité des Diatronic de Berthold. Tant et si bien qu’à la fin des années 1970, la continuité d’exploitation semble compromise. C’est à la faveur d’une annonce dans la revue CARACTÈRE que Peter Gabor découvre l’AlphaType. Il y voit l’amorce d’une révolution du digital. Ce sera son ami (depuis) Raymond Aubry, chef d’Atelier de Graphiservice à Bruxelles qui achèvera de le convaincre. Un système de composition américain venant de Chicago, qui pour la première fois, propose non plus d’acheter mais de louer (prix dérisoire) des polices de caractères, ce qui porte l’offre et la diversité typographiques à un niveau inédit : 1 000 polices contre 80 sur Diatronic auxquels s’ajoutent 16 polices supplémentaires tous les mois. « typoGabor présente » naît en 1980 de deux constats. Il ne s’agit plus de faire de la Pub pour une entreprise, mais d’informer et d’éduquer un marché. La Publicité. Un marché où s’affrontaient une trentaine de concurrents proposant tous à peu près les mêmes services (24/24, coursiers, catalogues de calibrage gratuits et qualité de composition supérieure à celle de l’édition ou de la Presse). typoGabor connaît alors le succès. Les Directeurs Artistiques affluent et les commandes doublent de volume en l’espace de 2 ans. Mais la formule marketing du magazine ne plaisait plus à Peter Gabor. Il y préféra une formule nouvelle autorisant toutes les expérimentations typographiques. Le magazine littéraire de typoGabor était né. Plusieurs directeurs artistiques vont se succéder dans les cuisines typographiques de la maison Gabor. Bill Butt, Jérôme Binda, Philippe Duriez et pour finir Paul Gabor qui revient en 89 par une magistrale œuvre consacré aux Droits de l’Homme. L’Âge d’Homme.
L’expérience de la photocomposition fut de courte durée. Le Postscript arrive sous la forme commercialisée d’Adobe Type Manager et tous les prestataires de composition perdent 50 clients par jour à partir de 1990. Peter Gabor tenta encore d’adapter son entreprise en devenant le premier compositeur qui a basculé la totalité de son fonds sur Macintosh. Mais les dettes s’accumulant et victime d’un administrateur judiciaire peu scrupuleux, il finit par baisser les bras, non sans avoir personnellement créé 4 polices de caractères pour le Journal Libération en 1994.
Une aventure de vie passée à promouvoir la diversité et la qualité de composition, parce que comme l’aimait à rappeler son père Paul, d’après une phrase de Jean Cocteau : «Le style n’est pas une danse mais une démarche».


Magazine «typoGabor présente» de novembre 1980 où il est question du lancement de la collection digitale des caractères de photocomposition de typoGabor. Technologie Alphatype.


• Si vous cliquez sur cette page, vous pourrez lire mes prévisions en bas de la deuxième colonne sur l’avenir du monde numérique tel que je l’imaginais. De fait la seule chose que je n’avais pas prévu tient en deux mots: marketing de masse. Le Mass Market a démocratisé les outils, à un point inimaginable à ce moment précis de l’histoire des technologies. Il faut savoir que les machines Alphatype que nous avions fait venir de Chicago coûtaient au bas mots environ 1,2 millions de FF. ce qui équivaut à un système de composition de texte à 163.000 €uros. C’est du lourd comme dirait Fabrice Luchini.

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l’Histoire des Magazines typoGabor | N°2 | Allan, Lubalin, Benguiat

Avec l’aimable autorisation de Frank Adebiaye:

« TypoGabor présente »

N°2 | Allan, Lubalin, Benguiat

Même si certaines manifestations graphiques sont en germe dès 1968, typoGabor est fondée en 1973 par Paul et Peter Gabor. L’activité de la société est double : atelier de création graphique autour des clients historiques de Paul Gabor et société de services typographiques sous l’égide de Peter Gabor.

Les premières années de typoGabor sont rythmées par le fonctionnement coûteux et limité des Diatronic de Berthold. Tant et si bien qu’à la fin des années 1970, la continuité d’exploitation semble compromise. C’est à la faveur d’une annonce dans la revue CARACTÈRE que Peter Gabor découvre l’Alphatype. Il y voit l’amorce d’une révolution du digital. Ce sera son ami (depuis) Raymond Aubry, chef d’Atelier de Graphiservice à Bruxelles qui achèvera de le convaincre. Un système de composition américain venant de Chicago, qui pour la première fois, propose non plus d’acheter mais de louer (prix dérisoire) des polices de caractères, ce qui porte l’offre et la diversité typographiques à un niveau inédit : 1 000 polices contre 80 sur Diatronic auxquels s’ajoutent 16 polices supplémentaires tous les mois.

« typoGabor présente » naît en 1980 de deux constats. Il ne s’agit plus de faire de la Pub pour une entreprise, mais d’informer et d’éduquer un marché. La Publicité. Un marché où s’affrontaient une trentaine de concurrents proposant tous à peu près les mêmes services (24/24, coursiers, catalogues de calibrage gratuits et qualité de composition supérieure à celle de l’édition ou de la Presse). typoGabor connaît alors le succès. Les Directeurs Artistiques affluent et les commandes doublent de volume en l’espace de 2 ans.

Mais la formule marketing du magazine ne plaisait plus à Peter Gabor. Il y préféra une formule nouvelle autorisant toutes les expérimentations typographiques. Le magazine littéraire de typoGabor était né. Plusieurs directeurs artistiques vont se succéder dans les cuisines typographiques de la maison Gabor. Bill Butt, Jérôme Binda, Philippe Duriez et pour finir Paul Gabor qui revient en 89 par une magistrale œuvre consacré aux Droits de l’Homme. L’Âge d’Homme.

L’expérience de la photocomposition fut de courte durée. Le Postscript arrive sous la forme commercialisée d’Adobe Type Manager et tous les prestataires de composition perdent 50 clients par jour à partir de 1990. Peter Gabor tenta encore d’adapter son entreprise en devenant le premier compositeur qui a basculé la totalité de son fonds sur Macintosh. Mais les dettes s’accumulant et victime d’un administrateur judiciaire peu scrupuleux, il finit par baisser les bras, non sans avoir personnellement créé 4 polices de caractères pour le Journal Libération en 1994.

Une aventure de vie passée à promouvoir la diversité et la qualité de composition, parce que comme l’aimait à rappeler son père Paul, d’après une phrase de Jean Cocteau : «Le style n’est pas une danse mais une démarche».

 

 


Où l’on voit que les textes sont assez dithyrambiques: mais le fait était là, typoGabor offrait pour la première fois sur le marché parisien un choix de caractères de composition inédit jusques là. Cette culture du choix nous venait sans doute de la première phase de développement de l’entreprise. Nous avions commencé comme un studio de Titrage. Or sur ce créneau de marché le choix typographique était l’un des facteurs de réussite. La qualité de composition en était son parfait complément.
Quand j’ai découvert le système Alphatype à Bruxelles (après avoir vu l’info dans la revue CARACTÈRE), j’ai tout de suite saisi la novation qu’il nous apportait. Cette fonderie, ce fabricant de système de composition situé à Chicago, proposait non plus d’acheter les polices, mais de nous louer leur typothèque moyennant des redevances annuelles et une mise à jour quasi mensuelle. C’était bien moins onéreux que l’achat des polices Diatronic de chez Berthold. Ce fut une révolution dans les Agences de Publicité. Une avalanche de choix typographique de composition de texte. Du jamais vu auparavant à Paris. Ceci explique donc le style de communication assez «boy scout» je dois reconnaître. Mais nous vivions cela avec une passion démesurée.


où l’on voit illustré les technologies que nous avions fait venir de Chicago. Front-end, Back-end. Les écrans de saisie, les photocomposeuses digitales qui composaient avec une définition de 5200 dpi (dot per inch), une prouesse technique. À gauche dans l’image l’on voit les unités de mémoires Control Data qui contenaient 300Mo de volume de texte. Et les unités de composition juste à côté. Tout le système était doublé en Sauvegarde miroir (style RAID) afin de ne jamais interrompre la production en raison d’une panne quelconque.

 


Ici l’on montre l’activité du Studio Gabor que Paul Gabor dirigeait pendant que je développais l’atelier de composition. Bien sûr que j’étais souvent frustré. Si j’avais eu le choix, je crois que j’aurais préféré travailler à développer le studio de graphisme. Mais les responsabilités étaient telles qu’il m’était impossible de me couper en deux. Paul m’appelait très souvent pour me demander mon avis sur les créations, et je dois avouer que notre collaboration était marqué du sceau d’une complicité sans faille jusqu’à 1986. Rien ne sortait du Studio que nous n’ayons Paul et moi discuté, corrigé ensemble. Ma frustration était plus du coté de la réalisation. Il fallait déléguer, là où j’aurais sans doute préféré réaliser moi-même.


Nous étions les premiers à recevoir tous les caractères ITC qui sortaient à New York. Parce que Alphatype en optant pour la technologie digitale s’était détachée des contraintes de fabrication très lourdes des polices de 2ème génération. Les dessins d’ITC fournis à Alphatype étaient directement numérisés, complétés avec un programme d’approches et de kernings, et immédiatement envoyés à tous les clients de la firme de Chicago dans le monde entier. Berthold, ou Compugraphic avaient besoin de plusieurs mois de travail assidu pour diffuser les mêmes polices fabriquées de façon photographique et traditionnelle.

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Logo Société Générale | Interdit d’entrer

#Logo #SociétéGénérale. #Société #Générale #Interdit #Interdit_d’entrer

Ou comment un établissement bancaire peut au travers de son logo dévoyer totalement sa mission. Je ne vais pas faire ici la liste de toutes les banques françaises ou étrangères. J’avais déjà consacré un article à la naissance de ce logo en 2006 je crois… (http://bit.ly/1LK90Ps) et Dominique Grosmangin qui avait dirigée la refonte du logotype et de la marque de la Banque, m’avait répondue ici (http://bit.ly/24tbhdj). Certains parmi vous comme Aaron Levin peuvent apporter leur témoignage avisé au déroulement de cette aventure professionnelle.

Je ne vais donc pas revenir sur l’histoire et toute l’analyse que j’en avais fait à cette époque. Cf mon blog sur les liens indiqués <http://bit.ly/1LK90Ps> & <http://bit.ly/24tbhdj>.
Mais voilà. Cela fait depuis longtemps que je voulais revenir sur la refonte de la refonte de cette marque. Sur l’idée absolument sotte et grenue d’avoir sorti précisément le logotype du carré rouge et noir symboles de force et de germanisme. Vous vous souvenez qu’à l’époque j’avais cru que la création de cette nouvelle image était destinée à abandonner à terme le mot SOCIETE, sans accent comme le précise. Dominique Grosmangin) Pour ne garder uniquement que le substantif GENERAL. Au même moment il y avait des négociations entre la banque française et la banque Belge s’appelant La Générale, «négos» qui avaient échoués.
Mais voilà. Que se passe-t-il dix ans après mes premiers posts sur le sujet. La Banque Société Générale se trouve affublée d’un panneau de signalisation qui équivaut à un sens interdit. N’entrez surtout pas. Il n’y a personne ici pour vous parler, vous recevoir. D’ailleurs, l’opacité blindée de la porte d’entrée est là pour nous rappeler qu’il ne s’agit plus d’un lieu amical où l’on peut venir demander des conseils à des experts en placement, en finance ou tout simplement en crédits d’investissement. Circulez. Il n’y a rien à dire, ni à voir. Sens interdit. Allez donc vous connecter à notre banque en ligne et laissez nous robotiser, et licencier tout le personnel des guichets dont nous n’avons que faire. Votre argent travaille, pour nous. La Banque. Et cette porte que vous voyez là, et ce logo que vous discernez ici, sont là pour nous rappeler la mutation numérique du monde de la finance qui n’a plus que faire d’un commerce de proximité. Le Village est devenu Global grâce à McLuhan et la Société Générale vous dit « it’s closed » « do not enter ». It is not for You.
Alors qu’est-ce qu’un logo, qu’est-ce qu’une image de marque. À quoi ça sert ? À quoi ça a servi. Fédérer est sans doute le mot qui revenait le plus souvent dans la bouche des publicitaires et des designers. Fédérer les usagers-consommateurs autour de l’image d’une banque sympathique, accueillante et «près de chez vous»Une image de marque servait à venir affirmer des valeurs, de service, de qualité et de confiance. Deux révolutions sont passés par là pour détruire des années de labeur des designers.
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1— Les crises financières successives dont la dernière de 2008 a eu des conséquences dévastatrices sur la planète toute entière.
2— La digitalisation ou numérisation, à marche forcée des établissements financiers. Plus de bourse, plus de salles de marché, plus d’agences, plus de conseillers. Des algorithmes et du Big Data. Et des Flux à Très Haute Fréquence. La Banque a cessé d’être ce lieu magique où l’on pouvait encore négocier son avenir et convaincre un être humain du bien fondé de ses projets.
Sens Interdit. N’entrez pas dans cette Banque, car elle n’existe plus. Ce coin de rue, ce panneau sens interdit, ce symbole Rouge et Noir traversé horizontalement par un trait blanc signifie sans conteste une image négative, celui d’un passage interdit, d’un lieu interdit, d’une voie interdite, d’un SENS interdit.

Est-ce là un symptôme ou un Saint-Homme comme dirait certains de mes connaissances, en tous cas voici venir un monde merveilleux où il va être essentiel de trouver du sens.

© peter gabor | https://twitter.com/petergabor | https://www.facebook.com/peter.gabor

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