Roger Excoffon | Typographe et Peintre

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Roger Excoffon pour beaucoup d’entre-nous était d’abord un graphiste et typographe. Un jour, quelque temps après sa disparition un hommage lui fut rendu à l’Hotel de la Monnaie et là je vous jure que nous avons tous été plus que surpris. La presque totalité de l’exposition était consacrée à son œuvre picturale. Comment voulez-vous encore avoir confiance dans les apparences.

Les quelques pages qui suivent sont issues d’un livre-album intitulé Caractère Noël édité dans les années 60 par la Compagnie Française d’Édition d’Emmanuel Ollive (avec deux L s’il vous plait), 40 rue du Colisée, sous les auspices de la Fédération Française des Syndicats Patronaux de l’Imprimerie et des Industries Graphiques.

Il est fort probable qu’un jour je mette en ligne l’intégralité d’un ou deux de ces volumes auxquels ont collaboré à peu près tout ce qui se comptait comme typographes et graphistes de renom à cette époque (J.BASSEVILLE, G.BLACHARD, J.DEVILLERS, FRANÇOISE FUZIER, PAUL GABOR, JUSTIN GRÉGOIRE, ALBERT HOLLENSTEIN, PETER KNAPP, ALDO NOVARESE, RÉMY PEIGNOT, FERNAND BAUDIN, MARCEL BENARD, FRANÇOIS BOUCHER, JACQUES BOURGEAT, CHRISTIAN COMAL, RENÉ DESSIRIER, DICK DOOIJES, JOHN DREYFUS, ROGER EXCOFFON, GÉRARD FINEL, ADRIEN FRUTIGER, PIERRE GAUDIN, RAYMOND GID, MARCEL JACNO, ANDRÉ JAMMES, HENRI JONQUIÈRES, HENRI MASSIS, JOSÉ MENDOZA, VICTOR MERIGOT, RICHARD MONOD, RENÉ-HENRI MUNCH, RENÉ PONOT, PIERRE ROBES, JEAN ROUSSET DE PINA, HENRI STEINER, JEANNE VEYRIN-FORRER, MAXIMILIEN VOX).

La particularité de ces ouvrages, d’être de véritables livres-objet puisqu’imprimés sur au moins 10 papiers différents, par cahiers reliés-cousus, véritables portails manuels des métiers du livre qui présentent, évoquent, débattent sur tous les courants graphiques de ces années d’après-guerre. Il ne s’agit pas pour moi de nostalgie mais plutôt d’un regard vers un passé qui resurgit encore aujourd’hui à chaque détour de la création contemporaine. (un hommage aussi à un grand Monsieur de cette époque, Jean Derck alors directeur importateur des presses à cylindre d’Heidelberg en France et qui très aimablement s’était proposé d’imprimer gracieusement ces recueils qui ne font pas moins de 300 pages.

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à gauche le Choc et le Calypso, à droite le Nord et le Nord italique, caractères édités par le Fonderie Olive.

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Composition pour une couverture d’un document touristique : Italie | Air France

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Composition pour un hypnotyque | héliochromie de l’imprimerie Herbert

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à gauche composition pour un antinaupathique, à droite motif d’une couverture de plaquette sur la Provence | Air France

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en haut à droite composition pour un antigrippe

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en haut à gauche composition pour un équilibrant neurovégétatif, en bas couverture pour une palquette typographique, à droite étude d’une campagne de prestige pour une compagnie de produits chimiques

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en haut à gauche panneau décoratif pour stand de typographie, en bas étiquette pour un parfumeur, en haut à droite cartouche pour un livre d’or, en bas à droite page de publicité pour un caractère (Chambord et Vendôme)

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Page de publicité pour Air France à gauche et à droite couverture pour un programme du bal des petits lits blancs

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à gauche composition pour une thérapeutique de l’angoisse, à droite étude d’un monogramme pour l’Agence de Publicité «Urbi et Orbi»

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à gauche conditionnement pour un parfum, à droite en haut carte de vœux pour 1959, à droite et en bas graphisme pour une galerie de peinture

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à gauche une illustration extraite d’une plaquette de présentation typographique, à droite un fac-similé d’une jaquette en 3 couleurs

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à gauche de haut en bas: monogramme pour l’imprimerie des Tournelles et 2 monogrammes pour la Fonderie Olive, à droite fac-similé d’une carte de vœux en 6 couleurs et un monogramme pour les Glaces de Boussois

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monogramme pour le Salon des Techniques Papetières et Graphiques

Le cas de Roger Excoffon est celui d’un des très grands artistes contemporains. Artiste tout court: car le graphiste prestigieux – dans son genre aussi l’un des premiers – ne vient qu’ensuite.

Et cependant le graphisme est tellement son apparente raison d’être que l’on s’est habitué à ne le voir point autrement. Lui…?

Mais reprenons à la base. Entre l’école de 1925 – Cassandre, Vox, Jonquières, Salvat, Jacno – voisinant avec Paul Colin, Loupot et Jean Carlu… sans oublier l’influence de Charles Peignot – et les «nouvelles vague» du livre-club et de l’Helvétie-à-Paris: un nom se détache et fait balle, comme en affiche celui de Savignac:

EXCOFFON: nom sonore et chantant – dans les notes étouffées. Celui d’un dauphinois né à Marseille. D’un marseillais qui ressemble à un anglais. D’un britannique qui aurait l’âme d’un janséniste à la fois, et romantique.

Il est peintre. Il aime sa Provence. Le graphisme fut pour lui une vocation tardive, quasiment un devoir d’état. En moins de quinze années, la conjonction de Roger Excofon avec la Fonderie Olive a doté la France de ce qu’elle n’avait jamais connu depuis la «belle époque» de Georges Auriol et de Georges Peignot, au début du siècle: un interprète de la Lettre entièrement, foncièrement, intensément français. Exculsivement. Plus gallo-encore-que-latin, ce qui a rendu son succès international.

D’autres, de par leur hérédité, leur éducation, ont enrichi notre musique intérieure d’accents slaves, hispaniques, mittel-européens, belgisants, helvétiens. La graphie d’Excoffon fut provençale avant d’être française.

Car vivacité ne veut pas dire facilité: Roger Excoffon, l’homme de la griffe et du paraphe (plutôt que de l’arabesque) est aussi celui de la force contenue; du visage fermé, à la romaine; de l’improvisation, soit, mais vingt fois répétée.

Un saut périlleux au ralenti.

Excoffon n’a pas de règles apprises, mais une discipline de soi au sens monastique, déchirant – j’allais dire, calviniste. Ce qui lui permet d’être tout entier dans son œuvre, ce mélange d’accueil et de refus qui se résout (pour le spectateur) en une joie d’autant plus délicieuse d’avoir été difficile.

Il n’a pas pris de thèmes, comme la plupart d’entre-nous, dans les actualités successives, les vieilleries savoureuses, un excès d’érudition, ou un radar accrocheur de tous les snobismes. Pour le comprendre à fond, il faudrait le détester un peu; suivre et surprendre le cheminement de très petits motifs, mais poussés et creusés à l’extrême profondeur, peut-être à l’extrême réitération. Chaque matin, dirait-on, Excoffon, artiste scrupuleux, se réinvente selon les mêmes normes, celles qui lui sont sincères.

Le spectateur le moins averti découvrira le leitmotiv majeur du tourbillon; et celui (qui lui cède à peine) de la musique des sphères. Puis de la bataille d’angles et d’éclairs. Puis du scroll, de l’involution baroque. Le traitement de la couleur par suaves passages savants; du dessin par coups de pinceau japonais magnifié; de la surface à coups de ciseau ou de scalpel. Un arsenal mental et pictural surréaliste, mais à la manière d’un Henri Miller (auquel il fait penser) qui sans avoir lu une ligne de français devançait dans son subconscient et dans son écriture le Manifeste de 1918.

Mais d’instinct, l’auteur du Mistral, du Calypso, du Nord, a préféré cet abstrait absolu, cet art non-figuratif par définition qu’est la création et l’usage de la lettre d’imprimerie.

Tout lui est cas de conscience. S’il s’est donné à fond à l’École de Lure, c’est qu’il y sent un impératif; il a l’autocritique féconde. Malgré son amour de la chose typographique, il y touche avec la courtoisie distante, sans tendresse ni appétit, qui caractériserait un mariage de raison.

D’ailleurs est en train de lui venir la joie. Depuis quatre ans, Roger Excoffon est «entré en publicité» comme on entre en loge: avec la volonté- et aussi le pouvoir – d’engager dans une action décisive et publique les fruits d’une jeune maturité. C’est un champ clos d’expériences, un vrai champfleury, que la création et la diffusion des caractères d’imprimerie.

Du premier jet, sans avoir passé par les filières, Excoffon s’est trouvé à l’échelon supérieur du métier publicitaire: il y a pénétré par en haut comme le vin pénètre dans les bouteilles. Il a attaqué le problème de la grande publicité par la tête: non comme prétexte à concessions, mais comme moyen d’expression. De sur-expression.

Arrière les confidences du chevalet, la pénombre des Galeries, les tournemains de laboratoire… Au dur soleil de l’advertising, voici que loin de s’effacer, le talent essentiel d’un Excoffon s’exalte.

Ce qu’il n’oserait pour lui, qui intimiderait sa toile – publicitairement il l’ose. Pour le client, il a l’audace de l’audace. Heureuse. Et le public, l’homme-de-la-rue, qui comprend vite et loin, est heureux avec lui.

Louons les dieux d’avoir tiré ce peintre-dessinateur (il y en a peu) du culte du moi-seul, pour le jeter vif sur le papier agile, entre les rouleaux rapides, dilué dans l’encre odoriférente… le matériau de notre temps.

Les pages que voici sont un hommage raisonnable et raisonné – le premier – de la profession française de l’Imprimé à l’artiste entre tous en qui elle se sent grandir.

«J’imprime, oui: mais je m’exprime!»

MAXIMILIEN VOX

Ce texte est donc l’introduction des pages que vous venez de voir, qui précéde dans l’ouvrage «Caractère Noël» l’hommage de la profession à Roger Excoffon. Il est d’autant plus important et révélateur que Maximilien Vox (Monod) est à ce moment la figure emblématique de la culture typographique française. C’est entre 1950 et 1960 que Vox va lancer sa classiffication des caractères et vient de créer l’École de Lure à Lurs en Provence avec Jean Garcia et la collaboration de fidèles amis-typographes. Parmi les noms cités en début d’article nombre sont ceux qui participent de près ou de loin à ce renouveau de la typographie Française.

Un billet plus récent vous attend ici avec la suite complète de l’œuvre de Roger Excoffon. Admirable!

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Histoire des logotypes au 20e siècle

Franco Maria Ricci | Top Symbols & trademarks of the world | suite

J’avais déjà publié ici même le début d’une publication majeure dans le monde de l’édition graphique. Les enjeux pédagogiques sont de taille. J’ai déjà, dans ce blog soulevé à plusieurs reprises la difficulté à installer de nouvelles marques autant que des risques de relookages que nous voyons fleurir aux quatres angles de la planète. Ma contribution pour aussi faible qu’elle soit dans le firmament du design graphique n’a pour but que d’éveiller, montrer, analyser, comparer et se souvenir. C’est important la mémoire. Pour les logos plus que jamais. A la fois pour des raisons juridiques que marketing et j’en ai longuement parlé avec notre expert des logos Frédérique Glaize ainsi qu’avec Jonathan Munn (qui fut pendant quelques années graphic designer travaillant pour les Éditions Belin, et de pas mal d’autres éditeurs). Il était important d’agrandir le domaine visuel de la documentation des logotypes du passé. Cette édition de Franco Maria Ricci est épuisée depuis longtemps, et nous ne sommes pas nombreux à disposer de la collection complète. J’ai donc décidé de mettre en ligne les pages historiques de ce monument de travail en prenant la précaution de prévenir tout un chacun qu’à la demande des éditeurs ou d’ayants droits, je m’empresserai de retirer ces documents de mes blogs et sites. Après tout ils ont peut-être l’intention de rééditer un jour cette somme et je comprendrai alors leur démarche. En l’absence de leur réaction je maintiendrai actif cet espace pour le plus grand intérêt de mes lecteurs qui pourront ainsi cultiver leur regard, étayer leur discours et éviter parfois, souvent des erreurs comme l’on en voit de plus en plus dans le paysage actuel du branding. Et si par hasard les éditeurs ou ayant droits tombent sur mon blog ou site, je les remercie d’avance d’apporter leur concours dans les commentaires pour nous conter l’histoire de cette édition, le making-of d’un travail aussi remarquable, les difficultés qu’ils ont rencontré et le pourquoi de la non-réédition d’une œuvre aussi magistrale.

Voici quelques pages d’introduction de ce recueil suivi de l’adresse du site ou vous pourrez consulter régulièrement l’ensemble de l’édition qui sera mis à jour semaine après semaine.

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et l’adresse du site spécialement aménagé pour recevoir régulièrement les pages de ces dix ouvrages majeures.

Suite de ce billet avec la publication du deuxième volume de cette encyclopédie magistrale ici.

Publié dans Les Logos | Commentaires fermés sur Histoire des logotypes au 20e siècle

Gerard Hoffnung | musique et caricature

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Vous  penserez sans doute que je suis un peu dérangé: 1) de vous entraîner vers des visions qui n’ont qu’un très lointain rapport voire pas de rapport du tout avec le design et la typo 2) d’avoir classé cette note sous le chapitre Stanley Morison de mes billets.

Ne vous y fiez pas. J’ai découvert Gerard Hoffnung précisément à Londres lors de ma première rencontre avec John Dreyfus qui m’y avait invité pour assister à un de ces concerts mémorables organisé par les descendants de ce grand journaliste, caricaturiste et surtout grand mélomane, qui allait occuper une place à part dans le cœur des Anglais. C’était au Royal Albert Hall que se tenait ce jubilée. Foule dense des grands soirs, une attente interminable et puis brusquement une trompette rettentit sur ma gauche, silence. Puis une autre trompette de l’autre côté juste en face, et successsivement cette sonnerie de trompette se répand tout autour de nous et envahit tout l’espace circulaire de cette salle de concert si particulière, 24 trompettiste annonçaient le début du spectacle. Pour comprendre, apprécier et/ou découvrir ce qu’est un festival Hoffnung il vaut mieux vous diriger directement sur le site qui lui est consacré ici (en En) et ici (en Fr by Google translate).
Et c’est donc ce John Dreyfus si agréable, si élégant qui était à l’époque le directeur artistique et conseiller de la Monotype Corp, ayant pris la succession de Stanley Morison qui m’a initié à l’histoire de ce typographe hors du commun.

Mais pourquoi Hoffnung, parce qu’aussi bien vous pouvez remarquer depuis quelques jours un léger flottement sur mon blog, et je remercie quelques uns d’entre vous de vous être enquis de ma santé… Tout va bien, juste un peu débordé et surtout une prise de conscience de l’ampleur du travail. J’ai voulu aussi stopper le rythme effrené des publications pour ne pas tomber dans une sorte d’automatisme qui me ferait perdre fraîcheur et sensibilité. J’ai plein de notes en préparation et dans ma tête. Mais n’allons pas trop vite. Parfois le silence permet de décanter les priorités et une hiérarchie des notes nécessaires ou pas. Alors ce petit montage que j’ai fait à partir de dessins de Gerard Hoffnung pour dire combien on est seul aussi face à son public, et angoissé et transis et inquiet de la qualité des billets qu’on publie. Et parfois en colère ou déséspéré mais toujours enthousiaste et passionné. Merci mon public. Et n’hésitez pas à m’encourager, c’est mon seul salaire :-).

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© Gerard Hoffnung, reproduction interdite, usage strictement pédagogique

Publié dans Stanley Morison | Commentaires fermés sur Gerard Hoffnung | musique et caricature

L’histoire du Times New Roman | l’œuvre de Stanley Morison (5)

la présente note fait suite au billet numéro 4 ici

Jeudi 27 avril 2006

Il est des histoires que l’on met une éternité à terminer. Celui de Stanley Morison est de celles qu’on ne peut raconter qu’à peu près dégagé des contraintes du temps. Par bien des aspects, sa vie appartient au passé. C’est ainsi que pour me mettre dans l’ambiance de cette époque d’entre-deux guerres j’ai souvent plus recours à Mozart ou Haydn qu’au Jazz de TSF ou aux Musiques du Monde que j’ai découvert au Satellit-Café, voici déjà une quinzaine d’années. Vous me direz pourquoi pas le Charleston ou Eric Satie. Je vous répondrais que je préfère alors Guiseppe Verdi et son dernier œuvre (une comédie en forme de testament) pour l’Opéra Falstaff si proche déjà de l’écriture de Puccini.

Il y a chez Verdi cette même curiosité, cette même soif d’aller de l’avant malgré ses quatre vingts sept ans, que chez le jeune Morison qui veut faire évoluer les styles et l’usage de la typographie en ce début de siècle. Mais pour écrire mon article, Mozart, une sonate, gentille, agréable et connue comme la KV533/ 494 jouée par Mitsouko Ushida me parassaît plus neutre, plus facile à être écouté en sourdine pendant la rédaction de cette note. Il est vrai que j’écoute rarement de la musique en travaillant. Ce n’est certes pas les disques qui me manquent, ni les qualités d’écoute de ma vieille chaîne Naim + Linn. Mais j’ai souvent remarqué la difficulté de créer, de faire de la conception tout en écoutant une musique dont la ligne mélodique ou les rythmes viennent contrarier le son intérieur d’une réflexion ou les mouvements de mon poignet sur le papier ou ma tablette Wacom. Et c’est la même chose pour l’écriture. Enfin il me semble.

LE FLEURON ET PENROSE

C’est la notoriété émérgente de Morison qui impressionna le plus le frère d’Olivier Simon (celui de la Curwen Press). Celui-ci en quelques années devient une autorité critique de la typographie, reconnu par l’ensemble d’une profession. Mais c’est au prix d’un travail laborieux et d’une accumulation de connaissances historiques et théoriques d’une dizaine d’années que ses pairs finirent par le reconnaître et l’admettre dans les cercles les plus privés. L’édition du Fleuron y joua un rôle majeur. Les quatre premiers numéros du Fleuron (1923-5) furent édités par Oliver Simon et imprimés à la Curwen Press.

Les contributions de Morison comprenaient «Printer’s Flowers and Arabesques» écrit en collaboration avec Meynell ; «Towards an Ideal Type», litéralement «vers le caractère idéal» dans laquelle il critiquait les doctrines de William Morris et fit renaître l’étude moderne de la Renaissance Italienne, en écrivant une mémoire qui analysait la relation entre les capitales et bas de casses ; «the Chancery Types of Italy and France», les caractères de chancelleries, italiennes et françaises co-écrit avec A.F. Johnson ; et «On the Script Types», les caractères scripts.

Simon fut d’une grande aide en lui suggérant d’autres manières de revenus. C’est ainsi que Morison rencontra à Bradford la firme de Percy Lund, Humphries & Company, un des premiers utilisateurs de la machine Monotype. Eric Humphries engaga Morison comme conseiller en 1923. Stanley, directeur artistique, assurera la conception de plusieurs parutions et communications «maison» dont la papeterie personnelle (stationery) du manager ainsi qu’une plaquette-spécimen de caractères de 36 pages. Mais sans doute la colaboration la plus fructueuse issue de cette rencontre fut le Penrose’Annual édité par William Gamble.

Morison y apporte des changements radicaux dès la parution de l’édition de 1923. Morison, adepte des solutions modernes-radicales c’est à dire efficaces visuellement y utilise une reliure noire avec juste une inscription en or sur le dos de l’édition. Il fut composé en Garamond Monotype et pour la première fois le caractère y fut mentionné dans les crédits (ou le colophon) comme un acteur à part entière parmi les spécifications du papier, de l’encre, de la reliure et de l’imprimerie. De plus Morison y contribua par une note intitulé «Printing in France», un hommage à l’Imprimerie Royale. L’édition qui suivit en 1924 fut conçue à l’identique à l’exception du choix typo, cette fois le Baskerville, la dernière nouveauté de Monotype.

LE CARACTÈRE BASKERVILLE

Lorsque s’installe la mode des old-faces au 19e siècle, les caractères de la fonderie Caslon étaient largement favorisés, du fait simplement que leurs kilos de plomb se trouvaient disséminés dans toutes les casses d’imprimeurs de bonne facture. Ce n’est que vers les années 1890 que le Baskerville commença à enthousiasmer les connaisseurs. C’est ainsi que Monotype se mit à la lourde tâche de faire graver le caractère au début de l’an 1923. Pour rendre à ce caractère une popularité encore plus large et au passage ramasser les bénéfices d’une mode auquel Morison ne fut pas étranger.

La Compagnie ne s’embarassa pas des 17 variations inventoriées dans les corps usuels qu’on trouva alors. Il en fit graver une seule, en romain et italique avec des qualités de pureté de dessin que le Caslon n’avait jamais atteint. «Ses proportions étaient plus justes, le dessin plus affirmé, plus simple tant en romain qu’en italique», bien que Stanley fut moins enthousiaste pour ce dernier parce qu’il le trouvait trop modeste, sans ambition et consistance, manquant à la fois de noblesse et de style.

LE POLIPHILUS ET LE BLADO

En 1923 Morison s’attaqua au Poliphilus et au Blado. Il eût l’idée, après en avoir discuté longuement avec Harry Lawrence (de Lawrence & Bullen), de reprendre le caractère d’Alde Manutius, l’Hypnerotomachia Poliphili (1499). La reproduction en fut indéniablement un succès technique. Morison déclarait sans complexe qu’on pouvait mettre côte à côte deux pages composés en Monotype Poliphilus et avec le caractère d’origine, et qu’à l’exception du papier on y verrait pas de différence. Morison n’avait donc aucun doute sur ce genre d’exercice de restauration et re-fabrication d’un vieux modèle de caractère. Il  était moins sûr pour la création de typos réellement nouvelles.

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L’imprimerie de l’Université de Cambridge en équipa ses monotype-casters et composa en corps 16 le premier manuscrit de Morison, Four Centuries of Fine Printing (Ernest Benn, 1924). Revenant sur cette gravure, Morison l’a critiqué en 1953, regrettant qu’on n’ait pas retrouvé les plus belles feuilles d’impression de l’original du Hypnerotomachia qui auraient donné une plus grande garantie pour la qualité de reproduction qui en fut tiré. L’erreur était grave sans être catastrophique disait-il en évoquant le texte de son Four Centuries of Fine Printing, mais il jugeait cette aventure avec beaucoup de modestie.

En ce qui concerne l’italique qui accompagnait le Poliphilus, Morison avait fait le choix d’adapter une script du Roman Chancery gravé par Ludovico Arrighi pour le compte de l’imprimeur Antonio Blado (on est toujours au 15e siècle). Avec juste une légère modification de la pente, celui-ci servit à graver pour la Monotype la série 119 dénommée Blado.

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C’est ici le résultat des nombreuses recherches pratiques de Morison dans le champ de la calligraphie. Les cursives Venitiennes et Romaines différaient très clairement. Les premières, des scripts littéraires furent adoptés par Aldus parce que petits, économiques, et faciles à lire pour les étudiants, les seconds étaient plus formelles tant leur courbes étaient généreuses. Elles étaient en usage pour la diplomatie par la chancellerie du Pape et selon Morison mieux adapté à accompagner le Poliphilus, le Centaur et le Bembo.

La re-gravure du Poliphilus servit de leçon à Morison et il en tire avantage un peu plus tard en faisant graver les caractères de Christoffel van Dijck.
Pour en définir avec précision la graisse du dessin original il fit appel à un graveur de poinçon de Haarlem (NL) pour préparer six essais de poinçons sous les yeux même de Jan van Krimpen.  Ce n’est pas si simple de déterminer une graisse originale en cet époque de l’impression typographique (en relief). Le degré d’éparpillement de l’encre (bavure) et la nature plus ou moins absorbante du papier foulé par le plomb font varier considérablement la graisse finale que les yeux du lecteur découvrent au détour des pages d’un livre.

Je me souviens, à la fin des années 80 d’une petite fonderie numérique, la première en France à ma connaissance, il s’agissait de Microtype dirigé par Nicole Croix dont le chef d’Atelier Alexis Merlot préparaient un travail similaire pour le compte des éditions Gallimard. Il s’agissait tout simplement de numériser le Garamond qui servait pour la composition de la collection de la Pleïade. Or les lecteurs étaient habitués à lire un Garamond qui avait déjà «foulé» beaucoup, beaucoup de tirages. Le plomb était émoussé et le caractère avait perdu depuis longtemps sa fraîcheur première.

Mais finalement c’est ce qui faisait le charme de cette édition. C’était le Garamond de Gallimard qui ne ressemblait à aucun autre Garamond. Nicole Croix avait monté un atelier à l’aide des technologies IKARUS de Peter Karow, l’inventeur des courbes vectoriels quadratiques (un similaire aux courbes de P.Bézier). Et elle a mis au point une véritable chaine de production. Il s’agissait dans un premier temps de reproduire photographiquement des épreuves (tirés donc avec le Garamond en plomb-usagé) sortis des ateliers de la Plaïade, pour ensuite agrandir chaque lettre à une taille respectable de 10 centimètre sur la capitale. Puis couchés sur des tablettes graphiques, les dessinateurs Microtype en suivaient les contours avec des souris graphiques, marquant les courbes à certains endroits précis, d’un point de construction vectorielle.

Pourquoi se donner tant de mal ? Tout simplement parce que les éditions Gallimard voulaient basculer leur production en offset. Et composer désormais les pages en photocomposeuse 2e ou 3e génération (photo ou digitale). Il était donc essentiel pour satisfaire les bibliophiles toujours nombreux, de basculer cette production en évitant une rupture typographique majeure. Si Gallimard s’étaient servis d’un Garamond existant en photocomposition, le dessin en aurait été bien plus maigre, plus fin parce que d’une précision redoutablement proche d’un original frappé par un poinçon non usagé. Ainsi on peut dire que Microtype a été l’une des premières fonderies numériques à recréer l’exercice auquel s’est livré Morison avec la re-gravure du Van Dijck.

Modifier un poinçon gravé à l’aide d’un pantographe n’est déjà pas aisé, mais modifier-corriger un poinçon gravé à la main pose des problèmes tout à fait différents au graveur. Celui-ci se sert en continu d’épreuves «à la volée» pour contrôler la progression de son œuvre et peut ainsi apporter par touches successives de menus modifications à sa gravure.

Les six essais furent envoyés aux ateliers Monotype à Salfords où ils permirent de prendre des décisions stratégiques majeures pour la réalisation finale de l’alphabet. Le Van Dijck fut gravé, édité et connut un très large succès qui aurait été d’une dimension encore plus grande s’il n’y avait eu cette cassure, cette catastrophe que fut la deuxième guerre mondiale. Qui sait l’avenir d’un caractère dont le destin se trouve interrompu presqu’à sa naissance. Mais on parle ici d’une époque où les process étaient longs tant pour la création-fabrication que pour la commercialisation des fontes. Ce n’est certes plus le cas aujourd’hui. Pour comprendre les enjeux de l’époque il faut l’espace de cette lecture oublier : ordinateurs, téléphones mobiles, logiciels, fontes postscript ou open type, Apple, Jobs et Gates et même Warnock (le fondateur d’Adobe).

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PREMIÈRE VISITE EN AMÉRIQUE

C’est en pèlerin que Morison se rend pour la première fois aux Etats-Unis, pour y rencontrer Updike dont il était un grand admirateur. Morison avait entendu parler pour la première fois de Daniel Berkeley Updike par A.W.Pollard au British Museum et s’était promis de le rencontrer après en avoir lu le Printing Types en 1922. Les deux hommes vinrent donc à se rencontrer bien souvent pour parler Print mais surtout et d’abord, de religion jusqu’au décès de l’Américain en 1941.

Cette première visite en Amérique permit aussi à Morison de rencontrer pour la première fois Beatrice Warde qui lui fut présenté dans les bureaux même d’Updike et plus tard durant sa visite il suivit ses conférences à la librairie de l’American Type Foundery Comp. L’année suivante Beatrice vint en Europe pour y devenir entre autres éditeur de Monotype Recorder mais surtout directrice de la publicité de la Monotype Corp où elle fit ses preuves comme une merveilleuse animatrice, développant, stimulant l’intérêt pour la belle typographie et le good printing (c’est tellement plus parlant en anglais, mais si je devais trouver une expression idoine ce serait plutôt la belle édition que la belle impression). Les relations universitaires de Morison combinés aux maquettes exceptionnelles de Beatrice Warde créèrent un public-relations de fervents aficionados, bien avant que l’expression public relations soit devenu une manière de commerce.

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Beatrice Warde par Eric Gill

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Gare Montparnasse | Structure et Mise en Page

J’ai pris cette photo de la Gare Montparnasse d’une fenêtre « d’en face » avec mon tél. mobile et remonté avec Image Ready d’Adobe CS2 en mode Gif animé. C’est en hommage aux travaux d’animation que j’ai demandé à mes élèves d’e-art sup et dont je vous publierai les meilleurs spécimens prochainement.

 

Juste pour dire qu’une sensibilité de graphiste se décline à chaque instant sur tous les paysages urbains ou camapagnards que nous abordons. Tout est sujet à structuration, simplification et décomposition. Les grilles de mises en pages ne sont pas loin et l’on comprend mieux l’attrait d’un Le Corbusier pour le graphisme quand il met au point son Modulor qui servira à des milliers d’étudiants dans le Monde pour élaborer les maquettes de journaux, de plaquettes ou d’affiches.

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photo prise de l’ouvrage « the grid » d’Allen Hurlburt édité par A VAN NORSTRAND REINHOLD BOOK en 1978 à New York | ISBN 0-442-23598-4

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Design et Typo | au fer à gauche

À la suite d’un certain nombre de critiques (tout à fait fondées) que j’ai reçu, j’ai demandé à mon ami Jonathan Munn d’aller voir la possibilité d’améliorer la typographie de ce blog.
La version de base de TypePad ne permet pas de choisir: et l’habillage, et le caractère, et une mode de composition (justifiée, fer à gauche, centrée) et une couleur générale pour la typo de son blog.

Certes j’aurais pu faire des essais avec un habillage en deux col. au lieu de trois, mais ça aurait rendu illisible la structure du blog. Mélanger les catégories avec les listes de liens n’aurait certainement pas amélioré la lisibilité du site.

Jonathan a donc réussi à entrer à la racine du blog, deux-trois commandes CSS afin d’obliger l’ensemble du blog à se configurer en fer à gauche et caractère sérif (Georgia, Times etc.). On respire mieux tout de suite. Parce que tout simplement le mode justifié était devenu indigeste. Aucun moyen de gérer le gris typo, et surtout pas de commandes automatiques pour avoir des césures intelligentes. D’où des rivières qui donnaient plus l’impression de lire une vieille version de Word que le blog d’un passionné de typo. Et du coup en revisitant mes anciennes notes je redécouvre avec plaisir certaines d’entre-elles qui revêtent enfin une apparence à peu près correcte. Je dis à peu près parce qu’il reste un problème majeur. Celui des fins de lignes.

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prbs des ponctuations avec blancs sécables qui rejettent la poctuation en début de ligne (bien sûr si l’on réduit l’affichage du corps, la ponctu repasse en fin de ligne mais en revenant sur un autre site, je suis obligé de réagrandir le corps affiché). Dans le code anglo-saxon le problème ne se pose pas puisqu’il n’y a pas de blanc devant les ponctus. (sur le blog de Pierre Assouline)

En effet comme tout un chacun le sait, il est tout à fait indigeste de voir des articles et des pronoms en fin de ligne. Un non-sens pour une lecture intelligente qui veut qu’en fer à gauche on rejette ces mots à deux-trois signes en début de ligne. Mais là on s’oppose à l’éditeur du texte qui ne donne pas un vrai WYSYWYG de ce qu’on compose. Un non sens aussi de ne pouvoir faire des césures automatiquement pour les mots trop longs en fin de ligne. Je préfère de loin la règle anglo-saxonne qui autorise les césures en mode [fer à gauche], alors que l’Anglais n’utilise pas et de loin de mots aussi longs que le Français. Mais voilà, Monsieur Fournier à encore de belles années à nous enquiquiner avec son code typo. Puis je voudrais trouver une commande CSS pour transfomer automatiquement les ‘ [primes] en ’ [apostrophes]. Partant, il y a encore beaucoup de travail compte tenu de la difficulté à améliorer un blog qui n’était pas fait pour ça. Je suis curieux de savoir ce que vous pensez de ces quelques améliorations… vos commentaires sont les bienvenus.

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Qui a dit que les typographes sont des gens sérieux. Pour avoir connu les sourires doux-amers de John Dreyfus, les éclats de rires d’Edward Benguiat qui me racontait que chaque année il prenait son petit bi-moteur (il avait servi comme pilote dans la Royal Air Force durant la deuxième guerre) pour aller fêter l’anniversaire de ses quatre ex-femmes, aux quatre coins des Etats-Unis. Les fous rires des Lursiens réunis autour de Roger Excoffon, Mathieu, le peintre, Massin et Ionesco, George Benson le parano, Justin Grégoire l’instit resté un gamin, François Richaudeau, Blanchard et les autres, j’ai pu me rendre compte et me faire une certitude: les typographes ne sont pas des gens sérieux. Et tant mieux. Only Love Is You, était la chanson fétiche d’Albert Hollenstein et l’art psychédélique faisait son entrée fracassante sur les bancs d’une école de Lure que le père fondateur (Maximilien Vox) survolait de son regard bon enfant.

 

Donc cette fonderie House dirigé par Chris Gardner et Ken Barber n’est pas tenu par des gens sérieux, mais je retrouve avec ces deux «guys» l’esprit même du phototitrage qui régna durant une trentaine d’années à partir des années 60. De fait, il y avait bien une industrie de la typo à l’époque. Tenue par les grandes Fonderies institutionnelles: Stempel (aujourd’hui Linotype), Berthold, Monotype, Scangraphic, Compugraphic (racheté par Agfa plus tard) et aux States, Harris, Alphatype etc. Mais les process de fabrication des caractères (pour la photocomposition) étaient terriblement onéreux et j’y reviendrai un jour prochain dans une note plus technique). Les plaquettes diatronic de Berthold étaient constitués d’un pack comprenant la fonte elle même, une plaquette de 6cm x 12cm qui comprenait en négatif tous les glyphes d’un alphabet latin, reproduits en corps 8, qu’on pouvait photocomposer jusqu’en corps 20, et… agrandir photographiquement jusqu’à une taille respectable de 20cm sur la capitale. Le pack comprenait en outre un bloc de chasses qu’on devait introduire comme un disque dur amovible dans un rack sur la machine diatronic de photocomposition. C’est ce bloc de chasses qui donnait les informations à la machine pour qu’elle compose le Times New Roman avec les bonnes approches propres à CE caractère.

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Le prix d’achat en 1975 du Times New Roman chez Berthold était de 3700 F c’est à dire 564,06 euros pour une seule graisse, en romain. Si l’on voulait composer avec le Times Italique, il fallait racheter un autre pack qui coûtait le même prix. Et il n’y avait pas de promo à l’époque si l’on achetait 100 caractères. La raison du prix exorbitant de ces procédés tient en un mot. Photocomposition. Les laboratoires de mise au point des supports de compo, associés aux studios de dessin, aux ingénieurs élelectro-mécaniciens et au designers des machines employaient chez Berthold environ 3500 salariés d’une très haute compétence technologique. Autant dire que le process était tellement coûteux qu’un fabricant sérieux ne pouvait se permettre d’éditer un caractère fantaisie au risque de le voir utilisé que par une poignée de fous furieux de la typo. Pas rentable. Voire dangereux, économiquement et … socialement.
Le phototitrage était donc le refuge de la création typographique. Parce que les process de fabrication d’une fonte étaient divisés par 500. et que l’on pouvait sans grand risque passer d’un dessin d’alphabet à la production d’une fonte exploitable sur une phototitreuse. Lors les ateliers comme Hollenstein, Face photosetting, typoGabor en France ou Ronné Bonder, Photolettering Inc à New York pouvaient développer des programmes de création très riche et varié.

C’est avec le PostScript© d’Adobe et les courbes vectoriels de Pierre Bézier que la typographie a pu faire le saut dans le XXIe siècle. Cassant tous les process traditionnels, un auteur-dessinateur d’alphabet pouvait exécuter ses propres dessins sur l’écran de son Macintosh réduisant tous les intermédiaires classiques à zéro. Plus besoin de photogravure, de support pour les caractères qui deviennent juste des soft, plus besoin de technologies d’essais. Les prototypes d’un alphabet s’essaient directement sur la machine où ils sont dessinés. Etc. Le temps de production à l’époque de la photocompo, d’un caractère typo devait être d’environ quatre à six mois, mais cela demandait la collaboration d’une centaine d’intervenants directs ou indirects (je pense à l’usinage des plaquettes dont le Dr Böger avait été le grand spécialiste en suisse et qui avait fondé Scangraphic.

Le temps de production d’un alphabet postscript descendait à quelques semaines voire quelques heures (sans compter le dessin bien entendu) dans le cas de caractères de titrage fantaisies. Et une seule personne pour en assurer la production. Vous imaginez sans peine le nombre d’emplois qui ont été détruits dans les métiers de la typographie au début des années 90. On peut dire historiquement que la typographie a été le premier secteur industriel touché par le numérique.

Tout ce discours un peu pédago pour vous permettre de replacer la production de cette petite fonderie dans le paysage moderne qui a balayé des siècles de process gutenbergiens. Pour aussi me permettre de vous inviter à découvrir leurs fontes sans arrière pensée, parce que s’ils ne valent pas les grands classiques que vous utilisez quotidiennement, ils ont leur utilité pour le choix qu’ils vous donnent lors d’une mise en page de magazine ou de pages de marketing direct. Là où il faut toujours parler plus fort que fort et plus fort que le titre voisin. (je ne partage pas cette logique mais je constate qu’elle est incontournable chez les VPCistes ou les sites WEB de merchandising).

 

 

Voici quelques typos que j’ai glané sur leur site, je suis curieux de voir ce que vous en pensez?

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Culture typo et Fonderie indépendante | suite

Typeculture
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Type Culture® est une fonderie typo indépendante et une mine de ressources scolaires que dirige Mark Jamra.

Une vraie découverte au détour de plusieurs sites et blogs. Vous savez, vous cherchez un truc, un renseignement, cette fois, une video sur les machines Monotype et Linotype, et on clique et on reclique. Ma méthode est simple, les deux premières choses que je regarde en surfant, c’est la pertinence graphique et typographique d’un site, puis les liens. Ils sont très révélateurs du sérieux et de l’envie de partager les trésors cachés au fin fond du web. Avec à chaque fois un objectif tout de même, sinon vous y passez trois fois plus de temps. Et me voilà enfin sur le site de Mark Jamra, qui comme tout le monde le sait (smiley) est un concepteur-typo, et professeur associé à l’université d’Art dans le
Maine à Portland. Il a conçu des caractères pendant plus de 20 ans.
Il a imposé sa propre pratique en matière de conception pendant 15
ans et est également associé à la communication et conception
d’Alice, collectif de concepteurs en communication et spécialistes à
Portland. Ses créations de caractères comprennent: l’Alphatier, le
Grec de Brynmorgen, l’Expo Sans, la Quelle Bold (une police brand
pour la plus grande compagnie de VPC d’Europe), le Latienne, l’ITC
Jamille,
le Tacitus et le Kinesis.

Quant à Jamie Peloquin il (ou elle, je n’ai pas réussi à me convaincre que c’était un homme) est le concepteur et le directeur du website de TypeCulture®. Diplômé de l’université d’Art dans le Maine il a commencé sa carrière en travaillant comme indépendant pour différentes publications de presse à Portland. Concepteur senior chez Chermayeff et Geismar à New York City, il a été associé à des projets pour des clients tels que la ligue base-ball princ, le magazine Domus, l’alimentation (magasins en ligne) et l’école de journalisme de Colombie.

Jamie est actuellement le directeur de création et marketing d’Axone dans le Maine.

Je vous propose trois videos aujourd’hui. Je n’ai pû les télécharger ni les enregistrer sur mon disque. (si quelqu’un connaît l’astuce, je suis preneur). Aussi vous devrez cliquer sur les liens pour aller y voir.

La première Video c’est la machine Monotype mise au point dans les années 1900-1925 que j’ai déjà longuement évoqué dans mes articles sur Stanley Morison.

La deuxième video concerne une machine de la même époque, mais contrairement à celle de Monotype, la Lino (ou l’intertype, son équivalent) fondait les lettres une fois composées sur le clavier, en ligne bloc Line-of-Type.

Puis enfin une petite video sympa qui doit dater maintenant avec comme principal intervenant Erik Spiekerman, lui-même, qui nous fait un cours élémentaire sur l’omniprésence de la typo dans notre environnement de tous les jours. Et de l’importance du choix des caractères en rapport des nombreuses applications. Ces videos n’ont rien à voir avec ceux de Hilmann Curtis que l’on trouve sur le site de l’AIGA. Mais tout de même, il me semblait important de rappeler cette époque de la typographie qui participait à l’industrialisation et la mécanisation au même titre que les transports ou la fabrication des armes.

Monotypecasting

la video est là !

Linotypecasting

la video est là ! cette machine a servi pour composer Le Monde jusqu’à la fin des années 70, voire même au début des années 80.

Typomania

la video est là !  

D’autres videos sont présentés (la Ludlow par exemple, première machine de titrage mécanisée) avec comme pièce d’anthologie, et ce petit film en noir et blanc où l’on voit Frederic W. Goudy, dessiner, découper, graver quelques signes typographiques. Un trésor, vraiment ! 

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Albert Hollenstein | «Etapes» de l’œuvre d’un typographe suisse à Paris

J’ai rencontré au mois de février la Rédaction d’Étapes, qui m’a demandé de plancher sur un article consacré à Albert Hollenstein, sa vie, son œuvre.

C’était pour moi un très grand challenge. Parce que non seulement c’est un des hommes qui m’a le plus marqué, mais sans doute c’est un de ceux qui m’ont donné l’envie de créer ma propre entreprise de typographie. De ce fait et par voie de conséquence je me suis aussi retrouvé très souvent en concurrence avec son entreprise, sa production.

Hollenstein est décédé en 1974 dans des conditions tragiques à l’âge de 44 ans, laissant derrière lui une œuvre magistrale et une équipe de professionnels et d’amis orphelins de son sourire de gamin éternel. De son talent et de ses passions partagées.

C’est aussi l’occasion pour moi de rappeler que «ce qui va au papier doit venir du papier» (mot de Michel que j’affectionne particulièrement). Ainsi il était tout à fait indiqué de publier cette vie, cet œuvre dans les colonnes graphiques de la revue Étapes où vous pourrez découvrir ce mois-ci les innombrables travaux, des caractères inédits, une philosophie de la communication qu’Albert Hollenstein, Hol pour ses compagnons et amis, avait dispensé tout au long de sa courte carrière. (Article rédigé sous le #131 d’étapes.)
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Affiche sérigraphique, format 50 x 60, papier mat 220g. Autopromotion et promotion du caractère OR d’André Chante. Le design à l’honneur dans une France qui découvre pour la première fois depuis la fin de la guerre les formes fonctionnelles et surtout arrondis du design bauhausien. Chante était épris de cynétisme, Yvaral, le fils de Vasarely suivait dans les pas de son père, de même que Soto exposé à la Galerie Denise René. Hollenstein a lancé avec cette affiche une des typos les plus marquantes de l’époque, réalisé avec une perfection inégalée et uniquement à l’aide de règles et de compas par un André Chante devenu suisse par vocation. et un court extrait :

PhotoTypo Hollenstein

Inventeur en son temps des lettres de lumière il avait fait construire une machine, véritable composteur de lumière qui lui permettait enfin de composer ses titres selon les approches idéales, c’est-à-dire rectifiées entre chaque lettre selon l’architecture même de la lettre. La machine était d’une conception assez simple. Dérivée d’un banc de repro (duction) et d’un composteur gigantesque, ce dernier était constitué d’un rail translucide éclairé par en dessous par un tube-néon où le typo alignait ses lettres-films pour composer des lignes-blocs. Un système d’aspiration maintenait les lettres plaquées contre le rail de plexiglas, de sorte qu’une fois composées, elles ne bougent plus jusqu’à l’opération de photographie sous le banc de repro. L’opération terminée elles étaient redistribuées dans des casses tout comme les lettres en plomb.

Rendez-vous donc cette fois-ci dans les kiosques ou boutiques spécialisées dans les arts graphiques (artazart par exemple pour ne pas les citer) pour continuer à lire mes passions pour les grands typographes qui ont marqué le vingtième siècle.

 

Et aussi sur l’article que j’ai fini par rédiger au mois de mai 2007 ici.

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FontBureau | une des premières fonderies indépendantes

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J’ai rencontré David Berlow, Mike Parker et Roger Black à San Francisco en 1989 et 1 an plus tard à Oxford pour un spécial ATYPI qui s’est tenu dans les salles victoriennes de la vielle Université. Ils étaient en train de fonder sans doute une des premières fonderies indépendantes. Souvenez-vous c’était l’année où le Postscript a été rendu public par John Warnock président d’Adobe. Et c’était aussi le moment idéal pour une poignée de fous furieux de la typographie de faire le pari de la micro-typographie. Les News Papers comme le New York Times ou Smart songeaient très sérieusement à basculer leur production éditoriale sur les Macintosh de l’époque (1000 fois plus lents que ceux d’aujourd’hui) et David & Roger se tenaient en embuscade pour fournir ces journaux et magazines en nouvelle typographie vectorielle. Seize ans ont passé, et leur catalogue s’est très largement étoffé. Ils sont principalement distribués par FontShop basé à Berlin mais certains de leurs caractères font désormais partie du patrimoine typographique mondiale si bien qu’on les retrouve dans des catalogues d’Agfa-Monotype ou d’Adobe. Voici un petit aperçu de leurs spécimens.

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Je me suis amusé à composer sur leur site la marque Design et Typo dans un caractère que j’apprécie particulièrement, le Bureau Empire (romain et italique). Voilà une typo qui permet d’emblée par son architecture de logotyper presque n’importe quelle marque. Ce que j’affectionne dans le catalogue de FontBureau, ce n’est certainement pas la perfection inodore et incolore de leurs dessins. Et ce serait plutôt même le contraire. Mais, c’est plutôt d’y retrouver cette vieille tradition américaine qui consiste, à partir de vieux dessins européens comme le Cheltenham ou le Caslon et de les revisiter avec un soupçon de fantaisie mélée à une tradition calligraphique américaine. Parce que c’est bien là une des qualités des étatsuniennes que de considérer toute typographie au travers d’une lecture manuaire des formes. Ce qui fait que vous trouvez aussi bien dans les sans sérifs que les sérifs une sensibilité faite de manualité (kraftwerk) tout autant que de rigueur architecturale. Regardez cette mécane, le Belizio ou bien le Cheltenham FB ou encore le Garamond FB (tiens je l’avais oublié celui-là dans mes études sur le Garamond), chaque fois il s’agit d’un dessin ancien, mais à la fois modernisé et adapté à une sensibilité américaine, celle des designers de presse soucieux d’économie d’espace et d’efficacité visuelle. Berlow et surtout Roger Black se sont fait une réputation de relooker des magazines avec un rare talent et sensibilité. Allez sur leur site, et vous y verrez leur références, ce n’est pas rien. Mais ce qui fait l’unité de leur travail, c’est la recherche constante d’un confort de lecture. A mon avis, ce ne sont pas seulement des typographes et d’excellents metteurs en page. Ils doivent certainement passer leur temps à lire les journaux.

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