EnVille | design réussie d’un urban magazine gratuit

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Voilà quelque temps que j’ai découvert ce magazine gratuit dans les lieux «branchés» de la capitale (plutôt l’est de paris). Mise en page : William Hessel, un jeune graphiste de 25 ans qui nous propose de revisiter l’univers du magazine urbain avec un brio, un sens du rythme et de l’élégance digne de Vogue ou du HARPER’S.

J’ai voulu aller voir de plus près le fonctionnement graphique et typographique d’une telle réussite. Et pour plusieurs raisons. D’abord parce que par mes sensibilités musicales et typographiques je me sens très proche de sa démarche, ensuite parce qu’après avoir analysé le design du nouveau Figaro, j’avais besoin d’un peu d’air frais et d’apporter une explication irréfutable au malaise que traverse la presse française et peut-être internationale.

Je soulignais précédemment la nécessité pour la Presse de repenser ses modèles économiques au risque de voir continuer sa longue descente infernale. Le magazine EnVille est une démonstration éclatante de ce que l’on peut faire avec un bon concept éditorial, une design strategy, et avec le talent.

Un concept éditorial

À mi-chemin entre la mode et les chroniques urbaines, la musique et les vêtements, les styles de vie et des sujets d’actualité culturelle, EnVille nous fait voyager dans un Paris tactile et poétique. Le sommaire  nous entraîne vers les salles, les sons, les bonnes tables, les expos, vers la mode, et aussi à nous faire rêver vers des voyages de photographes en mal de lointain. Quelques articles décalés avec des entrées dignes du meilleur éditing de Libé : «… Ils ont cru qu’on pouvait s’installer à Marseille comme dans n’importe quelle ville de France. Mais l’adaptation a échoué, et ces Néo-Marseillais n’ont fait que passer».

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EnVille ne ressemble pas à Zurban ni à aucun autre News culturel. D’abord par le format et l’impression: 265x380mm, on s’approche du petit tabloïd d’un quotidien et cette impression de faux-cheap est renforcé par le papier journal de 60-70g tiré en roto-offset sur une presse italienne qui fait des miracles de qualité compte tenu de ce qu’un tel papier doit boire l’encre comme si vous buviez un litre et demi d’eau en 2 minutes. La photogravure est faite par des professionnels qui ont le sens de l’équilibre de la chromie et des pourcentages d’engraissement de trame journal qui au passage, autre miracle semble s’approcher d’un 175lpi (line per inch).

Je ne vois qu’un exemple de réussite de cette valeur dans la presse, c’est l’édition de Upper & Lower Case lancé par la firme International Typeface Corp dans les années 70, gratuit distribué dans le monde entier à 600.000 ex. afin de promouvoir la création typographique auprès de tous les directeurs artistiques d’agences de pub du monde entier.

Un design strategy excellentissime et le talent en plus:

Un magazine n’est pas seulement du papier divisé en 3-4 ou 6 colonnes avec du titrage, des chapôs, des interlignes et du texte. Comme je le montrais dans mes notes sur Hermann Zapf ou Neville Brody, c’est aussi une oeuvre picturale-tactile. Et William Hessel est particulièrement doué à ce jeu. L’originalité de son design ne réside pas dans ses choix typos. Ce n’est pas l’usage d’un simili Bauhaus pour le titrage, ni l’Abadi de la Monotype (merci Jean-François) qui font l’originalité de ces belles mises en page. Et ne croyez surtout pas que c’est le format, parce que là encore, et nous en avons eu l’exemple avec le Figaro qui dispose de 740 x 500 mm de format ouvert et n’en profite aucunement pour créer un spectacle graphique et/ou typographique.

De fait William Hessel fait de la mise en page-peinture. Il se libère des contraintes d’une grille omniprésente et réductrice, en installant des mosaïques de grilles sur la hauteur des pages (cf.ici). Mais comment fait-il pour que ça ne se «casse pas la gueule» (avec la voix de Paul pour ceux qui l’ont connu)? Il n’utilise quasiment aucun filet séparateur dans tout le magazine, ni vertical ni horizontal. Scandale chez les typos de la presse et des journalistes qu’on a bassiné pendant leurs études sur l’importance des filets. Mais la typo comme je l’expliquais, utilise des formes alphabétiques phonétiques,  et l’absence de signe ou de filet, c’est comme en musique, du silence. WH fait silence entre les pavés par l’utilisation de blancs qui nous font oublier les ruptures de grille. Du coup quelle souplesse, quelle mobilité. La page semble peinte avec la typographie et les images font office d’interstice avec les textes. Élégance, rythme, musicalité sont les adjectifs qui s’imposent le mieux.

Et puisqu’on parle de design strategy, n’oublions pas le rôle essentiel que tient la direction de la photo.
EnVille est un magazine tendance-urbaine. Les photos jouent un rôle doublement important. Elles situent, marquent un territoire de référents catégoriels mais aussi permettent à la rédaction d’embrayer sur une stratégie commerciale. Les pubs présentes en nombre croissant bien que loin d’être bons marché, participent à cette fête visuelle. EnVille choisit apparemment ses annonceurs en fonction de leur accord pour participer visuellement à l’aspect général du News. Pas de pub commerciale marketing, uniquement des pubs de marques, des pubs corporate. Une photo, une marque.

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Du coup la pagination rédactionnelle se renforce par la qualité visuelle de la Pub. Le jour où les journaux comprendront leur responsabilité à ne pas voir passer n’importe quelle pub au nom de la raison d’état, l’argent, ils feront un saut en avant considérable. Obligeant les annonceurs à créer des annonces qui renforcent la qualité du support au lieu de l’altérer. Bien sûr ce n’est pas nouveau comme concept, mais là pour un gratuit la démonstration est éclatante. Cette stratégie est vraiment payante, et à long terme.

Les photos sont d’une grande facture. Et on en vient à se demander si ce n’est pas Christian Caujolle qui tire les ficelles de cette qualité (juste un hommage à celui qui a transformé Libé en un lieu d’exposition photo permanente).

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Choix et cadrages au plus près du sujet. Une originalité et une qualité des images digne des plus grands magazines de mode. Un légendage littéraire. La photo et le texte se renvoient la balle qui rebondit au centre de nos imaginaires collectifs.

Mais j’arrête là ce panégyrique dithyrambique pour vous laisser feuilleter cette très belle réussite graphique. Vos commentaires sont les bienvenus, et j’en profite pour remercier tous ceux qui ont déjà participé activement à alimenter ces notes de leurs avis pertinents.

Typo | remarques complémentaires :

J’ai également été très agréablement surpris de la qualité des réglages typo, qui contrairement au Figaro respectent le «code typo» et nous font cadeau de beaux fers à gauche correctement travaillés.

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Typographie des Home Pages de l’information (2)

En examinant les home-pages ci-dessous, on perçoit toute la logique marketing et gutenbergienne.

Les sites d’informations du Monde, Nouvel Obs et Le Figaro traduisent graphiquement le souci de publier du texte journalistique. Les portails apparaissent clairement comme des journaux issus du Papier et de la longue tradition de l’imprimé. Quelques concessions sur le site du Monde qui de loin est le plus complet, le mieux organisé intérieurement. On y comprend très vite que le multimédia est un apport supplémentaire et non restrictif du travail journalistique. Les menus déroulants, le desk, les référents permettent à l’abonné de «naviguer» au plus près de ses centres d’intérêts sans jamais perdre de vue l’essentiel, le fond de commerce d’un journal, l’information et l’actualité raffraîchie en permanence.

Le Nouvel Obs rame un peu derrière mais a fait un choix de logique économique. Il va à l’essentiel, la reprise des contenus papiers mis en ligne. Ne se perd pas dans l’organisation d’une présentation à la Bloomberg dont il n’a pas les moyens. Même chose pour Le Figaro. qui me semble infiniment mieux réussi que la version Papier. Plus rythmé, plus accrocheur. C’est d’ailleurs un comble que les webdesigners du Figaro aient réussi là ou le print design semble piétiner lourdement.

Quant aux autres portails d’information, France Télévision en tête, France Inter et même France Culture, ils semblent se situer ailleurs. Ce sont des portails socio styles et essentiellement catégoriels.  Vous choisissez les plus belles images auxquelles vous vous identifiez le mieux. France-Inter pourraît très bien prêter l’image de son site à une compagnie d’assurance vie. Le contenu en est absent au premier regard, sauf à rentrer en profondeur dans les sites et encore, j’en doute pour France 2. Je n’ai pas montré la TV5 qui est pourtant une très belle réussite quant au contenu spécifique et culturel (un reportage vidéo sur les meilleurs artisans de France par ex).

Il est à regretter que France Culture ne se soit pas habillée plus culturellement. Ça sent ni le papier, ni l’encre, ni le théatre, ni la musique… ni la culture… La Cité des Sciences fait mieux.

Et j’ai gardé Libé pour la fin, parce qu’autant nous en aimons le papier, la direction de la photo, la qualité d’écriture, autant le site ressemble plus à un site racoleur qu’au portail d’un journal d’opinion crédible et sérieux.

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Figaro | une design-analyse (2)

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Nouveau Figaro |  la mise en page intérieure

J’ai eu l’occasion de travailler avec mon confrère Jean Bayle lors de son intervention sur le nouveau Libération (dénommé Libé III) lors de son lancement en septembre 1994. A cette occasion il m’avait demandé de créer 4 polices de caractères devant servir à composer le journal. Et j’ai pu à cette occasion le côtoyer et apprendre à connaître son mode de fonctionnement. Plus tard en 95 il me redemanda une autre police pour les Échos. Un Utopia medium. Jean Bayle est un graphiste qui aime profondément la presse et en connaît tous les recoins, toutes les ficelles, tous les codes. De plus il nous donne à voir et à lire un nouveau Le Figaro (pour reprendre l’expression du LCL) complètement assagi, poli comme un galet sur une plage de sable fin, neutre et incolore.

Sur une largeur de 370mm il nous présente une lecture en six colonnes composée en Centennial si j’en crois mon confrère Jean François Porchez  et je cite …« Les pages sont plus plates, l’effet est trop calme et livresque, pas assez tonique. Un seul bon point, c’est d’avoir monté le corps du caractère qui était ridiculement petit et dans une caractère peu adapté au texte courant (Linotype Centennial). Par contre, utiliser de l’Utopia, c’est un peut triste connaissant le nombre important de caractères de qualité sur le marché, destinés à la presse quotidienne, voyez Hoefler, Font Bureau, Carter, pour les plus connus, etc.»
Je partage entièrement cet avis, et j’ajouterai que cette mise en page est plus Suisse que Suisse pour les aficionados du graphisme helvétique des années 50. Tellement rigoureux dans ses alignements verticaux, tellement bien alignés les colonnes, les images, les titres… Rien ne dépasse, rien ne vient boursoufler ni accidenter cette mise en page, qu’elle en est si parfaite et si scolaire qu’elle gomme toute actualité à l’actualité. C’est comme si un acteur déclamait du Beaumarchais sur le ton monocorde d’un présentateur de Météo.

Le paysage concurrentiel de la presse écrite : radios, télévisions, internet et blogosphères nous présente chaque jour une info de plus en plus vivante, close-up aux actus et profondément analytique lorsqu’il s’agit des contributions des internautes de la blogosphère. Le Nouveau Figaro, bien que Nicolas Beytout se défend d’une enveloppe qui permet à chacun de trouver sa vitesse de lecture ne tient aucun compte de la nécessité de la relance et des emphases chers à la presse quot. J’oserai dire que Le Monde fait figure de presse underground à coté de cette nouvelle maquette de la socpress de Monsieur S.Dassault.

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Sage, sage sage, trop sage le patron, sages vous demandent-on aux journalistes, l’opinion gommée par une forme insipide et sans saveur ne se manifestera plus et la phrase de Beaumarchais ne trouve aucun écho dans ce calme olympien. Jean Bayle voulait déjà convaincre Serge July d’utiliser un éditing qui s’étale sur toute la largeur d’une page. Il est vrai que c’est joli. Mais ça manque de punch, d’efficacité de l’esprit reportage voire grand reportage. Certes ce n’est pas Libé, mais bobos de gauche ou bobos de droite les lecteurs sont avant tout des curieux qui payent chaque jour leur dîme à leur curiosité. Ils ont besoin d’être un peu bousculés, rythmés par l’actualité. Vous imaginez cette mise en page transcrite oralement, sur France Info… plus un auditeurLongtemps je me suis demandé d’ailleurs pourquoi un tel ton d’emphase sur cette radio nationale, la réponse m’est venue en relisant Marschall Mac Luhan (Galaxie Gutenberg). La typographie gutenbergienne nous a fait oublier la transmission orale. Petit à petit les lecteurs au cours des siècles écoulés ont cessé de marmonner les mots, pour laisser leurs yeux juste englober et effleurer les textes. Nos cordes vocales ne vibrent plus en lisant un journal, alors qu’à l’époque des manuscrits de l’antiquité jusqu’au moyen âge, les lecteurs lisaient à haute ou demi voix.

L’expression-perception humaine a basculé de l’oral vers le tactile. Or la mission première d’une radio c’est de faire entendre la voix, donc les émotions. Faire traduire l’importance d’une actualité dans le «son» d’une radio. (Quelquefois démesuré et outrancier – parce que déclamer le cours de la
bourse sur le même ton que l’enlèvement de Florence Aubenas est tout
aussi exagéré). C’est, avec la télévision (Arte par ex) deux médias qui reviennent vers l’oralité de nos vieilles perceptions.

Nous avons beau chercher dans le cahier du Figaro consacré à l’Actualité générale un peu de bousouflure de cette actualité, il nous faut attendre les pages du cahier «culture-loisir-art de vivre-détente-luxe et mode» pour trouver un peu de ce rythme qui manque au journal.

Il ne s’agit pas tant de critiquer la structure du journal que la manière dont la direction artistique quotidienne va pervertir, voire subvertir cette structure pour nous rendre l’actualité un peu plus vivante. C’est effectivement pas une question de typo. Ni de largeur de colonnes. La presse pour être facile à lire doit s’accommoder de règles de composition facilitant la lecture. Les études qui ont été menés sur ce sujet par Bror Zacchrisson ou François Richedeau, ou encore Herbert Spencer montrent bien que la lecture se trouve facilitée dès lors que notre rétine ne traîne pas trop longtemps sur une même ligne. Le risque étant de voir l’oeil décrocher de la ligne par une fatigue excessive. D’où une composition en colonnes de 35 à 40 signes pour la moyenne de la presse dans le monde entier  (alphabet latin). Il ne s’agit pas non plus de critiquer les erreurs de jeunesse d’un code typographique mal digérée par les programmes de composition du nouveau Figaro. Les règles de césure et justifications (C&J) devant être mieux réglés. Les fers à gauche évités afin de ne pas tomber dans des aberrations de ce style. Et encore ici. Les interlignes mieux gérés. Et les apostrophes minutes chassés de toute la composition du journal afin de laisser place aux vrais apostrophes typographiques. Mais nous sommes nombreux à être convaincus qu’il s’agit là uniquement d’erreurs de jeunesse d’une administration technique de la fabrication du journal et que l’esprit typo soufflera de nouveau sur Le Figaro.

En conclusion :

Par delà les analyses graphiques et typographiques, il est deux questions que nous devons nous poser à l’heure où les journaux comme Le Monde (qui confie à Ally Palmer la refonte de sa maquette) et Libération songent à reformuler leur design :

  1. Quelle est la nature de la crise qui voit l’audience de la presse quotidienne écrite baisser depuis 50 ans.
  2. Peut-on se contenter d’études marketing managés au fil du rasoir, qui accordent autant d’importance aux socio-styles des lecteurs d’un journal et aussi peu à la nature profonde d’une presse dont la vocation jusqu’à la fin des années 70 était de transmettre autant l’actu que l’opinion. Presse de droite, presse de gauche, il y avait des différences.

Il y a une aberration dans la crise que traverse la Presse. On n’a jamais autant édité, publié sur papier ou sur internet que durant les 500 années passées sous l’ère gutenbergienne. Or le public achète de moins en moins le Journal quotidien. Toutes les pistes de réflexion sont ouvertes et vos commentaires les bienvenus.

En premier : la nature économique de l’acte d’achat du journal. Le portefeuille du lecteur s’est vu partagé-déchiré depuis cinquante ans dans le vaste consumérisme de l’offre médias. L’ancien modèle économique a vécu, où trop de journalistes trop bien payés avec des avantages sociaux assez extraordinaires faisaient la fermeture des bars au petit matin de la Rue Réaumur. Les journaux se sont restructurés, adaptés. L’avènement de la composition par la PAO, a fini d’introduire la multivalence sur les plateaux de rédaction et avec la modernisation des flux de production, les réseaux de transmission, la photographie numérique transmise par satellites, l’impression des plaques offset en CTP (copy to plate), l’abandon de sanctuaires immobiliers et la concentration des groupes de presse, les points de rentabilités ont été optimisés au maximum. Ce n’est pas l’arrivée de la 3G dans la téléphonie qui va contribuer à faire gagner plus de rentabilité. Keynes parlait de la baisse tendancielle des taux de profits. Nous y sommes. Et la Presse n’obtiendra rien de plus à faire encore et encore la nième modernisation technologique. Des miettes en tous cas.
Une concurrence accrue sur Internet, une ouverture touts horizons pour un lecteur connecté qui peut parcourir l’équivalent d’un kiosque de journal sans sortir de chez lui. Chercher sur Google Actus (personnalisé) des infos que son quotidien est incapable de lui fournir.

En deuxième : la presse veut survivre elle doit réinventer son modèle économique. Parce que les annonceurs et les centrales d’achat ne sont pas dupes. Les tarifs s’adaptent aux mesures OJD et personne ne peut plus tromper personne.

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Le lancement des gratuits a fini par déstabiliser un marché en perdition et c’est là où nous ne comprenons plus l’actuelle refonte du Figaro. La vidéo de Nicolas Beytout nous donne l’impression qu’on n’a rien compris puisque fondamentalement rien n’a vraiment bougé. Il suffit de regarder l’ancien Fig et le nouveau… Même format, à peu près le même nombre de col et pour un lecteur peu averti aucune différence dans l’éditing ni dans la typo.

On a un peu l’impression que le journal a fait une étude marketing sur son lectorat traditionnel, constaté que les revenus des clients ont décuplé en 20 ans et tenté de s’approcher d’un socio-style de la bourgeoisie bien pensante, catholique, libérale et bouclé ainsi une maquette pour juste fidéliser cette clientèle. Mais alors le nouveau patron du Fig. n’est pas un chef d’entreprise, tout au plus un gardien de phare, qui remplace les ampoules de ses projecteurs. Car en liftant ainsi le journal il lui a fait perdre son âme de journal. Tout juste un rapport annuel bon pour la COB. Et quand on songe que sur ce registre graphique le paysage est complètement saturé, autant dire que son journal va continuer à dégringoler doucement. La disparition dans la dilution. La Banalité ne payera jamais sur un secteur où l’émotion l’a toujours emporté dans les réflexes d’achat. J’achète mon journal. C’est celui de mes opinions, pas la copie conforme du rapport annuel que ma banque m’envoie pour m’inviter à investir dans telles ou telles actions. D’ailleurs le maintien du format est symptomatique.

Le journal déplié fait 740 mm sur 500 mm. Vous n’imaginez même pas ouvrir ce format dans les transports en commun, quant à trouver la place sur la table de votre salon…veut dire que votre salon fait au moins 60m2. Oui nous pouvons douter de l’efficacité de cette refonte.

Il me semble assez évident qu’il eut fallu réfléchir au moyen d’élargir un lectorat et non seulement de satisfaire le plaisir (légitime sans aucun doute) de marquer son territoire de nouveau patron de journal. La nature de la crise est sociale, économique et humaine. Le lifting du Figaro ne semble pas tenir compte de ces trois facteurs.

 

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Figaro | une design-analyse de la nouvelle maquette (1)

Pour rédiger cette note il m’a fallu préparer comme à l’habitude une documentation de référence que nous pourrons consulter en parallèle tout au long de l’article, en voici l’adresse.

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En consultant cet album de référence, vous pourrez feuilleter le journal sans être obligé de déplier les  370×500 mm (format fermé) de ce quotidien. Vous pourrez sans doute remarquer que ce format n’a pas vraiment changé à 2-3 millimètres près.

Nicolas Beytout, le nouveau patron du journal nous donne une assez bonne description des changements intervenus à l’adresse ici. Une petite vidéo où il nous explique les points suivants :

  1. Pourquoi et comment conçoit-on une nouvelle maquette?
  2. En quoi cette maquette répond-elle à l’attente des lecteurs?
  3. Quels sont les points clés de la nouvelle formule?
  4. Cela induit-il une autre manière de concevoir l’actualité
  5. Y-a-t-il d’autres évolutions prévues pour le Figaro?

Il constate tout d’abord ce que nous savions tous, l’érosion du lectorat des quotidiens. Il ne nous en donne pas vraiment les raisons, et surtout il ne fait aucune référence à la concurrence rude des gratuits (metro et 20 minutes qui se sont taillé une véritable part de marché sur ce segment de la presse). Pour autant il souligne la nécessité de construire un journal pour deux sortes de lectorat, ceux qui ont le temps de lire, en profondeur l’ensemble d’une actualité, et ceux qui à l’instar de la télé ou d’internet zappent «picorent» l’information, et dont il faut canaliser l’attention par des entrées, des brèves, des éditoriaux qui leur permettent de se relancer en lecture ou au contraire de zapper intelligemment dans le journal.
Une chose est certaine, Nicolas Beytout prend ses lecteurs au sérieux et leur propose une nouvelle formule qui telle une maison leur offre des pièces à vivre-lire avec des places immuables afin de capter l’attention et de les fidéliser sur des rubriques qu’ils peuvent retrouver d’un jour sur l’autre.

Analyse:

Le Titre-Logo et la Une.

Lorsqu’on aperçoit le journal en kiosque, plié comme sur la photo ci-dessus, on découvre un titre logotypé en bleu au blanc. Très tendance comme l’on dit certains de mes confrères. Bleuisation de la presse aussi bien papier qu’internet. Problème : avant de lire le titre mes rétines sont attirés par un cartouche rectangulaire bleu anonyme. Autrement dit je lis comme nous l’avons déjà indiqué, les contreformes bleus et non la typo du titre qui vient après quelques millisecondes juste après. Ce n’est pas gênant si le Figaro était dépositaire de la couleur bleue et des rectangles au format du titre, mais dès lors que n’importe quel autre journal peut logotyper son titre en blanc sur fond bleu, cela banalise considérablement un titre qui par ailleurs représentait une image forte et au plan formel et au plan de la mémorisation (taux de mémorisations) des lecteurs. Quand on prend le risque de déconstruire la mémoire d’un titre autant la redessiner et proposer une nouvelle forme graphique et typographique qui la remplace avec force et conviction. L’enfouissement de l’ancien titre dans ce cartouche bleu signe un véritable escamotage de ce qui fait le fond de commerce de la Une d’un journal, son titre, canal-historique. Le designer de presse Jean Bayle, a fait un travail remarquable. Cela ne fait de doute pour personne. Mais la Une pose un autre problème. Le journal plié, le titre presque escamoté par un bandeau banalisé, la perception que je reçois dans un kiosque, c’est l’absence de perception. Je veux dire que ce qui fait qu’un journal ressemble à un journal, les codes de la presse d’information quotidienne ont été gommés. Un «pauvre» titre en police Minion maigre (ce n’est pas une blague de collégien mais un excellent caractère dessiné par le très talentueux Robert Slimbach, deux colonnes de texte et une photo couleur excellente de notre premier ministre. Ça ne ressemble pas à la Une d’un journal, qui démarre sur un titre fort, qui engage le lecteur sur un édito et un visuel choc. Pour ma part j’ai plus le sentiment de nous retrouver dans une page d’ouverture d’un rapport d’entreprise (très sage cependant) que dans une ambiance de Presse Quot. Et de fait lorsqu’on s’attelle à créer la Une d’un journal fut-ce Le Figaro, on doit toujours tenter de concentrer l’essentiel du journal sur la moitié supérieure de la Une, seul espace visible en kiosque.

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De fait quand on déplie la Une, elle commence prendre les allures d’un quotidien, par la présence de brèves sommérisés qui nous renvoient comme à l’habitude dans les pages intérieures.

Globalement la Une est remarquablement sobre, sans doute trop, dire qu’elle en élégante, non par le choix des typos et des manques de contrastes évidents qui diluent l’attention du lecteur. Seule événements de taille : la photo. Une direction très Libé, ou dossier du Monde, N.Beytout fait de l’excellent benchmarking en ce domaine et il en a parfaitement le droit s’il estime que ses parts de marché sont à gagner sur les concurrents directs. (J’en doute et nous y reviendrons).

Réponse en temps réel à Estève Gili : Voici effectivement un bleu sur lequel nos rétines peuvent glisser sans s’impliquer. Nous reviendrons sur cette affaire de la perception, et on pourraît presque se poser les questions de fond : Nicolas Beytout a-t-il été chargé de «fossoyer» Le Figaro, ou bien est-il si BCBG qu’il ne sait plus ce qu’est un noir et blanc… Plus que des gris ! Mieux que le Frankfurter Allgemeine. Sur la crise de la presse allemande, un excellent article nous invite à réfléchir, et en ce qui concerne Le Figaro, il est dommage que l’étude de l’environnement concurrentiel n’ait pas conduit les animateurs de ce projet à se poser la question éternelle… comment faire pour élargir un lectorat et non de se restreindre à servir la soupe à une clientèle qui dans les trente dernières années a vieilli comme vous et moi, mais enrichi en moyenne plutôt 10 fois plus que la moyenne nationale. Mais j’y reviendrai dans mon analyse.

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Typographie des Home Pages de l’information

appel à commentaires

Voici quelques home pages de sites de presse connus. J’aimerais connaître vos observations sur les différences que vous notez à propos de ces home-pages. Le seul commentaire que je vous demande de vous interdire, c’est : «j’aime ou j’aime pas», ce serait contre-productif si l’on veut tenter de comprendre comment fonctionnent ces pages. Si vous avez lu quelques unes des notes précédentes (ex.), vous disposez d’un certain nombres de codes, d’une grammaire et d’un vocabulaire pour pouvoir contribuer à cette étude comparative. Ceci s’adresse autant à mes étudiants qu’à n’importe quel visiteur curieux de participer à une analyse collective de l’influence d’une scénographie sur la perception subjective de l’information dite objective (par défaut) que nous recevons chaque jour par les médias de l’internet. Message is Massage disait Marschall Mac Luhan en étudiant le rôle de la forme sur le contenu. (pour comprendre les Médias.) Et mon travail d’analyse sur la nouvelle mise en page du Figaro n’échappera pas à cette règle. On ne peut  critiquer constructivement une scénographie que si l’on en comprend les intentions éditoriales et politiques. 

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La Presse c’était ça au XIXe.
Une presse d’opinion avant la presse d’information

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L’ère typo-plasticienne (suite et fin)

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Il serait parfaitement incongru pour moi ici de faire un cours sur l’art plastique voire sur l’art tout court.

Mais Neville Brody s’approche remarquablement du sujet quand il dit : «Nous sommes à cheval entre deux mondes : le monde de la prépublication et le monde de sa réception, c’est-à-dire que nous sommes ceux qui traduisent les concepts invisibles dans des formes emballées, nous convertissons des pensées et des actions en images mentales et en attitudes.…La police que nous choisissons, la photo que nous sélectionnons et recadrons, la manière dont nous utilisons l’espace – tout cela influence notre réaction en tant que lecteurs. Un Shakespeare imprimé en Franklin Gothic 36 pts n’aura pas le même effet qu’en Garamond 10 pts.»

Ça c’est la définition du graphisme-graphiste comme un artisan des arts appliqués.

Mais plus loin il nous dit : «Je vis dans un monde qui me fait oublier l’intuition, l’instinct, l’art, le naturel, l’analogue. Un monde dans lequel mes réponses-formules et mes productions technologiques sont mécaniques, ou scientifiques… Aujourd’hui, je calcule au lieu de créer. J’ai oublié comment travailler avec mes mains, modeler des choses comme de l’argile, assister à la naissance de nouvelles formes et émotions.»

Et encore : «Il en est de même des marques. A la base, il n’y a que peu de différences entre Starbucks, Nike, Virgin, Ford, Macdonald’s… Dans ce Matrix de l’imagination, il n’y aura jamais de vraie révolution, et toute véritable différence est détruite comme un véritable ennemi.»

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Mais le plus significatif et le plus important de son discours c’est cette phrase: «…La qualité de la création est extraordinairement élevée, les normes de fabrication incomparables, et le savoir-faire superbe. Mais, d’une façon ou d’une autre, on a une sensation de déjà-vu. On admire les normes esthétiques et techniques, mais on se retrouve comme vides, ou blasés.»

Neville Brody se fait l’écho de la révolution technologique qui a balayé l’ancien monde. Et il en pointe les changements radicaux. Le travail manuel a disparu, le tactile, pour être remplacé par l’intervention informatisé sur les images et les textes. Cela conduit la plupart des graphistes à intégrer plusieurs expressions qui auparavant était le fruit d’une collaboration entre spécialistes de l’image du texte, de la musique et du cinéma. Cela fait qu’une seule et même personne détient désormais les moyens d’une production visuelle et s’en sert en alternance et permutations constantes. Les logiciels graphiques nous permettent de créer des transparences aussi aisément qu’un far breton. De fait les éditions publicitaires, les packagings, les affiches sont aujourd’hui à la fois le fruit d’une réflexion en amont mais surtout des produits visuels fabriqués selon des normes informatiques qui si elles se développent chaque jour ne nous éloignent pas pour autant de la sensibilité tactile d’un métier qui employait encore il y a dix-quinze ans la planche à dessin, la carte à gratter et la colle gutta.
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Le résultat est là. Pas une page publicitaire, pas une affiche ou un flyer qui ne soit l’écho de ces nombreuses possibilités. Et notre perception change. Nous nous nous habituons à décoder des messages superposés comme à regarder des films avec des effets spéciaux. La balle qui rentre au ralenti dans la chair humaine, c’est aussi irréel que l’utilisation infinie des calques dans photoshop ou illustrator. Nous ne faisons plus des photos mais des images. Et notre oeil s’habitue. De superpositions en surimpressions, l’espace bi-dimensionnel s’est transformé en tri voire quadridimensionnel. Tri, pour la profondeur créé par les nombreuses couches d’informations superposées, quadri, parce que du coup la dimension temps intervient. Nous hiérarchisons l’espace en profondeur donc nous suggérons la notion de durée. Quand Brody crée le Blur, caractère dérivé d’un haas mais passé à la moulinette du floutage dans photoshop et de la revectorisation des nouvelles formes, il s’était certainement d’abord extasié sur les possibilités graphiques que les logiciels nous ont fournis. Et il s’en est servi.

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Notre regard et notre perception des espaces graphiques ont radicalement changé, il faut remonter à la renaissance pour trouver une comparaison. C’est l’époque où la perspective fut introduite dans la représentation artistique. Les gens ont appris à regarder l’éloignement et le rapprochement des scènes. Auparavant et jusqu’au Moyen Age on superposait les scènes de la vie, cléricale, royale ou sociale. Les tableaux et tapisseries étaient construites avec des strates verticales où les codes étaient parfaitement connus. D’abord le clergé tout la haut quand il n’y avait pas la main de Dieu qui pointait vers l’homme, puis les instances royales et ensuite plus bas les suzerains et les vassaux.

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Tout ceci a été transformé par la perspective qui a permis de rapprocher ou d’éloigner les sujets. Mais aujourd’hui avec les effets spéciaux, les superpositions, les floutés, les ralentis et accélérés informatisés, notre perception change. Sans compter les conséquences qu’ont sur nous les médias eux mêmes. Portables, écrans à tous les étages, dans tous les bureaux. Le plateau des directeurs artistiques d’une grande agence sur les champs élysées ressemble autant à un lieu de création qu’une agence de réservation de billets d’avion. Notre perception des actes créatifs, autant que la perception de notre production ont donc été profondément modifiées.

Comment les deux mondes vont ils cohabiter? J. F. Truffaut avait prédit la disparition des livres dans Farenheit 451, mais on n’a jamais autant vendu de livres qu’aujourd’hui et même s’ils sont devenus des produits markettés et emballés comme le souligne Brody, les gens continuent de lire. Internet aussi, ma contribution à ce blog est le témoignage vivant d’un retour à l’écriture alors qu’il y a encore quelques mois, je préférais regarder un film, ou aller voir un concert. Certes j’y passe des nuits blanches, mais me dit que les humanistes du 16-17e devaient en faire autant à la lumière des bougies. Et cette immense toile d’écriture se tisse chaque jour grandissante. Les liens s’entrecroisent, rebondissent de page en page et l’information verticle se voit concurrencée par la transversalité du web collaboratif. Donc deux mondes vont sans doute cohabiter, et nous devons aiguiser nos grilles de lecture pour comprendre et savoir décoder les langages de chaque média. Le print, le web, la télé, le cinéma sont autant régis par des codes que la peinture surréaliste ou symboliste.

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Gutenberg a été donné pour mort depuis le début de l’ère électrique, mais les moyens de production de l’ère informatique n’ont fait que démultiplier la mobilité de ses caractères. Les cultures ne se sédimentent pas, ça ne fonctionne pas comme des rajouts de savoirs et de techniques. Au contraire il y a récupération, détournements, subversion des expressions traditionnelles par les nouvelles technologies. Nous avons le droit d’être plus optimiste que Neville Brody parce nous ne sommes pas au bout de cette révolution. Et qu’elle profite au plus grand nombre. Certes des métiers ont disparu dans tous les secteurs de la production artistique, ou sont en voie de l’être. Des étapes dans la production ont sauté comme d’innombrables verrous, l’on envoie aujourd’hui directement des fichiers PDF à nos impirmeurs, plus de films, plus de cromalins, mais pour autant l’oeil d’un Brody, son savoir et sa culture sont indispensables à la réussite d’un projet. Et s’il est vrai que ce monde permet le pire (cf mes notes sur la SNCF ou le Crédit Lyonnais, il permet aussi à des talents incontestables de produire mieux dans un confort extraordinaire.

Le plus paradoxale dans le discours de Brody et si vous avez eu le courage de lire ces quelques notes c’est qu’il dénonce pêle mêle une société vouée à la post production, à la banalisation des formes et des styles, mais en filigrane, il dénonce aussi et surtout les effets d’un  système capitaliste financier et cela n’a échappé à personne. Alter mondialiste dans son discours, il l’est, mais cela ne l’a pas empêché à une certaine époque de récupérer à des fins de mode, les codes graphiques de la Russie Soviétique et communiste. Il y a là comme un pied de nez à la psychologie attachante de Brody.

 

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L’ère typo-plasticienne

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Neville Brody | l’utopie graphique à son apogée

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Le génie «d’ouvrier de la page», de Neville Brody se double d’un musicien réel ou frustré, et c’est là où nous voulions arriver au cours de cette longue (j’espère pas trop fastidieuse analyse). Parce que nous sommes à l’aube des grands changements vers la fin des années 80.
Le style des années 20, celui de Gutenberg, celui de Herb Lubalin et enfin de Brody ont ceci de commun, c’est qu’ils fonctionnent tous sur un rapport étroit de la perception visuelle et auditive.

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Dans l’image ci-dessus, on voit bien que la mise en page des textes et images contribuent à faire de la musique, du rythme. On a connu ça avec Andy Wharol, ou Lubalin aussi. La répétition des items visuels, l’organisation binaire voire militaire de la typo donnent un effet sonore aux pages. Ce n’est pas par hasard que Brody va prendre en main la destinée de magazines de Mode, ou de groupes musicaux. Il y a chez lui une expression et une sensibilité graphique qui transcende le graphisme pour nous le faire vivre à l’oreille tout aussi bien qu’à nos rétines. C’est ce que j’appellais l’expression orale-tactile de l’ère gutenbergienne. Mais là nous sommes à son apogée. Et la mode se prête formidablement à ce jeu, à ce langage. Et l’oeuvre de Brody va son chemin pendant près de 7-8 ans explorant les moindres recoins de ce vocabulaire graphique. Il traque la demi-mesure, il est un maximaliste de la page. Il suffit de voir ses mises en page de The Face ou d’Arena pour comprendre comment fonctionne ce langage. Le texte, en colonne justifiée la plupart du temps : je chuchote, ce sont les instruments qui accompagnent, les choeurs de la sacristie. Les titres, ils chantent fort, voire ils hurlent parfois, pour renvoyer à l’image qui lui calme le jeu, moderato cantabile. Les filets sont là pour faire respirer les acteurs graphiques, verticaux, ils allongent la page, la rendent monumentale (point besoin d’ailleurs de les tracer jusqu’au bout. Brody sait aussi être minimaliste, il suggère, plus qu’il ne montre quelquefois. Les filets horizontaux sont là pour assoir les visuels ou un message, ou structurer la hiérarchie. On retrouve tout cela dans la mise en page de Herb Lubalin, celle qu’il nous prodiguait avec les magnifiques Upper and Lower Case. Mais Herb était encore empreint de calligraphie, il aimait les contrastes fins, presque baroques. Brody c’est du Rock, de la musique sérielle à la Bério ou Varese ou encore Stockhausen. Nous sommes à la fin des années 80. Et tout va basculer. L’ère du Numérique arrive.

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Neville Brody dans son blues et son désarroi, ne s’en prend pas à la première cause de ses angoisses. Il ne voit que la conséquence, le résultat, pas les causes. Et si causes il y a, il n’est nullement question ici d’en constester la réalité ou les bénéfices substentiels.
Vers la fin des années 80 une révolution majeure a emporté toutes nos certitudes créant le plus grand maelstrom de progrès que l’humanité n’a connu depuis Gutenberg. Et si Jacques Attali pointe la découverte de l’amérique avec son 1492, nous pouvons en toute certitude lui affirmer que Gutenberg a plus modifié nos perceptions et le développement de la pensée universelle que dix Christophe Colomb n’auraient pu faire.

Mais en cette fin des eighties, la révolution nous arrive des Etats Unis où un certain John Warnock, président d’une petite société californienne, Adobe, va envoyer un message extraordinaire à l’humanité. «Mesdames et messieurs (nous sommes à San Francisco à un séminaire du célèbre Seybold Report, devant un parterre de 1500 professionnels de la typographie, de l’informatique et de créateurs de logiciels), nous avons décidé de rendre publique le langage ©Postscript, pour que l’humanité puisse profiter des progrès que nous engendrons. Nous vous remettons les codes sources de ce langage qui vous permettra de fabriquer des machines à encoder les textes et les images grâce à un langage universel». Et dans le même temps, avec Steve Jobs assis au premier rang de la salle de conférence, il annonce l’arrivée d’un petit logiciel, on dira un utilitaire aujourd’hui, l’ATM (Adobe Type Manager).

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Et le monde à ce moment là précis bascule dans les plus formidables changements que nous évoquions. Qu’est-ce que l’ATM pour ceux et celles qui l’ignorent. Un petit ouvrier informatique, un utilitaire qui va permettre l’affichage lissé des caractères d’imprimerie à l’écran.

Trois mois après cette annonce, pas quatre, seulement trois, les médias, les agences de publicité les professionnels du design et du graphisme se ruaient sur l’achat de Macintosh et des logiciels graphiques ©Quark X-Press, ©Illustrator, ©Photoshop, pour n’en citer que les principaux (sans oublier les ©Page Maker, Freehand etc.). Dans le même temps, les ordinateurs PC adoptaient les mêmes normes de langage pour piloter les imprimantes, et grâce aux ©Laserwriters de toute sortes tout un chacun pouvait désormais composer, mettre en page, produire, éditer etc.

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Le blues de Neville Brody, c’est celui de la dépossession de son art. Ce n’est pas un hasard que les étudiants de l’époque se sont mis tous à faire du sous Brody! Mais sans l’informatique et le ©Postscript ce ne serait pas arrivé. Imaginez la même révolution au temps des années 20. Rodchenko, immense graphiste boulimique aussi, un vrai stakanoviste de la typo, se serait vu déposséder tout autant de son art. Et vous pouvez imaginer sans peine que l’oeuvre de Vasarely n’aurait eu qu’un succès d’estime si ces moyens informatiques avaient existé au temps où Victor Vasarely faisait travailler un studio de 20 à 40 dessinateurs pour exécuter ses compositions. Un seul suffirait aujourd’hui pour produire la même oeuvre. Et encore cet oeuvre n’aurait plus rien d’unique.

Et je ferai court sur les développements ultérieurs de l’html qui nous vaut aujourd’hui de pouvoir communiquer, écrire, éditer, partager instantanément tout projet éditorial ou graphique avec l’autre bout du monde.

Brody a fait des choix de sensibilités et de stratégies dans sa carrière d’artiste. Elles correspondaient à sa culture, à sa passion pour la musique, au fait qu’il avait réussi à traduire sa mélomanie en graphic-manie.

Mais il y travaillait dur, et sans relache, et il n’y en avait pas deux comme lui. Avec l’arrivée du numérique, sa culture graphique s’est dilué dans le langage binaire universel de la planète.

Il y a sans doute de quoi déprimer ou d’enrager, outre la perte «relative» de son fond de commerce (au sens noble parce que commerce ne veut pas dire mercantilisme), il perd aussi ses repères, parce qu’il n’arrive plus à fournir de l’unique. Seuls des Picasso ou des Matisse faisaient de l’unique. Dans nos métiers graphiques nous produisons à l’infini avec des langages codés des affiches et de l’édition (print ou web), des créations qui se répètent, se benchmarquent, se mulitplient dès que quelqu’un croit avoir trouvé une nouvelle niche de créativité. Brody a curieusement été victime à son tour du progès technologique que les typographes, les musiciens, les photographes, les architectes ont connu durant ces dernières années. Et quand il dénonce la société de postproduction, il faut lire entre les lignes, il voulait sans doute dire postindustrielle. Il y a quelque chose d’attendrissant de voir que cela est arrivé à celui qui justement avait «récupéré» les codes graphiques de l’époque de l’industrialisation.

On peut polémiquer sur ses constats, lui rétorquer que chaque époque de grande révolution a vu son cortège de conséquences sociales détestables. Mais demandez aujourd’hui à un gamin comment nous vivions sans internet et sans téléphone portable et surtout sans hub… il ouvrirait grand les yeux… heuh parce que c’était comment avant? Et on ne va pas dire comme Burt Lancaster dans le Guépard, qu’il faudrait tout détruire pour pouvoir revivre comme avant.

Ce qui m’intéresse toutefois dans les propos de Neville, c’est la part d’oubli.

Il oublie de dire notamment qu’en tant qu’artiste de talent et confirmé, il a pleinement participé et accompagné ces progrès technologiques. Et nous n’entrerons pas dans les détails, mais la création de nombreux alphabets, de logos etc, demandaient des années de labeur avant l’arrivée des moyens numériques. Il oublie aussi et c’est toute modestie de sa part, parce que c’est un être exquis et jovial, qu’il a accompagné voire précédé le nouvel ère du numérique par ses nombreuses compositions picturales et plasticiennes de très grande facture. C’est loin d’être un laissé du compte de l’art et vous pouvez découvrir quelques uns de ces créations numériques là!.

Mais surtout, et c’est le coeur de mon sujet, Brody nous éloigne par son blues solitaire d’une analyse beaucoup plus fondamentale de la création de ces quinze dernières années.

L’ère typo-plasticienne.

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Neville Brody | dans l’oeil du cyclone

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Je voudrais revenir après le long texte consacré au discours de l’enfant prodigue, aux raisons du désarroi de Neville, à ce qu’il y a d’universel dans sa longue plainte et en quoi ce texte reflète bien le passage de l’utopie graphique de Gutenberg à l’ère visuel-plasticienne qui est apparu au début des années 90.

Pour rédiger cette note qui me sert en même temps de support de cours pour mes élèves en Arts Graphiques, j’ai d’abord sélectionné les images les plus représentatives de Brody dans deux ouvrages qui lui sont consacré et que vous pouvez, vous procurer dans une librairie spécialisée comme il y en a sur le canal Saint Martin ou sur le boulevard Saint-Germain, à l’angle de la rue Saint-Benoit. Vous trouverez également le site de Neville Brody ici, afin de mieux connaître le professionalisme du bonhomme, le plus génial des graphistes que j’ai rencontré après Herb Lubalin.

Le texte de Neville Brody est d’autant plus surprenant pour ceux qui ne le connaissent pas que sa production témoigne d’un véritable génie de la mise en scène graphique et typographique. On se dit en l’écoutant que c’est le discours que n’importe quel graphiste toutes générations confondus aurait pu tenir. Non, c’est Neville en personne, celui qui a révolutionné le graphisme des années 80, celui que tous les élèves des arts déco, de Créapole ou de l’Esag… se sont mis à copier avec ferveur et passion. C’est celui qui a été publié, dont les livres se sont vendus par dizaine de milliers dans le monde entier, celui qui est reçu comme le pape de la typographie dans toutes les écoles, toutes les conférences internationales.

Mais que cache tant de désarroi, quel mouche a piqué ce fondateur et entraîneur de mouvement graphique ?

Il faut pour cela remonter un peu le temps, et revenir aux grands créateurs du XXe siècle pour l’appréhender.

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Retour sur les filiations de Neville Brody

Les compositions ci-dessous sont de Rodchenko 1929-1930.

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Le stalinisme bat plein régime, Il s’agit pour les graphistes de l’époque de participer à la propagande implacable d’un système qui lamine les classes, pour créer au bout le rêve socialiste de la classe unique. L’expression graphique est forte et ne transige pas avec les ornema-lamentations de l’ancien régime tzariste. Le vocabuaire graphique emploi des alphabets linéales (bâton, ou gothic chez les américains), qui marquent la fin des didots cher au XIXe. Les filets gras jouent pour structurer les espaces selon une rythmique très étudié (remplir les blancs, souligner encadrer). Le communisme est un totalitérisme maximaliste. Le «je ne veux voir qu’une tête» du sergent recruteur se retrouve dans un style où tout est rempli de façon fonctionnelle.

Les lettres en habillage, les bandeaux de titres en noir au blanc pour renforcer l’impact sur le lecteur. On a appelé cela à tort peut-être le constructivisme. On verra à Weimar les mêmes compositions reprises par Mondrian ou Klee, et Mohoy Nagy le photographe magyar. Curieuseument il est à remarquer que ce style, s’il correspond à un régime totalitaire en Russie, symbolise pour nous en occident la montée de l’ère industrielle. Le taylorisme va se propager dans tous les rouages de l’économie, et les graphistes traduisent ce formidable «progrès social» par un style industriel. Les graphismes ressemblent à des affiches d’usine, à des modes d’emploi de machines. Ils plongent le lecteur de l’époque dans la satisfaction identitaire de faire partie du monde qui avance. Les ouvriers ont fui les campagnes et s’entassent dans les faubourgs, les usines fument et la voiture pétaradante et polluante va devenir le symbole du nec plus des classes laborieuses.

Je souligne, je surligne, j’aligne, je superpose les lettres, ou les fais se toucher au maximum. Une sorte de musique faite de touches noires et blanches. A propos de musique, Strawinski commence à révolutionner les formes d’expression et des compositeurs comme Arnold Schönberg, Alban Berg et Anton Webern, deviennent les précurseurs de la musique contemporaine, ils introduisent l’atonalité et le dodécaphonisme et arrive aussi la musique sérielle – tout un programme. Tout concorde, l’époque ampoulée de la renaissance est bien derrière, le monde moderne avance à pas de géant.

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Et nous sommes maintenant au beau milieu des années 80. Voici quelques créations de Neville Brody qui datent de ces années.

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et encore ces créations magnifiques d’alphabets qu’il a appelé, tiens… l’Industria :

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Il n’est point besoin d’être un expert en art pour voir des similitudes de style, une même façon d’organiser les espaces, une même façon d’utiliser les éléments graphiques, lettres, filets, habillages en cercle, couuleurs vives (la gouache se propage) etc.

Neville Brody est un immense artiste, de plus c’est un travailleur boulimique, il produit en quelques années ce que d’autres n’arrivent pas à faire pendant une vie entière.

S’agit-il pour nous d’entamer une polémique sur les aspects plagiaires de l’oeuvre de Neville ou plutôt de nous poser la bonne question, que s’est-il passé dans l’histoire du graphisme pour qu’il en soit revenu à l’expression picturale des années 20.

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Après la deuxième guerre, la publicité et le design modernes sont nés outre-Atlantique avec des pionniers comme David Ogilvy ou Raymond Loewy. On découvre le consommateur-client (consumérisme) et le marketing. Les investissements pubicitaires grossissent jusqu’à fonder un véritable secteur économique qui bientôt «montera» en bourse. Les artistes d’avant la guerre qui ont en France par exemple, marqué toute une époque de la douce propagande, Paul Colin, Villemot, Capiello, Carlu, Savignac et bien d’autres ne font plus recette. Désormais cela se passe chez les Directeurs Artistiques des agences. Et ils sortent des écoles d’art comme Estienne, Arts Déco, Penninghen etc.

En face d’eux ils trouvent d’autres acteurs qui vont prendre une importance grandissante, les chefs de publicité, les directeurs marketing, les directeurs financiers bien sûr. La publicité se spécialise, se crée ses codes, son vocabulaire, et pour finir produit une quantité de pages et de pages, qui, toutes sont marquées du sceau de l’efficacité commerciale. La photo publicitaire est née au milieu des années 50, après que le NewLook de Christian Dior aient aussi révolutionné la mode. Désormais on ne dessine plus, ou de moins en moins.

Les agences n’achètent plus d’illustrations mais font faire des photos. La typo s’est propagée comme technique d’expression mais pas comme un art majeure (en France particulièrement). Il faut la sagacité et la force de persuasion de grands typographes comme Hollenstein pour faire adopter en France un caractère baton comme le Hass Helvetica (le dessin original de l’Arial plagié par Microsoft qui n’a pas voulu payer des droits à la fonderie Linotype). Et j’ai connu des dizaines de Directeurs Artistiques à cette époque qui utilisaient invariablement 10 ou 20 polices de caractères alors que les catalogues des compositeurs fourmillaient de choix de dessins à l’infini. Les trente glorieuses n’ont pas toujours été en France un moment très marquant sur le plan de la créationf graphique.

C’est dans la grisaille d’un style uniforme et consumérisé que Brody va nous faire re-découvrir la pugnacité d’un graphisme construit, formaliste et symbolique. Il réivente les titres logotypés dans des magazines comme Remarque : nous devons cependant rendre un hommage appuyé à la presse magazine dans son ensemble qui a été à l’avant garde de toutes les expérimentations. Des ELLE, Vogue, Nouvel Obs, ou Actuel, sans parler de tous les magazines undergrounds ou musicaux (Rock surtout) qui à l’instar d’un Rollingstone cherchaient à nous faire partager une scénographie de la lecture débarassée des conventions publicitaires, ils ont été les derniers remparts contre l’uniformisation de la communication visuelle.

Dans l’Angleterre de Brody l’hisoire se reproduit de même, avec cependant une caractéristique plus marquante concerant le glacis typographique. Les Anglais, américains, sont des gens très sensibles à la typographie et la calligraphie. Est-ce parce que dans les cultures protestantes on attache plus d’imortance au texte qu’à l’image? De fait la tradition publicitaire anglosaxonne est beaucoup plus consommatrice de typos, de recherches typographiques, et les 26 lettres de l’alphabet sont pour eux des acteurs visuels aussi importants que l’image photographique ou dessinée.

Il sufit de voir les créations du Push Pin Studio à New York ou de Saul Bass le créateur de logotypes aussi célèbres que UNITED ou CONINENTAL ou encore de la WARNER (j’ai un faible particulièrement pour son affiche de film pour EXODUS). Sans oublier sans doute le plus prolifique et le plus marquant de ces trente années 1950-1980, Herb Lubalin ‘et nous y reviendrons). Mais, grisaille anglosaxonne il y a tout de même. Parce que les agences londoniennes sont à cette époque encore plus conservatrices et font respecter l’ordre Gutenbergien. La calligraphie, le Baskerville Old Face, le Cheltenham ou le Caslon donnent la réplique à nos Franklin Gothic ou News Gothic ou encore l’Imprinta, unique caractère que les DA de l’agence IMPACT avaient le droit d’utiliser. Ces caractères Transitionnels, dont les formes oscillent entre nos Garaldes et les Didots donnent naissance à Londres vers 1935 au célèbre Times de Stanley Morison.

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Brody finit ses études d’Art vers la fin des années 70. Il dessine plutôt bien, et a un sens aigu de la dramaturgie. Ses illustrations en témoignent.

D’abord Gutenberg, la composition de témoigne de sa rigueur et de sens de la décoration. Pricipal traits de cette composition : la mise en page en deux colonnes composés dans un fraktur (gothique) des plus lisibles et l’utilisation de relances de lecture par des initiales en couleurs (lettrines), ou voire de débuts de chapitres par des grandes initiales monumentales qui attirent l’attention comme un puctum de R. Barthes. Ses gris typos étaient parfaits (nous sommes bien là en composition avec des caractères en plomb et antimoine). Pas de lézardes ni rivières dans les textes et il se permettait le luxe de rajouter les tirets de sécables en fin de lignes en dehors de la justification. C’est aujourd’hui encore un tour de force pour beaucoup d’arriver à une telle perfection de la compo. Mais on y arrive si l’on veut bien se donner la peine de régler ses préférences dans des logiciels comme Quark X-Press ou InDesign, voire même Photoshop et Illustrator.

L’influence de Gutenberg est frappant chez beaucoup de graphistes, il a fixé à jamais certaines règles de composition. Et nous reviendrons sur les aspects phonétiques de ce style de mise en page, que nous avons commencé à traiter dans la note relative à l’oeuvre de Zapf (archives 28 septembre 2005).

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Ensuite il me semble que celui qui a le plus influencé Brody c’est justement
Herb Lubalin. Parce qu’il utilise la typo à la fois comme un décor de théatre (metteur en scène de la page) mais aussi parce qu’il a ce génie du texte logotypé, en n’oubliant pas ce sens aigu de l’architecture de la page que l’esprit rigoureux et exigeant de Brody va reprendre brillament à son compte.

Mais Brody ne pouvait se permettre d’être un sous-Lubalin, personne d’ailleurs, mais en essayant de remonter le désarroi de Neville j’ai cherché à comprendre le fonctionnement du personnage. Il me semble qu’après quelques décennies de typographie très DCBG, très Didot ou Caslon ou Baskerville ou Garamond comme il faut, il avait le besoin de revenir aux fondamentaux de ces formes, les Linéales (caractères bâtons). Fondamentaux, parce qu’on les trouvait déjà 700 avant JC sur les côtes féniciennes, que les grecs ont repris bien évidemment, et qu’il a fallu l’art lapidaire romain pour venir avec l’outil du tailleur de pierre assoir la lettre sur des patins (Incises).

Par ailleurs c’est un metteur en page et un homme de culture, il ne lui pas fallu des années pour comprendre le vide qui séparait les expressions conventionnelles de la fin des années 60-70 et la forme neo-révolutionnaire des années 20-30.

Autrement dit il a fait son casting parmi tous les styles qui avaient existé auparavent et c’est celui des constructivistes des années 20 qui fonctionnait le mieux avec ses projets, et surtout sa sensibilité. Il y a ajouté du génie. Pas un génie inventif, mais un génie de la rigueur.

Là où les Russes faisaient de l’à peu près, lui réglait les espaces, les rythmes, les textes au dixième de millimètre près (cher à Lubalin). Là où les Russes se servait de ce style pour inciter les gens à fumer, ou à travailler pour la cause juste, lui habillait des pages de mode où la futilité le dispute à la beauté plastique ou encore des pochettes de disques, qui d’un seul coup sont sorti de la pagaille des bacs à images et à typos mal réglés.

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Le Blues de Neville Brody

En navigant de ci de là sur le net je suis tombé par hasard sur un texte publié sur le site d’Étapes Graphiques, portail incontournable des professionnels du graphisme et du design. Ce texte, écrit par Neville Brody fut lu lors d’une conférence typographique à New York en 2003. Ce n’est pas de l’actu certes, mais il éclaire finement et en profondeur le désarroi de l’un des graphistes le plus copié dans les années 80 jusqu’au début des nineties. Brody, j’en parlais en analysant le Manuale Typographicum d’Hermann Zapf, et je l’ai également évoqué en vous présentant les graphistes russes des années 20.
Nous reviendrons prochainement sur l’oeuvre de Neville, qui fut le dernier représentant notoire des graphistes dits classiques, dont l’expression typographique était encore en filiation directe avec l’invention des caractères d’imprimerie. Il fut litéralement laminé par la nouvelle expression plasticienne qui apparut avec la propagation du numérique. Et là encore nous y reviendrons en évoquant l’oeuvre de David Carson et  de ses nombreux émules. Mais voici le texte de Brody, il est sombre, très sombre. Un cri dans la nuit, plein d’angoisse, une plainte chuchotée devant un micro devant des professionnels attentifs et ébahis de tant d’audace. Il dit tout haut… vos commentaires sont les bienvenus.

New York | mai 2003

«Il n’est guère aisé de parler création de nos jours, en cette période si difficile pour tous, dans un monde si traumatisé. Il est essentiel de toujours replacer les choses dans leur contexte. Quel que soit le genre de design, ce contexte est constitué du monde et de la société qui l’entoure, et, théoriquement, qu’il sert. Dans un monde de plus en plus petit, de moins en moins diversifié, où la culture occidentale se propage partout de manière quasi incontrôlée, il est crucial de regarder au-delà de l’industrie que nous habitons, et de remarquer non seulement cette dernière, mais aussi l’influence, positive ou négative, que nous avons sur elle. Il est également vital de comprendre où et pourquoi notre progression rencontre une violente opposition, et où ce que nous considérons comme un progrès est vécu comme une incursion.

Nous avons tendance à nous concentrer sur le comment et le quoi de notre travail, alors qu’il faudrait se pencher sur le pourquoi.

Nous sommes les intermédiaires, les bonnes âmes placées entre un public et son information. Nous sommes ceux qui aident les lecteurs à se forger une opinion par la manière dont nous interprétons et présentons les idées. Nous sommes ceux qui décident de la signification d’un article et de la réaction appropriée face à celui-ci. Nous informons de l’issue, l’information étant la manière dont nous sommes informés d’un fait..

Nous nous laissons distraire par les récompenses et les créations nouvelles et surprenantes.

Nous sommes censés être les mieux informés. Nous sommes ceux qui ont un accès direct à l’information brute. Nous sommes à cheval entre deux mondes : le monde de la prépublication et le monde de sa réception, c’est-à-dire que nous sommes ceux qui traduisent les concepts invisibles dans des formes emballées, nous convertissons des pensées et des actions en images mentales et en attitudes. Dans de nombreux cas, nous contrôlons l’interprétation du monde et manipulons sa compréhension, à la manière d’un filtre. Nous prenons l’expérience du monde réel et la transformons en formule. La police que nous choisissons, la photo que nous sélectionnons et recadrons, la manière dont nous utilisons l’espace – tout cela influence notre réaction en tant que lecteurs. Un Shakespeare imprimé en Franklin Gothic 36 pts n’aura pas le même effet qu’en Garamond 10 pts.

Je me suis moi-même senti de plus en plus déconnecté de mon travail, et des raisons qui me poussent à le faire. Ce sentiment s’est étendu à d’autres domaines de ma vie, et je me suis retrouvé bataillant en quête d’un but ultime. C’est un dilemme non seulement spirituel, mais également social. J’ai du mal à comprendre mon but ultime, si j’en ai un, à comprendre le monde qui m’entoure, et à définir ma place et mon rôle là-dedans, si j’en ai un.

Je poursuis sur une base éphémère, au jour le jour, j’accomplis les choses machinalement, avec une activité en apparence de plus en plus importante, pour un rendement de plus en plus faible. Et plus le fond de ma raison d’être m’échappe, plus j’essaie de la combattre par une activité frénétique, jusqu’à ce que je sois épuisé par cet acte de non-production maniaque.

A titre d’exemple, je reçois comme tout le monde des centaines d’e-mails. Après avoir éliminé les spams et ceux qui ne m’intéressent pas, il m’en reste quand même une cinquantaine auxquels je dois répondre, ce qui prend souvent plusieurs heures par jour.

Quel est ce monde dans lequel je vis ?

Mon monde est rempli de gadgets. Mon téléphone portable me permet d’envoyer des mails, de naviguer rapidement sur le Net, de lire les journaux, de recevoir et de regarder des vidéos, d’écouter toute ma collection de disques, de vérifier mon agenda, de prendre des photos et de les retoucher, puis de les envoyer à d’autres, d’envoyer des messages textuels, de m’amuser sur des jeux, d’être réveillé, de vérifier mes comptes, de régler mes factures. Quand je l’utilise comme télécommande, je peux contrôler presque tous mes appareils électroniques. Et, accessoirement, je peux aussi parler à quelqu’un. Je regrette seulement qu’il ne me fasse pas encore le café.

J’ai l’impression d’être branché à une centaine de connexions et de tuyaux par lesquels les informations vont et viennent jusques dans mon être, comme autant de perfusions.

Je perds la notion du moi dans tout cela, toute mon existence se fragmente, et j’ai l’impression de me transformer en Hub, en une série de tubes servant à canaliser l’information à grande vitesse. Ce processus laisse peu de temps pour réfléchir en profondeur à quoi que ce soit. La pression de la réception et de la publication simultanées d’un million de messages par jour implique que la machine prend le dessus, et ce sont les données entrées et sorties qui finissent par me définir.

Ce processus signifie que les idées n’ont pas le temps de construire une grande profondeur, que les articles sont à peine étoffés avant que le besoin de les publier ne les prive d’incubation, que des concepts mi-formés sont poussés sur la place pour remplir toutes les chaînes de production. Il faut nourrir cette machine à communiquer qui est si vorace. Plus de magazines, plus de chaînes. Plus de vingt mille heures hebdomadaires d’espace de diffusion nationale à remplir chaque semaine.

Je vis dans un monde à choix multiples, à chaînes multiples, offrant des possibilités apparemment infinies, un monde dans lequel j’ai l’impression de faire de vrais choix ; mais en fait je ne fais que choisir à partir d’options présélectionnées. Je ne change pas vraiment le monde, je ne fais que le retoucher et le filtrer. Je ne change pas le message en lui-même. Le seul véritable choix qui me soit offert est d’éteindre. Ou d’allumer. Les médias personnalisés se moulent à mes goûts, dans l’espoir de me vendre plus de produits, l’imitation est la forme de flatterie la plus sincère.

Il y a tant de choix, que je m’y noie ; je me perds dans une myriade de publications, de sites Web, de chaînes de télévision, qui ne font que se multiplier encore et encore.

Je vis dans un monde qui me fait oublier l’intuition, l’instinct, l’art, le naturel, l’analogue. Un monde dans lequel mes réponses-formules et mes productions technologiques sont mécaniques, ou scientifiques, même si j’imagine faire des choix librement. Aujourd’hui, je calcule au lieu de créer. J’ai oublié comment travailler avec mes mains, modeler des choses comme de l’argile, assister à la naissance de nouvelles formes et émotions. Avant, je considérais mon travail comme un orchestre de jazz, un monde d’improvisation avertie. Aujourd’hui, je joue sur une échelle musicale basée sur le marketing.

La majorité de l’art et de la culture souffre aujourd’hui de ce que j’appelle le syndrome de postproduction. C’est-à-dire que la culture dans son ensemble est maintenant calculée, dirigée vers une réaction désirée, un résultat contrôlé. Le projet commence par la réponse, puis revient vers l’objet. Puis on calcule comment le construire. On ne se permet plus le risque de laisser une chose se passer, de risquer l’inconnu, de tenter quelque chose d’imprévisible.

J’ai l’impression de vivre dans un monde où le commerce a supplanté tout le reste ; où les rapports trimestriels gouvernent toutes les décisions ; où une campagne pour ramener des clients et les convaincre de fournir des ressources devient envahissante, comme l’est la demande que j’ai acceptée d’utiliser mes compétences pour convaincre le public d’acheter les articles de mes clients, afin de pouvoir rester dans la course. C’est un endroit où règne la peur, où on prend des décisions basées sur des critères de survie, mais où il n’y a tout simplement pas assez d’argent, pas assez de clients, pas assez de reconnaissance ou de récompenses, pour être à l’abri du besoin. Alors on réclame plus à cor et à cri, et la victime en est notre créativité débridée, le développement libre de l’esprit humain et de sa culture.

J’ai récemment discuté de cela avec Jean-François Bizot. Une transition critique a eu lieu ces vingt dernières années.

Quand j’ai commencé à travailler, je n’attachais guère d’importance au fait de gagner de l’argent ou pas. En fait, j’ai vécu presque quatre ans dans la précarité après l’université, ne sachant pas d’où viendrait mon cachet suivant. Ce qui me poussait, c’était la certitude que je prenais les bons risques, et que cela changerait quelque peu la façon de voir des gens. Je faisais partie de ce qu’on pourrait appeler une génération révolutionnaire, née dans la culture des années soixante, une génération qui croyait sincèrement que la société pouvait être remise en question et améliorée, que les artistes travaillaient pour le bien public, et que les idées étaient plus importantes que le commerce.

Cette vaste remise en question sociale était considérée comme dangereuse par les gouvernements Reagan et Thatcher, et fut vite remplacée dans la société par une machine publicitaire et de marketing qui pouvait imiter le danger sans être dangereux, afin de créer de nouvelles niches de vente. Cette politique annihilait toute véritable remise en question, dans la mesure où il est difficile de combattre un reflet. Au lieu de cela, on a introduit la culture de l’argent comme étant le but fondamental d’une "société créative". Le résultat de ceci est que tout s’est transformé en marchandise, en produits à vendre, et uniformité. Tout ce qui est risqué ne sera tout simplement pas produit, ou si ça l’est, ne sera distribué par aucune des grandes chaînes de distribution, que ce soit dans le domaine matériel ou électronique.

On a remplacé la révolution par la génération "confort et prestige", une génération incapable de prendre des risques, à la recherche de sécurité, une génération complètement déconnectée du chaos de la libération de la création.

Maintenant, dans le troisième acte de cette pièce, nous sommes dans la position de sentir à quel point notre culture est vide de sens, à quel point nos marchandises sont interchangeables et limitées, d’avoir conscience qu’il doit exister mieux quelque part, et nous ne sommes pas sûrs de devoir remplir ce vide par une guerre. Nous aspirons à une vie plus spirituelle, mais ne croyons pas à la religion. Les jeunes sentent la vacuité de leur culture commerciale, mais les voix de la révolution ne sont plus que de vagues échos dans le brouhaha assourdissant des médias.

Nous vivons dans un monde où la révolution est une campagne publicitaire pour Gap, où une moyenne de 30 % d’obèses dans la population est une norme acceptée, où le cancer de l’uniformisation a rongé notre culture.

Je vis dans un monde uniformisé, où les moyens de distribution eux-mêmes ont créé une culture prémâchée, comme la nourriture. L’acte de produire signifie que tout doit être vendu, simplifié, facilement diversifié à partir d’une même liste d’ingrédients de base. La culture, le cinéma, la musique, la littérature, l’art, le tourisme, l’architecture, les magazines pourraient tous être livrés avec une liste d’ingrédients, comme la nourriture de supermarché, avec des additifs exhausteurs de goût pour rendre la fadeur appétissante et addictive. Il n’existe plus maintenant que des différences ténues entre les produits ; les qualités uniques définissant une chose comme individuelle sont mineures, mais on les vante bruyamment. Les villes commencent à se ressembler, où que l’on se trouve dans le monde.

Ironiquement, alors qu’on crée une culture générique, on empêche les autres d’en produire des versions génériques. On empêche la fabrication et la distribution de médicaments génériques qui pourraient sauver des millions de vies dans les pays en voie de développement. On sévit contre les contrefaçons d’articles de marque dans les pays du tiers-monde où règne la pauvreté et où nos prix sont hors de portée.

On vit dans un monde si plein d’amour qu’on ne sait plus comment le trouver, si plein d’esprit humain qu’on a dû le couvrir de peinture. On vit dans un monde possédant un tel potentiel de positif qu’on choisit de vivre dans le négatif. Il n’y a que la guerre, à quoi bon ?

Je lutte pour comprendre le monde dans lequel je vis, et je ne vois plus que l’arbre qui cache la forêt, l’épicerie qui cache la ville. Mon espace a été envahi par des molécules génériques, une nanotechnologie de machines d’identikit invisibles, qui s’acharnent à brûler tout le reste : l’atmosphère qu’on inspire quand on cherche de l’air, de l’oxygène.

Nous modifions la société pour désirer certaines choses et faire certains choix inconsciemment. Ce désir est contrôlé par une sorte d’ingénierie génétique culturelle, une modification de l’ADN. Nous sommes les scientifiques qui savent quelles images, quelles couleurs, quelles polices et quels mots entraîneront des réactions clés.

Le véritable intérêt de tout ceci est que nous avons créé, pour la société et pour nous-mêmes, une palette d’alternatives et de choix très limitée, une série de cubes d’ADN homogènes avec lesquels nous construisons toute notre culture mondiale. Nous vivons dans un monde médiocre, avec tous les signaux d’alerte au rouge. Dans cette culture limitée, on aperçoit des collines et des vallées, claires et sombres, mais la palette ne comporte que 256 couleurs. Nous avons limité nos imaginations, nous les avons habillées avec la même garde-robe, et avons oublié comment regarder au-delà. Le monde oscille entre haute et basse résolution, entre possibilités infinies et 72 dpi.

Nous avons oublié que nous pouvions transgresser les règles, je veux dire les transgresser pour de vrai. Nous ne faisons que varier ce que nous avons déjà, au lieu de laisser de nouvelles choses arriver ou entrer dans notre vocabulaire. Nous avons oublié comment embrasser le chaos et faire confiance au hasard. Nous avons oublié comment avoir confiance en nous, et nous avons perdu le courage d’être vraiment différents. Nous avons oublié de respecter les autres cultures et les autres races, et qu’elles peuvent nous apprendre des choses, et nous ne savons tout simplement pas comment nous arrêter de leur imposer nos propres cultures et notre façon de voir le monde. Et nous ne comprenons pas que les autres puissent rejeter la nôtre, surtout quand nous avons largement rejeté toutes les autres ou les avons intégrées dans nos propres palettes limitées.

L’art et le commerce ne se mélangent pas aujourd’hui. Le plus petit dénominateur commun, la limite de vente et d’attrait maximale, est l’objectif. Cela rend tout homogène, moyen, médiocre. On réagit en criant, ou en choisissant un morceau de territoire sensible à faire sien. Alors on choisit le bleu, ou un cercle, ou le grunge, ou M, et on le crie pour avoir l’air différent. Ou on choisit les voitures, le sport, les jardins, ou la drogue.

Il en est de même des marques. A la base, il n’y a que peu de différences entre Starbucks, Nike, Virgin, Ford, Macdonald’s. Là encore, peu de diversité à l’intérieur d’une palette d’expression et d’imagination limitée, mais portée bruyamment et fièrement. Dans ce Matrix de l’imagination, il n’y aura jamais de vraie révolution, et toute véritable différence est détruite comme un véritable ennemi.

Vous allez me dire, quel rapport avec la création graphique ? Aujourd’hui, la caractéristique essentielle de la création est son interchangeabilité et le peu de vrais risques qui sont pris. La qualité de la création est extraordinairement élevée, les normes de fabrication incomparables, et le savoir-faire superbe. Mais, d’une façon ou d’une autre, on a une sensation de déjà-vu. On admire les normes esthétiques et techniques, mais on se retrouve comme vides, ou blasés.

Vous voyez, nous sommes bloqués dans un enclos de peur. Peur que nous ne survivions pas, peur de perdre notre emploi, peur d’être attaqués, peur d’être différent, peur de critiquer ouvertement notre propre gouvernement ou ses actions, peur de l’échec, peur de la peur. Cette anxiété sourde et constante dans laquelle nous vivons tous est épuisante, c’est une expérience déshumanisante. Pas étonnant que nous ayons peur d’élever la voix.

Il nous faudra pourtant l’élever, la voix. Nous le devons à nous-mêmes et à la société que nous servons, de briser les règles et essayer quelque chose de nouveau. Nous devons saisir le risque, le danger, les pensées situées au-delà de la palette des pensées de base. Nous devons ouvrir les portes, recevoir le monde au lieu d’en être les simples diffuseurs. Nous devons embrasser la technologie qui permet à nos messages d’être changés, au lieu de fournir des options prédéfinies. Nous devons embrasser une alternative au Hollywood de nos vies, aller au-delà de la "AOL-Timewarner-Disneyisation" de nos mondes

En d’autres termes, nous pouvons utiliser d’autres termes. Nous pouvons parler d’amour de notre prochain, d’opportunité, d’apprentissage et d’éducation. Nous pouvons aider à utiliser nos outils à éduquer, au lieu d’imposer. Nous pouvons rompre la spirale

Nous devons apporter une nouvelle, une véritable signification à cette expression, "pensez différemment", et voir ce qu’on peut faire de vraiment différent.

Pour répondre à la question – titre de cette conférence – "Et maintenant ?", tout ce que je peux dire, c’est que je ne sais pas. Mais si nous ne déchirons pas les plans, nous ne le saurons jamais. »

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