Logotypes Histoire (1) | Franco Maria Ricci | Top Symbols & trademarks of the world

En 1973 le célèbre humaniste, designer et éditeur Franco Maria Ricci entreprit d’éditer une somme. Un recueil de tous les logotypes et symboles connus à cette date. L’aventure dura jusqu’en 1981, où il acheva (momentanément) cette magnifique édition avec le numéro 10 de ces albums. Cette édition est épuisée. Introuvable. Je l’ai cherché partout. La publication que j’entreprends est destiné exclusivement à l’usage pédagogique. Pour deux raisons. La première est évidente, c’est par l’exemple que l’on apprend aux élèves des écoles d’art graphiques, ce que fut la réflexion aux époques post- guerres sur les identités visuelles. Je renvoie le lecteur aux très sérieux articles de Michel Disles, cofondateur de Carré Noir qui s’exprime sur la question sur le site d’Admirable Design. Chaque création, a demandé de la part de leurs auteurs, designers, graphistes des semaines et des semaines de cogitation afin de dégager l’essentiel du signe qui allait «porter» une marque, la faire connaître et se reconnaître parmi les autre marques concurrentes ou non. La création de logotypes ne s’arrête pas dans les années 80, cependant il est à remarquer que les réflexions modernes sont infiniment plus empreintes de design-tendance, voire mode que de véritable pensée conceptuelle sur l’activité et la clientèle d’une marque (cf. mes articles précédents sur ce sujet). La deuxième raison est donc celle-là: à l’heure où la création d’identité visuelle, dépasse de loin les enjeux du logotype et du symbole, car inscrite dans un concept de communication globale, on a fini par oublier, souvent, pas toujours, la force, ou l’esprit que peut dégager LA MARQUE d’une entreprise. On a fini par oublier qu’un logo est avant tout une enseigne. Qu’il est censé représenter un métier, une activité, une clientèle. Nous continuerons à débattre de ces questions sur ce blog, et pour nourrir ce débat extraordinairement vaste, il me fallait publier ici même un pannel, le plus large possible de ces créations d’une autre époque. Chaque planche est copyrighté. Destiné exclusivement à une lecture sur l’écran et à seule fin de pouvoir faire évoluer la réflexion propre de chacun. C’est aussi un hommage que je rends ici à la profusion et la qualité de toute l’édition de Monsieur Franco Maria Ricci.

Frm_logotypes_0001

Frm_logotypes_0002

Frm_logotypes_0003

Frm_logotypes_0004

Frm_logotypes_0005

Frm_logotypes_0006

Frm_logotypes_0007

Frm_logotypes_0008

Frm_logotypes_0010_1

Filetnoir_63

 

Publié dans Les Logos | Commentaires fermés sur Logotypes Histoire (1) | Franco Maria Ricci | Top Symbols & trademarks of the world

La Mode mise en page | dans les ateliers de l’imprimerie Dreager | 1962-1964

W_numeroun_49

 

Le 15 septembre 1964, les ateliers d’impression Dreager Frères mettaient sous presse cette revue éditée par l’association de l’élégance masculine française. Collection automne-hiver 64.

 

W_numeroun_01

W_numeroun_02

Recherches typographiques, anamorphoses (optiques).

W_numeroun_03

double pages stylisme

W_numeroun_04

hommage aux créateurs de mode mais aussi aux graphistes qui mettent en scène La Mode.

W_numeroun_05

Des photos qui ne sont pas sans rappeler nos collections styles de vie.

W_numeroun_06

Il est à remarquer que c’est depuis peu le triomphe des photographes. La couleur ayant apporté ce «supplément de vérité» qui permet à la mode de se confondre avec la réalité. Mais la typographie est présente. rappelant ainsi les principes de Roland Barthes pour qui (système de la mode) une photo sans légende est saturée de sens. Seule celle-ci peut amener la lectrice-consommatrice à l’acte d’achat.

W_numeroun_07

W_numeroun_08

Mises en page monumentales, blancs tournants

W_numeroun_09

typographie minimaliste.

W_numeroun_10

Où l’on voit déjà le plaisir du jeu typographique. Cette petite flèche, ci-dessus, ça ne vous rappelle pas les jeux graphiques de Neville Brody?

W_numeroun_11

Pleines pages, graphisme vs photo. Les deux expressions contribuent à halluciner le spectateur pour l’étourdir d’une vision «hors normes».

W_numeroun_12

Ne soyez pas si surpris que ça. On découvre l’Amérique, ses légendes. C’est l’époque des John Wayne et d’Henri Fonda. Il y a là un clin d’œil à la française qui ne gâche en rien les structures rigoureuses de la mise en page. 4 col (1+2+1) juxtaposée à une page sur une seule colonne.

W_numeroun_13

Idem mais à l’envers, et la flèche qui occupe la première colonne renvoie bien l’œil vers les photos de la page de gauche. James Bond vient de sortir des studios de United Artistes.

W_numeroun_14

Photos détourées, textes en habillage, tout ceci composé en plomb, manuel ou monotype. Les détourages de chaque personnage, de chaque chaussure nécessitait des journées entière de retouches, de contretypies multiples et de montages manuels sur tables lumineuses.

W_numeroun_15

La diagonale dans les principes de mise en page, déjà initiée sous l’époque des constructivistes trouve ici un application au service de l’élégance et du dynamisme. La Mode, c’est ici et maintenant.

W_numeroun_16

Les typographes suisses ne sont pas loin. Ils se propagent en France (Hollenstein, Frutiger), en Allemagne, aux States.

W_numeroun_18

L’aventure de cette revue de mode avait commencé dès 1960.

 

W_numeroun_19

Mise en page épurée. Un semblant de transgression très sage (les filets oranges). On vend du rêve. Pas de la révolte.

W_numeroun_20

Où l’on voit la parfaite adéquation entre le damier de la course au service d’une mise en page rigoureuse et expressive. Le coup de crayon, c’est la course rêvée. On vend de la Mode, pas des voitures.

W_numeroun_21

Idem. Une scène d’un Américain à Paris. Le graphisme fait «avaler» tous les (mauvais) goûts, y compris cette chaise Louis quelque chose. Les filets à la Mondrian viennent soutenir avec complicité ces juxtapositions anachroniques.

W_numeroun_22

Des pantalons pour ne pas oublier qu’on était enfants… en pantalons courts.

W_numeroun_23

Là le graphisme fait le jeu du produit. Vous n’imaginez même pas le travail de photogravure que représente cette double page. Les logiciels Adobe? ils n’arrivent vraiment dans la production graphique qu’en 1993.

W_numeroun_24

Une double page que n’aurait pas renié Robert Delpire… en 1975.

W_numeroun_25

Là la mise en page joue sur les concepts. Chaussures et roues ne sont que les prolongements de notre corps. Et le graphisme permet de structurer une pensée qui émerge doucement de siècles de réclames «barbares».

W_numeroun_26

Il faut avoir osé, cette couleur parme-violette. Couleur cléricale par excellence, mais au diable la religion si ce n’est celle de la nouvelle société de consommation. On peut songer à une forme de transgression qui fait avancer le client vers le futur.

W_numeroun_27

Ce sont là les pages les plus simples mais qui nous rappellent que la mode commence dans les cartons à dessin. Dommage que les magazines d’aujourd’hui ne montrent pas plus la démarche du créateur. Car si la Mode est futile par définition, elle n’est pas pour autant inutile. Elle fait vivre des millions de gens dans le monde, depuis les filières textiles jusqu’aux bureaux de design et la distribution…

W_numeroun_28

Les blancs tournants dans la mode participent du principe de l’énonciation, du décret. Hors tout contexte, le vêtement devient un objet unique dont la seule présence photographique suffit à déclarer ce vêtement comme celui d’aujourd’hui. Du maintenant. Le vêtement détouré est hors du temps, hors de tout discours. Il est déclaratif. Impératif.

W_numeroun_29

Idem ci-dessus, à ceci près que l’on a mis en scène ce vêtement dans un univers coloré. Résolument futuriste. Vous souvenez-vous de David Vincent… Les envahisseurs en manches de nylon. La Matière est neuve et va révolutionner le temps conjugal (ou célibataire). Plus de repassage.

W_numeroun_30

Cette double page est assez extraordinaire. Aujourd’hui on trouve des DVD dans les magazines. En 1960, on insérait des échantillons de textile. Un façonnage sans doute très coûteux… Mais après tout, que vend la mode? Le textile et du rêve.

W_numeroun_31

Une photo pour finir, Le neuf et l’ancien. On ne parle pas encore de déchets et de développement durable. Le renouvellement du parc automobile est encore du domaine du rêve. Le photographe en plaçant ces débris au premier plan, ce petit garçon en bleu de chauffe en train d’admirer cette «Versailles» de la marque Simca, c’est le gosse de l’ouvrier qui admire le travail de papa. Peut-être qu’il l’emmènera faire un tour un jour. Non, un jour je m’achèterais cette merveille pour laisser les débris sur le bas coté.

W_numeroun_47

Il n’y avait pas moins de 100  graphistes, dessinateurs, maquettistes assis dans le studio  de Dreager et Frères pour dessiner, et créer les maquettes des clients. L’imprimerie se transforma en agence de publicité (Wallace et Dreager) pour déposer le bilan dans les années 80. Le directeur artistique en charge du studio en 1964. Monsieur Pampusac
.

À découvrir le catalogue des vins Nicolas réalisé par Dreager Frères et Jean Latour avec le peintre Bernard Lorjou.

© design et typo | février 2006 |

Publié dans Typographie de magazine | Commentaires fermés sur La Mode mise en page | dans les ateliers de l’imprimerie Dreager | 1962-1964

Typographie en danger | cri d’alarme

Texte intégral d’un cri d’alarme paru dans Libération le 16 février dernier. Faites le circuler le plus largement possible et agissez si vous le pouvez !

Pour éviter sa dispersion, le patrimoine de l’Imprimerie nationale doit être valorisé. La typographie en danger

par Elisabeth BADINTER et Yves BONNEFOY et Roger CHARTIER et Jacques RIGAUD et TARDIEU Michel | QUOTIDIEN LIBÉRATION : jeudi 16 février 2006

Elisabeth Badinter écrivaine, Yves Bonnefoy écrivain, professeur honoraire au Collège de France, Roger Chartier directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Jacques Rigaud conseiller d’Etat honoraire, écrivain, Bernard Stiegler philosophe, et Michel Tardieu professeur au Collège de France.

Les injonctions européennes ont soldé la guerre d’usure qui opposait depuis le XVIIIe siècle l’Imprimerie nationale aux imprimeries privées, celles-ci n’acceptant pas qu’une part des travaux lucratifs leur échappe. Sommée de se confronter aux réalités économiques et à la concurrence, l’Imprimerie nationale a été transformée en société anonyme en 1994. Elle a perdu de gros marchés, vendu une bonne partie de ses usines et son site historique parisien. D’un point de vue industriel, le groupe Imprimerie nationale SA n’est plus qu’une PME modeste et précaire. Si rigoureuses qu’elles soient, les règles européennes seraient cependant un bouc émissaire trop commodément désigné comme responsable du triste destin promis à un bien commun de valeur universelle.

L’Imprimerie nationale était, en effet, bien autre chose qu’une grosse imprimerie. François Ier fonda le corps des imprimeurs du roi pour favoriser la diffusion de la pensée. Richelieu créa l’Imprimerie royale, pour asseoir le pouvoir du roi, mais aussi pour aider le monde des lettres et des arts à rayonner dans toute l’Europe. A côté de sa production administrative, elle est devenue l’imprimerie du monde savant et du beau. Cela n’a été possible qu’avec la conviction permanente que, derrière les techniques d’impression, il y a la lettre, l’écrit. Il fallait conserver les poinçons qui ont servi à fabriquer les caractères de Garamond et des milliers d’autres pour être en mesure de les étudier, pour en dessiner de plus modernes ou pour en réaliser des interprétations numériques. Il fallait comprendre l’écriture chinoise pour graver les bois qui servirent à l’édition du Dictionnaire chinois-latin-français de Guignes en 1813. Sans cette typothèque unique au monde, constamment maintenue à jour et élargie, les études orientalistes n’auraient tout simplement pas existé. Ce sont ces activités, d’un poids économique pourtant bien faible, qui ont fait la réputation mondiale de l’Imprimerie nationale.

Un petit groupe de personnes et cette collection d’objets sont ceux qui pâtissent aujourd’hui d’un démantèlement presque achevé. Des mesures ont pourtant été prises : alors que les dernières activités industrielles de l’Imprimerie nationale sont pour l’essentiel rassemblées à Douai, le Cabinet des poinçons et l’Atelier du livre, trésors de l’Imprimerie nationale, et le personnel qui les anime ont été mis à l’écart dans une zone d’activités de la banlieue parisienne. Pourquoi ? Avec quel destin ? S’agit-il d’un lieu de stockage pour les centaines de milliers de poinçons, les presses et les livres classés monuments historiques ? Les uns sont sensibles à l’humidité, d’autres à la chaleur, tous sont fragiles… S’agit-il d’un musée ? Rien n’est prévu pour montrer, conserver, ces pièces ni en permettre l’étude. S’agit-il alors d’un musée vivant, où les élèves des écoles d’art pourraient venir apprendre les techniques anciennes auprès des derniers compagnons à les connaître ? L’exiguïté des lieux, le manque d’infrastructures physiques ou universitaires, l’interdisent. S’agit-il d’un atelier commercial ? Le marché est bien maigre…

La direction de l’entreprise a certes isolé son département patrimonial, mais pour en faire quoi? Elle a eu pour cela l’aval de sa tutelle, le ministère des Finances, dont relevait l’Imprimerie nationale pour des raisons historiques et non culturelles. Mais est-ce au propriétaire d’en décider seul ? Que font les ministères de l’Education nationale et de la Culture? Une pétition a pourtant rassemblé plus de 20 000 signatures, dont un bon quart hors de France. James Mosley, historien britannique et l’un des meilleurs connaisseurs de l’histoire de la typographie française, écrivait récemment : «Beaucoup peut encore être fait si la volonté existe. Si nous en laissons passer l’opportunité, les futures générations nous le reprocheront à juste titre.»

La France dispose d’un trésor, mais ne sait qu’en faire! Nous le regardons seulement comme un trésor du passé alors que c’est surtout de notre avenir qu’il s’agit. La typographie va bien au-delà du seul savoir des imprimeurs, qui d’ailleurs passe désormais inévitablement par l’ordinateur. La lisibilité de nos écrans relève de la typographie, la mise en page sur le Web ne peut se faire avec succès qu’avec des connaissances typographiques, la messagerie multilingue sur Internet (même via Unicode) est une affaire d’encodage typographique. On n’a pas su répondre à Google que la difficulté de la numérisation de toute la bibliothèque du monde n’est pas qu’un problème de droit ou de nombre total de caractères à reconnaître, mais aussi de compétence à situer chacun de ces signes dans un contexte linguistique, culturel, social et temporel que seule permet une connaissance approfondie de l’écrit, imprimé ou non.

La France dispose encore des savoirs relatifs à l’écrit, au livre, à la typographie et dispose aussi du mobilier (au sens archéologique) qui leur est associé. Elle dispose enfin d’écoles d’art graphique, d’universités et de lieux de recherches multidisciplinaires (l’école Estienne, l’EPHE, l’EHESS, l’ENST, l’Inria, pour n’en citer que quelques-uns), et de bibliothèques dont les livres sont à la fois moyens et objets d’étude. Des lieux et des structures d’accueil peuvent être trouvés. On peut notamment évoquer le site de l’ancienne imprimerie de l’Illustration que l’université Paris-XIII rénove et développe. Profitons de ces atouts conjugués pour créer un conservatoire de l’imprimerie, de la typographie et de l’écrit qui associera à l’entretien de biens matériels et immatériels les exigences de la formation, de la recherche et de la production. Ses missions s’étendront de la formation aux arts graphiques et à la typographie, à la recherche de niveau international sur l’histoire de la typographie, sur les pratiques d’écriture et le transfert de ces acquis dans les technologies de demain. Ses ateliers de production contribueront à la diffusion des cultures savantes, artistiques et techniques.

La difficulté n’est pas financière. Elle est de comprendre que ce melting-pot doit conduire à des approches multiples : artistiques, culturelles, historiques et techniques, résolument tournées vers l’avenir. Si une volonté existe pour surmonter les obstacles, l’agrégation de ces enjeux pourra se révéler riche de promesses culturelles et économiques.

Sans un projet ambitieux, quel sort risque de connaître ce patrimoine? On assisterait alors à une dispersion dans les musées européens de l’imprimerie des collections de poinçons et de matrices rassemblées depuis quatre siècles. L’Atelier du livre continuerait à décliner quelque temps dans son entrepôt perdu ; de départs à la retraite en démissions, le transfert des savoir-faire ne serait bientôt plus assuré. Au moment où la recherche internationale reconnaît la nécessité d’étudier des ensembles cohérents d’objets, une telle option irait à l’encontre de l’intention déclarée de requalification culturelle des instruments de techniques périmées. Ce serait là détruire d’irremplaçables archives qui permettent aux regards historiens et anthropologiques d’explorer toutes les dimensions sociales et symboliques de nos pratiques lettrées, dépassant largement le seul contexte français.

Publié dans Galaxie Gutenberg, Opinions et Im-pertinences, Typo | Histoire | Commentaires fermés sur Typographie en danger | cri d’alarme

Typographie | Les approches dans le texte | le gris typo en question

Le réglage des approches entre lettres nous conduisent naturellement à examiner les conséquences de ces variables sur la composition des textes. Approches horizontales, mais aussi approches verticales ou plus précisément l’interlignage contribuent à définir ce que j’ai appelé dans la note précédente «la couleur typographique» ou, si vous préférez le gris typo.

Nous allons examiner ces variables sous l’angle de quatre polices de caractère. L’Adobe Jenson, très belle Humane qui n’est pas sans rappeler l’ITC Berkeley, l’ITC Garamond, Garalde transitionnelle, le Meta Book du graphic-designer Eric Spiekerman et le Futura Book d’après le dessin de Paul Renner (1927).

J’ai pris ces quatre exemples parce qu’ils présentent une parfaite symétrie de problèmes dans leur anatomie:

Mais voyons d’abord les images. Cliquez pour agrandir et voir la typo à la bonne résolution:

Approchestxtjanson_a
Forte disproportion pour le Jenson entre les hauteurs de cap et l’œil des bas de casses

Approchestxtitcgaram_a

Faible différence pour l’ITC Garamond entre les hauteurs de cap et l’œil des bas de casses

Approchesfuturabook_a
Forte disproportion pour le Futura Book entre les hauteurs de cap et l’œil des bas de casses

Approchestxtmeta_a
Faible différence pour le Meta entre les hauteurs de cap et l’œil des bas de casses

Ces quatre polices de caractères focalisent la question que nous nous posons chaque fois que nous abordons la mise en page d’une publication. Petit œil ou grand œil, that is the question.

A corps égal, un petit œil me permettra de caler plus de signes dans une composition, mais c’est là une faible consolation si l’on songe que l’on perd en visibilité de la lettre. Je dis visibilité parce que la taille d’une lettre influe d’abord et avant tout sur sa visibilité c’est à dire sur la distance où l’œil peut lire confortablement une ligne de texte (voyez les planches d’opticiens & ophtalmos). Je ne peux comparer la lisibilité de deux caractères qu’à hauteur d’œil des bas de casse égale. Si tant est qu’on puisse parler de différences de lisibilité entre deux Garaldes ou bien entre une Garalde et une Linéale. J’ai toujours privilégié la notion de confort de lecture sur la notion par trop réducteur de lisibilité. Mais j’ai déjà publié plusieurs notes sur ce sujet et nous y reviendrons. Nous disions que sur le plan économique un caractère à petit œil me permet de gagner en nombre de caractères. Bien. Mais en agrandissant le corps d’une police à petit œil, afin de la mettre à égal niveau de celui à grand œil, je perds du coup cet avantage économique et doublement. 1) parce que je rentrerai moins de signes par lignes, 2) parce que je devrai augmenter l’interlignage en proportion de l’augmentation du corps.

Voyons maintenant la couleur typographique induite par les deux facteurs: les approches et les interlignages.

Les Approches : le Adobe Jenson

Approchestxtjanson_b_3Approchestxtjanson_c_1
Approchestxtjanson_d_1Approchestxtjanson_e_1

Tout d’abord permettez-moi de m’excuser pour cete mise en forme un peu poussive mais le dispositif des blogs est assez contraignant lorsqu’il s’agit de faire ainsi une démonstration qui sur papier, dans une brochure à l’italienne par exemple permettrait de mettre en perspective les différences de gris typos.

Donc pour profiter pleinement de cette étude il vous faut absolument cliquer sur les images. Maintenant que remarquez-vous? Que vous composiez un texte en approche normale ou avec +20, +40 ou +80 unités additives, le texte reste tout aussi lisible. Les deux choses qui changent fondamentalement sont le gris typo, on va du plus foncé vers le plus clair, aérien, et le nombre de signes que vous entrez dans un espace contraint. Il va de soi que plus vous interlettrez plus vous diluez les mots-objets. Ce faisant le déchiffrage est plus délicat, parce que l’œil commence à percevoir les lettres au détriment des mots. Je sais que très récemment l’Éducation Nationale est revenue des méthodes d’apprentissage de lecture globale, mais on voit bien dans ces extrêmes (approche normale et interlettrage +80) que nous devons bien examiner la texture d’une composition au regard de la perception des mots tout autant que des lettres. Cela n’a évidemment aucune importance lorsqu’on interlettre des mots pour les logotyper, mais il n’en va pas de même pour un pavé de texte. Voyons maintenant les autres caractères subir les mêmes expérimentations:

Les Approches : l’ITC Garamond

Approchestxtitcgaram_bApprochestxtitcgaram_c
Approchestxtitcgaram_dApprochestxtitcgaram_e

où l’on voit bien que les mêmes effets produisent les mêmes causes. Plus on interlettre plus on fait disparaître les mots au profit des lettres, donc le sens même du texte. Et finalement une règle commence à s’imposer : dangereux de dépasser un interlettrage de 40 unités (dans InDesign). A 80 nous ne lisons plus que des lettres éparpillés dans un pavé de texte.

Même essais avec les deux autres caractères, le Meta et le Futura:

Approchestxtmeta_bApprochestxtmeta_c
Approchestxtmeta_dApprochestxtmeta_e

Filetnoir_61

Approchesfuturabook_b_1Approchesfuturabook_c_1
Approchesfuturabook_d_1Approchesfuturabook_e_1

Vous avez cliqué sur les images, analysé la perception que vous aviez des pavés de textes. N’avez-vous rien remarqué? Curieusement mais pas tant que ça, tout ce que je viens de vous dire au sujet de l’éparpillement des lettres en approches +80, est moins vrai en Adobe Jenson et Futura Book, qu’en ITC Garamond et Meta Book. Cela tient à l’anatomie des caractères. Le fait est que d’avoir des disproportions importantes entre capitales et bas de casses augmente considérablement la lisibilité des mots. Et je ne parle plus des lettres. Mais des mots. Ceux-ci restent plus perceptibles en Jenson ou Futura parce que les futs des lettres montantes donnent une meilleure lecture de l’alphabet. Ils permettent la différenciation des lettres, donc du coup les mots restent plus cohérents. Je ne veux pas paraître prétentieux, d’autant que moi même j’ai cédé à cette mode des caractères à gros œil, mais je dois vous avouer que depuis les années 70, alors que Herb Lubalin et Aaron Burns installaient les nouveaux dispositifs de création d’alphabets en privilégiant l’œil agrandi des bas de casses, on n’a jamais fait réellement attention aux dégats que créaient cette mode sur des générations de lecteurs. Alors me direz-vous, y a-t-il des solutions pour contourner cette difficulté. Oui et nous allons voir dans les planches suivantes le rôle primordial de l’interlignage.

Les Interlignages :

Même expérience. Composition de trois pavés dans quatre caractères. Interligne compact (c’est-à-dire minimum par rapport à une composition en plomb), surinterlignage de 1,5 pt et surinterlignage de 3 pt. Nous allons voir que c’est là que réside la solution des problèmes de lisibilité. Pour comprendre le phénomène cette fois nous allons faire suivre les pavés de textes dont l’interligne est identique.

Interadobejensonnormal
Interitcgaramnormal
Intermetabooknormal
Interfuturabooknormal

Vous voyez tout de suite que ce que je vous disais précédemment se vérifie. L’Adobe Jenson et le Futura Book laissent filtrer les mots bien plus que l’ITC Garamond Light ou le Meta Book. Ah les gris typos sont beaux mais trop denses avec les deux dernières typos. Voyons maintenant un surinterlignage de 1,5

pt:

Interadobejensonsur1
Interitcgaramsur1
Interfuturabooksur1

Intermetabooksur1

Vous commencez à «sentir» le bonheur de voir vos yeux respirer autour des mots. La fatigue diminue et la rétine se déplace assez agréablement dans le texte. Mais ajoutez y  encore 1,5 pt et ce bonheur sera total :

Interadobejensonsur2
Interitcgaramsur2
Interfuturabooksur2
Intermetabooksur2

Et pour le coup nous pouvons revenir à nos études récentes de comparaisons entre caractères. Bien sûr que l’ITC Garamond et le Meta sont formidables d’élégance  et de modernité. Mais à condition d’être considérablement surinterlignés. Là nous retrouvons de la lisibilité parce que nos rétines n’ont plus tendance à décrocher des lignes et à se mélanger les pinceaux si vous me permettez cette trivialité. On peut même désserrer les approches sans trop perdre en lisibilité. Plus vous composez lache, plus il vous faudra surinterligner.

Ainsi donc nous venons d’examiner deux paramètres essentiels dont nous disposons tous sur nos logiciels de mise en page. Que ce soit dans Quark X-Press ou InDesign nous avons la possibilité d’accéder aux réglages les plus fins. Les valeurs d’approches que je viens de vous donner doivent être divisés par 2 au moins dans Quark parce que le logiciel comme vous avez pû vous en rendre compte travaille en millième de cadratin (le cadratin est un espace dont la valeur est égale à la hauteur du corps) alors qu’InDesign subdivise en 2000 ce même cadratin.

Mes conseils : avant toute mise en page, travailler la lisibilité des textes. Vous choissez une grille de mise en page, déterminant pour la largeur des colonnes donc pour la force du corps dans laquelle vous allez composer votre texte. En fonction de ce corps et de ce caractère (qui devra être choisi de sorte à éviter un trop grand nombre de césures) vous devrez faire des essais d’interlignage pour décider du meilleur rapport corps-approche-lisibilité. Pour les paramètres de compostion justifiée je vous invite à relire ma note sur les gris typos où je donne les valeurs de base (qui peuvent être adaptés selon les cas). Vous comprenez aussi la complexité de faire des compromis (le mot est laché) entre les impératifs économiques (de rentrer une quantité de texte dans une page) et les impératifs de lisibilité.

Filetnoir_62

Publié dans Typographie et typographies | Un commentaire

Typographie | Les approches entre les lettres

Interrogé sur les approches serrées pratiquées par les typographes américains des années 70, Hermann Zapf n’eut qu’un geste de la main : ah! sex spacing typography ?

Les approches typographiques, peu abordés dans les manuels et guides qui traitent de l’anatomie de la composition sont un des éléments les plus essentiels de la mise en page. Certes le choix d’un caractère est déterminant pour la mise en page d’une revue, magazine ou un quotidien, sans oublier toutes les publications publicitaires et culturels. Quelle révolution pour l’administration française lorsque le génie de Roger Excoffon choisit le Souvenir d’Edward Berguiat pour mettre en page les feuilles de déclaration d’impôts sous un Giscard d’Estaing qui n’était encore «que Ministre des Finances». Certes la couleur typographique (ou gris typo) dépend beaucoup du caractère utilisé mais ce n’est pas à mon sens le premier paramètre. Qu’est ce qui détermine cette couleur?

1 | Tout d’abord la graisse d’un caractère. C’est le déterminant absolu. Comme la couleur d’une voiture. Composé en gras (ou bold) un titre, un texte se verra attribué une des premières place dans la hiérarchie de la lecture. Massin a bien exploité cet artifice dans son magnifique ouvrage «La Cantatrice Chauve» d’après l’œuvre d’Eugène Ionesco. Il a fait parler les textes en fonction de la graisse et des tailles des corps. (je consacrerai une note à cet ouvrage prochainement).

2 | La taille aussi de ce texte, bien sûr. Il va de soi que c’est presque à égalité avec la graisse, la première manifestation d’une couleur typographique.

3 | Mais tout de suite derrière vient l’approche. Serrée, la composition se densifie, lache elle se clarifie et devient aérien. C’est tout aussi valable pour la composition d’un titre que de pavés de textes.

4 | Le choix du caractère. Bien entendu il est aussi primordial que les facteurs précédents. Mais là on joue plus sur les perceptions inconscientes du lecteur. Que l’on choisisse une Humane ou une Garalde ou encore une Mécane transitionnelle (Le Clarendon par exemple), on influe considérablement sur le style d’un pavé de texte ou d’un titre. Mais là on emploi des moyens culturels dont la syntaxe appartient à l’inconscient collectif et ne relève pas d’une perception lucide du public. Comme le mobilier ou l’architecture la typographie a évolué au long des siècles au gré des inventions technologiques de la gravure, du papier et des moyens d’impression. Les lecteurs que les études ont poussé jusqu’aux facultés ou grandes écoles sont certainement plus sensibles à ces évolutions que les employés qui ont du s’arrêter en chemin. Mais ce n’est pas pour autant et surtout en France que les formes des caractères sont perçues de la façon la plus lucide et clairvoyante.

Classification Thibodeau vs Classification Vox (des familles de caractères)
(Cliquez sur l’image pour la voir au mieux de sa résolution)
Avertissement : depuis les dernières mises à jour de TypePad, il faut ouvrir les images trop grandes avec le clic droit (ouvrir dans une nouvelle fenêtre ou nouvel onglet) pour pouvoir se déplacer dans les images.

Thibodeauvsvox

Nous allons dans cette note nous intéresser uniquement à l’anatomie des approches des lettres.

Une des priorités du metteur en page d’un texte, d’un titre est d’équilibrer les approches. Pourquoi? c’est simple, si vous laissez au milieu d’un mot un blanc irrégulier, vous créez un espace de division qui va gêner la lecture. Une des erreurs la plus communément pratiquée consiste à croire qu’il suffit de composer les lettres à égale distance les unes des autres pour en établir la régularité de lecture. Or c’est méconnaître les lois optiques de la perception. L’œil ne lit pas des distances entre les lettres mais des volumes de blanc entre elles. Voici un exemple pour que vous visualisiez le plus facilement ce phénomène.
(Cliquez sur l’image pour la voir au mieux de sa résolution)

Anatomieapproches

J’ai symbolisé dans l’exemple ci-dessus les volumes de blanc par des pastilles grises qui viennent remplir les espaces de lecture tel un liquide ou mieux encore comme des petits cailloux. De fait deux espaces sont à peu près à égale distance lorsque vous pouvez y couler à peu près le même nombre de cailloux. Ci-dessus comme dans les exemples suivants j’ai choisi volontairement les situations les plus périlleuses pour un metteur en page. Lettres obliques accolées à des lettres droites ou rondes etc. Bien entendu le problème se complique d’autant que nous avons décidé d’utiliser des lettres à pâtins et encore plus dans le cas où vous choisissez une mécane (ci-dessous, le Clarendon gras) :
(Cliquez sur l’image pour la voir au mieux de sa résolution)

Anatomieapproche2

Dans l’hypothèse d’un choix de Linéales (Antiques), nous avons la possibilité d’adopter deux stratégies. Celui, traditionnel de la composition en plomb, aux approches non imbriquées ou, à peine (composé ici en Helvetica normale (55 | régular) :
(Cliquez sur l’image pour la voir au mieux de sa résolution)

Approcheslineales2

et  l’autre stratégie qui consiste à resserrer les approches au point de presque faire se toucher les lettres. Sex spacing Typography, ainsi nommé par Hermann Zapf, sans doute par humour et référence au mouvement flower génération issue de la guerre du Vietnam et Woodstock. Mais plus sérieusement cette mode ne fut pas le fruit d’un hasard. C’est très exactement entre 65 et 75 que les technologies du phototitrage ont connu leur apogée. Libérée des servitudes du plomb (sa rigidité), les phototitreurs sous la pression de directeurs artistiques aussi renommés qu’Herb Lubalin ou Milton Glaser se sont vu obligés de resserrer les approches au delà du raisonable pluisque la lisibilité n’était pas la priorité de ces DA. Seul comptait l’impact visuel, la tache typographique dans la page blanche :
(Cliquez sur l’image pour la voir au mieux de sa résolution)

Approcheslineales1

Pour vous donner un aperçu d’ensemble d’approches normales et volontairement désserrées voici un exemple de composition décliné avec un caractère de chacune des familles de la Classification Vox (ci-dessus). Où l’on voit le rôle primordial des approches. Parce désserrées elles permettent de logotyper un mot. Désserrées les approches nous font pénétrer inconsciemment dans le champ visuel de l’esthétique et de l’énonciation institutionnelle tant prisé par les designeurs de logotypes. Où il est démontré que cette couleur typographique dont je parlais plus haut dépend bien plus (excepté des caractères gras ou scriptes) des approches que du choix d’un caractère.
(Cliquez sur l’image pour la voir au mieux de sa résolution)

Approches1

J’ai composé en grisé les scripts et gothiques que jamais nous ne composerons en capitales parce que bien trop illisibles. Et voici encore sur un mot bien plus périlleux à la composition une autre déclinaison qui montre bien qu’en réglant correctement les approches paires on arrive à une homogénéité dans la lecture.
(Cliquez sur l’image pour la voir au mieux de sa résolution)

Approchestraviata
Cette petite étude anatomique n’était évidemment pas destinée aux nombreux professionnels qui lisent mon blog chaque semaine. Mais à tous ceux, étudiants-élèves d’écoles d’arts graphiques, et web designers qui seraient passés par des filières plutôt informatiques et n’ont pas eu la chance d’expérimenter ces aspects de la typographie, et plus généralement à tous ceux, lecteurs grand public et étudiants d’universités qui s’intéressent à la mise en page et veulent en connaître d’avantage sur la grammaire typographique.

 

Publié dans Typographie et typographies | Commentaires fermés sur Typographie | Les approches entre les lettres

Las Malenas | Festival de Tango au Triton | suite

Dans la petite salle très cosy du Triton, le silence se fait lorsque les six égéries du Tango Argentin commencent à égrener les notes d’une musique éternelle.

samedi 11 février – 21h

Las Malenas est né de la rencontre de six jeunes musiciennes argentines et françaises venues de divers horizons musicaux et réunies par leur passion commune pour le tango. Leur répertoire, mélange de compositions originales et d’anciens tangos revisités, nous révèle toute la sensualité, la violence, et la mélancolie de cette musique. Leur sensibilité féminine donne une couleur inédite à cette musique presque exclusivement composée et interprétée par des hommes.

cliquez ci-dessous pour écouter un extrait de leur interprétation.

Anne Lepape violon
Juliette Wittendal violon
Pascale Guillard contrebasse
Sabine Balasse violoncelle
Marisa Mercade bandonéon
Gabriela Quel piano

Dsc_0471
Dsc_0408Dsc_0546Dsc_0556Dsc_0628
Dsc_0655Dsc_0666Dsc_0798Dsc_0926
Dsc_0386Dsc_0396
Dsc_0735Dsc_0839

Publié dans Les Photos | Commentaires fermés sur Las Malenas | Festival de Tango au Triton | suite

Yorfela | entre Tango et Ballades, la malice

C’était presque des vacances. Les élèves sont partis à la neige et j’ai pris quelques jours de répit en musique… latina, vous l’aurez deviné, puisque c’est la scène que je photographie depuis quelques années. Yorfela, c’est Jérome Palefroy et ses complices musiciens qui renouent avec la tradition de la chanson française. On songe à Julien Loureaux ou Anne Syslvestre en passant par Barbara ou Marie Paul Belle, tant les paroles sont ciselés pour créer des petits tableaux, des scénettes de la vie quotidienne… Avion Privé, Coup de Jennie, Hep ! Garçon, T’iras pas au Mexique, Jamais les bals… sont quelques unes des chansons que Jérome nous sussure accompagné par la sensibilité dextere de ses doigts guitare. Joie pure.

11_w_yorfela_nb20_w_yorfela_nb
22_w_yorfela_nb02_w_yorfela_nb
30_w_yorfela_nb25_w_yorfela_nb_1
26_w_yorfela_nb

Publié dans Les Photos | Commentaires fermés sur Yorfela | entre Tango et Ballades, la malice

Thierry “Titi” Robin

Thierry Robin dit “Titi”, musicien autodidacte né à la fin des années cinquante dans l’ouest de la France, a construit son univers musical personnel en empruntant autour de lui, à l’instinct, des éléments de langage musical répondant à sa soif d’expression, les deux univers qu’il côtoyait quotidiennement et l’ayant directement et profondément influencé étant les cultures gitanes et orientales.

Avant que le courant des musiques du monde n’apparaisse, c’est au sein de ces deux communautés qu’il trouvera un écho sensible et encourageant, le milieu musical hexagonal dominant ne comprenant alors pas vraiment sa démarche. Les fêtes communautaires arabes et gitanes lui donnent l’occasion de tester la couleur originale de son approche musicale face à ces traditions riches dont il s’inspire mais qu’il n’imite pas, recherchant obstinément une voie qu’il lui semble exprimer avec le plus de justesse sa condition d’ artiste contemporain. Les musiciens qui l’accompagnent alors sont presque exclusivement originaires de ces minorités. Les deux artistes phares dans sa démarche sont Camaron de la Isla, le cantaor flamenco et le maître irakien du ‘oud, Munir Bachir. Lire la suite ici !

01_wtiti_robin
03_wtiti_robin
09_wtiti_robin
05_wtiti_robin
16_wtiti_robin
15_wtiti_robin

Publié dans Les Photos | Commentaires fermés sur Thierry “Titi” Robin

Garamond vs Garamond | texture de la composition

Suite de l’article [Garamond vs Garamond | physiologie d’un caractère typographique]

Vous êtes sur le point de faire une mise en page. Un livre, une brochure, une plaquette institutionnelle, ou tout simplement le design d’une nouvelle papeterie. Au moment du choix de la typo, un nombre de possibilités infinies s’ouvre à vous. D’abord parmi tous les styles de familles, Elzéviriens ou Humanes-Garaldes-Réales (ou Transitionnels chez les Anglo-saxons) ou encore les Linéales (Bâtons-Antiques en France, mais Grotesques en Allemagne ou Gothic chez les Américains), ou bien et pourquoi pas une belle Mécane Egyptienne, Sérif-slab chez les Américains). Le choix d’une typo s’impose lors de l’analyse du contenu rédactionnel et du style du document, la Presse, le Livre obéissent à des usages, habitudes de lecture qui pour être transgressables n’en sont pas moins codifiés depuis plus de 500 ans. La publicité se permet à la fois plus de liberté lorsqu’elle travaille à faire connaître des produits nouveaux et modernes, mais s’il s’agit de Beauté, Luxe ou encore de l’institutionnel (Banques, Assurances, Gouvernement, Culture etc.) la tendance est naturellement de revenir à des expressions typographiques traditionnelles connotant des valeurs liées au passé.

Il en va ainsi du Garamond, dont l’usage est de plus en plus réservé au Livre et à l’expression publicitaire pour le luxe. La Presse, depuis que le Times de S. Morison a fait ses preuves tant en économie d’espace qu’en lisibilité s’est orienté plus précisément vers les Réales et nous y reviendrons dans une autre note.

Mais nous voici à analyser, comparer les Garamonds entre eux (voir le billet précédent). Les six dessins, fortement ou peu différenciés vous ont montré l’aspect graphique des tracés. Mais il était indispensable d’en venir à leur utilisation courante, la composition, qui est bien le lieu, la destination finale d’une création de caractère.

Voici six pavés de textes composés en corps 11 interligné 12 points. Notez bien qu’il est absolument indispensable de cliquer sur les compositions pour en voir le détail anatomique, car dans le blogroll ils sont considérablement réduits.

Garamondcomposimon
Garamondcompoadob
Garamondcompomonotyp
Garamondcompoberthold
Garamondcompoitc

Garamondcompostempel

 

Six Garamonds, six textes composés tous les six en c.11 inter.12 et vous éprouvez une sensation diffuse. Ce n’est pas du tout le même caractère. Toutes les différences que nous avons relevé dans la note précédente se retrouvent ici dans la texture même des pavés. Le Simoncini, le Garamond, le Monotype sont dessinés avec une hauteur de cap (X-Height) assez petit, il en découle que l’œil de la bdc est aussi assez réduit et du coup le texte composé en c.11 (un talus de 11 points identiques dans tous les cas, cf. note précédente) semble assez petit. Il en résulte tout de même un avantage s’il en est un, on peut entrer plus de signes dans un encombrement identique, avec un léger avantage pour le Garamond d’Adobe qui fait rentrer le texte du tramway sur sept lignes tout juste.

Le Garamond Stempel se compose sur sept lignes et demi et en clignant l’œil pour rétrécir votre champ de vision (jusqu’à ne plus voir que les masses de gris) vous constatez que c’est celui qui se trouve dans un gris médian par rapport aux autres Garamond.
Parce que si les Garamond de Berthold et d’ITC semblent plus présents à notre perception, c’est que soit leur dessin de cap. (et tout l’alphabet qui s’en suit) est vraiment très grand (Berthold), soit l’œil de la bas de casse exagéré pour donner plus de visibilité (Garamond ITC de Tony Stan). Mais du coup nous nous retrouvons avec des impératifs économiques de calibrage désastreux en apparence puisqu’en quelques lignes on prend une moitié de ligne en plus, ou même une ligne entière pour l’ITC.
Autrement dit et c’est un exercice que je vous invite à faire vous même, de composer les six textes avec des corps différents afin d’avoir un encombrement identique pour tous les pavés, et on s’apercevra alors que les Simoncini, Adobe Garamond et Garamond Monotype légèrement agrandis retrouveront leur raison d’être. Vous pensez que c’est aussi simple? Vous vous trompez. Et c’est là où ça se complique. En agrandissant les corps, il faudra aussi interligner un peu plus proportionnellement. Ce qui fait que l’on va reperdre de l’espace de composition. Et qu’au final un Garamond d’Adobe pour paraître d’égale densité qu’un Garamond Berthold ou ITC, aura un encombrement de composition peut-être plus grande. C’est donc une combinaison assez complexe même s’il parait relativement binaire que de faire correspondre le gris typo d’un caractère à celui d’un autre.

Ce sont des questions qui prennent tout leur sens dans l’édition lorsque le choix d’une typo pose le problème non d’une page supplémentaire au livre, mais parce que les pages fonctionnent par cahiers, celui d’être obligé de rajouter un cahier de 16 pages supplémentaires. On mesure là l’importance économique des dessins de caractères aussi bien pour l’édition que la Presse.

Note précédente : Garamond vs Garamond | physiologie d’un caractère typographique

 

Publié dans Typographie et typographies | Commentaires fermés sur Garamond vs Garamond | texture de la composition

Nam June Paik | l’art contemporain en deuil

Un hommage à Nam June Paik décédé récemment, à voir sur Maya Stendhal Gallery
cliquez sur le lien pour voir une video désopilante de ce grand créateur contemporain dont vous pouvez découvrir une bio ici

c’est quoi l’art contemporain :

une rupture avec. une rupture avec nos perceptions pré-codifiées pendant des siècles. il ne suffit pas d’opposer l’art contemporain au figuratif pour en comprendre l’essence, parce qu’il y a du figuratif dans l’AC. celui-ci ne cherche pas à s’imposer comme art mais plutôt comme un entre-deux (Daniel Sibony). une rupture de notre conscience qui regarde une expression qui ne se donne pas. qu’il faut aller dé-busquer, dé-nicher. une rupture de notre regard qui a été façonné pendant des siècles de formalisme académique par l’art de la représentation. l’art contemporain interroge le spectateur, plutôt qu’il ne lui souffle des réponses. le j’aime ou j’aime pas ne fonctionne pas avec l’AC, pas plus que le c’est beau ou pas beau, parce que le propos de l’artiste contemporain n’est pas de faire du beau ni de vouloir séduire le spectateur, mais plutôt de le guider sur une dé-marche en rupture des idées reçues. de provoquer des réactions et des contre-réactions. si vous regardez cette video de Nam June Paik, au bout de 1 mn vous n’en pouvez plus. mais si vous avez la patience de la regarder jusqu’au bout, vous aurez une autre idée de ce qu’est la patience et de votre rapport au temps et au dérisoire. un entre-deux avec vous même et vous même.

nota bene: c’est en hommage à Nam June Paik que j’ai intentionnellement commencé chaque phrase de cette note par une bas de casse. Parce que ça vous questionne :-)

Publié dans Création plastique | Commentaires fermés sur Nam June Paik | l’art contemporain en deuil