Steve Jobs | L’homme qui changea le Monde…

L’homme qui changea le Monde… et le rapport de l’homme à la machine, et la typographie, et la Presse et l’Édition, et les Images et la Musique et la Vidéo et même le téléphone…

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Un inventaire à la Jacques Prévert n’y suffirait pas… et puis il y a cet article de Laurent Gloaguen que j’aime beaucoup et qui témoigne de la ferveur de centaines de milliers de geeks avant l’heure qui ont fait le pari du Mac malgré l’opposition des DSI du monde entier.

Alors je n’ajouterai qu’un vœu, un souhait… Rétablis-toi vite Steve, et reviens nous plein d’idées, genre un iBox pour les vidéo-games. Tu nous manques déjà.

Au fait! vous êtiez où en 1984, Année George Orwell ?

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David Carson | the guy’ who killed graphic grids (reloaded)

Première publication: 20 juillet 2007

J’aurais aussi bien pu titrer ce billet par L’Homme qui tua la Grille (…et non Liberty Valence de John Ford).

Il n’est pas dans mon propos ici de faire un billet conséquent sur les grilles de mise en page, c’est pour plus tard. Mais juste de pointer un aspect du travail de Carson, qui concerne la filiation de son travail avec l’art contemporain. Voici un film de Hillman Curtis dont on retrouve pas mal de docus sur le site de l’AIGA . Il nous décortique les espaces graphiques de David Carson en y injectant un interview de celui-ci… plus j’écoutais la voix de Carson, plus je repensais à ce film de John Ford, L’homme qui tua Liberty Valence. C’est un des films les plus contreversés du réalisateur culte des westerns américains. Certes il y a le bon et le méchant, mais surtout il y a une fausse inégalité de force, puisque le bon ne sait pas tirer et que le méchant (Lee Marwin) semble d’avance écraser cet écrivaillon juriste de son état joué par James Stewart. Mais comme dit Deleuze dans l’extrait d’une conférence que je mets ici en ligne , un duel peut en cacher un autre, et la multiplication des duels ne fait pas forcément un bon film. Deleuze nous fait remarquer que c’est le glissement imperceptif des personnages et des implications qui créent la multi-valence des duels, qui remplissent l’espace de la Grande Forme qu’il décrit au début de sa conférence. Tout au long de l’intervention de Deuleuze je me disais qu’il suffisait de remplacer le terme Duel par le terme Grid pour entrevoir une explication du talent de David Carson.

Carson fait œuvre contemporaine en ce sens qu’en cassant la grille il n’est pas nihiliste mais plasticien. On casse pas une grille comme ça juste gratuitement sans raison. Par ailleurs une autre réflexion qui traversa mon esprit concerne le rapport au corps de l’artiste. Si l’on prend le cas de Carson, c’est ancien surfeur sur la crête des vagues a rencontré des forces terrifiantes que seul son intelligence et son sens aigu des rapports de force (corps vs éléments océaniques) pouvait lui permettre d’en garder le contrôle. Et c’est là où je voulais en venir. Bien que Carson casse, défait, déstructure, interfère, superpose sur des couches successives les éléments graphiques (photos, textes) il garde en permanence le contrôle sur le résultat final. Tout dans son travail respire l’équilibre fragile mais réel des mises en page qu’il réalise. Du coup sil y a duel avec la grille, il arrive à nous convaincre que celle-ci peut se déplacer dans les interstices de notre perception pour devenir un non dit graphique. Carson nous renvoie à nos questionnements sur ce que c’est qu’une mise en page réussie par la manière dont il défait les pages pour les reconstruire sur des espaces sensibles même si déstructurés.

J’aime infiniment le travail de Carson, et je ne m’en suis pas privé de le commenter déjà sur D&T voici presque deux ans. J’espère un jour pouvoir le rencontrer pour confronter mon analyse avec son ressenti perso.

conférence de Gilles Deleuze ici

© peter gabor | directeur d’e-artsup

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sex spacing typography | les approches entre les lettres (reloaded)

Interrogé sur les approches serrées pratiquées par les typographes américains des années 70, Hermann Zapf n’eut qu’un geste de la main : ah! sex spacing typography ?

(Billet paru pour la première fois le Mardi 14 fév 2006)

Tout d’abord voici un extrait du film The Helvetica by Gary Hustwit (2007) où l’on voit Massimo Vignelli parler des approches entre les lettres.

Massimo Vignelli interview

 

Les approches typographiques, peu abordés dans les manuels et guides qui traitent de l’anatomie de la composition sont un des éléments les plus essentiels de la mise en page. Certes le choix d’un caractère est déterminant pour la mise en page d’une revue, magazine ou un quotidien, sans oublier toutes les publications publicitaires et culturels. Quelle révolution pour l’administration française lorsque le génie de Roger Excoffon choisit le Souvenir d’Edward Berguiat pour mettre en page les feuilles de déclaration d’impôts sous un Giscard d’Estaing qui n’était encore «que Ministre des Finances». Certes la couleur typographique (ou gris typo) dépend beaucoup du caractère utilisé mais ce n’est pas à mon sens le premier paramètre. Qu’est ce qui détermine cette couleur?

1 | Tout d’abord la graisse d’un caractère. C’est le déterminant absolu. Comme la couleur d’une voiture. Composé en gras (ou bold) un titre, un texte se verra attribué une des premières place dans la hiérarchie de la lecture. Massin a bien exploité cet artifice dans son magnifique ouvrage «La Cantatrice Chauve» d’après l’œuvre d’Eugène Ionesco. Il a fait parler les textes en fonction de la graisse et des tailles des corps. (je consacrerai une note à cet ouvrage prochainement).

2 | La taille aussi de ce texte, bien sûr. Il va de soi que c’est presque à égalité avec la graisse, la première manifestation d’une couleur typographique.

3 | Mais tout de suite derrière vient l’approche. Serrée, la composition se densifie, lache elle se clarifie et devient aérien. C’est tout aussi valable pour la composition d’un titre que de pavés de textes.

4 | Le choix du caractère. Bien entendu il est aussi primordial que les facteurs précédents. Mais là on joue plus sur les perceptions inconscientes du lecteur. Que l’on choisisse une Humane ou une Garalde ou encore une Mécane transitionnelle (Le Clarendon par exemple), on influe considérablement sur le style d’un pavé de texte ou d’un titre. Mais là on emploi des moyens culturels dont la syntaxe appartient à l’inconscient collectif et ne relève pas d’une perception lucide du public. Comme le mobilier ou l’architecture la typographie a évolué au long des siècles au gré des inventions technologiques de la gravure, du papier et des moyens d’impression. Les lecteurs que les études ont poussé jusqu’aux facultés ou grandes écoles sont certainement plus sensibles à ces évolutions que les employés qui ont du s’arrêter en chemin. Mais ce n’est pas pour autant et surtout en France que les formes des caractères sont perçues de la façon la plus lucide et clairvoyante.

Classification Thibaudeau vs Classification Vox (des familles de caractères) (merci à eser) (Cliquez sur l’image pour la voir au mieux de sa résolution)
Avertissement : depuis les dernières mises à jour de TypePad, il faut ouvrir les images trop grandes avec le clic droit (ouvrir dans une nouvelle fenêtre ou nouvel onglet) pour pouvoir se déplacer dans les images.

Thibodeauvsvox

Nous allons dans cette note nous intéresser uniquement à l’anatomie des approches des lettres.

Une des priorités du metteur en page d’un texte, d’un titre est d’équilibrer les approches. Pourquoi? c’est simple, si vous laissez au milieu d’un mot un blanc irrégulier, vous créez un espace de division qui va gêner la lecture. Une des erreurs la plus communément pratiquée consiste à croire qu’il suffit de composer les lettres à égale distance les unes des autres pour en établir la régularité de lecture. Or c’est méconnaître les lois optiques de la perception. L’œil ne lit pas des distances entre les lettres mais des volumes de blanc entre elles. Voici un exemple pour que vous visualisiez le plus facilement ce phénomène.
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Anatomieapproches

J’ai symbolisé dans l’exemple ci-dessus les volumes de blanc par des pastilles grises qui viennent remplir les espaces de lecture tel un liquide ou mieux encore comme des petits cailloux. De fait deux espaces sont à peu près à égale distance lorsque vous pouvez y couler à peu près le même nombre de cailloux. Ci-dessus comme dans les exemples suivants j’ai choisi volontairement les situations les plus périlleuses pour un metteur en page. Lettres obliques accolées à des lettres droites ou rondes etc. Bien entendu le problème se complique d’autant que nous avons décidé d’utiliser des lettres à pâtins et encore plus dans le cas où vous choisissez une mécane (ci-dessous, le Clarendon gras) :
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Anatomieapproche2

Dans l’hypothèse d’un choix de Linéales (Antiques), nous avons la possibilité d’adopter deux stratégies. Celui, traditionnel de la composition en plomb, aux approches non imbriquées ou, à peine (composé ici en Helvetica normale (55 | régular) :
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Approcheslineales2

et l’autre stratégie qui consiste à resserrer les approches au point de presque faire se toucher les lettres. Sex spacing Typography, ainsi nommé par Hermann Zapf, sans doute par humour et référence au mouvement flower génération issue de la guerre du Vietnam et Woodstock. Mais plus sérieusement cette mode ne fut pas le fruit d’un hasard. C’est très exactement entre 65 et 75 que les technologies du phototitrage ont connu leur apogée. Libérée des servitudes du plomb (sa rigidité), les phototitreurs sous la pression de directeurs artistiques aussi renommés qu’Herb Lubalin ou Milton Glaser se sont vu obligés de resserrer les approches au delà du raisonable pluisque la lisibilité n’était pas la priorité de ces DA. Seul comptait l’impact visuel, la tache typographique dans la page blanche :
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Approcheslineales1

Pour vous donner un aperçu d’ensemble d’approches normales et volontairement désserrées voici un exemple de composition décliné avec un caractère de chacune des familles de la Classification Vox (ci-dessus). Où l’on voit le rôle primordial des approches. Parce désserrées elles permettent de logotyper un mot. Désserrées les approches nous font pénétrer inconsciemment dans le champ visuel de l’esthétique et de l’énonciation institutionnelle tant prisé par les designeurs de logotypes. Où il est démontré que cette couleur typographique dont je parlais plus haut dépend bien plus (excepté des caractères gras ou scriptes) des approches que du choix d’un caractère.
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Approches1

J’ai composé en grisé les scripts et gothiques que jamais nous ne composerons en capitales parce que bien trop illisibles. Et voici encore sur un mot bien plus périlleux à la composition une autre déclinaison qui montre bien qu’en réglant correctement les approches paires on arrive à une homogénéité dans la lecture.
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Approchestraviata
Cette petite étude anatomique n’était évidemment pas destinée aux nombreux professionnels qui lisent mon blog chaque semaine. Mais à tous ceux, étudiants-élèves d’écoles d’arts graphiques, et web designers qui seraient passés par des filières plutôt informatiques et n’ont pas eu la chance d’expérimenter ces aspects de la typographie, et plus généralement à tous ceux, lecteurs grand public et étudiants d’universités qui s’intéressent à la mise en page et veulent en connaître d’avantage sur la grammaire typographique.

© peter gabor | directeur d’e-artsup

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