Architecture et Typographie | les tours de la défense

j’aurais aussi bien pû intituler ce billet : Spiekermann à la Défense.

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Dimanche à la défense, comme d’autres vont à la messe, moi je vais humer les cathédrales modernes qui entrelacent leurs tours et leurs tracés tirés en courbes de béziers sur les ordis des cabinets. À coucher en parallèle celles de la typographie, que ce soit pour les capitales romaines ou la textura gothique. Les paléantologues ne se sont jamais privés de rappeler les influences croisés des tracés directeurs de la construction avec celui des caractères de son contemporain. On voit là toute l’ambiguïté de notre art de typographe qui emprunte aux dessins de ces batisseurs les courbes de la lecture moderne. Pleins et déliés «grotesques» (Gill), espaces fines et hampes montantes, empattements inversés et point sur les «i».

Si elle est une des formes les plus expressives de la représentation sociale de nos jours c’est que l’architecture se donne à voir en tout premier lieu dans un monde ou l’urbanisation pousse jusqu’aux campagnes lointaines. Mais dans un monde ancien, old-school ;-), où les constructions en hauteur était réservées aux palais et églises, la relation à l’écrit était plus simple tant leurs formes étaient intimement mélées comme pour l’époque de la didot sur le lien précédent.

Depuis le début du XXe, nous avons abordé avec le bauhaus, émanation de la nouvelle philosophie constructiviste et dada, l’ère du simple gigantesque. Pas une capitale dans le monde qui ne se targue d’avoir ses tours et gratte-ciels qui défient la pesanteur. L’architecture moderne prend des risques visuels, nous donnant l’illusion d’une puissance sociale et économique qui diminuerait celle de la nature. Qu’en est-il dans le même temps pour les caractères?

De formes simples avec le Futura de Paul Renner, ils se sensibilisent avec l’Helvetica de Max Miedinger, qui en 1957 profitait déjà de l’exemple d’Eric Gill (1928) pour avoir osé introduire des formes manuaires dans le tracé d’une linéale. Dans les années 70, à lépoque du premier renouveau du design-bauhaus, les caractères «grotesques» (sans, antiques ou encore linéales) arrondis poussent  comme des champignons aussi bien dans la publicité que sur les pochettes des disques vinyls. Durant cette même période les caractères fantaisies, dites de titrage (display) prennent sérieusement leur essor grâce aux techniques du phototitrage, de l’offset et à l’abandon définitif de l’impression typographique (en relief). Sans aucune doute l’un des plus grands succès de l’époque fut tout de même les séries des News Gothic et du Franklin, tous deux dignes descendants du Gill. Puis, la création des linéales entre dans une routine ITC, véritable rouleau compresseur dans le monde d’édition de nouveaux dessins, avec l’arrivée des Souvenirs Gothics, des Benguiat Sans qui correspondaient bien à la fin des seventies par leur aspect très arrondis, revival.

Au milieu des années 80 arrive Emigre (Z.Licko) avec leurs caractères expérimentaux sur et pour le Macintosh. Et nous en reparlerons, mais avec le Meta et l’ITC Officina, Eric Spiekermann nous fait entrer dans les années 90 par l’architecture moderne de la typographie. Non que le Frutiger n’ait pas été une belle invention, mais je dirais plutôt, à l’image des dessinateurs européens de l’époque, et surtout suisses, mélanger le trait sensible avec la linéale… c’était mal vu. Pas très «classe» ;-). L’architecture, toujours présente. C’est sérieux, on ne joue pas avec la typographie constructiviste… ou très peu! Mais voyons ce que dit Spiekermann de la création des fontes. Ni plus ni moins que ce que j’évoque ici depuis près d’un an. Les caractères sont beaux parce qu’on les utilise bien, d’abord! Le rôle dévolu aux graphistes scénographes de la page est primordial, ensuite il remarque que la plupart des caractères ont été dessinés à l’origine pour un usage corporate (en dehors de l’édition d’ITC).

Eric Spiekermann fait partie de cette filiation de graphistes typographes qui tout en possédant une belle maîtrise du geste et des tracés fondateurs n’en demeure pas moins un théoricien et un philosophe actif de l’urbain et de la vie sociale. Il ressent la modernité à Berlin où il commença à exercer bien avant l’écroulement du Mur. C’est dans une ambiance survoltée par les dangers de la guerre froide, dans une ville perdue au milieu du glacis communiste, où chaque jour les berlinois vivaient comme si c’était le dernier jour de l’Histoire que ce graphiste sensible et illuminé par une intelligence rare va produire une série de caractère qui va révolutionner le monde de la typographie. Mélangeant les formes sensibles du Gill avec la construction rigoureuse d’une linéale, il rejoint la  très courte liste des Créateurs qui ont marqué leur temps. Sans doute parce que plus sensible aux vents de l’histoire, sans doute aussi par la culture classique qui fut la sienne, il joue le rôle d’un véritable Stanley Morison du XXIe siècle. En avance sur sont temps.

Le mélange du geste calligraphique avec les linéales ou mécanes n’était pas nouveau pour les américains. Mais le Meta en limite l’expansion. Mesurée dans ses rondeurs, exigeant dans sa construction, ce caractère illustre de façon magistrale l’architecture moderne où les courbes, rares mais élégantes viennent «casser» l’uniformité anguleuse des bâtiments.

J’ai photographié (ci-dessus) le haut des immeubles de la défense, pour en extraire le banal de leur fondation et exercer mon regard sur leurs différences. Or c’est en regardant vers le ciel que les bâtiments nous avouent leur singularité. De même que c’est en regardant les empattements, la ligne de lecture, les contrastes entre les verticales et les horizontales, l’attaque des courbes, et la finition d’une lettre qu’une typo nous livre le mystère de son équilibre. Qu’en pensez-vous?

© photos peter gabor | tous droits réservés

 

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Typographic Communications Today (2) | du plomb au numérique

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Notes précédentes:

La Typographie selon Edward M. Gottschall | intro

Les Peintres et les Lettres | préface d’Alain Korkos à Typographic Communications Today

Typographic Communications Today (1) | Le Wlassikoff

 C’est sous le numéro ISBN 2-04-021-744-4 que Dessain et Tolra publiait en octobre 1996 cet ouvrage qui s’intitule: Typographie | du plomb au numérique. Co-écrit par Jean-Luc Dusong et Fabienne Siegwart cette somme historique est à mon sens le deuxième volet d’une volonté d’éditeur après la publication de la Civilisation de l’Écriture de Roger Druet (1976 tout de même).

Dire qu’il n’y a pas eu d’intérêt pour le sujet serait un grave manquement aux efforts des uns et des autres dont rend compte la BnF ici.
Je ne saurais dire si les auteurs avaient lu ou vu le Typographic Communications Today, à en croire le sommaire j’aurais tendance à pencher pour cette hypothèse tant leur démarche est proche de celle d’Edward M.Gottschall: élaborer une histoire illustrée des Arts Graphiques en prenant comme angle d’attaque celle des techniques de la composition. Est-ce une méthode historique correcte. Il semble que oui si l’on en croit les nombreux études paléographiques qui font référence aux outils de l’écriture comme source des modifications notoires dans la forme alphabétique. Outils, gestes, souplesse, attaques, vitesse de glisse sur le papier (qui évolue de même) sont autant de réponses à la question du quid des évolutions formelles.

Est-ce la seule méthode d’approche? non plus. Le Wlassikoff témoigne d’une volonté plus politique et sociale dans la construction de cette trame historique. Ce qui me gênerait le plus dans l’ouvrage de M.W. c’est peut-être l’idée même d’élaborer une histoire des Arts Graphiques spécifiquement française alors même que les nombreux artistes cités sont, soit d’origine étrangère, soit avouent avoir été fortement influencés par les mouvements germaniques, russes, suisses, polonaises, tchèques, hongroises ou américaines. Mais j’ai bien saisi la démarche de M.Wlassikoff ;-) qui est sans doute en train de préparer une autre histoire des Arts Graphiques étendue à l’Internationale.
C’est une question que je lui poserai à l’occasion.

Voici le découpage du livre de Jean-Luc Dusong et Fabienne Siegwart.

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J’aime infiniment ce livre parce qu’il propose une vision typographique à la lecture des évolutions formelles dans les arts graphiques, et n’oublie surtout pas l’influence des technologies dans ces avancées radicales. Terriblement limité par l’espace, trop petit format à mon goût (20×27,5cm) et par le nombre de pages, les auteurs n’ont pas eu la chance d’aborder chaque circumvolution historique avec l’ampleur mérité. Mais ce livre restera à mon avis longtemps comme une sorte d’essai de culturation essentielle pour les générations de graphistes en devenir. Chez Dessain et Tolra ici.

suite des articles ici:

 

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Typographic Communications Today (1) | Le Wlassikoff

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Notes précédentes:

La Typographie selon Edward M. Gottschall | intro

Les Peintres et les Lettres | préface d’Alain Korkos à Typographic Communications Today

Tout d’abord je voudrais remercier Alain Korkos de m’avoir écrit si gentiment une introduction à cette série de notes qui me semblait bien nécessaire pour faire le parallèle entre une histoire des arts graphiques et celle de la lettre dans la peinture.

Je voudrais également remercier par avance Jean-Luc Dusong (Typographie | du plomb au numérique | et Michel Wlassikoff | histroire du graphisme en France de m’avoir autorisé à publier quelques extraits de leur ouvrages superbement documentés ;-)

De fait voici la couverture des ouvrages en question :

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celui que j’appellerai plus souvent «le Wlassikoff»

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le «J.L.Dusong»

 

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et le Gottschall

Ces trois ouvrages sont véritablement à la fois proches et très différents.

Le Wlassikoff fait l’exégèse de l’histoire du Graphisme en France, sans pour autant négliger l’environnement historique de chaque mouvement graphique. Il est à ce jour une des plus belles réussites en l’espèce avec les défauts de ses qualités (ou vice-versa) plus quelques réserves que je développerai plus tard. Voici pour l’essentiel le découpage qu’il nous propose:

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Remarquablement commenté et légendé cet ouvrage de Wlassikoff qui fut le directeur de la revue Signes dans les années 80 et scénographe de plusieurs expositions consacré aux arts graphiques, il ne souffre d’aucun défaut majeur sauf peut-être d’avoir été limité par le nombre de pages (budget oblige ;-) et d’avoir du ainsi faire des choix stratégiques dans le découpage historique. (Co-édité par Dominique Carré et les Arts Décoratifs, le livre fait tout de même 320 pages). Indispensable aux étudiants et amateurs d’Histoire de l’Art contemporain.

Le discours de Michel est plus socio-historique que celui de Jean Luc Dusong (co-écrit avec Fabienne Siegwart) qui confronté à l’enseignement quotidien de son métier a fait le choix de partir des outils de la typographie (technologies, caractères, moyens de production) pour en analyser les conséquences historiques pour la création graphique.

C’est à peu de chose près, mais avec une vision un peu plus universelle que Gottschall a embrassé le sujet avec son Typographic Communications Today.

(suite de l’article demain 24 Août)

suite des articles ici :

Typographic Communications Today (2) | du plomb au numérique

 

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Graphic Design 20th Century | typographie approximative

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Voici un ouvrage retraçant une histoire du graphisme au vingtième siècle qui semble sérieux (réalisé par Alston W.Purvis et Martin F. Le Coultre à Amsterdam en 2003). Une erreur assez considérable s’est glissée dans cette Somme qui me semble à lui seul justifier d’une publication. Voir à la fin de la note ;-)

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Les reproductions ci-dessus sont destinées à un usage strictement pédagogiques.

Cet ouvrage comporte plusieurs faiblesses concernant par exemple le manque de références aux évolutions technologiques et du développement des médias. Il semble aussi tourner en rond (voire se prendre les pieds dans le tapis de l’histoire) entre les mouvements DaDa, Arts Déco, Bauhaus et structuralisme du graphisme russe. Les années 60-80 sont traitées mais raccourcis à l’extrême sans pour autant donner la part belle à l’actualité des quinze dernières années. Il oublie tout simplement de citer l’influence de Herb Lubalin, Neville Brody, David Carson sur des générations de graphistes. Ces simples oublis donnent à ce livre un caractère d’approximation assez épouvantable. Difficile dans ces conditions de le recommander. Pour ce qui est des grands mouvements typographiques au cours du XXe, son étude est réduite de même à sa plus simple expression. Voilà. L’ouvrage était en vente à la librairie du Musée des Arts Décoratifs. En le feuilletant je suis tombé sur une affiche de Paul Gabor affublé d’une origine polonaise. Incontournable ;-)

liens des articles ici :

 

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Monotype a racheté Linotype GMBH | fin des grandes manœuvres

L’annonce
le 2 Août dernier par Monotype Imaging du rachat de la célèbre firme
Linotype et de sa librairie de 6000 caractères met un terme aux grandes
manœuvres d’une profession qui a été touché de plein fouet par
l’avènement du PostScript© en 1988-89.. Petite erreur dans le
communiqué de presse, c’est bien Linotype qui a servi de plateforme aux
premiers essais de John Warnock, président d’Adobe pour la réalisation
de la première flasheuse postscript.

Lire la suite de l’article dur le Blog d’Étapes

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Art Contemporain | Les Machines

Si vous étiez en vacances vous avez peut-être raté l’occasion d’admirer, je dis bien d’admirer le spectacle des Machines du Grand Répertoire (cliquez sur la bande annonce) monté au Grand Palais avec la contribution d’une trentaine de compagnies de théatre de rue dont le Royal de Luxe. Du Nam June Paik pour grand public. J’ai fait quelques photos qui n’ont rien à voir avec celles plus factuelles que vous trouverez un peu partout parce que j’ai toujours été fasciné par les machines et leur structure interne.

Nous vivons désormais dans un monde aseptisé où les machines n’ont plus droit de cité sauf dans l’imaginaire de Matrix ou des Temps Modernes. Voir les rouages, toucher et sentir la rouille, écouter le bruit fracassant d’une cimbale géante ou d’un Piano qui s’écrase après avoir été catapulté à vingt mètres de haut relève à la fois d’un grand moment de poésie et l’occasion de s’interroger sur le Temps qui passe. Bergson avait opposé la notion de durée de la conscience au temps scientifique. Roland Barthes de même dans ses Fragments du Discours Amoureux avait énoncé cette notion très subjective.

Mais lorsqu’on est en présence de ces machines une chose me frappe, c’est que le philosophe n’avait pas anticipé sur la contraction à l’extrême du temps scientifique. Ces caricatures de Machines à Spectacle nous rappellent avec une grande émotion le chemin parcouru depuis l’électrification et la locomotive à vapeur. A peine quelques dizaines d’années, allez deux-trois générations tout au plus ont suffi pour remplacer le téléphone à manivelle par des gsm-appareils photo et jeux video qui tiennent au format de votre portefeuille. Un humoriste disait l’autre jour avoir réinventé l’ordinateur portable, «le cahier à spirale». Interactif, mobile, effaçable à souhait, renouvelable et jamais obsolète ;-)

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Machine à feuilleter un livre

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Machine à percussion perpetuelle

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Cimbales pour Géants

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Une maquette réduite d’une Girafe de 20 mètres qui a défilé dans les rues de Nantes

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Le piano catapulté, mal placé derrière les spectateurs, visée au jugé. Dommage. Raté.

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Les gants des mêmes géants

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La fusée ascentionnelle

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La Machine à faire voler des carrés Hermès

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Les photographies sont de peter gabor et soumis à copyright. Tous droits réservés.

 

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Logo Société Générale

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Ma note aurait pu aussi bien être intitulé «Logo de Jour vs. Logo de Nuit». Lorsque j’ai vu naître ce logo je me suis posé pas mal de question sur la stratégie et le brief dont l’agence Sopha de l’époque, sous la direction de Dominique Grosmangin avait été nourrie par le client.

Par exemple, on était à l’époque (1989-90) en pleine restructuration des institutions financières et bancaires. Fusion, rachats, OPA battaient leur plein. Dans le secret le plus absolu (j’y avais participé comme prestataire de production typo à l’époque), l’agence a préparé un design-logo et un mobilier agence (l’enseignerie etc.) qui une fois au point ont été installés du jour au lendemain sur l’ensemble du réseau de la banque (contrairement pour ce qui s’est passé pour le Crédit Lyonnais dernièrement).

Questions graphiques, questions de stratégie:
L’écriture du logo (SOCIÉTÉ GÉNÉRALE) issue du Novarèse élargie à près de 150% occupe une place centrale au milieu d’un carré rouge et noir divisé verticalement en deux parties égales.

La justification de l’écriture sur la largeur du carré en réduit la hauteur-lisibilité de façon assez conséquente mais le plus impressionnant c’est de comparer la différence entre les deux mots. La perception rétinienne fait que le mot SOCIETE en noir sur fond rouge a tendance a disparaître au profit du contraste dont bénéficie le mot GÉNÉRALE (lettres blanches sur fond noir, N au B). Et du coup lorsqu’on regarde très très vite le logo dans son ensemble on ne lit que GENERALE. Était-ce là une indication du brief, que d’emmener progressivement les clients à prononcer La Générale, possible voire probable. Parce que connaissant les intervenants graphiques de l’époque sur le dossier je doute fort qu’ils aient été ignorants des conséquences sur la perception de leur création.

Au demeurant la marque SOCIÉTÉ GÉNÉRALE a été conçue non comme un logo, mais comme une véritable enseigne. En vampirisant le carré rouge et noir, la marque a installé un code de reconnaissance incroyablement fort. Ce n’est pas la première fois que dans l’histoire du design graphique qu’une marque s’empare d’une forme géométrique associée à une couleur. Elf en avait fait de même avec les ronds rouges de Chourgnoz (1972) et Carré Noir avec leur forme éponyme. Le BON MARCHÉ aussi créée par CARRÉ NOIR, et plus récemment ORANGE qui s’est emparé de cette géométrie associé à une couleur vive. Et les exemples sont sans doutes innombrables (à vos claviers pour les citer;-).

Le choix des couleurs:

Le rouge et noir stendhalien par excellence est aussi très proche des couleurs germaniques. C’était encore l’époque d’une économie Allemande très puissante, d’un Mark fort et d’une philosophie du management qui avait fait ses preuves dans les milieux bancaires. En tous cas voici une de ces marques qu’on a du mal à critiquer (en mal) tant il semble parfaitement répondre à une série de données marketing qui lui donnent sa force et son impact.

Juste une question. Avaient-ils prévus, les designers de l’époque qu’un graphiste allait un jour faire quelques photos de nuit pour s’apercevoir, comme je le disais sur le blog d’étapes, que la nuit tous les chats sont gris et que la partie noire de l’enseigne disparaît dans l’obscurité environnante.

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Mais c’est aussi la force d’une marque que de pouvoir se passer de sa moitié sans pour autant devenir complètement illisible ;-). Mon seul vrai regret finalement serait que les capitales n’aient pas été ACCENTUEES.

Oups j’ai oublié de vous dire que la marque a changé son design cette année…

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lire mon commentaire ici.

le commentaire de Dominique Grosmangin (directrice de l’agence qui a créé l’identité visuelle) se trouve ici!

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Marcus Mc Allister | carnets de voyages d’un Américain à Paris

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Autoroute du Sud en direction de Saussignac à quelques encablures au sud de la Dordogne, il m’a fallu quelque sept heures pour rejoindre la petite route qui serpentait jusque sur les hauteurs de la Chapelle. Un immense plaisir de motard tant on ressent un sentiment de liberté et de plénitude pour jouir du spectacle enivrant des paysages qui défilent à 360° autour du pilote. C’est là dans une salle prêtée par la municipalité que se tenait un festival Faune-Flore organisé par S.Maigret, que j’ai rencontré pour la première fois Marcus Mc Allister tenant son gremlin de Grover en laisse, oreilles immenses et museau en alerte.

Marcus est un jeune peintre américain qui vit à Paris depuis 1996. Je l’ai revu depuis dans son atelier de poche rue Saint Maur où il tient thé et café tous les samedi après-midi. Mais vous allez sans doute me demander pourquoi un peintre, sur design et typo? ne serait-ce pas plutôt à Lunettes Rouges ou Alain Korkos de vous en parler, d’en analyser l’œuvre et le sens de ses recherches plastiques.

De fait il travaille comme un graphiste, préparant ses toiles sous forme de croquis, de roughs agrémentés d’innombrables annotations surtout lorsqu’il voyage. L’objet de cette note est de vous faire partager son incroyable acuité de journaliste-reporter des actus et de ses lectures qui explorent aussi bien les symboles chers à A.Frutiger que ceux plus généralement maçonniques. Il y a chez Marcus Mc Allister un fil constant d’angoissantes questions et de réponses tout aussi hermétiques.

Mais l’enchevêtrement en profondeur de ses croquis, l’aspect râpeux de ces aquarelles qui sont grattées pour faire apparaître-disparaître le texte de ses annotations en dit long sur le cheminement intérieur du peintre. Écriture automatique diraient certains, autothérapie calligraphico-picturale dirai-je. A aucun moment il n’oublie l’essentiel: capter l’instant, sans aucun artifice technologique, les personnages, animaux, objets et symboles qui l’environnent pour les transcender ensuite sur ses toiles. Carnets de voyages, carnets peints et écrits. La lettre revient dans la peinture dirait Alain Korkos.

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Marcus est ambidextre, il lui arrive d’écrire couramment à l’envers.

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ici il s’agit de deux pages reconstituées après qu’un(e) indélicat(e) lui ait dérobé un de ses carnets. Marcus ne se souvenait plus des mots exacts, mais de l’ambiance générale, des visions formelles et colorées. Pour le texte il a installé le bolobolo chers aux graphistes à la gouache.

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page de droite le chien Grover du «Maître» ;-)

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je laisse les graphologues s’en donner à cœur joie ;-)
juste une remarque: je ne sais plus si c’est Hermann Zapf ou John Dreyfus qui m’ont raconté cet anecdote… On reconnaissait l’université d’origine des étudiants américains à la forme de leur écriture. La calligraphie était enseignée comme matière pédagogique à part entière (ceci avant 1985-arrivée des pc).

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Un sens aigu de l’édition, des blancs tournants, de la lisibilité.

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Il note tout, y compris les numéros de tél et l’heure de ses rendez-vous.

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un habillage digne des plus belles préparations de copie pour la compo-typo que les dinosaures ont bien connu ;-)

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Les doigts sont ceux du peintre lui même ;-) et son site est ici !

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La Typographie selon Edward M. Gottschall | intro

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Les Peintres et les Lettres | préface d’Alain Korkos à Typographic Communications Today

Graphic Design 20th Century | typographie approximative

Typographic Communications Today (1) | Le Wlassikoff

Typographic Communications Today (2) | du plomb au numérique

Typographic Communications Today (3) | Edward M.Gottschall

Typographic Communications Today (4) | Edward M.Gottschall

 

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Eh oui certains l’ont deviné, d’autres supputé… mais de fait il s’agissait bien de Typographic Communications Today. Écrit, réalisé par l’un des trois fondateurs d’ITC.

Le point de vue de Gottschall est d’autant plus intéressant qu’il couvre une période de la fin du XIXe jusqu’à la date d’édition de l’ouvrage, 1989. La veille de la troisième guerre mondiale (typographique j’entends). Il est également d’autant plus enrichissant (en reprenant le commentaire de Catherine Guiral) que l’ouvrage met en perspective constante à la fois l’évolution historique des idées et mouvements atistiques, ainsi que les évolutions technologiques qui permirent aux arts graphiques de connaître une des plus grandes révolution culturelle et technique jamais constatée depuis Gutenberg.

Je ne dis pas que c’est la première fois que l’on aborde l’histoire des arts graphiques de la sorte. La civilisation de l’écriture de Roger Druet en est un exemple saisissant. Mais alors que R. Druet concentre tout son effort d’érudit sur les mouvements typographiques, Gottschall lui survole la question en n’oubliant jamais l’essentiel, la culture des hommes qui ont marqué ces années de braise d’une typographie finissante pour certains, et naissante pour d’autres.

La présentation de l’ouvrage m’a demandé un peu plus de temps que d’habitude. Peut-être parce que je me suis senti concerné à double titre, celui d’y avoir très modestement contribué en 1988 et aussi parce que j’arrive à la limite de l’aspect pédagogique et spectacualaire d’un ouvrage que j’aurais souhaité présenter plutôt en video qu’en images arrêtées. La galerie que je suis en train de préparer pour accompagner l’article principal me demande énormément de travail et je pense avoir terminé d’ici ce week-end si un pétard n’explose pas les gigaoctets du dossier. En attendant merci à tous de votre fidélité, de votre sérénité également pour avoir la patience de lire mes notes et je vous donne rendez-vous «as soon as…». Joyeux 14 juillet.

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suite des articles ci-dessous:

Les Peintres et les Lettres | préface d’Alain Korkos à Typographic Communications Today

Graphic Design 20th Century | typographie approximative

Typographic Communications Today (1) | Le Wlassikoff

Typographic Communications Today (2) | du plomb au numérique

 

Publié dans Histoire des Arts Graphiques | Commentaires fermés sur La Typographie selon Edward M. Gottschall | intro

Helvetica vs Helvetica

Trois des éditeurs présentent des a presque identiques, avec une contreforme en forme de goutte en haut à droite. Seul Berthold a séché ces courbes pour faire un dessin plus architecturé, moins manuaire. Personnellement je préfère la version très épurée de l’Helvetica Neue, sauf pour certaines lettres et je vous en donne une illustration ci-dessous, je préfère, et de loin le g de Berthold, mieux construit, beaucoup plus solide que ceux des autres fondeurs. Regardez aussi l’attaque du a à en haut à gauche. Plus inclinée chez Berthold le a en semble plus dynamique. Mais bon…

le G Capitale est à peu près identique chez tous sauf Berthold où la lettre chasse nettement plus, mais du coup présente une forme qui s’approche plus de la ronde alors que les autres nous semblent ovalisées. Tous ces essais nous montrent qu’en superposant les formes une fois vectorisées avec juste les contours apparents, on peut parfaitement analyser les raisons pour lesquelles le gris d’une composition se tiendra différemment (cf les exemples ci-dessous).

Comme je le disais sur le blog d’étapes, le Swiss 721 est une copie presque conforme à l’Helvetica d’Adobe ou de Stempel. Dans le droit américain les caractères ne sont copyrightables que pour leur noms (assimilés aux Trademarks). Ce faisant bon nombre de caractères de la collection Bitstream étaient des copies artistiques échappant à toute poursuite pour la simple raison que Mattew Carter (qui siégeait tout de même dans le Board de l’Association Typographique Internationale – l’ATYPI) en avait changé les noms. En Europe la création formelle des alphabets est protégée par des lois issues des accords de Vienne des années 60. Mais on a retrouvé ces mêmes incivilités chez Microsoft qui a produit le célebrissime Arial. Apple n’ayant pas échappé non plus à ces pratiques pour d’autres caractères. Et même Monotype si ma mémoire est bonne. Je ne peux même pas imaginer que Bitstream n’ait pas rémunéré les ayants droits des dessins. Sans cela la présence de M.Carter à l’ATYPI eût été à proprement parler scandaleuse.

Helveticaadobe

Filetnoir_77

Helveticaneue

Filetnoir_77

Swiss721bt

Filetnoir_77

Akzidenzgrotesk

Tout d’abord quelques petites erreurs que je n’ai pas le temps de corriger : l’unification des Cap et bdc pour les noms des caractères.


Ensuite des spécifs techniques : les pavés de textes ont été composés dans un corps et interligne rigoureusement identiques. L’Helvetica Neue chasse un peu plus que celui d’Adobe, à égalité avec celui de Bitstream. Le palme de l’économie de papier revient à l’Akzidenz Grotesk de Berthold mais comme on pouvait s’en douter cela vient d’un œil de bas de casse plus petit. (l’œil de la bas de casse = la hauteur d’un i minuscule sans le point). Il est fréquent chez les fondeurs d’avoir des systèmes de dessins différents, les uns dessinant des hauteurs de lettre plus grandes que d’autres sur le talus devenu virtuel sur FontLab et Fontographer. Ce qui est remarquable comme je l’ai signalé plus haut, la chasse des capitales semble plus confortable chez Berthold mais cela joue très peu sur un texte en bdc. Ce faisant, cela joue (à corps égal) sur le gris typo qui nous semble plus léger aussi. Mais attention vous l’aurez compris, rien ne nous empêche, pour avoir le même gris dans tous les caractères de réduire leur corps en fonction.

Ce qui est tout de même à remarquer, c’est la proportion : hauteur des jambages montantes et hauteur de l’œil de la bdc. Si vous examinez le Swiss 721 de Bitstream elle est moins contrastée que chez Berthold. On le voit bien d’ailleurs sur l’interlignage. Il est rigoureusement identique pour les quatre compo et pourtant vous avez l’impression d’avoir des interlignes plus blanchies d’une typo à l’autre. Moins flagrant dans les trois premiers, ça le devient avec la Berthold.

Le Swiss semble un peu plus «graissée» que la Neue ou l’Adobe, à vérifier.

;-) cette note est destinée exclusivement aux étudiants, amateurs et curieux de ces différences, il ne concerne en rien les créateurs de caractères, ni les nombreux professionnels qui ont déjà fait ces observations durant leur pratique quodidienne. © design et typo

 

 

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