

Helvetica, une police de proximité
LEMONDE.FR | 25.05.07
Soheil | soheil[arrobase]tchengwang.com | tchengwang.com |
Merci Peter pour cette séquence nostalgie. Je ne suis pas vraiment typographe de formation, mais j’ai quand même composé un livre de 100 pages au composteur (Tch’eng Wang le Fou), que j’ai ensuite imprimé sur une presse à épreuves Vandercook. C’était il y a 30 ans, et j’avoue que je ne sais pas si j’arriverais encore à bien nouer ma ficelle aujourd’hui.
Je voudrais juste signaler, à propos de la Monotype, le travail de conservation entrepris à Genève par Andreas Schweizer, un ami de longue date qui a tenté de m’associer à ses projets (sans succès jusqu’à présent, mon temps n’étant pas indéfiniment extensible). Il a réuni, dans une ancienne usine désaffectée (à présent l’«Ecomusée Voltaire»), un nombre impressionnant de presses (typo, litho, taille-douce) et de machines (Lynotype, Monotype, etc.) qu’il a sauvées de la casse, remise en état et qui, grâce à ses efforts et à ceux de son équipe, sont toutes en état de fonctionner.
On trouvera sur son site www.letterpress.ch une foule d’informations sur la Monotype, et plus particulièrement sur sa collaboration avec John Cornelisse, un informaticien passionné par la Monotype qui travaille, en Hollande, à un projet nommé Computer2Caster. Le but de l’opération est de commander une Fondeuse Monotype au moyen d’un ordinateur. Celui-ci actionne les pistons exactement comme ferait une bande perforée. Seul point négatif, à mes yeux: l’ordinateur en question est un PC (quand je l’ai vu en tout cas, il y a deux ans, ce n’était pas un Mac). Un site à visiter, intéressant malgré son côté brouillon (j’espère qu’Andreas ne m’en voudra pas de ma franchise). Une partie du site est en anglais.
| Merci à toi Soheil, me suis permis de mettre ton commentaire ici parce que les infos me semblent très importants à l’heure où on est toujours sans nouvelle d’une décision pour l’imprimerie nationale. On espère que le gouvernement Fillon prendra de bonnes décisions. //p
Les articles concernées par l’intervention de mon ami Soheil sont sous la catégorie : Production Graphique.
Sous le numéro ISBN 0-8230-4416-5, l’éditeur Watson Guptill Publications a réédité l’ouvrage de James Craig en 1990. Il s’agit de la seconde édition d’une somme qui fut mis en librairie la première fois en 1974. Cet ouvrage n’a pris que quelques rides inhérents aux évolutions technologiques des quinze dernières années. Autrement dit il m’appartient d’y ajouter prochainement deux-trois reportages photo réalisés dans un atelier «pre-press» des plus modernes ainsi que dans une imprimerie qui travaille comme la plupart en DTP, direct to plate, en flux pdf de production.
C’est avec l’aimable autorisation de James Craig que j’ai pu reprendre ses illustrations qui ont ici pour vocation de tracer une histoire technique des évolutions de ce métier que généralement les professionnels désignent par les Arts Graphiques. L’ouvrage semble-t-il est épuisé mais on doit encore le trouver en occasion sur les sites d’Amazone ou Ebay bien que je n’en ai pas trouvé trace. Si vous les dépistez, n’hésitez pas à en faire part dans vos commentaires.
Avertissement au lecteur: toute reproduction est formellement interdite, usage strictement pédagogique.
IBM Selectric MT/ST (en haut) et Smith Corona PWP100 personnal word processor

il faut cliquer sur l’image pour constater la différence de qualité entre une lettre «frappé» par le plomb et une lettre «insolée» par une photocomposeuse.

montage sur film d’une lettrine photographiée avec du texte photocomposée. Le montage effectuée, il est ensuite contretypé en négatif avec un filmprocess orthochromatique (insensible à la lumière rouge) et tirée en positif après retouches pour être montée dans la forme définitive qui servira à la copie de la plaque offset.


Louis Moyroud au centre et René Higonnet à droite, les inventeurs de la Lumitype en 1949 (première photocomposeuse au monde) chez Deberny et Peignot qui durent vendre leurs brevets à l’américain Photon n’ayant pas réussi à interresser les financiers en France. L’ancètre des machines Compugraphic. C’est précisément la Lumitype qui permit à Adrien Frutiger en complicité avec Ladislas Mandel de réaliser la série incroyable des Univers. Les deux ingénieurs, spécialisés dans la transmission et les relais électromagnétiques travaillaient dans les télécomunications de l’époque.

une photocomposeuse également. L’intertype photosetter, où vous retrouvez la structure de fonctionnement des linotypes sauf que les matrices cette fois ne servent plus à couler les lettres en plomb mais à insoler un film, réceptacle du texte.
Fini le saturnisme.


un schéma de photocomposeuse de deuxième génération. Ce qui en fait la particularité, c’est la division des machines. Clavier et enregistrement sur computer des codes d’un côté, et flashage-photocomposition de l’autre. Sorties sur film ou papier.

clavier de photocomposition «enrichi». Le compositeur a accès à toutes les spécifications typographiques sur le clavier. Espaces, entrées, signes de ponctuation typographiques etc. Il fallait en passer par une formation de typographe pour pouvoir accéder à des codes qui étaient abstraits pour les non-initiés. Plus tard on inventa des claviers de saisies dits «au kilomètre» qui permit d’accélérer le processus de saisie, au détriment du contrôle de la qualité des césures, de fins de lignes et du gris typographique.

les interfaces de saisie: bandes perforées, casettes, floppy disques, transmission directe, du clavier à l’ordinateur









les systèmes Monophoto et Harris Intertype. Où l’on voit dans le cas de Monotype les difficultés de sortir d’une culture. La Matrice de la Monophoto était basée rigoureusement sur celle de la Monotype Plomb. Les inventions avancaient très lentement à cette époque pour la raison suivante: les lettres, de plomb sont devenues de lumière (d’où l’expression de composition froide), mais elles étaient physiques. Des négatifs qui laissaient passer la lumière seon des programmes stroboscopiques qui tenaient compte du choix de la lettre au clavier (même si transmis par une bande perforée) pour commander à la Matrice de se trouver à tel endroit et à une lumière au xénon de se déclencher un milliseconde pour venir insoler cette lettre sur un film sensible. Problèmes posées, inerties mécaniques, précision des déclenchements de lumière, et stabilité des supports typo et film réceptacle. Les deux systèmes ci-dessus expriment deux tendances lourdes. D’un coté les matrices carrées (dont Berthold, Alphatype furent friands) et de l’autre les matrices circulaires qui permettaient de diminuer les prbs d’inertie mécaniques mais augmentaient les prbs de sychronisme d’un flashage «à la volée».

matrice d’Alphatype, société située à Chicago qui fut longtemps considéré en Amérique du Nord comme l’équivalent en qualité irréprochable des machines Berthold en Europe. Sauf qu’Alphatype ne voualit pas payer des droits aux créateurs des caractères, ici le PATINA illustre le piratage en règle du Palatino d’Hermann Zapf. Ce type de comportement était la conséquence d’une loi américaine sur le copyright qui ne protégeait pas les dessins mais seulement le nom (trademark) des caractères d’imprimerie.


Monophoto 600


Harris-Intertype Fototronic TXT

Mergenthaler VIP

bande Matrice typographique pour la Mergenthaler VIP

grille pour les matrices interchangeables de la Monophoto Mark IV

principe de base de la photocomposition : source lumière = lampe flash, la plupart du temps au xénon, Matrcie circulaire ou rectangulaire des lettres en négatif, transmission de l’image de la lettre par un prisme pour aller insoler en focalisant la netteté sur un film ou papier de réception (outpout).


cassette de réception

caméra de reproduction VGC

duplicateur d’épreuves photo des textes composées.


C’est le moment crucial, il s’agit d’une simple machine de copie pour «contretyper» les montages de textes (positif-négatif-positif pour éliminer tout trace de montage), mais aussi pour insoler les épreuves papier pour les relecteurs.

écran de saisie, un grand progrès si l’on considère qu’au début de la photocomposition on ne pouvait pas voir (display) ce que l’on composait. Mais on est encore à une dizaine d’années de l’invention du What You See Is What You Get (WYSIWYG) par Adobe avec son Adobe Type Manager (septembre 1989).

Chaine de production éditoriale, parcours de la copie entre le clavier d’entrée (InPut) et l’épreuve corrigée à la fin (OUTPUT)


une phototitreuse américaine. Le titrage posait d’énormes problèmes aux fabricants de photocompositeurs. La qualité finale suposée n’arrivait pas à une définition satisfaisante pour satisfaire lesgraphistes et directeurs artistiques. Déjà Edward Rondthaler avait compris cela en créant la société Photolettering en 1927. Offrant aux clients, agences et studios de prod. une qualité de titrage avec un choix de caractères considérable

Les techniques de la photocomposition ont permis un enrichissement des moyens de compostion, tant pour le choix des caractères que pour l’expression infini de leur présentation. Les espaces n’étaient plus des morceaux de plomb. Juste des espaces virtuels.

Le système Mergenthaler Linotron 505 CRT

Là nous venons de faire un bond en avant. J’ai personnellement équipé mes ateliers avec ces deux machines en 1992. Entièrement asservis au langage postscript généré par les Raster Image Processor ©Adobe Systems. L’input était déjà assuré par un réseau Macintosh où l’on composait les textes et mises en page sur Quark X-Press. A l’époque nous en étions aux versions 2.12 et 3.31 ;-)







Je revidrai sur la question de ces évolutions dans de prochains articles.
©copyright James Craig avec son aimable autorisation pour design et typo
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Voici un site de graphiste au Chili qui publie un blog typo dont la ligne éditoriale s’approche assez de celui de D & T. Je vous invite à faire un tour surtout si l’espagnol ne vous fait pas peur. Le contenu en vaut vraiment la peine: recherches, expérimentations, questions de lisibilité, de construction de la lettre etc. Voici son adresse : http://letritas.blogspot.com/
Comme je vous l’annonçais hier, voici une histoire de la Production Graphique que j’ai repris de l’excellent ouvrage (si ce n’est le meilleur depuis toujours) de James Craig.
De passage à Paris il y a quelques semaines, je lui en ai demandé l’autorisation et pour m’aider il m’a envoyé la deuxième édition qui comprend les débuts du Desktop Publishing communément appelé et mal à propos la PAO.
Voici donc une première partie qui recouvre la composition manuelle (au composteur), le titrage avec les machines Ludlow et la composition mécanisé avec les Linotypes et Monotypes.
N’hésitez pas à cliquer sur les images pour les voir dans une taille tout à fait lisible.
Avertissement au lecteur: toute reproduction est formellement interdite. Usage strictement pédagogique.



gravure du XVIII montrant un compositeur typographe debout devant une casse de plomb

presse à épreuve


fabrication d’encre, d’après une gravure chinoise Ve siècle


fabrication du papier


pupitre de graveur



un «type», un caractère en plomb mobile. Où l’on voit la lettre en relief sur le «Talus», l’encoche devant, servait au «typo» à reconnaître le sens de la lettre, qui est fondue à l’envers sur le talus.

des morceaux de plomb, sans aucun relief, servant juste d’espaces entre les mots ou les poncutations




la moindre interlettrage si aisée aujourd’hui nécessitait de composer des espaces physiques entre les lettres. Un blanc est donc un signe, que les compteurs de «traitement de textes» continuent encore à comptabiliser.

des espaces-lignes, en cuivre pour séparer les lignes (surinterlignage) ou paragraphes (espaces après). La hauteur de ces lingots est évidemment moindre que celle des lettres, ainsi ils ne touchent pas le papier lors de l’impression. (il me semble me souvenir que cette hauteur est approximativement de 23mm). L’épaisseur des filets se mesure en points Didot ou Pica chez les anglo-saxons. Toujours d’actualité sur nos supers Mac ou PC.





un em est l’équivalent de notre cadratin en France. Il est égal au carré de la hauteur du corps, ce qui fait qu’il est proportionnel à chaque dimension de la composition. Aujourd’hui encore ces mesures sont en vigueur dans les logiciels les plus notoires, Quark X-Press, InDesign, PageMaker etc. Le cadratin est subdivisé en unités, c’est ce qu’expliquent les schémas ci-dessus.

Le «composteur», cette règle métallique que tient le compositeur, dans laquelle il glisse les caractères en les lisant à l’envers. La vitesse de composition dite manuelle pouvait atteindre en moyenne 1300-1500 signes à l’heure. Cette vitesse ne tient pas compte du temps qu’il fallait pour ensuite, après le tirage des épreuves, à «redistribuer» les lettres dans les casses.

une casse californienne

une presse à épreuve moderne (aux alentours des années 50)

la «Forme» de composition. Les lignes étaient maintenues par des lingots serrés avec une clé, pour résister à la force des presses à épreuve.



voici la forme et la clé qui sert à resserrer les lingots faisant bordure.

une presse à épreuve plus moderne. Rapidité, précision et régularité de la pression en sont les principaux atouts. Il servait dans des ateliers de composition à façon. Certains de ces ateliers avaient encore le vent en poupe dans les années 60-70, comme Deberny& Peignot au 14 de la rue Cabanis en face de l’hôpital Sainte-Anne.




une composition corrigée avec les signes typographiques et ci-dessous le résultat, une fois recomposé le texte en tenant compte des indications du correcteur.



les signes anglo-saxonnes de la correction typographique et leur équivalent français.

la machine à composer Linotype inventée en 1886 par Ottmar Mergenthaler à Baltimore. Elle fut suivi de près par l’InterType développée vers 1911. Ces machines composaient non des lettres mais des lignes, litéralement des Line-of-Type, fondus d’un bloc. Puis les bloc-lignes étaient montés sur le «marbre», une table métallique où l’on pouvait «tacquer» correctement toutes les lignes. La partie gauche de la machine est la fondeuse. L’on peut imaginer les émanations d’antimoine que respiraient les typographes clavistes de l’époque. On ne parlait pas encore de santé professionnelle, ni de risques majeures et les maladies comme le «saturnisme» étaient bien souvent tournés en ridicule, traités au canons de rouge pour oublier les souffrances physiques.

un paragraphe en lignes-blocs sortis d’une Linotype


schéma de fonctionnement où l’on voit que le «magasin» qui contient les matrices des lettres laissent filer celles-ci au fur et à mesure de la composition. Une fois que ces matrices ont servi à fondre une lettre elles remontent dans le magasin.



cliquez pour mieux découvrir les détails, bien que je les ai rephotographiés ci-dessous, vous avez là une idée assez claire du comment «ça marche».








un «linotypiste» pouvait composer en moyenne environ 12000 signes à l’heure. Vitesse syndicale dans la Presse quotidienne qui se servit de ces machines jusqu’au début des années… 1980 (exemple Le Monde)



voici la machine Monotype inventée en 1887 par Tolbert Lanston à Washington DC. Il donna son nom à la société au nom éponyme bien connue encore aujourd’hui, d’autant qu’ils ont racheté la plupart des grandes fonderies de caractères (Stempel-Linotype, Berthold, Agfa, Letraset, ITC etc.). Monotype, parce que cette machine composait les lettres individuellement contrairement à la Linotype. De fait il y avait un clavier qui asservissait une bande perforée lors de la frappe, et cette bande alimentait ensuite une fondeuse-composeuse équipée de «matrices» de caractère qui allait permettre la fonte du plomb. Voir ci-dessous. Vous pouvez découvrir ici la naissance de cette machine et l’aventure de la création typographique qui entoure la mécanisation de la typographie.






Matrice Monotype de lettres en creux, pour fondre les lettres qu’on allait ainsi récupérer dans l’ordre de la composition, et remonter ensuite sur un «marbre» de mise en page.

la fondeuse Monotype

des caractères fondus avec des espaces négatives pour une approche plus équilibrée (kerning).

machine à composer des titres en plomb: le Ludlow


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Pour Loïc Le Meur qui n’est plus obligé de s’expatrier aux States (on est vraiment heureux pour lui ;-), voici les signes de corrections anglo-saxonnes auxquels il a échappé. Ceci vient bien entendu en complément du billet précédent . Je vous laisse découvrir les différences entre les deux systèmes de correction et de les commenter (n’est-ce pas Jonathan ?). Pour info ce tableau provient d’un livre que je vais prochainement publier dans son intégralité: Production for Graphic Designers de James Craig , qui m’a très amicalement autorisé cette diffusion.
Voici quelques années j’avais édité une petite brochure à l’usage des responsables de la production graphique (le Guide de la Préparation de Copie), en voici la page 28 qui reprend les principaux signes de la correction typographique qui sont toujours en vigueur à ma connaissance dans les salles de rédaction et chez les secrétaires de Rédac (SR). C’est parfois agréable de rappeler les bons vieux principes de typo qui permettent de gagner un temps fou au téléphone… et sans aucune ambiguïté.

Pour l’occasion de cet hommage j’ai logotypé Design et Typo avec le caractère Mirago dessiné par Jean Alessandrini pour l’Atelier Phototypo d’Albert Hollenstein.
Voici quelques mois j’avais écrit un article dans étapes sur la bio et l’œuvre de Jean Alessandrini. C’était autant par honnêteté et passion de critique graphique que par amitié pour Jean qui reste à mon sens un des pionniers du lettrage dans la France d’après-guerre. Me voilà donc transformé en agent d’illustrateur bénévole tant j’aimerais que les éditeurs se souviennent, que les agences de pub redécouvrent le talent de Jean. En hommage à son œuvre j’ai réalisé une galerie la plus complète de ses travaux graphiques.
Les métiers d’Alessandrini?
Fabricant de mots-images n’en n’est pas le moindre, mais ce serait réduire son talent à celui d’un «bricoleur» alors qu’il est à juste titre considéré comme l’un des théoriciens les plus brillants de la typographie (par Maximilien Vox lui-même). Vous pourrez découvrir son essai de classification aux noms aussi évocateurs que poétiques comme *deltapodes*, *filenxtres*, *machinales*, *simplices*, *emparectes*, *claviennes*, *romaines*, *gestuelles*, *germanes*, *hybrides*, *transfuges* et j’en passe… et je suis sûr qu’il serait très heureux à son tour que vous en inventiez de nouvelles. Ses années passées à Pilote et plus tard au contact de Gallimard et Bayard Presse lui ont donné l’occasion de créer une série d’albums-jeunnesse dont le style n’est pas sans rappeler ceux d’un Terry Gilliam ou d’un Georges Lucas dont il est devenu par la suite un des plus grands admirateurs. Mais Jean était un pionnier, et il était sans doute en avance sur son temps. Tout à la main, sans ordinateur, il composait des caractères qui s’arracheraient aujourd’hui s’ils avaient été vectorisés-numérisés. Car c’est bien le seul défaut que je lui connaisse à Jean. Ne pas avoir pris le tournant de l’informatique et laissant à d’autres le soin d’explorer grâce à Fontographer ou FontLab des formes contemporaines dont il avait une vision d’avance.


caractère Mirago dessiné pour l’Atelier Phototypo d’Albert Hollenstein.
Voici quelques temps il a quitté Paris pour s’installer à Strasbourg. La France a beau vivre à l’heure d’internet, n’empêche que les éditeurs sont largement regroupés en Île de France. Autant pour les agences de Pub… et puis c’est vrai aussi que mon ami Jean n’est pas du genre, à décrocher facilement son téléphone, c’est pas qu’il est snob ou orgueilleux, il n’y a pas plus simple et bonhomme que ce garçon éternellement jeune… mais voilà il est affublé d’une timidité maladive et a peur de toujours déranger… sale temps pour les timides ;-) L’Écriture, aussi, parce que Jean a été pris d’une frénésie d’écriture depuis qu’il a remporté un Goncourt Jeunesse, mais le dessin ne l’a jamais quitté, ou peut-être l’inverse ;-)
Si vous désirez le contacter voici un e-mail, où vous pourrez au moins lui témoigner de votre plaisir d’avoir découvert cet œuvre majeure. Suis également curieux de savoir ce que vous pensez de ce créateur finalement assez méconnu. N’hésitez pas… ;-)
