Libé en lutte | La Presse écrite en question

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(texte idem copiable) Nous sommes aujourd’hui 24 novembre 2005, à la croisée de tous les chemins pour
la survie de la Presse quotidienne française. En faisant l’analyse de la nouvelle maquette du Monde, je suis arrivé à la conclusion que ce qui fondait la naissance et l’existence du Monde, c’est la publication d’une information exhaustive, sobre et objective par la juxtaposition de la diversité des opinions. L’image comme je l’ai analysé dans mes trois articles précédents n’a rien à faire dans cette culture de la distance et de l’observation des faits.

Parce qu’elle véhicule la part affective et non raisonnée de chacun de nous. Libération est en grève depuis 4 jours, (voir le site des journalistes en grève). J’ai lu un certain nombre de commentaires d’internautes. Ils reprennent généralement la même vision. Un journal a une identité. Libération c’était un journal de gauche et d’opposition. Les lecteurs fidèles ne s’y reconnaissent plus forcément. Ils râlent. A vouloir jouer à l’entreprise capitaliste, donc de vouloir conquérir d’autres lectorats que ceux historiques, on risque de fragiliser gravement les fondations qui ont fait le succès d’un journal. Libé aurait sans doute du rester de gauche, voire prendre ses distances avec le pouvoir, même lorsqu’il était de gauche.

Le Monde devrait rester fidèle à ce qui en fait son identité historique sans pour autant abandonner son projet web qui est sa plus grande réussite depuis les dix dernières années (un coup de chapeau à toute l’équipe du Monde interactif). Les deux formats, papier écran, devraient pouvoir cohabiter dans un cadre journalistique commun où la mise en forme du papier respecterait cette liberté d’opinion et d’exhaustivité des points de vue. Comme je le dis l’image, pour autant qu’elle soit anecdotique et c’est le cas actuellement, ne peut que faire détourner les lecteurs vers une concurrence qui «manipule» déjà l’iconographie depuis plus de vingt ans (quot. régionaux, nationaux).

En conclusion, je suis persuadé qu’à l’heure où le haut débit fait revenir massivement les citoyens vers la lecture sur écran, et que nous connaissons la plus grande révolution gutenbergienne avec la diffusion planétaire du caractère et de l’alphabet phonétique, que les gens diversifient de plus en plus leur approche des informations, dans ces conditions le MONDE devrait profiter de ce retour d’amour pour l’écrit et le collaboratif en revenant à une formule graphique qui respecte le lecteur traditionnel ou nouveau. Cela ne veut pas dire «emmerdant» comme le disait le fondateur du Monde, Hubert Beuve-Méry.

Cela veut dire contenu, contenu, contenu. Lisibilité, élégance, structure claire mais à multiples entrées. Bref une réflexion est possible pour redonner au journal à la fois un aspect gutenbergien en profitant de nos acquis technologiques, culturels et sociologiques pour développer la qualité graphique, donc la lisibilité et surtout l’envie de lire le journal. Ce que l’on appelle vulgairement l’appétence. Car la question de fond, et surtout en France, n’est pas de savoir si on devrait prendre des lecteurs à Pierre, Paul ou Serge, mais : comment je peux susciter l’envie de lire mon journal. C’est La question de fond pour la Presse française qui est victime du manque d’envie de lire d’une population éprise de prime time et plus si affinités. C’est à cette question que les responsables de la rédaction de tous les journaux devront répondre au risque de devoir un jour mettre la clé sous leur tapis de souris.

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