Le gris typographique | lisibilité (suite)

Réponses aux commentaires

Je suis perfectionniste et j’aime améliorer mon travail, mes analyses à partir de vos commentaires.

J’ai donc repris:

1) le commentaire de Frigorifik qui nous a donné les paramètres de justifications (C&J dans Quark X-Press) d’InDesign recommandés par Muriel Paris.

2) le commentaire de Baptiste qui trouvait que le pavé en helvetica neue 55 lui semblait indigeste (sans doute trop serré).

Pour ce faire j’ai consulté une des références en la matière, un vieux catalogue de photo-composition d’Albert Hollenstein —Diatronic-Diatype— édité vers 74-75). J’ai donc déserré très légèrement (c’est expliqué en bleu au bas de chaque pavé) mes exemples.

Et pour répondre à Mickjagger, oui sur le précédent exemple les paramètres d’InDesign étaient enclenchés. Mais tous les éditeurs de logiciels utilisent des paramètres plus proches de ceux de la composition en plomb que ceux que nous avons pratiqués au sein des ateliers de photocomposition dans les années 70-80. La typographie suisse était passée par là, nous montrant de magnifiques gris typos, sans la moindre accident. De fait je suis conscient que nous sommes en train «d’enculer des mouches en vol» comme disait mon cher père. Et il ne s’agit pas de déclarer péremptoirement que mes réglages donnent plus de lisibilité, tout au mieux, plus de confort de lecture je dirais. Ainsi que la sensation d’une composition maîtrisée par l’esprit de l’homme et non imposée par les machines. Et ce n’est pas pour contredire Miklos, mais les réglages que je viens de faire et dont vous allez voir une séquence encore mieux réglée ci-dessous sont impossible à obtenir sur Word où l’on a aucun accès aux variables des approches intermots + interlettres + césures. Il faut savoir que des «applis» comme Quark ou InDesign «travaillent» au 1000e de cadratin et au 2000e de cadratin (le carré du corps), les approches. Word je ne sais pas mais c’est largement en-dessous. Même notre journal papier du Monde a en ce moment a le plus grand mal à régler ces gris du fait qu’ils montent les pages sur un système dédié et non sur Mac + Indesign (ce que j’ai pû comprendre). Les informaticiens sont parfois lourds à convaincre pour les obliger à réécrire des bouts de programme pouvant permettre d’améliorer la compo du journal. Mais techniquement ce serait possible. Enfin une dernière remarque. Une composition est toujours perfectible et Estève Gili a parfaitement raison de souligner que ces paramètres pourraient varier selon la justification, mais aussi et surtout selon les dessins des caractères. Une sérif et une Sans, ne réagissent pas de la même manière du fait des empattements qui mangent un peu du blanc interlettre. Et un dessin de lettre large ou étroit a besoin de réglages spécifiques. Notre système occulaire, pupille, rétine, muscles de focalisation s’adapte en permanence aux variations des signes alphabétiques. Et on a vu plus bas, dans une composition en Fraktur que nos yeux sont prêts à s’adapter à des caractères aux formes anciennes pour peu que nous nous y collions pendant un quart d’heure. D’ailleurs la notion de lisibilité entre un Times et un Centennial en prend un coup. Parce qu’on pourraît même lire une Gothique si on le voulait bien. Je finirai cette note sur une scène du film «La Chinoise» de Jean-Luc Godard: deux étudiants se font face dans une chambre universitaire, tous les deux en train de réviser leurs cours.
Anne Wiazemsky
a mis la musique à fond que Jean-Pierre Léaud (il est obligé de crier) ne supporte pas: —tu peux baisser le son Véronique (Anne)? je n’arrive pas à me concentrer! celle-ci (toujours criant pour couvrir la musique): —Guillaume (Jean-Pierre), je ne t’aime plus!. Lui (hurlant): —comment tu ne m’aimes plus, mais c’est pas possible (et il s’emporte comme seul JP Léaud savait faire)…Elle (toujours criant)—Tu vois bien Guillaume que tu peux te concentrer quand tu veux. Bel illustration du lisible et du visible (sonore). Car n’oublions jamais que nous aurons beau faire les plus belles mises en page, et composer les plus beaux textes de la terre, si le lecteur n’est pas motivé, il ne lira pas. Si le lecteur n’est pas préparé à la difficulté d’un texte (Ulysse de Joyce par exemple), il trouvera que c’est illisible. Quoi? le texte en Garamond de la Pleïade, composé en corps neuf inter 10? ou bien Joyce et ses loghorrées irlandaises…? La lecture est un acte complexe. Et je n’ai pas la prétention de croire que seule, la typo ou le graphisme suffisent à «faire lire» un texte. Voici les exemples de gris typo retravaillés.

Gristypo_muriel_paris_time

Gristypo_muriel_paris_helv

On gagne encore quelques signes d’économie par rapport aux paramètres de Muriel Paris dont les réglages laissent passer beaucoup trop de «lézardes». Mais ce serait intéressant qu’elle intervienne directement sur le sujet, car, et il faut le savoir, nous sommes là dans une composition extrêmement difficile due à la petitesse des colonnes. Très peu de signes par ligne (32-33), et l’obligation de ne pas dépasser plus de trois césures à la suite (code typo). Il n’est pas sûr du tout qu’elle maintienne ses paramètres dans un contexte aussi ingrat. (n’oubliez pas de cliquer sur les gifs pour les agrandir légèrement à l’écran).

chapitre lisibilité | visibilité

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