Custodia | plagiat or not plagiat | Jonathan’s answer to Our Type

En ce qui concerne les polices de caractères, c’est une histoire très compliqué. (Suite de la chronique: typographie introuvable)

En droit, l’alphabet, la base de tous les typos en quelque sorte, est un bien commun et non déposable, et donc pas protégable. Les polices de caractères sont même exclues, de manière explicite, de la plupart des législations sur la protection intellectuelle.

Les seuls éléments protégables étaient donc que le nom de la police, et non pas sa forme. Les exceptions étant les caractères *historiques* [garamond, bodoni, baskerville, caslon, scotch, et autres] dont le nom est antérieur à la période contemporaine, et donc, si un dépot avait existé à un moment, il serait tombé depuis longtemps. En fait ce n’est qu’avec l’arrivée des polices numériques qu’une protection est apparu, car les fontes sont assimilées [à tort ou à raison] à des logiciels, et bénéficient de la même protection intellectuelle et industrielle que n’importe quel autre logiciel.

Dans ce cas, même si, en tant que typophile [amateur ou professionnel], nous voyons clairement des filiations plus ou moins légitimes entre polices de différentes fonderies, il est difficile de parler de plagiat, un terme à la fois chargé et juridique, en dehors d’un cadre juridique pouvant donner lieu à ce *délit*. D’ailleurs, j’ai plus souvent entendu des typographes parler de *pompage* que de plagiat. C’est-à-dire, un dessinateur travaillant en dehors d’un strict *revival* va parfois *pomper* le travail d’un autre. Et dans ce cas, si la loi ne lui donne pas tort, très souvent les murmures de confrères vont le condammer plus sévèrement qu’aucune cour de justice.

Justement, le cas des *revival* est un phénomène intéressant à mettre à côté de la notion de plagiat. On aime à penser que tous les revivals sont des oeuvres *pures*, libre des basses considérations. Mais même si beaucoup de revivals sont des réinterprétations talentueuses de figures connus [un peu comme ta comparaison entre les interprétations de Bach, et des formes de différentes Garaldes], beaucoup sont des prestations de commande baclées, histoire d’être présent dans le marché. Je garde à l’esprit le nombre incalculable d’interprétations du Futura qui sont arrivées sur le marché américain avant l’arrivée *officielle* de cette police. Et pour combien de *Metro* de Dwiggins [un dessinateur pour qui j’ai beaucoup d’affection], qui y a fait oeuvre de création à l’intérieur des contraintes de ces nouvelles sans serifs de forme géométrique [sans être capable de cacher sa préférence personnelle pour les sans serifs humanistes, et ça se voit très clairement dans son dessin], il existe des *copies* serviles et mal dans leur peau, tel Spartan…

Dans le cas du Custodia, je vais prendre un autre chemin et présenter l’Elzevir medium de DTL « http://www.dutchtypelibrary.nl/ElzevirMedium.html« . Il s’agit d’un revival de *Van Dijck* clairement assumé dans la doumentation sur le site. Et cela ne pose pas de problème, Van Dijck étant mort depuis plus de 300 ans. DTL explique ensuite le choix, le pourquoi, le cheminement. Mais plutôt que de lui donner le nom de *New Van Dijck*, ils ont choisit de l’appeler *Elzevir*, un nom très attaché à la typo néerlandaise.

De manière semblable, *Hollander* de Gerard Unger

*http://www.gerardunger.com/allmytypedesigns/allmytypedesigns06.html* affiche lui aussi sa filiation avec Van Dijck, dans sa documentation, tout en ayant, comme DTL, choisit un nom plus neutre.

Le *Van Dijck* de Monotype , bien sûr, affiche clairement sa couleur. Et c’est peut-être à cause de son existence que DTL et Unger ont choisit de ne pas suivre le chemin du *Van Dijck Neue* pour leurs interprétations.

Ce qui est curieux sur le site d’OurType est que il n’y a pratiquement pas de mention de cette filiation. Il est indiqué seulement:

» A single-weight roman, with italic and matching small caps, with a seventeenth-century flavour. It was made in 2002 for use in the publications of the Custodia Foundation. Custodia 17 is the first typeface to join the OurType Classics collection.

» Available in TrueType and PostScript formats, for both PC and Mac platforms, as well as in OpenType Standard. More weights are expected in 2007. «

Lisant entre les lignes — un ton 17e siècle ? — on peut comprendre une allusion à Van Dijck, mais il n’y a rien d’explicite. Il est probable que pour Fred Smeijers, cette filiation est claire comme de l’eau de roche, et non seulement pour lui, mais aussi pour son public [j’ai été frappé lors d’une visite au Pays-Bas par le souci et la sensibilité typographique tout autour de moi, et il est probablement que le pays possède encore une culture typographique que la France semble avoir perdu] ou bien c’est peut être que l’on perçoit mal ce qui est proche de soi tous les jours… et qui n’aurait donc pas besoin d’être plus explicite. Mais on peut légitimement se poser la question.

© Jonathan Munn (juillet 2007)

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Une réponse à Custodia | plagiat or not plagiat | Jonathan’s answer to Our Type

  1. peter gabor dit :

    oui merci pour vos encouragements.

    Au fond la question est de savoir qui est véritablement trompé. Pour moi c’est le consommateur! Lorsqu’un de nos experts de l’ATypI s’y confond lui-même comment voulez-vous qu’un jeune DA qui a séché les cours de typo durant ses études ;-) puisse faire la différence entre le Van Dyck de Monotype et le Custodia d’OurType.

    Ce faisant le site marchand d’OurType est très touchy, et donne vraiment envie d’acheter. Alors le jeune DA se tourne vers son acheteur au sein de l’Agence qui l’emploie et celui-ci y connaît encore moins…! S’il savait que les deux typos sont aussi ressemblantes, peut-être qu’il y réfléchirait à deux fois avant de débloquer l’opération d’achat.

    La solution? une agence internationale de la typographie, neutre et non aligné qui tiendrait à jour une liste en Wysywyg de toutes les fontes disponibles dans le monde, classées par familles, par ressemblances et par origines afin de donner aux consommateurs un véritable outil de décision qui éviterait que l’on se retrouve sur une même machine avec des centaines de caractères qui font double emploi. Cela permettrait de libérer les décisions d’investissement pour de vraies créations uniques et novatrices. (Pure utopie je sais ;-)