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Le FUTURA | par Alexandre Dumas de Rauly & Michel Wlassikoff | histoire et analyse du caractère de Paul Renner

(©peter gabor | directeur d’e-artsup)

C’est avec une immense joie que je publie ce billet pour vous montrer ce magnifique ouvrage consacré à la création et à la vie du caractère FUTURA.
Édité par les éditions NORMA sous le numéro
ISBN 978-2-9155-4239-4 vous pouvez, que dis-je vous devez vous le procurer, dans toutes les bonnes librairies d’Arts Graphiques ou bien chez Amazon. Écrit en collaboration par Alexandre Dumas de Rauly & Michel Wlassikoff, il parcourt en 9 chapîtres préfacé par Étienne Robial, la naissance logique de cette police, dessinée par Paul Renner sur la base d’un dessin d’Antique en raison de l’invention chez les phéniciens de ce type de tracé (700 av/JC). Il raconte par le menu comment ce dessin a conquis le monde entier partant du Bauhaus chassé par le régime nazi, parcourant les USA pour finalement nous revenir par le biais de la publicité qui y trouvait la simplicité et l’efficacité neutre pour vendre la Wolkswagen ou pour produire l’identité visuelle de Canal Plus.
C’est avec l’aimable autorisation des auteurs que je publie ces extraits qui comme d’habitude sont interdits à la reproduction dans quelque support que ce soit.

Je prie les éventuels blogueurs qui désirent montrer l’ouvrage de ne prendre que 2 ou 3 reproductions ici présentes et de faire des retroliens pour inviter ensuite leurs lecteurs à découvrir l’ouvrage ici.

D’aucuns se souviendront des articles que j’ai déjà publié sur «Une Histoire du Graphisme en France» par Michel Wlassikoff.

La typographie en mouvement

Et si la Typo vous passionne n’hésitez pas à écouter ce Podcast que j’ai relevé sur France Culture samedi dernier dans l’émission La Place de la Toile qui interroge 3 personnalités du monde de la typographie sur l’avenir de ce vieux métier qui revit aujourd’hui plus que jamais sous l’influence des jeunes passionnés du Livre (cf. Pauline Nuñez) et des formes expérimentales (Frank Adebiaye et Geoffrey Dorne)

écoutez

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Graphisme et PAO, un enseignement révolutionnaire à e-artsup

Workshop Graphisme
et PAO à e-artsup.
saison 2011-2012.

(peter gabor / directeur d’e-artsup)
Voici 4 ans et quelques mois que j’ai entamé une mission passionnante à la tête d’e-artsup. L’école supérieure de la création numérique. Un cursus en cinq ans qui forme les nouveaux graphistes et directeurs artistiques d’un monde (presque) entièrement digitalisé. Comme toute école dont l’objectif premier est de promouvoir l’employabilité, e-artsup n’échappe pas à la règle. L’institution y est d’autant plus sensible que son titre est homologué par l’État, inscrit au Registre National des Certifications Professionnelles.

Le premier défi auquel je me suis attelé était de transformer une séquence traditionnelle de prépa’ en une vraie première année d’une école d’Arts Graphiques. Associer donc les fondamentaux que sont le Dessin (Nu, observation, perspective, croquis d’extérieur) à la découverte du Graphisme, des théories de la Couleur, et l’initiation de l’infographie (sous son acception PAO). Et nous ne parlerons pas ici de tous les autres cours (Typographie, Histoire de l’Art, Anglais etc.)

L’objectif de cette première année est clairement défini. Former la main et le regard, au dessin mais aussi aux bases de tous les langages graphiques. Et ci-dessous vous allez découvrir une sélection de 76 travaux d’étudiants de 1ère année qui ont travaillé durant une semaine dans le format d’un Workshop. Mais de quelle matière s’agit-il? Graphisme et PAO. Vous devriez être déjà surpris, parce qu’il ne s’agit pas ici de démonstrations techniques mais bien d’expressions graphiques et artistiques. Pour comprendre les projets que je vous présente ci-dessous il nous faut revenir sur le Brief, le Sujet du Workshop :

1) Les étudiants ont tiré au sort deux graphistes notoires du XXe siècle parmi la liste suivante : Abram Games, Alan Fletcher, Albe Steiner, Alex Steinweiss, Alexandre Rodtchenko, Alexey Brodovitch, Alphonse Mucha, Alvin Lustig, Andy Warhol, Armin Hoffmann, Bradbury Thompson, Bruno Munari, Cassandre, David Carson, Ed Fella, Edward Penfield, El Lissitzky, Erberto Carboni, Eric Gill, Erik Nitsche, Ethel Reed, F.T. Marinetti, Federico Seneca, Giovanni Pintori, H.N. Werkman, Hans Rudi Erdt, Herb Lubalin, Herbert Bayer, Herbert Matter, Jamie Reid, Jan Tschichold, Jean Carlu, Jean Widmer, John Heartfield, Joseph Müller-Brockmann, Jules Chéret, Julius Gipkens, Koloman Moser, Kurt Schwitters, Ladislav Sutnar, Laszlo Moholi Naguy, Leonetto Cappiello, Lester Beall, Lichtenstein, Lou Dorfsman, Louise Fili, Lucian Bernhard, Ludwig Hohlwein, Malte Martin, Marcel Jacno, Marcello Dudovich, Massimo Vignelli, Massin, Max Huber, Michel Bouvet, Mikhail Dlugach, Neville Brody, Obey Giant, Paul Rand, Paul Schuitema, Paula Scher, Peter Knapp, Philippe Apeloïg, Pierre di Sciullo, Pierre Fix-Masseau, Piet Zwart, Raymond Loewy, Raymond Savignac, Reginald Mount, Roger Excofon, Saul Bass, Seymour Chwast, Stephane Sagmeister, The Designers Republic, Tom Purvis, Victor Vasarely, Viktor Deni, Vince Frost, Wim Crouwel.

2) Les étudiants ont tiré au sort une citation tiré d’un film : 160 très exactement… De fait et là je reprends les termes même des deux enseignants qui ont animé ce Workshop : Vincent Lamarche et Raphaël Thomas, avait pour objectif la réalisation d’un ouvrage collaboratif mettant en scène 160 citations de film à la manière de 80 grands designers du XXe siècle. « Le résultat a été très positif : les étudiants ont joué le jeu avec envie et réussite. D’abord individuellement dans la phase de recherche d’informations sur les graphistes, dans le but de réaliser une fiche informative par graphiste et nourrie de visuels des travaux les plus représentatifs. Puis collectivement, dans la phase de recherche d’idées et de conception des visuels à créer. Et enfin, de nouveau individuellement, dans la phase de création graphique pure et de réalisation technique des visuels. Les trois objectifs induits ont été atteints : culturel, graphique et technique. »

Les avantages de ce type de formation : La plupart du temps lorsqu’on enseigne la PAO, vous avez en tête l’apprentissage de logiciels… Photoshop, Illustrator, InDesign d’Adobe. Vous imaginez un face à face avec des professeurs qui vous transmettent leur expérience des applications. Vous pensez qu’il s’agit d’apprendre l’utilisation des logiciels, leurs boîtes de dialogues, leur menus déroulants, leurs options et nombreuses possibilités (features). Voici un enseignement totalement dépassé et en retrait sur la nécessité de former des futurs Designers. Dépassé, parce qu’il ne tient pas compte d’une évolution majeure.

Depuis quelques années, 3-4, les jeunes qui postulent dans nos écoles ont tous eu déjà une première expérience de l’ordinateur. La souris, le pad, les tablettes graphiques, ils connaissent. On est loin d’une époque où il fallait enseigner l’usage de la souris. Nombre d’entre-eux ont déjà ouvert des applis comme Photoshop ou Illustrator ou encore Blender ou AfterEffects.

Ce faisant nous nous devions de nous adapter et de reprendre la main sur une formation qui tire les jeunes vers plus de culture, plus de sensibilité créative, en un mot plus de métier. C’est très exactement la direction prise par nos enseignants et l’on découvre dans les travaux ci-dessous les bienfaits de celle-ci.

Réflexion et Pertinence
Créativité,
Culture
Savoir-Faire et Réalisation technique

Voilà les critères que nous avons retenu pour juger de ces travaux. Je vous les présente donc ci-dessous (environ 76 sur les 160 rendus de fin de Workshop). Soyez indulgents car l’année passée ces jeunes passaient leur bac, et ne connaissaient rien à la typo et aux Arts Graphiques. Le résultat est surprenant et augure d’une belle évolution dans leur parcours pédagogique.

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Nespresso | Le Café à l’heure du Design Global



À gauche la X1 ‘francis francis’ pour Illy, à droite la ‘Citiz’ de Nespresso. La machine Illy permet à la fois l’usage de dosettes E.S.E. et de café moulu de façon traditionnelle.

La France est venue assez tardivement aux machines expresso domestiques. Pourtant il y a café et café. Le café filtre, et le percolateur, dans les deux cas l’eau chaude ne fait que caresser la fine mouture, pour couler finalement dans votre tasse sans la saveur et la force d’un ‘espresso’.

Un concept simple

Nespresso a transformé le porte-filtre des machines expresso traditionnels en un concept simple. Une capsule métallique ultra fine, posée horizontalement dans une loge, sur lequel on rabat un levier qui emprisonne ladite capsule pour la percuter avec une dizaine de trous. En déclenchant le bouton de marche, une vapeur compressée à plus de 9 bars vient attaquer et traverser cette capsule, emmenant avec elle l’essentiel du breuvage, l’arôme qui coule, savoureux, épais et surmonté d’une mousse, depuis longtemps symbole de l’expresso italien. Contrairement aux idées reçues, l’expresso est moins caféiné qu’un café filtre traditionnel. L’eau n’a pas le temps de laver les particules de graines marron pour en soutirer la quintessence de la plante. La vapeur entraîne un liquide noir dont la couleur dépend de la quantité de temps que celui-ci aura été activée. Pour évaluer la concentration de votre café, il suffit de tremper un morceau de sucre dans votre tasse, plus le sucre est noir plus le café est «fort en goût» et inversement. Lire l’histoire complète du café ici.

Bien avant que Nespresso ait déposé son brevet de capsule, une grande marque de café avait inventé le concept de dosette-filtre-papier. Illy, dès le début des années 70 sélectionnait les meilleurs mélanges dans le monde entier pour construire un équilibre des plus subtils qui s’adressait aux véritables amateurs éclairés. La mouture Illy est enfermée dans une petite dosette en papier pré-perforé qui se voit traversé par une vapeur à 10-12 bars de pression.
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© photographies de Sebastião Salgado pour Illy Café

Les clients d’Illy se comptent par dizaines de milliers dans le monde entier. Illy avait inventé le café ésotérique, une sorte de mélange de modernité et de tradition puisqu’aussi bien lorsque vous ouvriez un sachet contenant 36 dosettes de 6,94g chacune, vos narines sont littéralement envahis par une explosion d’effluves caféinés «caractérisée par un goût équilibré, exalté par de précieuses notes de caramel, chocolat, pain grillé et légèrement fleuries la torréfaction foncée, caractérisée par le corps intense et le goût franc d’un espresso plus fort, dans lequel les notes de cacao et de pain grillé se fondent avec de légères nuances de caramel».
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Avec Nespresso point d’effluves. Plus d’odeur «avant» le geste magique (abaisser le levier et appuyer sur un bouton). Seul subsiste l’arôme final du café dans la tasse. Maigre consolation. Il est très bon. Mais imaginez un œnologue qui serait privé de ses gestes rituels… verser le vin dans un grand verre, y faire tourner le liquide, puis porter le nez au-dessus de la couleur (sens visuels) pour en capter les arômes (sens olfactifs), pour ensuite prendre en bouche une gorgée, que l’on fait passer d’un côté puis de l’autre de notre langue pour apprécier la rondeur et les qualités gustatives. En fin de rituel, on avale certes, mais pas forcément. Dans les dégustations de vin le crachoir est là, presque toujours pour permettre de ne pas s’enivrer au fil du jour qui passe.

Le club Nespresso compte désormais près de 4 millions et demi de membres à travers le monde. C’est à la fois beaucoup et peu si l’on considère les cinq continents. Beaucoup si l’on considère que le chiffre d’affaires de Nespresso se fait aussi bien sur la vente des capsules (environ 2400 par client et par an) que celui des machines et des produits dérivés (épicerie fine, vaiselle, tasses etc.). Il faut ajouter à ces quatre millions et demi de clients membres du club, ceux, occasionnels qui achètent les capsules pour eux mêmes ou comme cadeau à leurs proches.

Si vous vous penchez sur les articles de Stratégies ou de l’Express de 2008, on vous explique les raisons de ce succès par le branding de la marque. Par la publicité aussi et le rôle désopilant que tient George Clooney, désinvolte, comme le héros malgré lui de cette saga de Nespresso. What else…

Nespresso a lancé en décembre 2008 son plus beau temple du café-encapsulé (comme le postscript :-) surfant sur un succès envahissant qui frise presque l’impertinence en ces temps de crise des subprimes + les pertes de la Société Générale + les gaffes de notre président + une croissance très faible malgré les affirmations optimistes de notre ministre de l’économie + une balance commerciale dont le déficit atteint des sommets.

Pouvez-vous raisonnablement vous contenter des explications que vous donnent Stratégies pour comprendre les raisons de cette conquête victorieuse. Peut-être que non. J’ai tenté de lire entre lignes de cette réussite, d’analyser l’engouement grandissant pour ces minuscules capsules qui contiennent quelques dizaines de grammes de cette poudre marron si précieuse qu’elle est facturée au kilo à près de 62 euros (0,31 euros les 5g. soit environ cinq fois plus cher qu’un kilo de café Malongo ou Jacques Vabre.

Un temple de capsules

Regardez bien les photos que j’ai pris ce week-end de décembre 2008 dans le magasin des champs Elysées. La marque omniprésente, certes. Mais surtout les rayonnages de capsules. Un temple de capsules, un lieu sans odeur, clean où les hôtesses font assaut de civilité, toutes plus jolies les unes que les autres. Mais vous n’êtes pas plus chez Mme Claude que dans un magasin de café.

Si vous êtiez dans un magasin de café, vous sentiriez les effluves de la torréfaction, le café plus ou moins vert. Vous entendriez les moulins à café et votre être tout entier serait pénétré par la densité odorifère de votre boisson préféré. Ici, point d’odeurs, et le moulin à café ne tourne plus depuis longtemps. Nespresso ne s’adresse pas à votre nez mais à vos yeux, exclusivement. Obligé, puisque le concept des capsules enferme définitivement la poudre venue d’Afrique ou du continent sud-américain. On ne vend plus le café, mais un conditionnement de café, un habillage, multicolore dont l’agencement dans les rayonnages (qui n’est pas sans rappeler le magasinage des textiles) tient autant d’un décor abstrait et métaphysique qu’un magasin de jouet pour enfant. Les couleurs, jeunes, vives, contrastées, ne sont pas sans rappeler les coloris des jouets de noël, nous sommes tous des enfants, c’est bien connu.

Mais au delà de ces considérations esthético-consumériste, je voudrais attirer votre attention sur une évidence qui personnellement m’a frappé: nous n’achetons plus le café d’antan, mais une technologie de café, d’où l’on a évacué tous les inconvénients, les moulins, les machines à nettoyer après chaque usage, le marc de café à jeter sans en mettre à côté, et les sachets de café qui une fois ouvert perdent en très peu de temps la concentration de leurs parfums. Faire un Nespresso, what else, est d’une simplicité radicale. On «positionne» le café encapsulé et on appuie sur un bouton. Voilà. Et le résultat est parfait. Nespresso a inventé le méta-café technologique qui satisfait une population plutôt aisée et rompue au confort Minority Report et à la facilité d’une vie quotidienne aisée. C’est la même population qui, il y a soixante ans dans «Mon Oncle» de Jacques Tati, découvrait le confort de l’aspirateur qui se vend désormais dans tous les magasins d’art ménager.
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Le Branding

Dès lors qu’on a compris, et c’est ce qui s’est passé pour l’agence FutureBrand en charge du budget Nespresso, le fonctionnement du produit et les motivations d’achat de la clientèle, la stratégie de branding devenait évidente. Puisqu’on ne vend plus le café, mais la représentation symbolique de celui-ci, il fallait inventer les signifiants de ce symbole. Une marque Yin et Yang comme dit l’agence, et les étuis en carton multicolores dont la chromie correspond à un code-couleur précis et immuable. Noir pour le Ristretto par exemple. Si vous examinez le processus. Simple. Vous entrez dans un magasin, (ou vous commandez sur Internet). Une file d’attente rapide (mais qui vous met le café à la bouche), un préposé à la vente, joli garçon, jolie fille, qui prélèvent sur les étagères multicolores le nombre d’étuis désiré, pour les mettre dans un sac Nespresso marron à l’épaisseur de papier confortable. Vous entrez votre code de carte visa, la facture sort automatiquement et vous rentrez chez vous. Le fourreau en carton ouvert, vous prélevez une capsule, que vous posez dans la machine, vous appuyez sur le bouton, et vous buvez. À aucun moment vous n’avez senti, ni touché le café, contrairement à la marque concurrente Illy que je salue au passage d’avoir commandé à Sebastião Salgado ce reportage émouvant sur la culture et la cueillette du café au Brésil. Sauf et juste à la fin, le nez sur la tasse. Quelques secondes de plaisir pour vous payer en retour de cette absence de cérémonial traditionnel. Mais une liturgie en remplace un autre. Et ce saint des saints des Champs Elysées, ressemble bien à une église moderne avec ces murs d’étuis et d’écrans translucides en guise de vitraux et ses serviteurs zélés prêchant la bonne parole.

Le monde dans lequel nous vivons devient lisse

Au fond l’humanité poursuit un voyage étrange depuis la nuit des temps. du néerdanthal à l’homme moderne, nous avons perdu nombre de sensations, et le monde de l’écran a achevé un cycle originel. Que ce soit pour la typographie, qui ne s’exécute plus à coups de tire-ligne et de péroquets mais grâce aux courbes de Bézier, ou simplement pour changer de chaîne de télé, sans avoir à se déplacer devant le téléviseur; les équipements électroniques des habitacles d’automobiles qui ramassent sous les doigts du conducteur nombre de fonctions de commande en passant par la vie rêvée devant Internet et Google Earth qui vous fait voyager à peu de frais, vous permettant de survoler toute la planète, sans risquer d’être enlevé par les Farc ou vous faire piquer par les mouches tsé-tsé d’Afrique Equatoriale. Le monde dans lequel nous vivons devient lisse, sans aspérité, perdant toute rugosité artisanale qui nous rappellerait que nous avions il n’y a pas si longtemps des mains pour caresser, couper, limer, modeler, ajuster, construire et apprécier le chaud et froid. Un nez pour sentir les bonnes et mauvaises odeurs, une arme redoutable pour les peuples primitifs qui «sentaient» venir le danger. Nos oreilles prolongées par les téléphones portables et les écouteurs bluetooth pour écouter nos MP3. Etc. Reste la bouche et les yeux, symboles de l’oralité œdipienne et de l’abstraction de la représentation d’un monde qui de virtuel devient transparent comme nos écrans d’ordinateurs. (©photos peter gabor | directeur d‘e-artsup)


© photographies peter gabor pour design et typo
février 2008
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Nota bene, le café décaféiné contient toujours un peu de caféine. Sept expressos décaféinés dans une journée valent à peu près deux expressos normaux. La couleur bleue pour le décaféiné signifiant un sommeil tranquille la nuit, peut-être trompeuse pour des personnes au cœur réellement fragile.

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L’Officiel de la Mode | les archives de la Mode depuis 1920 | publication #2

1ère publication le 05/06/2008

Il s’agit sans doute d’une des plus belles aventures dans le monde des magazines de Mode que j’ai pu observer depuis une quarantaine d’années.

Ce qui fonde cette réflexion vient naturellement de la volonté même de Marie-José Susskind Jalou, le PDG du Groupe, d’être non seulement une femme d’affaires, un chef d’entreprise d’un conglomérat de publications de Mode, mais d’assurer dans le même temps un rôle de conservateur, d’une sorte de musée vivant de la mode imprimée, publiée. Je n’en veux pour preuve que l’adresse du site internet où vous pouvez lire et regarder les magazines disponibles en kiosque, sans aucune restriction, sans avoir à débourser le moindre denier. C’est une première et cela mérite d’être largement souligné.

Ce faisant nous disposons grâce à cette volonté muséographique d’un véritable outil d’étude tant pour les spécialistes de la mode que pour les graphistes, designers et même les créateurs typographes qui peuvent se documenter sur les tendances de chaque époque depuis ces temps reculés d’avant guerre (de la 1ère guerre mondiale s’entend). Voici ci-dessous l’un des derniers numéros de l’Officiel de la Mode de 2008. Examinez-en la modernité, les effets de styles graphiques et de mise en scène qui profitent des dernières avancées technologiques des systèmes de mise en page d’aujourd’hui. Adobe Photoshop, Illustrator, InDesign sont bien sûr au cœur des dispositifs de production et cela se voit et se sent. Tant pour la souplesse des imbrications textes images que pour la parfaite maîtrise du travail sur les images et leur mise en scène.

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Mais pour bien comprendre cette aventure remarquable, examinez les premières archives de cet éditeur exemplaire. Elles datent des années 1920 et sont entièrement en «ligne». Numéro par numéro, agrandissable plein écran, ce qui en fait une véritable référence de travail pour les documentalistes et les experts en design graphique.

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Là nous sommes dans les années 20, textes images. Mais déjà une tendance lourde qui se dégage: le détourage des illustrations et plus tard des photographies de mode. Un artifice universellement employé dans les mag’ de Mode pour signifier l’intemporalité d’un vêtement. On a là vraiment les deux systèmes de représentation de base qui s’opposent. Corps+vêtement détouré = intemporalité permutable vs Corps+vêtement en situation dans un décor = scénographie dénotée, où l’anecdote du décor crée le système de Mode saisonnier donc non permutable.

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On a souvent décrié le design graphique Français comme ayant été à la traine du graphisme du Bauhaus et des suprématistes soviétiques. Or on constate ici tout le contraire, l’entre-deux-guerres a été l’occasion d’une éclosion majeure en France des sensibilités structurelles qui ont marqué la Mode comme aucun autre secteur de l’expression artistique.

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Curieusement aussi à partir de 1935 le modernisme se gomme. Nous sommes à la veille du Front Populaire et les couvertures de l’Officiel en reviennent à des expressions très fluides, voire calligraphiques (les titres), comme par opposition au monde germanique en devenir.

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Cette double page illustre très bien l’autre modèle de représentation «anecdotique» et «temporelle» qui dénote la Mode en tant qu’expression d’une saison, d’un moment unique. Les personnages sont photographiés dans la nature ou bien dans l’urbanisme, connotant la saison qui chasse la saison précédente. Typographie minimaliste. Un pavé, une lettrine et deux petites photographies qui se «baladent» librement dans un blanc élégant. Les pages de Mode relèvent d’une narration dont le vocabulaire et la sémiotique sont réglés par avance. Nous y reviendrons.

La Mode n’a pas disparu durant la Deuxième Guerre Mondiale. Non que ce secteur ait collaboré avec l’occupant, au contraire, Mme Carven s’est vu même interdire une collection après un défilé patriotique et mouvementé, et l’Officiel a failli également être interdit pour cause de comportement trop patriotique (couvertures tricolores aux couleurs du drapeau français. Il est certain pour reprendre le débat concernant l’exposition photo à la mairie de Paris «des Français sous l’occupation» qu’en ces périodes difficiles seules les femmes les plus «protégées» pouvaient accéder à un tel luxe. Mais franchement, lorsqu’on examine les prix de la haute couture d’aujourd’hui il n’y a pas grand chose de changé, nonobstant les hurlements d’une Christine Boutin qui déclare à l’Assemblée Nationale (en ce mois de mai 2008) que la Lutte des Classes c’est fini. Les musiciens, comédiens, photographes et artistes en tous genres qui travaillaient pour survivre devaient mettre bien souvent un mouchoir sur leur désir de patriotisme. Et j’en profite ici pour rappeler un élément économique d’une première importance:

La Mode, ce n’est pas seulement une jolie mannequin défilant sur un podium. Ce genre de réduction est tout juste bon pour alimenter des discussions dans une cellule de Lutte Ouvrière. De fait, la Mode est un secteur économique majeur en France. Une véritable filière économique qui comprend l’élevage et le fil (quand ce n’est pas importé), le textile et sa transformation, les bureaux de styles, la création haute couture, les nombreux ouvriers et ouvrières salariés ou petites mains, l’assemblage bien sûr, les défilés, les photographies, les magazines et TV-producing, jusques sur la table de la salle d’attente de votre médecin de famille. Des centaines de milliers de gens qui vivent quotidiennement d’une industrie qui semble tellement superflue. Première fausse idée. Deuxième fausse idée, l’inutilité de la Mode.

Nous pouvons bien entendu imaginer un monde où tout le monde serait vêtu pareil. On l’a déjà vu, sous les régimes militaires et fascistes qui font la part belle à l’uniforme du collectif en oubliant l’individu. Or à en croire McLuhan, le vêtement est le prolongement du corps. Textile, cuir, accessoires qui viennent aussi préciser la silhouette mais aussi l’être social et professionnel. On parle de dresscode dans les flyers pour les soirées «branchées». Langage, le vêtement est bien plus que cela, il est signe et signifiant à la fois. Il nous narre qui nous sommes, de l’ouvrier au cadre commercial en passant par les vêtements spécialisés (travaux publics, femme enceinte, motard, blouse de travail, tenues d’artistes etc.).

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Où l’on voit précisément ici la place du textile dans le magazine.

Les années 50 ont été marquées par un antigermanisme assez décevant sur le plan artistique. On a oublié les recherches graphiques de Moholy Nagy, de Klee ou de Mondrian. Les rares transfuges de cette école se retrouvent désormais sur la cinquième avenue de l’autre côté de l’atlantique où le HARPER’S, et Vogue vont inventer la modernité grâce aux talents d’un Brodowitch et Richard Avedon

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Nous sommes là en septembre 1957. Une année un peu particulière pour moi, puisque je suis arrivé en France au mois d’Août 1957. Et ce rouge, très exactement comme dit la chanson de Pierrot le Fou, très exactement sous le soleil de 57, ma mère portait des robes d’un rouge aussi Ferrari. Remarquable aussi la Mode pour cette faculté qu’elle a de nous rappeler une époque, un instant particulier, des émotions fugaces et si importantes pourtant. La Mode, anecdotique, superficielle, certes, mais tellement proche de notre besoin de repères, de racines, de mémoire tout simplement. Ici une femme, telle Audrey Hepburn dans Charade de Stanley Donen qui vit presque librement, qui affirme déjà la femme indépendante, précurseur de la femme des années 80 qui virent la consécration de la libération de la Femme de mai 68.

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Une typographie, qui se joue et qui joue de la Mode, accessoire ultime, code d’élégance qui donne la réplique aux personnages en quête d’un monde meilleur, pour elles-même d’abord. On ne parlait pas encore de développement durable.

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Ce numéro est un peu fétiche car il correspond à la date approximative où Kennedy fut assassiné. La Mode, excepté quelques rares revues et magazines tels ELLE ou The Face, plus tard, ne rendent pas compte en général de l’actualité. C’est la robe, le tissu, la posture du mannequin qui nous donnent le plus d’infos sur l’époque et les tendances d’un moment. Dans les pages ci-dessous, ou le directeur artistique renoue avec le jeu dadaiste entremêle les corps, utilise un caractère qui devient très mode dans les années 90 l’Empire. Trop cocasse.

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Et nous arrivons à l’été 1968. Mais fêter le quarantième anniversaire de ce non-événement comme aime à le dire notre cher Président, c’est aussi tenter de repérer dans la photo de l’époque ce qui fait sens d’une nouvelle liberté re-trouvée. (de fait le Moyen Âge a été bien plus licencieux que nos deux cent dernières années).

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La femme s’émancipe, d’objet elle va devenir sujet. De convoitise certes, mais le rapport change et même si Beauvoir s’est battue pour cette liberté, les femmes durent attendre encore quelques années, notamment les années 80 pour enfin accéder à une stature sociale véritablement paritaire. Observez les silhouettes détourées ci-dessus, gestes de la liberté conceptuelle donc universelle versus les femmes ci-dessous qui dans un décor sombre ou allongées sur les galets d’Etretat rappellent un moment, un instant particulier, un repère dans la journée, dans la saison. Et c’est ainsi que fonctionne la Mode, renvoyant sans cesse la lectrice de l’universel de sa condition à l’impertinente seconde du moment. La photographie de Mode crée ainsi le désir, si, si tant est qu’elle soit légendée. Car «une photographie sans légende est saturée de sens» disait Roland Barthes dans le «Système de la Mode». Ouvrage de sémiologue et de sociologie de la Mode écrit sur un mode majeur pour aider les «opérateurs» de ce secteur économique à mieux maîtriser les outils linguistiques et photographiques qu’ils utilisent chaque jour.

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En cliquant sur ces vignettes je vous emmène directement sur la page sommaire de toutes ces dates où vous pourrez consultez dans le détail chaque numéro de chaque saison.


Idem: en cliquant sur ces vignettes je vous emmène directement sur la page sommaire de toutes ces dates où vous pourrez consultez dans le détail chaque numéro.

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Nous sommes là à un moment charnière. 1988, dernière année où l’on fabriquait encore un magazine avec des moyens techniques traditionnels, photocomposition, phototitrage, montage manuel des photos et textes en atelier de photogravure. Les mises en page sont encore empesées, on sent très nettement la lourdeur industrielle qui encadre la publication. Dès le début des années 90, la révolution du numérique va bousculer ce monde révolu et permettre aux directeurs artistiques d’inventer une créativité, une élégance à la fois légère et parfaitement adaptée au discours de la Mode.

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L’Officiel de la Mode, de par sa direction familiale et ses choix éditoriaux a toujours été, jusqu’au milieu des années 80 plus proche des couturiers, des créateurs, du modèle économique de la Mode que de ses lecteurs. C’est un magazine qui n’obéissait qu’à la passion de ses dirigeants pour la Mode, sans se préoccuper d’OJD, de la ménagère CSP qq chose. Les choses ont changé. Le monde a évolué comme aime à le dire la directrice du groupe Marie-José Susskind Jalou. Dans un monde globalisé où le magazine est aujourd’hui présent sur presque tous les continents, désormais la publication est mise en scène et écrite pour à la fois satisfaire et toujours le système de la Mode mais aussi et surtout pour les lectrices. Le marketing est entré dans la maison. Ce n’est pas un mal puisque les derniers numéros, que je vous présente au début de ce billet témoignent de la sophistication d’une mise en page et d’une qualité photographique rarement atteinte.

Quelques informations:

Tout d’abord une profession de foi de Marie-José Susskind Jalou.

Les Editions Jalou publient de nombreux magazines, dont notamment l’Officiel de la Mode, l’Officiel Hommes, Jalouse, l’Optimum, la Revue des Montres …
Pour en savoir plus sur le groupe : http://www.jalougallery.com/jalou-corporate-magazines.php

Du côté de Jalou:
Marie-José Susskind-Jalou, Directrice de la publication du groupe Les Editions Jalou
Benjamin Eymère, Directeur Editorial du groupe et notamment du site
Gérald Chevalier, Responsable du Patrimoine, qui a piloté le projet des archives depuis ses débuts en 2003

Du côté de la réalisation
La société ARKHÊNUM, spécialisée dans la numérisation (http://www.arkhenum.fr/)
L’agence CALIKO, (www.caliko-paris.com) qui a réalisé le site (conception, ergonomie et développement), avec Thomas Lépine comme responsable du projet
La société Texio pour l’hébergement du site (http://www.texio.com)

Un grand merci à Thomas Lépine et Gérald Chavalier, sans qui je n’aurai pu réunir toutes ces informations. ©design et typo

Conclusion: le travail d’archivage et plus récemment de mise en ligne des textes indexées de chaque numéro accompagnant les reproductions est absolument exceptionnel dans le paysage de l’édition de luxe. Un bruit court que les éditions Condé Nast (Vogue) procèdent en ce moment même à la mise en œuvre d’une telle documentation. Comme je le disais ce travail a une importance capitale, aussi bien pour les étudiants de création-couture, que pour les graphistes, photographes et les rédacteurs-journalistes qui veulent comprendre le fonctionnement de ce secteur. Rare sont des initiatives privées de cette envergure qui proposent gratuitement un partage de culture au plus grand nombre. Permettez-moi juste de porter un toast symbolique en hommage à ce projet et à ceux et celles qui l’ont initiés.

© peter gabor / graphiste / directeur d’e-artsup

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La Crise mondiale expliquée par « La Ferme des Animaux » (Animal Farm by George Orwell)

Novembre 1989. C’est la fin de l’expérience communiste. Les Allemands détruisent le Mur qui était censé symboliser la frontière entre la Démocratie et le Totalitarisme alors que ça n’était qu’un Mur érigé entre la Réalité et l’Utopie. Me souvenant alors d’avoir lu pendant mon adolescence la Ferme des Animaux, mon premier mot fut alors : « tiens, le Capitalisme dépose le bilan de sa filiale Communiste ».

Quelques mois plus tôt pour garder le statut de la Nation la plus favorisée, les Russes signent entre Stockholm et Helsinki des accords de paix, de désarmement et d’un retour progressif vers le respect des droits de l’homme. Peu d’économistes de l’époque avaient fait la relation avec les mauvaises récoltes des dernières années Gorbatchovienne. L’Union Soviétique crevait de faim. Et ils étaient sous perfusion d’aide pour importer du blé des États-Unis à des tarifs privilégiés. L’Union soviétique était au bord de la faillite économique et ne tenait plus que par le miracle de l’aide du monde capitaliste.

C’est alors que je me souvins des passages de l’ouvrage de George Orwell qui mettait en scène la révolte des animaux, l’instauration d’une utopie puis la dégradation et la perversion du système et enfin, le commerce nécessaire entre cette ferme et celle de l’Homme voisine afin de pourvoir à l’économie de la ferme utopiste.

La métaphore devenait limpide. Le jour où le Mur s’écroule, je me dis, ça y est le capitalisme dépose le bilan de sa  filiale, parce qu’ils sont eux-mêmes en difficulté. Keynes avait déjà analysé cette baisse tendancielle des taux de profits, il ne pouvait en être autrement. Les liquidités commençaient à se raréfier. Et le monde de la Finance n’aime pas placer à perte. Il aime quand ça rapporte et quand ça rapporte gros, et tout de suite.

L’Utopie Communiste avait survécu sous perfusion des prêts de l’Ouest, mais quand l’Argent est venu à manquer, c’est tout naturellement qu’on fit comprendre aux dirigeants communistes que l’heure des comptes avait sonné. La fin du Mur de Berlin était le signe annonciateur de la crise que vit aujourd’hui le système libéral. Un système basé sur le profit le plus immédiat, sur l’idée qu’on peut se passer du travail pour faire fructifier son capital alors que c’est tout à fait contraire à la création de la Valeur décrite par Marx, Ricardo, Keynes et bien sûr Max Weber. Débarrassés des dettes de l’Union Soviétique, les États-Unis ont continué à vivre au-dessus de leurs moyens. Engageant des guerres coûteuses au lieu d’assainir leurs dettes.

L’emploi n’a jamais été au cœur des préoccupations de « l’hydre » capitaliste. Pas plus que l’Humanisme et la place de l’Homme au cœur de la cité, de l’entreprise. La crise Américaine, c’est tout simplement une véritable crise des valeurs sociétales. Tant que le rendement de l’argent sera le seul moteur, la seule mesure de la performance d’une civilisation, nous tournerons en rond pour résoudre l’insoluble.

L’Argent ne crée rien. Ce sont les hommes qui créent. L’Argent doit tout aux Hommes et les Hommes doivent un petit peu à l’Argent. Il y a une décorrélation constante entre ces concepts « économiques ».

On ne peut sans cesse mesurer la rentabilité des hommes à l’aune de la rentabilité de l’argent. Ce n’est pas juste et ce n’est pas raisonnable. Les révolutions technologiques des vingt dernières années vont mettre sur la touche la moitié du secteur tertiaire, la plus fragilisée par l’informatique mondialisée. Et jamais les mondes agricoles et industriels (en France particulièrement touchée) n’auront assez de place pour permettre aux chômeurs du « secteur des services », un retour aux fondamentaux économiques. Et jamais le Tourisme ne produire assez de liquidités pour contrebalancer les déficits industriels et agricoles. Pas plus que l’Industrie du Luxe.

La dégradation de la notation des États Unis par les Moody’s ne doit pas se mesurer à l’aune de la dette, mais de la valeur. Jamais les hommes n’ont vécu en aussi bonne santé. Jamais les Hommes n’ont vécu aussi longtemps. Les hommes sont capables de créer des richesses incommensurables et pas forcément nuisibles à la planète. Il faut réorienter les politiques, restructurer les dettes en mettant en perspective la structure d’équilibres industriels, sociales, humaines.

Le monde ne peut être dirigé par la sphère de l’Argent parce qu’il nous conduit droit dans le mur de nos illusions. Devenir riche reste une valeur universelle. Mais vous l’aurez compris, c’était déjà une utopie en 1989, lorsque le monde libre a explosé de joie.

Les jeunes d’alors ont été trompés. On leur a dit que c’est la victoire de la Liberté sur l’asservissement, alors que ce n’était que la victoire du monde financier qui ne trouvait plus son intérêt à soutenir l’Utopie communiste.

Oui George Orwell aurait pu prévoir la dégradation des Moody’s. Il avait parfaitement compris que quel que soit le système, les hommes étaient « condamnés » à vivre ensemble.

©peter gabor / directeur d’e-artsup
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Affiches DaDa | un exercice créatif pour les étudiants d’e-artsup 1ère année à Lyon


Associer les humanités à la technologie, voici l’ADN d’e-artsup.

J’ai cherché à mettre en place à e-artsup une pédagogie qui associe culture et arts appliqués à l’expérimentation et à la pratique des instruments du numérique. Loin de reculer le moment d’aborder les techniques, celles-ci sont introduites dans les programmes pédagogiques dès la première année. Et durant les trois premières années du premier cycle nous menons de front les pratiques de la création et ceux de la réalisation digitale.

Ce faisant mon objectif est clairement de fournir aux étudiants les armes qui leur permettront de trouver dès la deuxième année les meilleurs stages professionnels. Ceux-ci seront les garants de leur insertion dans le monde de l’entreprise. Culture, imagination, réalisation technique sont le triptyque de cette formation du premier cycle. Faire de mes étudiants des généralistes, tels les médecins de la création, pour qu’ils puissent aborder à 360° tous les registres de la création.

C’est le sens de cette série d’affiches dirigés par Thierry Gouttenègre professeur de typographie à e-artsup-Lyon. Retrouver l’essence même de l’esprit DaDa, tant dans la forme que dans l’humour. Apprendre à déconstruire pour composer des images qui doivent faire sens et proposer une vision «différente» d’un monde de plus en plus formaté.

Le DaDaïsme est un mouvement intellectuel, littéraire et artistique né en Suisse en 1916, se caractérisa par une remise en cause de toutes les conventions et contraintes idéologiques, artistiques et politiques. le mouvement Dada proclame un mépris rageur pour les valeurs en place, y compris celle de l’art. Après avoir fait table rase de toutes les croyances, l’artiste dada découvre le principe de la liberté absolue en art.
Le terme Dada est né en mai 1916 à Zurich par la grâce des poètes Hugo Ball, Tristan Tzara et des peintres Jean Arp, Marcel Janco, Sophie Taeuber-Arp. Si la durée de Dada ne se limite qu’à quelques années, le mouvement a marqué en profondeur l’art et la pensée du 20e siècle.
Il donnera lieu à une filiation allant du Néo-dadaïsme de Jasper Johns et de Robert Rauschenberg, avant-coureurs du Pop art, au mouvement Fluxus, au Nouveau Réalisme.

peter gabor / directeur d’e-artsup

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Kasimir Malevitch | la modernité en marche

Voici pour votre seul plaisir une série d’œuvres du grand Kasimir Malevitch qui marqua comme vous le savez la naissance des Arts Graphiques modernes au début du XXe siècle. Tels que Rodchenko, Stepanova, Paul Schuitema, Georgi et Vladimar Stenberg, El Lissitzky et plus près de nous des artistes qui ont re-découvert cette époque formidable comme Neville Brody. Vous pouvez aussi déguster la galerie que j’avais mis en ligne à cette occasion ici sur les constructivistes russes. Mais aussi puisqu’on parle de modernité de relire mon billet sur les Courbes de Bézier qui ont redessiné le monde ici. Car on parle bien de modernité et que, d’oublier les nouvelles technologies serait une bêtise sans nom dans cette quête de ce que c’est que la modernité. Et d’écouter une série de conférence de Michel Serres sur la question fondamentale de l’éducation à l’heure des nouvelles technologies.

© peter gabor | directeur d’e-artsup
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L’enseignement des Arts Graphiques à e-artsup | une sélection par semaine

Entre voyage musical dans le temps et dans l’espace, entre la musique des The Buggles et le décollage imminent à Gattaca, les étudiants d’e-artsup vivent un jour sans fin pour réfléchir aux concepts graphiques qui leur font toucher des doigts (sur le clavier ou pas) la question fondamentale de la forme qui fait sens.
Voici donc le deuxième épisode de ce que nous appellerons désormais la sélection de la semaine des travaux d’élèves d’e-artsup. Aujourd’hui nous avons mis les Arts Graphiques à l’honneur parce qu’après tout il me semble que c’est (un peu) la base de tout apprentissage de la direction artistique. Vous trouverez à la fin des visuels la définition qu’en donne Christian Dubuis-Santini, professeur d’Arts Graphiques à Paris.
Peter Gabor | directeur d’e-artsup


Sujet : video killed the radio star interprétée par le groupe Britannique The Buggles. Cette chanson résonne encore à nos oreilles, tant elle a marqué les ondes sonores de l’année 79 la propulsant numéro 1 des Charts en Angleterre. Les étudiants ont dû s’extraire des images convenues de l’époque pour travailler avec les signes de la radio vs. télé. Pas un sujet simple.

Sujet : bienvenue à Gattaca une affiche, une couverture de DVD ou de livret de DVD, pour illustrer le film de Andrew Niccol projeté pour la première fois en 1997. Un thème de SF qui questionne la normalité et notre adaptabilité. Inspiré des œuvres de Huxley et de Richard Fleischer (Soleil Vert), le sujet était périlleux au possible.

Sujet : un jour sans fin illustration du film de Harold Ramis sorti en 1993 racontant l’histoire de Phil Connors soumis à un incorrigible incident temporel. L’occasion pour les élèves de revoir ce petit bijou d’humour et de réfléchir sur les symboles de l’infinitude.

Qu’est-ce que l’art graphique ?

L’Art Graphique est la base des arts appliqués. Apprendre l’art graphique, c’est essentiellement apprendre deux choses : d’une part apprendre des lois issues d’une pratique multiséculaire («graphein» = écrire, l’art graphique commence avec l’invention de l’écriture…) et d’autre part apprendre comment faire avec ces lois, comment s’exprimer le plus efficacement possible par une bonne connaissance et une bonne utilisation de ces lois (qui peut aller jusqu’à leur transgression). L’art graphique, ce sont les allers-retours entre la pratique (en partie liée aux évolutions des moyens d’expression) et la compréhension de ces lois (qui régissent l’acte d’exprimer) qui permettent d’apprendre à composer avec justesse un message sur le plan visuel. L’art graphique est l’art de s’exprimer par l’intermédiaire du langage visuel (qui est un langage à part entière, possédant sa grammaire spécifique, sa syntaxe, son histoire…).

Christian Dubuis Santini | professeur d’Arts Graphiques

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Top symbols & trademarks of the world Vol.4 | by Franco Mario Ricci et Corinne Ferrari

Vous vous souvenez peut-être que j’ai déjà publié les 3 premiers Volumes de cette édition exceptionnelle de Franco Maria Ricci et Corinna Ferrari. En voici les liens pour rappel:

Vol.1 / Vol.2 / Vol3

Voici donc le 4e Vol de la collection Top symbols & trademarks of the world. J’avais publié depuis le 5 mai 2006 les trois premiers volumes de la collection édités par Franco Maria Ricci et Corinna Ferrari en 1973. Voici aujourd’hui présenté le quatrième volume de cette somme assez incroyable par le foisonnement, la richesse des ressources et la rigueur quasi encyclopédique déployée par les deux auteurs sus-nommés.

Ce n’est pas moins de 205 pages et environ 700 trademark dont il s’agit là. La fin des marques des USA (publiés dans le premier volume) et une quantité impressionnante de marques venant d’Angleterre, d’Irlande et du Benelux. Chacun des trademarks se trouve accompagné de la nomenclature de ses créateurs: le Client, son origine géographique, son secteur d’activité, le Designer et l’Agence en charge du budget ainsi que l’année de sa création. On imagine sans peine le back office nécessaire à ce travail de fourmi à une époque où Internet n’existait pas encore. Il est à parier que tout ce travail organisationnel a été effectué par courrier postal et peut-être par téléphone.

Méthode pour visualiser les pages qui suivent. Vous scrollez, allez en avant en arrière et vous cliquez pour zoomer dans les pages.

Rendons donc hommage à ces deux auteurs d’avoir commencé et terminé quelques mois plus tard la publication de près de 6000 signatures d’entreprise parfaitement recensées et légendées.

Il serait parfaitement superfétatoire de ma part de vouloir analyser chacune de ces marques, travail titanesque auquel je ne me risquerai même pas. Cependant il apparait nécessaire de dégager quelques grandes lignes de cet expression graphique.

Tout d’abord qu’est ce qu’un logotype. Contrairement aux idées reçues, ce n’est ni le symbole, ni le sigle ou acronyme, très exactement il s’agit de l’écriture intelligente c’est à dire qui fait sens de la marque. Sony, Apple, Kodak, ou Wolkswagen (etc.) se sont dotés d’un arsenal de signifiants dont un logotype.

L’ensemble Symbole + Sigle + Logotype constitue un tout rassemblé sous le terme générique de bloc-marque. Sans compter des extensions de ce système lorsqu’une marque se dote d’une marque ombrelle. Nous y reviendrons.

Lorsqu’on examine à la loupe chacun de ces trademarks on constate presque toujours un certain nombre de constantes.

Une bonne marque n’est pas bavarde. Elle résume de la façon la plus simple le métier, les valeurs, l’environnement industriel et/ou le secteur d’activité de l’entreprise ou de l’institution. Il est à parier que chacune des créations ainsi rapporté a fait l’objet d’une démarche réflexive où le client et son agence/designer ont analysé de la façon la plus claire et évocatrice le message que doit délivrer la marque. On peut aussi parler de poésie de la marque, par sa simplicité minimaliste elle rappelle cette forme d’écriture cher au Japon le haiku, qui ne s’embarrasse d’aucune circonvolution verbale.

Chacun sait qu’il faut chercher l’origine de cet art du ‘résumé’ de l’image de l’entreprise dans la symbolique des blasons, la science de l’héraldique. Mais alors que cet art remonte à l’époque antique, son propos était tout autant d’affirmer la puissance d’un seigneur à une époque où les rois tiraient leur légitimité d’un droit divin que de servir aux artisans annoblis d’enseigne pour leur métier. Sorte d’écusson païen qui se devait de rappeler au chaland l’exercice d’une profession hautement respectable.

C’est donc le XIXe siècle, et surtout le XXe qui voyaient le développement de l’industrialisation qui donnèrent à cette forme d’expression graphique ses «lettres» de notoriété. Là il s’agissait de marquer des produits distribués par milliers puis par million. Là il s’agissait de publier des ‘réclames’ puis des publicités portant l’enseigne, la marque de l’entreprise.

Il existe des modes dans cet expression. Elles tiennent autant aux outils de conception (crayon, gouache, carte à gratter) qu’aux médias qui les véhiculent. Le Print et l’architecture corporate ont développé des modes dont témoigne cet ouvrage de Franco Maria Ricci. Les trademarks s’exprimaient d’abord en noir et blanc et se devaient de ‘fonctionner’ de la sorte. Sans l’aide chatoyante de la couleur. On verra que depuis près de trente ans l’arrivée d’un univers d’écran translucide (ou trans-lucide) a formaté l’expression graphique des marques en couleur, se servant à la fois de transparences et d’effets de brillance. Ce qu’on a appelé communément les logos 2.0.

©peter gabor | directeur d’e-artsup | tous droits de reproduction réservés. Reproductions destinées exclusivement à des fins pédagogiques.

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The Eighth Annual of The Type Directors Club | l’excellence typographique récompensée

La photo ci-dessus est le portrait d’Edward Benguiat, qui a présidé au Jury du 8e awards des Type Directors Club de New York en 1985. L’Annual des awards a été édité en ’86. Nous sommes donc bien 4 à 6 ans avant l’arrivée massive du langage PostScript qui allait révolutionner le monde des Arts Graphiques et d’une manière générale introduire le monde numérique d’aujourd’hui. Les travaux que vous allez voir sont donc tous réalisés de façon «traditionnelle». Est-ce à dire à la main? Non pas tout à fait.

Il existait déjà à l’époque des procédures de fabrications numériques. Mais les machines étaient aux mains d’une industrie (photocomposition, photogravure, retouches photos, épreuvages etc.) qui comptait «à la louche» environ 250.000 à 300.000 salariés dans le monde.
Par comparaison aujourd’hui, avec la propagation des technologies du numérique, vous pouvez mutiplier ce chiffre par 10 à 40 si vous voulez avoir une idée du nombre de personnes qui ont accès à ces technologies. Et c’est sans compter les nouvelles technologies qui apparaissent sur les smartphones qui proposent des applications à 0,79€.

Les travaux que vous allez voir ci-dessous ont été primés. Ils représentent ce qui se faisait de plus élégant, de plus efficace et de plus créatif aux yeux d’un jury très exigeant. Des tours de force de la création si l’on songe que les artistes devaient préparer des maquettes qui étaient exécutés ensuite par une «chaîne graphique» de professionnels qui travaillaient en ignorant ce qui était fait en amont et en aval.

J’ai rencontré Edward Benguiat à plusieurs reprises à Paris, Hambourg, Berlin et New York où il m’a invité dans un des restaus les plus agréables du quartier des publicitaires autour de la 42e rue. Pour mémoire je citerai l’une des ses créations les plus connues, la collection de caractère dit «Souvenir ITC» qui servit à Roger Excoffon pour la composition des feuilles de déclaration d’impôts de 73 (alors que Giscard d’Estaing était ministre des finances).

peter gabor | directeur d’e-artsup

Les images ci-dessous sont cliquables pour être zoomés. Toute reproduction est interdite, elles sont réservées à l’usage pédagogique exclusive.

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