Radio Latina arrête son magazine | Typographie d’un Magazine de Musique World

Voici un digest de mes plus belles pages que j’ai conçu pour Radio Latina. Une occasion pour votre serviteur d’expérimenter d’autres champs graphiques que les rapports financiers ou la presse d’entreprise. Une opportunité également de revisiter la photographie de scène pour laquelle je me suis pris de passion comme vous avez pu vous en rendre compte. Pourquoi Radio Latina a-t-elle arrêté Latina Mag. Un de ces exemples de la perversion du système capitaliste que j’aborrhe. Fin 2006, le groupe Start se porte acquéreur de la Radio. Comprenez par là d’une fréquence FM (99FM). Ils présentent le dossier au CSA qui les retoquent une première fois pour des raisons évidentes. Plus rien de l’objet culturel qui était couché dans le dossier historique de la Radio n’y figurait. Il faut bien comprendre qu’au delà des grandes fréquences nationales ou des NRJ et itou, il y a une flopée de petites fréquences dont l’audience oscille entre 1 et 3% de part de marché. Le groupe Start possède déjà quelques petites fréquences et cela lui permet de faire tourner une régie publicitaire. À la deuxième présentation du dossier en décembre (eh oui le CSA autorise le repêchage) l’autorité de régulation a accepté le projet…

Le calcul est simple. Peu importe le contenu de l’antenne, peu importe que l’audience chute de 1,8% à 0,5 ou 0,9% pourvu qu’ils réussissent à couper les dépenses de façon radicale (on installe l’antenne dans un bureau climatisé, quelques robots pour débiter une musique au kilomètre) et le tour est joué. Pourquoi continuer à sponsoriser des showcases , à faire se rencontrer des musiciens, à lancer des artistes comme Raul Paz qui sans Radio Latina n’aurait sans doute jamais percé. Je songe à tous les afficionados de cette musique qui voyaient déjà les concerts cubains et sud-américains diminuer dangereusement à Paris. Je songe à tous les Maraca, Tito Puentes et autres grands artistes comme Henri Guedon qui ont pu se produire, se distribuer, se faire connaître grâce à une poignée d’animateurs chevronnés qui ne ménageaient ni leur temps ni leurs efforts. Passionnés vous dis-je, nous l’étions tous. J’espère me tromper, j’espère sincèrement que les nouveaux propriétaires vont se ressaisir et comprendre qu’ils ont racheté là une de ces exceptions culturelles dont nous sommes tant fiers en France. Et vive la fête de la musique.

Henri Guedon, au New Morning, peu de temps avant sa disparition.

Pour la typographie et la mise en page, je devrais plutôt dire la mise en scène, j’avais fait une étude bench_mark de tous les magazines de musique, de la world au rock en passant par les mag Hip-Hop et Jazz. Essayé de créer une ambiance chaude tout en respectant quelques valeurs auxquelles je reste très attaché. La lisibilité, la hiérarchie, les appels de lecture… etc. Pratiqué la mise en couleur des textes pour rendre vivant des quantités de textes que personne n’aurait sans doute lu, pour rythmer la lecture et faire voyager le regard des amateurs de cette musique vivante. Je n’ai pas eu de gros souci de repérage sur ces textes pour la raison que l’imprimeur m’a accordé la trame 175 et son calage électronique était parfait. Sans aucun débord. Relooké aussi le logotype du magazine avec un puissant Clarendon qui rompait avec les caractères fantaisies qui foisonnent dans tous les flyers immondes qui gravitent autour de ce petit monde. Bref, j’ai essayé de répondre à cette question: est-il possible d’aborder les musiques du Monde avec l’œil exigeant d’un graphiste qui n’aime pas trop le manque de rigueur, tout en respectant une autre exigeance, celle d’une presse qui se veut musicale, séductrice, consensuelle et cherche la proximité avec ses lecteurs. Une presse qui fait référence aux cultures du sud. Pas simple. J’en profite pour remercier Anaïs la rédactrice en chef d’avoir permis de garder une feuille de route graphique malgré les pressions du bocal. Les gens de Radio n’ont jamais été très sensible au Print ;-) Mais je vous laisse librement commenter le sujet. Curieux de vos avis.
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La moitié basse de la couv était vendu par la pub. Comment intégrer chaque mois une pub parfois horrible avec une couverture qui se voulait élégante, sans détruire toute l’ambiance.

Bien sûr, j’aurais préféré pouvoir disposer de pleines pages pour les focus sur les grands artistes. Mais la pagination ne le permettait pas. D’où la nécessité de jongler en permanance avec des légendes qui viennent superposer les images.

Cette page occupait quatre pages quand j’ai repris la maquette initiale. L’enjeu était donc de taille. Mais grâce à une typographie bien adaptée, le Galfra que Ladislas Mandel m’avait confié j’ai pû recomposer cette liste «imbittable» en corps 4,5 et libérer ainsi pas mal de place pour le rédactionnel.

Comme je l’ai déjà expliqué dans des billets précédents, je suis très attaché au réglage d’un beau gris typo. Et lorsque la contrainte ultime d’un A5, s’impose à vous, l’enjeu est de taille. Réglages fins, très fins. Contrôle permanent des lézardes etc. Si j’avais opté pour le fer à gauche, perte de 15 à 20% de place pour le texte. Impossible.

Et quel plaisir lorsque je pouvais jouer avec un peu de blanc.

© peter gabor

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Une réponse à Radio Latina arrête son magazine | Typographie d’un Magazine de Musique World

  1. havanista dit :

    Quel gachis la suppression de ce mag, je m’etais habitué a le lire, il donnait le sourire.
    Que nous restera t-il pour nous apporter du soleil, et des nouvelles ensoleillés?
    Si vous avez d’autre projets, n’hesitez pas a informer.