micro-espaces et lisibilité sur le web | brève de J.Munn

La semaine dernière je suis tombé sur cet article chez A List ApartWhitespace, by Mark Boulton — à propos de l’utilisation des blancs dans le design web dans le but de donner du sens au contenu. Je le poste ici parce que je crois qu’il est de la première importance dans notre analyse actuel du portail de Libération.fr. Si j’ai le temps, je vais préparer une traduction de l’article, pour les lecteurs non-anglophones.

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Typographie selon Bill Gates | Typography according to Bill Gates

{Billet rédigé par Jonathan Munn }

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Microsoft avait un problème. Non pas que personne ne l’aime — il y a longtemps que Bill Gates & cie. se sont fait une raison en rachetant 98% des entreprises de la planète Terre, ainsi que la plupart de ses habitants. Bien sûr, ça ne fait pas qu’on les aime, mais désormais ils évitent de se faire tabasser à la recré. Non, le problème auquel Microsoft devait faire face en tout début des années 90 — avec leur système Windows 3.x vachement convivial et sympa, ainsi que leur navigateur ultra-cool nommé Internet Explorer — était qu’ils n’avaient à disposition dans leur système d’exploitation que des polices de caractères merdiques. Vraiment merdiques. Avez-vous vraiment vu cette imitation bonne marché d’une police de caractères, appelée ‘MS Sans Serif ‘ qui apparaît par défaut en tant que police système sous Windows [3, NT, 2000, etc.] ? [1] On dirait un Arial [déjà une pâle imitation d’un honnête Helvète, et pas la plus aimée des polices] qu’une âme généreuse aurait emmené dehors pour mettre fin à son agonie derrière les poubelles d’une allée sombre, avant qu’on pietine le corps et le laisse tremper dans les flaques de bière ranci pendant trois jours. Ensuite, cette fonte zombie, la gueule tout de travers, se lève et s’installe sur votre ordi et dis, bonjour, je m’appelle MS Sans Serif. C’est comme ça à tel point que cette police est moche. Pendant ce temps, les Macs avait Chicago, puis Charcoal, Textile, ou (plus tard) Lucida Grande. Des fontes qui — comme Fonzie dans Happy Days — incarnaient le ‘cool’.

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Donc, comme nous l’avons constaté, l’argent ne vous rend pas cool. Mais, au moins, ça permet d’acheter la plupart des autres choses sur la planète. Et dans ce cas précis, ça leur a apporté un certain Matthew Carter, designer de fontes de son métier.

Microsoft décida qu’ils avaient besoin de fontes spécialement conçues pour la lecture sur écran. Ainsi Matthew Carter a produit le Georgia (et, par la suite, Verdana) spécifiquement à cette fin. À un moment donné, ces polices étaient disponibles aussi bien pour des Macs que pour Windows — librement et gratuitement –, et, comme elles tournaient aussi sur la plupart des machines *nixiennes, elles formèrent les bases de ce que l’on considère même aujourd’hui, comme des fontes ‘basiques’ [Core Fonts] pour le Web — c’est à dire, qu’on peut supposer leur présence, installées sur la majorité des machines utilisées pour visiter votre site.

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Il est clair que le premier référence pour Georgia est le Times New Roman. Auparavent, cette dernière constituait la police par défaut pour la plupart des browsers, à tel point qu’il suffit de présenter une page en Times, en reserve blanche sur un fond d’étoiles et ciel noir, pour que la plupart des anciens du Net revoient leur premières pages web passer devant leurs yeux. Mais, Georgia n’est pas un simple décalque. Si ses formes viennent aussi d’ailleurs [Bulmer pour le Roman — ITC Cushing, Clearface ou même Bookman par moments pour l’italique], son caractère et personalité sont très américain, peut-être à cause de l’importance de son œil [x-height]. Mais au contraire de ses ancètres, prédécesseurs, et autres éclaireurs, une fois présente dans une page Web, Georgia remplit sa fonction plus qu’honorablement, et reste, dans une large gamme de forces du corp, des plus petits, au plus fort, non seulement très lisible, mais aussi agréable à l’œil.

Pourquoi parler du Georgia ? Nous allons y venir.

Quand Peter m’a contacté, pour donner du répondant sur son série des portails de la presse, j’ai proposé une rapide sélection de sites qui, à mon avis, réussisait la gageure de traduire une expérience de presse en termes du Web. Cette sélectionne n’est pas exhaustive, et reste certainement biaisé par le fait que je suis anglophone. Sachant cela, j’avais proposé :
The New York Times
The International Herald Tribune
puis, des pages du Guardian Online : d’abord la section des ‘blogs’, ‘Comment is free’
et la nouvelle section dédiées aux voyages

[Remarque parenthétique : nous parlons de la conception des portails de presse, mais, jusqu’ici, pas des stratégies de lancement. Or, il est intéressant de noter que The Guardian a changé sa maquette papier en septembre 2005, mais n’a pas encore touché à la maquette du site Web. Par contre, ce que ce journal a effectivement fait a été de lancer une série de nouveaux services/sites ‘satellites’ qui implémentent un design commun et cohérent, sans être pour autant entièrement homogène. Deux de mes exemples — ‘Comment is free’, et ‘Travel’ — en font partie. Je soupçonne que ces ‘satellites’ préfigurent l’aspect visuel du nouvel site central de Guardian Online. Si c’est le cas, cette politique est très astucieuse : non seulement les équipes de production et de design disposent ainsi d’un champ d’expérimentation à taille réelle et ‘pour de vrai’ pour roder les idées — aussi bien techniques que de design pur et d’architecture — avant de lancer le cœur du nouveau site ; mais cette démarche publique familiarise les lecteurs aux grandes lignes d’un nouveau design lentement et depuis les marges. De plus, cette familiarisation vient *avant* le lancement final — une démarche qui désarme d’avance la réaction primaire et atavitiquement négative qui accompagne tout changement — même pour le meilleur — touchant aux choses familières, d’autant plus dans le cas d’un quotidien, pour lequel le choix relève souvent autant de l’affectivité que de l’objectivité.]

Donc, à part leur présentation globalement efficace [hors des problèmes mineurs], ces sites ont quelque chose d’autre en commun : ils utilisent tous le Georgia. Parfois elle n’est présente que par touches, mais suffisement afin d’ajouter du caractère [sic] aux pages. C’est presque comme si — de la même manière que Trebuchet signifie le Web2.0 — le Georgia signifie ‘presse’.

Mais il ne suffit pas de saupoudrer une maquette de Georgia pour tenir une réussite… chaque site utilise, en général, deux fontes, le Georgia plus un sans sérif [mais pas le Verdana, assez absent de la presse, non?], et reste aéré et frais. Ensuite ces sites, chacun à sa manière, utilise des filets, des interlignes et inter paragraphes, des micro-espaces et blancs tournants de manière efficace et claire. Le tout tiré de plus de 100 ans d’expérience de design pour la presse qui, non seulement, réussit à rester lisible, mais reste aussi clairement dans un réferrant de presse, et de presse quotidienne.

Pour terminer avec cette note, je tiens à partager deux autres liens utiles pour qui s’intéresse aux questions du design pour les portails de presse :

– un blog/portail sur le design partout dans le monde en ce qui concerne la presse quot’ et magazine
– un centre d’études et d’informations principalement pour les journalistes, mais touchant, de fait, très largement sur des questions de presse, de lisibilité, et — par extension — de l’architecture de l’information et le design

[1] D’après Wikipedia, MS Sans Serif doit sa création à un Vincent Connare, à l’époque salarié de Microsoft, qui est également célèbre pour être l’auteur de la police la plus décriée de la planète [typographique] — oui, j’ai nommé, le Comic Sans.

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l’esprit en éveil ou comment j’en suis arrivé à bloguer.

Parfois, vous vous demandez comment se forge un esprit caustique comme le mien. En ce début d’année que je souhaite une fois encore des plus agréables et sereines pour chacun(e) d’entre-vous, je vais vous donner une clef qui vous permettra un tout petit peu de mieux me connaître.

Né le 26 février à 10 heures du soir, d’une famille juive, j’ai été déclaré le 27 le lendemain matin né d’une famille protestante. Dans la nuit mes parents avaient reçu le certificat de baptême de toute la famille. Mon grand-père Gyula Gutman avait déjà tenté de gommer ses origines en changeant son patronyme, pour prendre celui de Gabor; ce qui ne lui a pas évité quelques temps plus tard d’être déporté avec toute sa famille. Du côté de ma mère il en fût de même, ce faisant 18 membres de la famille sont morts dans l’holocauste.

Mais on adorait la langue allemande chez les Gabor, ce qui fait qu’entre 5 et 8 ans je recevais des cours particuliers de religion réformée (tout de même minoritaire en Hongrie) et d’Allemand par la même occasion. C’est un fait, je n’ai jamais entendu mes parents prononcer un mot de haine ou de vengeance à l’égard du peuple Allemand. Ils avaient bien identifié les Nazis et le système qui en résulta comme leur principal bourreau.

J’abrège, j’arrive en France le 3 août 1957, et comme mes parents s’adoraient et qu’ils ne s’étaient pas vus depuis huit mois, ils m’envoyèrent en catastrophe dans une colonie de vacances Juive, la dernière qu’ils trouvèrent encore disposée de prendre un gamin de plus. Sur le quai de la gare, ils m’embrassèrent en me disant : «surtout, tu ne leur dis pas là bas que tu es protestant…» oui maman, oui papa… Mais de fait le petit bout de peau qui me tenait lieu de prépuce m’avait été finalement laissé puisque, converti. Alors évidemment sous la douche j’ai été la risée de tous mes petits camarades, oh le goy, oh le goy… Ok

De retour à Paris, en septembre, mes parents m’inscrivirent dans une pension cette fois protestante pour que j’assimile plus vite la langue française. Et sur le seuil de la pension: «surtout tu ne dis pas que tu es d’origine juive», euh, oui maman, oui papa…

Tout cela pour vous dire que ce genre de gymnastique intellectuelle a eu deux conséquences majeures sur ma vie. Une sainte (juive et protestante réunies) horreur du mensonge, le parler vrai étant devenu chez moi presque une obsession.
Et une propension presque maladive d’aller dénicher tous les non-dits, de lire entre les lignes, de trouver plusieurs interprétations à une même énonciation, bref de ne croire à une chose, qu’après l’avoir vérifié des dizaines de fois.

Bien entendu cet anecdote et d’autres m’ont marqué à jamais. D’avoir assisté à l’insurrection meurtrière de Budapest qui fit trois mille morts, d’être issu d’une famille martyrisée par les nazis, ont développé chez moi une passion pour la paix et l’intelligence humaine. Je ne supporte pas trop les conflits et encore moins lorsqu’ils sont fondés sur des dénis, voire des intentions de crimes ontologiques. Ainsi, lorsque George W.Bush déclara la guerre à l’IRAK de Sadam Hussein, il y eut un moment de flottement où il tenta de rallier à lui toutes les nations. vous connaissez les faits. Seuls l’Angleterre de Blair, l’Espagne et l’Italie, un peu le Japon et la Pologne et peut-être l’Australie ont rejoint son camp. Et il partit en guerre.

À l’époque Radio France avait lancé un forum pour débattre de la nécessité de cette guerre, et j’y participai quotidiennement, devinez dans quel camp! bien entendu celui de la légitimité, du dialogue, de la vérité sur les ADM. Et tous les arguments se sont lus sur ce forum. Ceux qui vous disaient que ce serait trahir l’amitié franco-américaine et l’aide qu’ils nous ont apporté durant la deuxième guerre mondiale… bref comme je publiais, chaque jour d’une plume aisée et de plus en plus caustique, un jour je reçus un mail de France-Culture : «voulez-vous participer en direct à une émission de «décalage horaire» sur le thème des débats du forum interactif». Moi: oui bien sûr. en arrivant je m’aperçus être le seul contributeur sur les 600 à peu près, à avoir accepté l’invitation. Et me retrouvais confronté dans un studio, en direct vous disais-je à Yves Michaud le philosophe qui créa les Universités de Tous Les Savoirs, qui défendait contre toute attente, l’interventionisme de George Bush. Certains de mes amis qui ont écouté l’émission m’ont dit plus tard que je n’avais pas dit trop de «conneries»;-)

Internet ce n’est pas que du virtuel : Les politiques modernes l’ont bien compris. Je me demande d’ailleurs ce que pense aujourd‘hui Yves Michaud de cette guerre en Irak. Si tous les arguments que nous (les défenseurs d’une intervention légale et légitimée) nous avancions n’ont pas trouvé écho chez lui, depuis. Une chose est sûre. George W.Bush n’a rien réglé. Cette guerre et cette occupation ont fait déjà 3000 morts chez les Américains et au moins 150000 à 200000 morts chez les Irakiens. Que la condamnation et l’exécution de Sadam Hussein, pour l’extermination de 148 villageois (dérisoire en comparaison aux précédents chiffres), ont été décidées et menées à terme sans qu’il y eut un véritable déballage historique sur ses méfaits. Que tout le monde s’accorde à dire que plus on aurait débattu de la question plus on se serait rendu compte de la co-responsabilité de pays occidentaux dans le soutien au dictateur contre les ayatollah de l’Iran de l’époque. Et puis il y eut l’affaire de Pinochet et de Castro. Tous deux morts et mourants dans leurs draps bien blancs de soie. Et rien. Deux poids, deux mesures. Il y a les dictateurs de l’Axe du Mal et les autres... qu’on tolère. Peut-être n’y avait-il pas assez de pétrole et d’intérêts géopolitiques au Chili et à Cuba?

Mais tout ceci m’éloigne de mon sujet. Le blog. Oui et non. Je me suis fixé comme ligne de ne jamais parler de politique ni de chiens écrasés dans design et typo. Cependant je me devais de vous expliquer, un peu, mes origines et ma croyance au parler vrai, mon désir de paix, d’intelligence et d’humanisme de par le monde.

Porter la bonne parole :
La typographie et le design graphique participent sûrement à la construction d’un monde meilleur parce qu’il s’agit d’un langage. Et que ce langage permet, lorsqu’il est pratiqué avec exigence et un haut niveau de professionnalisme de rapprocher les hommes, de les faire se mieux comprendre. Voilà en tous cas une des raisons de ma passion pour ce métier, et de la nécessité impérieuse que j’ai éprouvé à créer ce blog. Quant à mes fautes d’orthographes et notamment d’accords féminin-masculin vous en connaissez maintenant les raisons. De même que mon amour du bon Français. C’est un tic chez les émigrés, l’amour de la langue d’adoption ;-)

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