typographie et design | la couleur et la forme

Vous connaissez tous le test suivant : «en deux secondes, dis-moi une couleur et un outil»…

90% des gens interrogés répondent invariablement: rouge-marteau. C’est un fait. Je l’ai moi-même vérifié d’innombrables fois mais vous pouvez faire le test sur vos relations…

Nous n’allons bien sûr pas en déduire des cacahouètes ni une fumeuse théorie de la gestalt, encore que…;-) Pour sûr on a beau varier les formes à l’infini et aussi de les copier à l’infini, j’en parlais dans un billet précédent au sujet du Custodia (Typographie Introuvable), la première information que notre cerveau nous transmet, est colorée.

Vient seulement et dans un deuxième temps, voire troisième ou quatrième, la forme. Je veux dire par là qu’un objet soit grand ou petit (dans un contexte relatif), rouge ou noir, opaque (avec des gradations) ou transparent (comme le verre), notre cerveau nous transmet des informations où presque toujours la couleur se place au premier rang et la forme en dernier.

Ci-dessous deux voitures très semblables, qui l’espace d’un regard furtif nous impactent par leur couleur avant que notre cerveau reptilien commence à décrypter les différences formelles. Idem pour Le Times Rouge et Vert qui permutent à l’infini, trop vite sans doute pour que le le spectateur lambda (je ne parle pas du club des typophiles chevronnés) s’aperçoive qu’il a été dupé par une confusion sur la forme de l’écriture en rouge.


Vous vous demandez sans doute où je veux en venir, s’il va pas sortir de tout cela une théorie «fumeuse» à la «gabor»…

Pour me dédouaner et apporter de l’eau au moulin de ce que je vais tenter de formuler, il est bon de se rappeler une brochure que je vous montrerai (dès que je l’aurai retrouvé dans l’anarchie de ma bibliothèque) où déjà en 1987 Jean Perret (un des quatre fondateurs de Carré Noir) faisait remarquer l’aberration du design moderne des voitures.

Il avait mis côte à côte, et de plein face six marques d’automobiles, en enlevant seulement les marques significatives de leur origine (la banane de BMW, le losange de Renault, le double chevron de Citroën, le Lion de Peugeot, les quatre barres italiques de Fiat, les WW de Wolkswagen). Une fois débarrassées de leur attribut, Jean Perret nous faisait remarquer que le design des voitures était rigoureusement comparable…

Et il en tirait bien entendu la conclusion évidente de l’importance de l’image de la marque et du design stratégie des entreprises qui n’y prêtaient pas encore suffisamment attention. Cela dit, il était largement en avance, puisque plus que jamais aujourd’hui les marques ont tendance toutes à se banaliser et se ressembler. On en a déjà parlé précédemment.

Alors bien entendu ce qui est valable pour notre perception des objets quotidiens est d’autant plus valable pour des formes que le spectateur «ordinaire» n’a pas l’habitude de cataloguer dans son cerveau.

Le salon de l’automobile, les nombreux magazines et revues auto, la publicité (presse, cinéma, télévision, internet) ont habitué les consommateurs à cataloguer la forme des objets usuels comme voiture, téléphone, vêtements, maison, meubles etc. Et malgré une connaissance généralisé au niveau d’un inconscient collectif, notre perception est systématiquement priorisé par l’information colorée.

Pour des objets comme l’écriture, les alphabets, la typographie et ses formes diverses c’est encore pire. Parce que nenni pour le catalogue des formes. À moins d’être un professionnel de la lettre, et de l’histoire de la création des alphabets, à moins d’avoir appris à classer les formes alphabétiques avec Thibaudot ou Vox ou Gill ou encore Alessandrini, le consommateur-citoyen ordinaire ne fait pas la différence entre l’Helvetica et l’Arial, entre un Times et un Georgia.

Sur les deux images ci-dessous, et en survolant avec la souris, vous pouvez arrêter l’alternance et dévisager le Times qui n’en est pas et constater que vous avez été berné par votre cerveau qui n’y a vu que du rouge là où le Times était composé en Helvetica.

On peut déduire une foultitude de théories et de conséquences et d’intérrogations d’une telle démonstration.

Un professionnel du graphisme et de la typographie est un médiateur indispensable entre l’émetteur et le récepteur de messages. Il connaît les différences pour les avoir étudiées minutieusement et en connaître les implications nombreuses : lisibilité, sémantique invisible (ou non-dite) de la forme des alphabets, synchronie entre la forme et le message à médiatiser… et j’en passe.

Que la mise-en-scène prime sur la forme d’une typo. En effet, qu’une typo soit composée en rouge ou en vert, semble primer sur la forme même de la typo.

Ce qui induit naturellement le rôle de scénographe du graphiste, qui met en scène et éclaire les acteurs de la page papier ou écran de façon à rendre une lecture efficace et séduisante.

Que d’utiliser le Times ou l’Helvetica n’a jamais signifié Old School versus Art Contemporain. Parce que vous pouvez créer des mises en page extrêmement modernes et décalées avec le Times et à contrario si l’Helvetica se retrouve à contre-emploi il peut être mise en scène de façon très XVIe siècle en faisant oublier ses origines modernes.

Le peu de connaissance dont dispose le commun des im-mortels sur les formes alphabétiques fait de cette profession de typographes un lieu à part où seuls les éclairés savent faire la différence entre un Garamond Stempel, un Garamond Monotype ou un Garamond Berthold.

Se faisant je constate que la priorité en France (et particulièrement en France) n’est pas tant de créer le nième similar to, ou le nième revival que de dispenser un enseignement graphique dans les écoles qui ouvre l’esprit des étudiants sur les contenus ésotériques du graphisme.

La parole est à vous pour commenter et ajouter vos remarques à mes propres divagations ;-)

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survolez l’image avec la souris

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survolez l’image avec la souris

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Web accessibilté | un excellent article sur pompage.net

Voici les conclusions d’un article que j’ai lu sur pompage.net:

Inciter gentiment les clients à suivre la bonne direction. Voici quelques idées :

  • Il est actuellement très frustrant d’être consultant en accessibilité dans une entreprise spécialisée dans les technologies de l’information. Les procès fortement médiatisés et les mythes profondément enracinés sur l’accessibilité ne nous rendent pas service lorsque le produit final n’aide pas vraiment les visiteurs. Nos clients ne s’inquiètent pas autant de l’accessibilité que nous le voudrions et il y a plusieurs raisons à cela.
  • Arrêtez de vendre l’accessibilité comme étant un problème technique. Abordez-la dans la phase de planification et de conception plutôt qu’à la livraison.
  • Assurez-vous que les faits sont exacts avant de publier un autre article sur « L’Accessibilité » (des coins arrondis en CSS n’améliorent pas l’accessibilité, non vraiment, ils ne l’améliorent pas !)
  • Rendez les présentations et les évaluations du produit plus amusantes en supprimant la souris du client et en changeant le paramétrage du moniteur.
  • Si vous voulez aider les utilisateurs handicapés, ne vous arrêtez pas à un groupe. Les liens d’évitement aident aussi bien les utilisateurs de la touche tabulation que les utilisateurs aveugles, donc ne les cachez pas !
  • Envoyez des mails aux entreprises à chaque fois qu’il vous est difficile d’utiliser leur site. Montrez que vous allez acheter le produit sur le site de leur concurrent et expliquez pourquoi.
  • Prenez du recul par rapport au visuel. Acceptez le Design Web comme un mélange de bon contenu, de structure propre et de visuels agréables. Commencez le développement de sites dans un éditeur de texte, et non dans Illustrator.

Lire l’article en entier!

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typographie introuvable

Une agence m’a demandé de retravailler un logo en partant de cette typo… je n’arrive pas à le retrouver dans aucun catalogue… quelqu’un pourraît-il(elle) m’aider. Thanks.

l’agence m’a envoyé une planche d’alphabet plus complète… je viens de passer en revue quelques 10000 polices chez FontShop, je n’ai tjrs rien trouvé… bizarre tout de même…

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cliquez sur l’image pour voir la planche à taille plus grande

Alors pour simplifier j’ai réuni les deux billets:
OurType et le Custodia similar to Van Dijck

Le caractère cherché était le Custodia de la Fonderie OurType.be.

Voici quelques années, cela remonte quand même à la décennie 70, Mattew Carter et Mike Parker avait monté une entreprise devenu célèbre depuis, Bitstream. A l’origine, avec l’aide de Charles BIGELOW me semble-t-il ces entrepreneurs avaient pour purpose de fournir à la société Scitex une collection complète de fontes digitales qui allait permettre à un fabricant d’ordinateurs de photogravure d’inclure la typographie vectorielle à leur montage numérique. Nous étions au milieu des années 70… eh oui le numérique n’est pas né en 1989 avec l’arrivée du PostScript©.

Pour réduire le coût désastreux des royalties à payer aux ayants droits des polices originales*, Mattew Carter a décidé avec ses associés de procéder à un pillage en règle des polices les plus connues de l’époque. Le procédé était simple, on changeait quelques formes, on renommait les polices et on diffusait. La loi américaine sur le copyright ne protégeant que le nom des polices, ils se mettaient en conformité en usant de noms d’emprunts tel le Swiss pour l’Helvetica ou l’Humanist pour le Gill Sans… Au sein de l’ATYPI (association typographique internationale) personne n’a moufté, John Dreyfus lui-même était désolé de ces dérives qui allaient à rebours de tout le combat qu’il avait initié avec Charles Peignot dans les années 60… Mais l’ATYPI était alors en grande partie financée par les industriels des Arts Graphiques qui s’entendaient par dessus des intérêts des dessinateurs. Autant dire que lorsqu’ITC a démarré en 1970 ils avaient fort à faire pour rester dans la course à la création des polices qui nécessitait tout de même d’autres invesitssements à l’époque que les petites mains d’un designer d’aujourd’hui équipé de FontLab et d’un powerbook intel connecté à un grand écran.

Je poursuivrai prochainement ce billet avec des exemples concrets mais je vous invite à découvrir les derniers avatars de cette époque lointaine avec le Custodia qui est un magnifique plagiat du Van Dijck de la fonderie Monotype… Le monde de la typographie est aussi cruel que celui de Dallas, j’en ai vécu quelques séquences ;-)

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* pas même sûr que les sociétés détentrices des droits auraient donné leur accord, tant la guerre entre fabricants de machines à composer faisait rage à travers le monde.

Suite et précisions de Jonathan Munn concernant le concept de plagiat…

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