Pourquoi avoir pris ce portrait d’Einstein, tirant la langue pour illustrer une brève histoire de ma vie?

Pourquoi ai-je pris la photo d’Einstein tirant une langue impertinente au photographe?
Cela tient presque d’une introspection analytique.
Fondamentalement c’est pas ma ressemblance physique. À moitié chauve depuis l’âge de 50 ans j’ai choisi de raser la totalité de mon crâne sans oublier moustache et barbe. C’est aussi l’âge où j’ai passé mon permis moto et commencé à rouler sur des plus de 1000cm3. Donc un peu barge. Mais monter à 220 sur une autoroute sans avoir peur est une forme de plaisir ineffable.
Ensuite qu’ai je à faire de prendre la photo d’un vieil excentrique à qui l’on doit plus de bons mots qu’une théorie de la relativité exceptionnelle. Pour l’excentrique j’assume. Pour le vieux, je laisse le soin aux gens qui me rencontrent dans la vraie vie de me coller un âge sur ma gueule. Mais pour l’intelligence ? Je revendique sinon une intelligence mathématique mais une intuition profonde pour les questions de logique et d’ensembles imaginaires. Thème où je me suis payé un 19/20 au Bac.

Pour l’impertinence et l’instinct d’intello anarchiste oui, j’assume, parce que né juif de parents juifs un 26 février 1948 et avoir été déclaré être né le 27 février Protestant de parents Protestants m’ont donné un sens critique profond de l’entre deux des vérités des camps adverses. Toujours lire entre les lignes et ne jamais céder aux explications faciles parce qu’officielles. Si on me traite de complotiste, je répondrais que j’ai eu ma part de trahisons dans la vie qui m’ont bien formé à aiguiser mon sens de l’observation.
Alors pourquoi ce portrait d’Einstein tirant la langue.

Plusieurs explications.

1) parce que je ne veux plus tricher sur mon âge. Je suis vieux disent mes trois enfants. Même si je les bats en course à pied en natation ou même en capacité de travail. Et que j’arrive même à retenir mon souffle plus de 2 min. Ne suis pas trop ridé et on m’a encore pris pour le frère de ma fille aînée de 46 ans il n’y a pas longtemps. J’avoue que c’est du boulot de prendre soin de sa santé. Mais c’est une valeur que je dois à ma chère Mère disparue en 84.

2) parce que je hais le conformisme. Cette figure d’Albert Einstein est celui d’un homme libre et libre de dire ce qui lui passe par la tête. Nombre de juifs ne sont pas d’accord avec les politiques de colonisation d’Israël depuis 67 et 74. Ferment d’hostilité permanente et où l’on voit bien que sans le soutien indéfectible des Américains l’État d’Israël aurait peut-être disparu depuis longtemps. Mais jusqu’où ira la fidélité d’une Amérique soucieuse de ses seuls intérêts propres. J’ai un jour tenté de démontrer que les Israéliens étaient condamnés à être intelligents. Donc de trouver des compromis diplomatiques. Cela m’a valu des inimitiés éternelles. Il est par ailleurs inadmissible pour moi de confondre Antisionisme avec désaccord d’une politique de colonisation. Si je dis qu’Israël est devenue une immense Agence Immobilière il va falloir me protéger du Mossad, du Crif et même de mon très cher ancien Psychanaliste dont je tairais par pudeur le nom.

3) Enfin pourquoi Einstein alors que j’avais une photo de mon père qui avait la même bobine en tirant une langue moqueuse.
La plupart des souvenirs de la famille Gabor se trouve séquestré de façon injuste par mon demi-frère qui a vécu au crochet de notre père et qui continue de se comporter comme un voyou. Photographies, films 16mm, lettres d’amour entre ma mère et mon père, documents administratifs qui me permettraient de tenter de dresser un arbre généalogique d’une famille de 18 personnes emportées dans le ciel d’Auschwitz et de Birkenau. Jusqu’aux recettes de cuisine calligraphiées par la magique adresse artistique de ma mère. Une myriade de souvenirs. Des noms de cousins, d’oncles, de tantes, de filleuls etc. Le tout séquestré par un frère qui m’a également volé ma part d’héritage au lendemain du décès de Paul Gabor.

Alors cette image d’Einstein tirant la langue je la dédie aussi à ce frère, névrosé ou peut-être même malade psychique parce qu’il est né en 42 en pleine occupation de Budapest par les Allemands et que ma mère n’a pu se sauver in-extrémis d’une déportation avec son bébé si elle n’avait pas reçue un visa du diplomate suédois qui a sauvé 10.000 juifs à Budapest. Je veux parler de Raoul Wallenberg. Disparu ensuite dans des conditions mystérieuses en Union Soviétique.

Je tire la langue pour la Vie, et pour la Mort,

pour les amis qui m’ont aimé et pour les amis qui m’ont trahi. Je tire ma langue pour mes enfants qui ont été élevés par des mères sans aucun remord de les avoir soustraits à leur père. Je tire la langue à Patrick Salomon qui a racheté typogabor pour une bouchée de pain pour juste y faire des opérations comptables à la limite de la légalité. Je tire la langue à mon fils qui ne me parle plus depuis 2016 au prétexte que je ne suis pas allé à Montréal pour la naissance de mon petit fils Oskar. Je tire aussi la langue pour tous les amis que j’aime parce que c’est aussi une langue affectueuse et fidèle en amitié. Et je tire ma langue aux dirigeants et propriétaires du groupe IONIS qui m’ont permis de montrer qu’on pouvait remettre sur des rails une entreprise d’éducation en prenant les meilleurs intervenants et en les rémunérant à leur juste prix. Il est dommage que la crise de 2008 et l’arrivée massive des APB et PARCOURSUP aient bousculé les paramètres de développement des écoles privées. Mais je reste fier du travail accompli.

Et enfin malgré la perte de typoGabor dans le maelström du numérique entre 1989 et 1993, je tire la langue en hommage affectueux à tous mes anciens collaborateurs qui sont encore présents parmi nous, même si très discrets.

Typogabor en quelques chiffres:
Naissance du concept en juin 1968. J’embauche notre premier (et regretté) collaborateur Philippe Chollet en 72. Je reviens du service militaire début 73. Dès février nous créons Paul Gabor et moi même la sarl Paul Gabor qui se transformera en SA TYPOGABOR qq années plus tard. Paul m’a laissé carte blanche pour gérer, les salariés, la technologie, le développement commercial ainsi que la gestion financière. Il n’avait aucune envie de de s’emmerder avec le quotidien de typoGabor. Et je lui en serai toujours gré de m’avoir fait une totale confiance.

En vingt ans nous sommes passé de 1 à 60 salariés. Les salaires étaient au dessus de la médiane française. Et parfois de beaucoup.
Au total nous aurons facturé 220 millions de francs, et l’entreprise aura payé 120 millions de francs de salaires et charges. Plus 20 millions de TVA.
Voyant arriver la fin j’ai demandé à la mère de mes deux premiers enfants d’accélérer notre interminable divorce qui aura duré 8 ans. Elle a du accepter voyant qu’elle et nos enfants perdraient un appartement de 100m2 dans le 17ème à Paris.
J’ai donc fait ma part. Bien heureux ces enfants qui n’ont rien compris à mon sacrifice. Ensuite je tire la langue à tous les jaloux et petits cons qui n’ont même pas eu la décence de rendre un hommage aux Rencontres de Lure après la disparition de Paul Gabor en 1992. Et enfin je tire la langue la plus impertinente à quelques confrères qui m’ont affublé qui : de fils de mon père, qui d’autre de : frustré.

Je leur tire la langue parce qu’ils ne vivront jamais le quart des aventures que j’ai vécu depuis l’âge de 7 ans dans les rues de Budapest où nous nous battions contre l’occupant russe. Et de dire que j’ai encore des projets ici-bas. Merci la vie.

Et puis enfin je tire la langue à Macron parce qu’il n’a rien vécu pour pouvoir comprendre ce beau pays qu’est la France habité par des gens si formidables.

Bien sûr il y a des pans entiers de ma vie que je n’ai pas écrit ici. Mes années où je donnais des cours à l’ESAG-Penninghen de 75 à 87, mes années d’après typoGabor où j’ai eu l’occasion aussi de rencontrer des gens merveilleux d’amitié et de soutien, et puis mes années de galères vraies, et surtout mes plus belles années peut-être où j’ai pu mettre en pratique une pédagogie que j’avais élaborée depuis longtemps, qui mêlait les fondamentaux, le dessin avec l’histoire de l’Art et l’apprentissage des nouvelles technologies à l’aune de la création graphique internationale. Mon blog regorgeait de ces exemples et m’a permis de former nos formateurs à une nouvelle perception, à de nouvelles méthodes d’enseignement. Et puis surtout mon enfance et mon adolescence qui ont été d’une richesse et d’une intensité rares. Imaginez seulement que je suis arrivé en France à l’âge de neuf ans et demi sans savoir un mot de la langue de Molière.

 

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