Notes précédentes :
La Typographie selon Edward M. Gottschall | intro
Les Peintres et les Lettres | préface d’Alain Korkos à Typographic Communications Today
Graphic Design 20th Century | typographie approximative
Typographic Communications Today (1) | Le Wlassikoff
Typographic Communications Today (2) | du plomb au numérique
Typographic Communications Today (3) | Edward M.Gottschall
Le Chapitre III s’intitule : L’ordre après le Chaos
El Lissitzky réalisa ces pages pour le «Voice» en 1923: des mots à voir sans être entendus. Cette phrase de Lissitzky me renvoi à mes écrits sur l’utopie graphique que j’avais publié au début de ce blog. (Voir les articles consacrés à Hermann Zapf et Neville Brody). Il s’agit ici d’un recueil de poème ou le graphiste a conçu un index alphabétique qui se lit comme les touches d’un piano.
Piet Mondrian, une composition de 1929. Gottschall lie une relation avec l’artiste Vilmos Huszar qui dessina le titre (juste à côté de la figure de Mondrian) pour le De Stijl.
Piet Zwart, mises en page. Introduction des diagonales, des cercles et des courbes géométriques.
Un prospectus dessiné par Laszlo Moholy Nagy pour le Bauhaus.
Caractère Universal dessiné par Bayer, 1925, de même que les mises en page ci-dessous (1923)
Où l’on voit (1952) que Bayer s’est libéré des contraintes géométriques pour un «free style» plus organique. Publicités corporate pour le Western Man.
Gottschall aborde ici dans son Chapitre IV l’influence dominante du Bauhaus. Lorsque je regarde aujourd’hui cette mise en page d’Herbert Bayer pour le Harper’s Bazaar, je me dis tout de même, quel courage, quelle témérité ces artistes ont du déployer pour imposer une grammaire graphique aussi mathématique. Bien entendu on me dira qu’avec l’industrialisation et l’émergeance des villes sur les campagnes il était «naturel» de retrouver dans l’expression graphique et artistique (le cubisme), une nouvelle structuration des espaces d’information et publicitaires. Sauf qu’ils ont été les précurseurs, les premiers. J’imagine sans peine le degré de personnalité qu’ils ont dû atteindre pour combattre toutes les inerties de l’époque.
Affiche par Jan Tschichold, 1937. Dynamique, toute en bas de casses (minuscules), l’espace blanc est utilisé comme un élément graphique à part entière.
Tschichold a fait parti du Bauhaus avec Walter Gropius et donc suivit tous les préceptes modernes du constructivisme conceptuel. Mais il prit du champ lorsqu’il comprit l’impossibilité d’épanouir son goût pour la calligraphie et les lettres anciennes. Sans doute pour cela qu’il dessina très tardivement le Sabon. Son texte dans «Die Neue Typographie» lui valut d’être accusé de vouloir créer une typographie antigermanique par les Nazis. Fuite en Suisse. Etc. Le livre de Gottschall est à ce titre exemplaire parce qu’il mêle à la fois l’histoire des grands mouvements avec des citations-interviews des artistes. Très vivant.
Qu’est ce qu’une grille? Le concept nous dit Gottschall existait déjà chez les moines Boudhistes Zen. Il fut redécouvert au XXe par les architectes comme Le Corbusier (Le Modulor) et mis en pratique par Herbert Bayer, Max Bill et Richard Paul Lohse.
Aujourd’hui l’utilisation des grilles s’est considérablement banalisée par le fait même des Softwares de mise en page qui d’emblée, à l’ouverture d’un document vous proposent de subdiviser les pages en colonnes et marges. Mais en ce début du XXe il s’agissait d’une véritable aventure-réflexion sur la manière d’organiser les espaces d’information (Journeaux, catalogues, rapports) et de publicité.
La chronologie (le Timeline) de Gottschall est relativement simplificatoire (?). Début du siècle; l’avant-guerre (14-18 et 39-45); l’après-guerre; les révolutions technologiques; les révolutions visuelles (typographie, illustration, photo, graphisme) qui s’étendent jusqu’à l’écriture de l’ouvrage. Mais il est magnifiquement documenté, un vrai plaisir didactique et tout simplement visuel.
Nous sommes là déjà dans le Chapitre VI: Clareté et Systèmes de Grille. La typographie suisse triomphe. Bien entendu nombre d’artistes comme Tschichold venaient d’Allemagne et du Bauhaus qui avait insuflé cette rigueur architecturale.
Chaque problème posait la nécessité d’inventer une grille adaptée. Ci-dessus des affiches de concert réalisés par Josef Müller Brockmann pour le Tonhalle Gesellschaft de Zürich.
espaces géométrisés, découpés, en colonnes, en cercles concentriques, flux de lecture agréable et rythmé, sobriété des moyens, couleurs pastels avec aplats noirs… organisent les messages pour le plus grand confort du lecteur. Les artistes, de plus en plus confrontés aussi à l’émergeance d’une société de consumérisme, où les espaces économiques et culturels entrent en compétition permanente. Cela dit Gottschall relève aussi les conflits naissants avec des artistes désireux de s’affranchir de ces rigueurs trop protestantes. La rebellion s’organise.
suite lundi 4 sept.
Bonjour
Je suis graphiste et j’enseigne le cours de typographie à l’école d’art appliquée à Genève serait-il possible de m’indquer le nom de ce livre dont vous montrez les visuels.
En vous remerciant Lisa-Jeanne Leuch