Ernest Dawkins | free jazz from Chicago

États d’âme : c’était lundi soir, j’ai quitté l’Olympia pour aller rejoindre une toute petite scène au Sunside. Ernest Dawkins, digne représentant de la scène free jazz reprend à son compte une expression qui a connu son apogée avec des musiciens comme Ornett Coleman, John Coltrane, Cecil Taylor et plus proche de nous Miles Davis ou Archie Schepp. Ernest Dawkins est une sorte de griot ancestral qui, saxophone aux lèvres nous fait revivre l’oralité tribale. Ça vous touche dans les tripes, des aigus stridents aux dissonances graves, des rythmes en 3/4 ou 4/4, l’auditeur en arrive à dodeliner de plus en plus vite, opinant du chef au rythme des montées en puissances et déprimant en temps réel au moment où la longue mélopée achoppe sur un silence construit patiemment par ses accompagnateurs, précis et dévoués à servir la cause. A un moment je me faisais la réflexion d’un style musicale qui serait le pendant d’une jouissance clitoridienne, sans doute en ce qu’elle a de plus hystérique (hysteria), d’obsessionnel. J’ai commencé à fréquenter le free jazz il y a bien longtemps, au théâtre des Champs Elysées, dans les années 60, le plaisir de découvrir Le Modern Jazz Quartet quand j’avais 13-14 ans. J’avoue avoir eu la chance d’avoir une culture musicale classique et contemporaine, ayant été bercé (si l’on peut être bercé) par les compositions de Béla Bartok, Zoltan Kodaly, Richard Strauss, Ligeti, Webern, Schoenberg ou Stoskhausen dès l’âge de 5 ans. La musique accompagnait chaque geste de mon père et les affiches de son époque hongroise voyaient le jour (et aussi la nuit) sous une fine pluie de sons étonnamment dissonants. Lundi soir en écoutant Ernest Dawkins, tel un chat siamois, j’ai failli m’assoupir de contentement, je ronronnais du plaisir de retrouver une ambiance musicale proche de mon enfance.

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Lire aussi la note de Pascal sur son blog collector ici.

Nous nous sommes retrouvés dans la cave mythique du Sunside après avoir échangé par blog interposé durant des mois. Qui a dit que le virtuel tue le réel?

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