La presse en ligne, une affaire de designers ?

En réponse aux questions que pose Étienne sur son blog, voilà une série de réflexions que j’ai essayé de structurer autour d’une idée simple: quel métier faisons-nous?
 

pêle-mêle:

 

L’autre jour Étienne, pendant le débat d’échauffement, nous disait qu’il regrettait le temps où l’on pouvait savoir qui était qui dans le métro, rien qu’en voyant son journal déplié. Eh oui, et à la terrasse d’un café, lorsque un homme ou une femme lisait tout seul Libé, on pouvait en déduire deux choses: celui-ci, celle-là est de gauche… et peut-être cherche-t-il(elle) même un(e) compagnon(ne) :).

Mais aujourd’hui lorsqu’on voit à la terrasse d’un café un lecteur de Libé, on ne peut plus identifier les choix politiques du quidam. Tout au plus projeter un qualificatif de bobo, bien imparfait pour nommer une social-attitude bien pensante mais pas très militante.

Les journaux remplissaient du temps de la guerre froide un rôle catalyseur et identitaire des choix de société. Ce n’est plus le cas maintenant. Fini les idéologies… pas les utopies, mais les idéo-logies. De fait la Presse dans sa diversité relative se ressemble bien plus par son contenu que ne se diversifie par son design.

Et la question que je me pose, si le débat fond-forme (cher à Christian —et à moi-même) se posera lors de ce colloque, de savoir si l’on peut revendiquer non pas une posture élitiste, mais tout simplement une design-attitude sérieuse et réfléchie dans le seul but de rendre les journaux en ligne ou sur papier plus confortables à lire, à consulter, à naviguer inside… Si l’on peut imaginer une forme ou des formes de scénographies interactives qui soient en même temps le reflet des questionnements, des attitudes culturelles et sociales d’un journal et de ses journalistes.

Une telle démarche, n’est pas autre chose que l’expertise d’un métier que je pratique depuis l’âge de 5 ans (eh oui j’ai commencé tôt :) Que vous pratiquez tous avec comme moi plus ou moins de bonheur.

Nous répondons à des demandes industrielles ou culturelles (pour d’autres), on nous confie un brief, un message-contenu à délivrer devant toucher une population-cible… Et nous devons lire le contenu, l’analyser, le comprendre tel un metteur en scène qui lit une pièce avant de la monter. Avant même de convoquer les décorateurs, costumiers et autres accessoiristes.

Nous sommes des «médiasmen», confrontés chaque jour à des problématiques de communication sur des médias de plus en plus variés et mobiles… mais notre démarche de graphistes, de directeurs artistiques et de designers au fond, ne change pas. Et ce n’est pas old-school que de le revendiquer. Il s’agit tout simplement d’une démarche de designer.

Faire un journal papier ou web revient donc à exercer ce métier avec le plus d’humilité, d’imagination et de rigueur possibles afin de donner aux journalistes et à leurs lecteurs «une maison» qui soit la même. Confortable, lisible, identifiée, rythmée, presque musicale.

Je suis en train de préparer les visuels que nous allons projeter derrière les débatteurs demain soir. Vous ne pouvez pas imaginer l’amateurisme graphique et typographique qui ressort de mes innombrables visites journalistiques. La faute à qui… ?

Et si ce n’était justement pas la bonne question que de vouloir culpabiliser?

Non, il s’agit de sensibiliser. Juste de pointer les dysfonctionnements, les habitudes séculaires de non respect de la lecture et de sa phénoménologie. Encore plus serré sur la toile, qui laisse peu de place l’à-peu-près.

Voilà, comme Étienne je me pose dix mille questions et j’espère que nous y verrons plus clair demain soir :)

peter gabor | directeur d’e-artsup  

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Une réponse à La presse en ligne, une affaire de designers ?

  1. Jean-no dit :

    ça a été filmé ?

    ¶eter: oui, nous sommes en train de le séquencer pour l’upload sur Dailymotion (2h30 tout de même)… le montage a été assez long et voilà… c’est bientôt en ligne. Merci pour votre question…