Gutenberg ça s’écrit comment?

Eh oui on écrit en France plutôt Johannes, mais outre Rhin on aurait donc tendance à suivre la volonté personnelle du Maître *Ich Johann Gensefleisch der Junge genant Gutenberg*Alors pour vous être agréable à tous je suis allé chercher plusieurs orthographes possibles : «Jehan Guthenberg», «Ioannes dit Bonnemontagne» [Bonnemontagne se dit Gutenberg en allemand], «Juncker Hansen von Guten berck», Poème de Hans Foltz, chirurgien, barbier et imprimeur à Nürenberg (ca 1470), «Johannes Gutenberg Zumiungen» Chronique de Matteo Palmieri (1483), «Joannes Gutember» Chronique de Bossius Donatus (1492), «Joannes Genssfleisch» Panygérique de J. Herbst de Lauterbourg (1494), «Cutembergus» Chronique de Baptista Fulgosus (1494), «Johannes Gutenbergk» Epithoma Germanorum de Jacob Wimpheling (1505), «Johann Güttenbergk» Dédicace d’un Tite-Live de Ivo Wittig à l’Empereur, «Jo. Gutenberg», pierre apposée sur la maison du Mayençais par Ivo Wittig (1506)…

C’est évidemment ce dernier que je préfère, Jo Gutenberg… un air de Boris Vian et nous voilà au cœur du sujet: 1492 une découverte en masqua un autre. Le livre de Jacques Attali, en tous cas sa couverture, est symptomatique en l’espèce. Les intellectuels juifs méditerranéens occidentaux préfèrent les découvertes touristiques aux explorations du psyché. Ainsi Freud n’aurait pu naître en Tunisie ni au Maroc (je blague).

Mais du coup, en 1992, quand intelligemment Jacques, l’un des conseillers de l’hypra-président, en 1992 donc, date anniversaire o combien symbolique, cinq cent ans tout de même, je découvrais avec stupeur, moi qui était aux premières loges de l’avènement du caractère numérique, le Postscript, l’absence totale dans l’espace public d’une quelconque référence à Gutenberg. Cinq cent ans en 1992… c’est déjà loin, et ne veut rajouter qu’une chose, ceux qui opposent Gutenberg au monde de l’écran se mettent “le doigt dans l’trognon” jusqu’aux sinus… par delà le plomb et l’antimoine, l’invention de Johann, c’est la mobilité… or le monde digital n’a fait que surmultiplier cette mobilité. Il s’agit d’un concept moderne qui concerne aussi bien l’introspection que l’exploration géologique comme me disait un jour un représentant de l’ordre Républicain et de la Circulation, qui croyait que la capitale de la Hongrie était Bucarest… Je ne suis pas un Géologue se défenda-t-il. Mais grâce à Gutenberg il en connaissait le mot.

Cette question de mobilité est d’autant plus intérressante qu’on retrouve quasiment au même siècle une invention tout aussi importante, la Banque. Commença à circuler en Europe les lettres de change, les chèques modernes, et cette proximité n’échappa pas aux fondateurs du Musée de l’Imprimerie de Lyon, puisqu’ils y *adjoindre* celui de la Banque. Il se trouve au 13 rue de la Poullaillerie à Lyon, ça s’invente pas, et sa visite s’impose tout autant sinon plus que celui de Plantin à Antwerpen. J’ai eu la chance de visiter cette Bible en 42 lignes à Maïnz et peux vous dire que son enfermement dans une salle dont la porte métallique fait bien un mètre d’épaisseur (apprx) est tout à fait contraire à l’esprit du Maître. C’est ce que Umberto avait déjà mis en livre dans le Nom de la Rose… allez j’arrête là et vous souhaite à tous une excellente soirée sur vos écrans gutenbergiens. (un grand merci à Christian qui m’a donné l’occasion d’écrire ces quelques lignes de commentaires sur l’un de ces billets).

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Une réponse à Gutenberg ça s’écrit comment?

  1. Christian dit :

    En parlant de Gutenberg, la BBC Four à produit un documentaire intitulé : « Stephen Fry and the Gutenberg press ». N’ayant pas encore eu le temps de le regarder je ne sais pas ce que cela vaut, mais faisons confiance à la BBC.