L’image de marque des Partis Politiques Français

Article mis à jour: Jonathan Munn m’a transmis ses commentaires détaillés dans le même ordre que j’ai déjà traité de chaque parti politique. J’ai donc juste rajouté ses textes au bas de chacune de mes analyses, ce faisant nous disposons maintenant d’un assez bon outil de réflexion concernant leurs images de marques. Je voudrais juste répondre à un certain nombre de commentaires qui me demandent entre autres de justifier de l’absence de traitement de certains partis politiques: il y a ceux qui n’ont pas d’image du tout, c’est le cas de José Bové par exemple, les minoritaires, chasse pêche etc. et les autres… silence… pas envie d’en débattre.

logo de la ligue communiste révolutionnaire : de fait il s’agit d’une marque ne comprenant qu’un sigle composé en script façon brush. Une manuaire qui n’est pas sans rappeler la pensée situationiste issue du mouvement de mai 68. Le rouge pour le drapeau pour rappeler le code couleur de la révolution bolchévique et un slogan, 100% à gauche qui vient rappeler comme un pléonasme si on l’avait pas encore compris le positionnement du parti.

LCR, rebond de Jonathan: Pour les trois lettres ‘LCR’, ce que je remarque ici est l’absence d’humanité ce qui est bizarre dans un dessin qui a pour base un manuaire. Les formes des lettres ont été redessinées et lissées dans Illustrator. Les maladresses des formes viennent plutôt de l’inexpérience de l’opérateur que le souci d’un gestuel ayant une origine calligraphique. On peut le comparer avec le sigle du syndicat ‘Sud’ — sauf s’ils ont changé entre-temps. Pour ‘Sud’ nous avons une écriture ancrée clairement dans le manuscrit et l’humain. Pour la LCR, l’humain s’est effacé derrière la machine. Mais c’est peut-être tout le propos…

La seconde chose qu’on remarque est le ‘swoosh’ autour de «100% à gauche». Ce ‘swoosh’ qui est la marque de fabrique des logos lors de la première boum de l’internet. On singe les codes de la modernité, pour finir avec quelque chose qui ressemble à une étiquette ‘Vu à la télé’. Aie.

Le bloc marque du Parti Communiste Français. Point n’est besoin de le répéter. Un sigle composé des trois lettres initiales, cette fois dans un caractère «grotesk», antique pour la France ou Linéale selon Vox ou encore sans serif dans l’appellation anglo-saxonne. Ultra bold pour les trois lettres, pour signifier la puissance d’un parti, même s’il est en déclin constant depuis la fin des années 60. Le général De Gaulle avait admis le parti communiste dans son gouvernement d’union nationale d’après-guerre pour rendre hommage aux nombreux militants ayant donné leur vie pour la libération du pays. Il a fallu attendre le gouvernement de François Mitterrand pour les accueillir de nouveau aux responsabilités suprêmes. Le bloc-marque ne comporte aucun des symboles chers aux mouvements post-octobre 17, le marteau et la faucille. Il faut dire que la classe ouvrière ayant été laminée par les trente glorieuses, ne représente plus aujourd’hui la majorité silencieuse du pays. Les cadres et salariés du tertiaire ayant beaucoup de mal à s’identifier sous cette bannière préfèrent de loin la couleur verte, comme par opposition de convivialité des mouvements écologiques qui souvent portent des valeurs semblables au Parti communiste (développement durable, écologie, anti-OGM, anti-nucléaire etc.). Il est à remarquer que l’écriture du logotype sous le sigle se présente comme une phrase narrative, majuscule au début et pas pour les autres substantifs du logo, la réduisant pour ainsi dire à un rôle anecdotique et non institutionnelle, y compris pour le mot «français» qu’on aurait eu tendance même si c’est contraire à la grammaire hexagonale de composer avec une initiale en lettre capitale. Le jaune comme pour le LCR, parce que c’est une des couleurs qui fait le plus vibrer le rouge. On le verra avec le logo de l’UMP.

PCF, rebond de Jonathan: Pendant longtemps les trois lettres du Parti communiste français se sont vues écrites en oblique, dynamisme oblige. Ici on est dans le statique. C’est une manière d’être qui appartient plus à un sticker, un autocollant : brut, efficace, visible. Mais on dirait le résultat d’une décision d’un comité, pas un emblème d’engagement. Peu de personnalité s’en dégage.

J’ai toujours pensé que le PCF est passé à côté de quelque chose avec ses emblèmes successifs, surtout quand on pense aux magnifiques idées graphiques que véhiculent les Grapus [et la galaxie post-Grapus]. Il ne doit sûrement pas manquer de graphistes militants, ou qui ont des affinités avec le PCF, pour traduire l’envie de ce parti de manière plus pertinente que ce triste sticker…

Le bloc marque du Parti Socialiste . Réalisé si je me souviens bien par l’agence Carré Noir du temps où Mitterrand la faisait travailler sur l’image de la République Française, est une des marques les plus pregnantes de la série. Point de logotype ici. Juste un symbole fort, remarquablement dessiné. La rose empoignée sans aucune délicatesse (se souvenir des gestes délicats de François Mitterrrand lors de son pèlerinage au Panthéon, où il déposait délicatement une rose devant chaque tombeau des Grands de notre pays), signifie à la fois la force et une certaine captation (par le poing fermé) du symbole de la rose. On n’est pas loin du poing fermé cher aux révolutionnaires, poing qui offre cette fleur, telle une déclaration d’amour, un peu forcée tout de même. Nous pourrions juste reprocher à ce symbole de ne pas s’ouvrir d’avantage vers l’«autre», l’étranger, celui qui, non militant doit cependant apporter sa voix pour élire le parti à la chambre des députés, ou à l’élection présidentielle. Bien entendu tout le monde aura compris que le symbole s’accompagne sur les affiches et le site internet par l’écriture du logotype, mais sans doute non chartée du fait que le Parti n’a gardé que le symbole abandonnant sans doute le bloc marque d’origine qui avait du être livré par son agence.

PS, rebond de Jonathan: Avec le temps ce logo a acquis la force et le caractère d’un blason. Il a presque un côté héraldique avec ces signes empilés, et son dessin de vitrail. De plus, avec ces traits noirs, on dirait les lourdes ferronneries sur une porte de chêne. On est décidément dans un environnement qui cherche à marquer un territoire, à [re]nouer avec une tradition.

Bloc-Marque du Parti de l’UDF, Union pour la Démocratie Française. Ici les grands principes sont respectés. Un carré, un fond qui comprend la France et plus si affinités, l’Europe donc, mais il s’agit d’une mise en perspective très superficielle, tant le fond en orange camaïeux laisse à peine deviner les contours de cette Europe qui fait à la fois tellement peur, et dont on a aussi tant besoin. Le sigle du Parti de François Bayrou, prononcer Baï-rou) se compose dans un futura trafiqué (regardez l’horizontale inférieure du F) en italique pour indiquer le sens d’un mouvement: en avant toutes. À côté le Parti Communiste fait figure de Parti de l’immobilisme (je parle seulement de la représentation visuelle et sémantique des typographies employées.) Cependant que le logotype composé dans un Frutiger ou simili se trouve bien doté des lettres initiales en Capitales telles qu’on s’attend à les trouver dans une écriture institutionnelle. On peut bien entendu faire la remarque d’un éloignement excessif entre le sigle et le logotype, faisant flotter les deux items sans qu’il se crée une relation intime entre eux. De même que la justification du logotype qui dépasse nettement à droite du F. Même s’il s’agit d’une rectif optique elle est exagérée. Ce qui me fera dire qu’il s’agit de pièces rapportées et non réfléchies dans le même temps de mise au point.

UDF, rebond de Jonathan: On revient dans le territoire du PCF, avec, de plus, l’oblique [dynamique] que ce parti a abandonné. Mais malgré l’orange/ocre, cet emblème reste assez froid et austère. De plus, la barre de traverse du F final est très haute, lui donnant un aspect mesquin et coincé : on dirait qu’il nous épie à travers des yeux à demi fermés. C’est curieux parce qu’il ne semble pas avoir d’exigence particulière à la forme du F.

Le bloc marque de l’UMP. Il me semble me souvenir que la marque UMP a été aussi l’œuvre de Carré Noir, mais je peux me tromper (à vous de me dire), ceci explique cela. L’arbre cher à Mitterrand revient dans l’esprit d’un Jacques Chirac, grand admirateur du Maître et l’agence le remet en scène avec un certain talent et sobriété. Les trois initiales dérivées d’une Trajane mais surtout d’un Bembo aux empattements filiformes et très larges redondent avec l’assise de l’arbre créant une impression à la fois de délicatesse et de force stable. Sans doute aussi du au M central qui assoit le sigle sur une ligne imaginaire. Les deux couleurs bleu et rouge, d’un bleu violacée par une forte proportion de magenta (au moins 50%) et un rouge qui d’un magenta sali par du cyan vient donner la réplique au bleu, accentuent le bloc marque à la forme d’un drapeau ou d’un fanion. Divisé horizontalement en deux parties égales, bleu et rouge aux couleurs légèrement al-ternées, il signifie le désir de rassembler une large majorité autour d’un concept de nationalité dont le blanc d’ailleurs tellement délicat, tellement traditionnel par le choix d’un caractère du XVe siècle venant orner le drapeau, n’est pas sans rappeler un certain goût pour la monarchie. Et puisque République il y a, on dira qu’il s’agit d’une monarchie participative. Ce bloc marque est sans doute celui qui «narre» le plus exactement les valeurs auxquelles se rattache les membres militants de ce parti, à l’exception du LCR et du Parti Communiste Français dont l’attachement au rouge-sang est une question de culture politique et non de marketing.

UMP, rebond de Jonathan: Ici, on est sur le même territoire que TF1, le même jeu graphique pour incorporer le bleu/blanc/rouge et s’afficher ‘français’. Mais une France faussement moderne, une France qui s’entoure de l’archétype du drapeau au détriment des autres [et très riches] signes d’identité et de rassemblement. C’est une communication de repli, de conservatisme. On retrouve cette conservation aussi dans le côté statique de l’image, la volonté de marquer le centre et la symétrie, et la très forte assise aussi bien de l’arbre que des patins exagérément grands de la typo.

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Le bloc marque du Parti des Verts est directement issu de sa grande sœur le parti allemand de l’écologie, historiquement antérieur à nos mouvements français. La mise en scène du tournesol, que nous espérons être non OGM est le principal outil de reconnaissance de cette marque. On peut comparer le drapeau écologique allemand divisé verticalement en deux parties bleue et verte dont jaillit un tournesol symbolique à l’aplat jaune P123 avec la marque des Verts Français qui n’en est pas une. A peine un cartouche de bandeau-web italisée, aux coins arrondies sur Illustrator ou InDesign. Léger ombré sous le cartouche… Rien ne permet d’assimiler ce visuel avec la pérennité d’une marque. Essayez seulement de la décliner en noir et blanc, vous comprendrez. Si le rôle d’une marque est de frapper la mémoire du sceau d’un souvenir inoubliable, le but ici est atteint, curieusement non par la forme ou les symboles, mais par la présence inéluctable des trois couleurs fétiches des Verts. Le jaune, orangée de préférence et non un yellow 100%, un vert proche du P362 et du blanc qui figure dans le cartouche italisé. Cependant je me permettrai deux critiques. L’image de marque des verts se confond avec une étiquette BIO de n’impporte quelle marque agro-alimentaire, et le désordre visuel et typographique du bandeau-marque qui mélange les mots tout en CAPITALES et l’appellation Les Verts en Cap et BdC. Jusqu’à l’apostrophe qui figure dans le mot –écologie– qui est issue d’une apostrophe ASCCI génétypographiquement non conforme. Confusion d’un cartouche marque avec un fond illustratif-narratif redondant avec le tournesol du cartouche. Cette marque représente bien toute la difficulté d’un mouvement qui n’arrivera sans doute jamais a basculer dans le camp du politique-*politicienne* tant ses préoccupations concernent aussi bien la société civile que tous les citoyens qu’ils soient de gauche ou de droite.

Si l’on examine l’ensemble de ces marques on constate globalement une mise en perspective des projets ou du moins des positionnements politiques de chacun des partis représentés. Mais dire que ces marques sont vraiment porteurs des valeurs contemporaines des préoccupations des électeurs, il y a un pas et je vous laisse le soin de les commenter.

Addendum 1 : si l’on regarde le site de Marie-George Buffet , on constate l’absence totale de la marque du Parti Communiste Français. C’est très révélateur du virage que le Parti est en train de prendre.

LES VERTS, rebond de Jonathan: On sent que ce parti veut être dans le moderne, le lisse, le dynamisme, mais s’exprime maladroitement. On singe la communication des grands, mais mal:

– le blanc tournant autour de « L’écologie » est inégal [haut/bas] parce que personne a osé redessiner l’accent sur le ‘É’; *
– la prime à la place de l’apostrophe, une erreur de débutant…

Le tout manque de culture graphique typo et graphique. On dirait un travail de graphiste en kit. En plus, le placement du tournesol bloque la ligne du bas. L’élan pris par la typo oblique est freiné car toutes les lignes dynamiques mènent à ce rond d’où on ne sort pas. [Si vous ne me croyez pas, placez mentalement les tournesols à gauche dans les deux images — l’image des verts allemands et français. Dans ce cas, les textes prennent leur élan dans la fleur, et la dynamique n’est plus freiné].

* La quasi-majorité des typos ‘quotidiens’ que nous utilisons nous viennent des États-Unis pour leur version numérique. Or, les Anglo-saxons n’utilisent que très peu les lettres accentuées. Ces typos ont même tendance à posséder un seul accent de chaque type [grave, aigu, circonflexe, etc.] qui est ensuite accolé aux lettres sans trop de réflexion, et de la même manière pour les polices de labeur que pour la titraille. Pourtant, il est possible de faire autre chose : voyez par exemple, les accents sur les caps pour le Futura employé par le magazine [papier] Elle — là, on voit que quelqu’un a réfléchi à la question, la nature et l’adéquation des accents dans le contexte d’une belle lettre linéale géométrique.

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Une réponse à L’image de marque des Partis Politiques Français

  1. Fanny dit :

    Le logo du parti socialiste « le poing et la rose » a été conçu à la fin de l’année 1969, par Marc Bonnet. (Sources : Article Le poing et la rose : la saga d’un logo de Frédéric Cépède)

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