Acrobat 8 en question au Club Photoshop

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Acrobat? ce n’est pas rien. Cela fait bientôt 13 ans que nous nous servons de cette application si simple d’apparence et si complexe en réalité. Si c’était une musique je dirais que cela ressemble à cette chanson

L’intention d’Adobe au tout début du lancement d’Acrobat était de proposer un format «portable document» dont le principal avantage était de pouvoir embarquer images et textes d’un bout à l’autre de la planète sans avoir à télécharger ou à posséder ni les premiers ni les seconds. Les polices embarquées étaient sans doute la principale difficulté de l’époque et un enjeu majeur.

Il est bon de rappeler à ce stade la stratégie qui a poussé Adobe à créer ce logiciel. En 1989, à San Francisco très exactement un jour de septembre, John Warnock alors président d’Adobe fait une annonce retentissante. «Adobe abandonne tous droits sur le langage Postscript» donnant ainsi au Monde entier un esperanto de l’encodage des descriptions de pages. Cela eut pour effet immédiat de rendre obsolète tous les langages dits «propriétaires» des fabricants de flasheuses de l’époque. Un Macintosh avec un Quark X-Press 2.11 ou 2.12 dès décembre 89, connectés à une Laserwriter ou une flasheuse haute définition permettait de produire désormais de façon professionnelle tous types de documents, livres, brochures, plaquettes, affiches, presse etc.

La société Adobe venait alors de réaliser une performance marketing démesurée. Imaginez Gutenberg qui enverrait gratuitement 100 casses de plombs à tous les imprimeurs du monde entier en l’espace de trois mois. L’image est d’autant plus exacte que c’est très précisément ce qui s’est passé. Du jour au lendemain le monde entier abandonna les flux de productions traditionnels, photocompositeurs -> agences et studios de prod. -> photograveurs -> imprimeurs… pour recentrer toute la prod. en un seul et même lieu. On aurait pû imaginer qu’Adobe était en train de couper la branche sur laquelle elle trônait depuis très peu finalement. Au contraire. Leur stratégie était de créer un nouveau marché et de nouvelles solutions. Et dans la foulée, ils annonçaient le lancement d’Adobe Type Manager qui permettait un affichage lissé à l’écran grâce aux polices de Type 1 Postscript, et se lançaient également dans une course poursuite (contre eux-mêmes) d’innovations technologiques sur les logiciels comme Illustrator qui à partir du 3.00 permettait enfin de vectoriser les compositions de textes, et Photoshop qui à partir du 3.00 de même permettait de créer des calques superposées lançant le design graphique vers ce que nous avons défini ici sur design et typo la création plasticienne illustrée magistralement par les travaux de Brody ou Carson.

Acrobat en question:

Ce logiciel comme le rappelle Thierry Buanic , a été commercialisé vers 1993. Lorsqu’on regarde la quantité de brevets qui le protègent et surtout la date de chacune d’elles on s’aperçoit aisément qu’une telle invention est le fruit d’une stratégie à très longue vue…

1) l’invention du langage Postscript (milieu des années 80)
2) l’intégration des courbes de Bézier dans la description vectorielle des caractères (fin des années 80)
3) lancement des premiers Raster Image Processor (RIP) qui allaient transformer les codes postscript en commandes d’écriture pour les traceuses-flasheuses (début des années 90)
4) lancement des logiciels Illustrator et Photoshop (fin des années 80)
5) transformation des polices Type III en Type I et lancement d’Adobe Type Manager (fin 89)

6) Acrobat… (1993) l’invention qui intégre toutes les inventions pour permettre aux users de communiquer un document d’ordinateur à ordinateur, ou d’imprimer une maquette réalisée à Paris dans une imprimerie au Vietnam. Acrobat comme chacun sait embarque avec le fichier pdf toute la description d’un caractère, chasses, approches, formes et permettait jusqu’à la version 5 de corriger un texte aux antipodes du studio qui avait monté la maquette. Pour des raisons compréhensibles du point de vue des licences concernant les caractères, cette possibilité est désormais verrouillée et seul celui qui possède la police du texte à corriger peut le faire. Thierry Buanic me faisait remarquer qu’il existe quelques plugs in Acrobat qui permettent de contourner le prb et me donnait cette adresse pour ceux que cela intéresse de fouiller plus loin la question.

acrobat-normes-x.1170819851.gifCette affaire de licence et de portabilité des polices au travers d’un document Acrobat est au cœur de toutes les consciences et des interrogations professionnelles. D’autant que 13 ans après le lancement d’Acrobat celui-ci est devenu le vecteur N°1 des flux de production Print. Les imprimeurs préférant aujourd’hui recevoir des documents Acrobat certifiés ou au minimum enregistrés aux normes PDF/X-1a:2001, etc. cf:fig.ci-dessus, plutôt que d’avoir à Ripper des fichiers natifs (Quark-X-Press, InDesign etc.). On les comprend d’ailleurs. Désormais la responsabilité entière de la conformité des documents est entre les mains des agences et studios pre-press. Transparences, détourages corrects, infos de défonce des couleurs, traitement et justifications des textes avec les polices d’origine, la préparation des docs se fait désormais en amont de l’imprimeur qui n’a plus à se soucier de posséder ni les dernières versions des applis, ni les polices dont la seule circulation constituait une infraction aux lois sur les copyrights.

On voit bien au travers de cette modeste présentation l’intérêt de la conférence organisée par le Club Photoshop avec la présence de professionnels des deux bords puisque Franck Gross et Denis-Pierre Guidot ingénieurs supports d’Adobe seront là pour répondre aux questions des passionnés de la chaine graphique (oh que je déteste cette expression de chaîne ;-)

Thierry Buanic a un parcours atypique, étude de sciences éco, édition, production et finalement pédagogue devenu expert dans les flux de productions et notamment d’Acrobat. Il va nous en présenter la version 8 qui sort en même temps que la suite CS3 –InDesign, Illustrator, Photoshop, Bridge, Acrobat– Si ces questions de flux vous intéressent rendez-vous donc à la conférence du jeudi 8 février prochain (demain) dans le cadre du Club Photoshop à la Maison Européenne de la Photographie.

Ouvrage de Thierry Buanic chez Eyrolles: le PDF pour le pre-press

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