Si Dieu existe il devait être calligraphe (2)

 calliggraphie arabe

Page d’un coran Egyptien, XIIIe siècle. Or à la coquille, lapis lazuli et encre noire sur vélin fin.
Format : 11 x 7 cm.


écriture hébreu

Page de la Haggadah, XVe siècle. Encre ancienne et plume large.

Bien sûr, bon dieu, que n’y avez vous pensé plus tôt (mais c’était juste par étourderie). Les pages du Coran, du Talmud, des écritures saintes indiennes, des grimoires du vieux chinois, Dieu est l’un des personnages, sinon le signifiant-signifié principal depuis la naissance de l’écriture jusqu’à la naissance de l’imprimerie. Tiens mais même l’imprimerie, même Johannes Gutenberg vers 1492 losqu’il imprime ses premières bibles en 42 lignes c’est Dieu qu’il prend pour porter la bonne parole de l’invention du signe mobile. Et le verbe fut. C’est la genèse, l’homme est né de l’abstraction de la conscience, de sa traduction en signes, d’abord visuels, puis phonétiques. Et il prit toujours Dieu comme pierre angulaire de cette abstraction.

Comme si Dieu finalement n’était (mais c’est déjà pas mal) qu’un opérateur mathématique pour permettre à la conscience de s’extraire de la glaise, de l’argile. Heidegger et Schopenhauer ont été à plus d’un titre les promoteurs de ces idées, parce que la question du miracle s’est toujours posé aux philosophes. Pas du miracle des guérisons, ni des transmutations des métaux, mais celui de la naissance du langage. Par quel mystère ce bi-pède, homo-érectus néerdental et plus tard cromagnon passe-t-il des onomatopées animalesques, traduisant les joies, la colère, la souffrance, l’amour, la transaction, à un langage structuré, ordonné phonétiquement puis codifié par des signes, des traces dessinées dans la pierre, sur l’argile, puis le papyrus… Il s’agit bien d’un mystère qui n’eut pour réponse pendant des millénaires que dans la représentation divine. Alors Si Dieu existe, il devait être…. vous avez remarqué le changement de temps. Pas innocent du tout. Nos sociétés modernes sont soumis aujourd’hui à un double paradoxe. Depuis la renaissance, Dieu n’a fait que reculer dans l’imagerie populaire.

Dès lors que la perspective fut inventée, l’homme a cessé de représenter le monde dans la verticalité pour aller vers la profondeur (les lignes de fuite). De fait les grandes révolutions économiques et institutionnelles ne furent possibles qu’avec l’avènement de la transversalité. La démocratie, la gouvernance capitaliste sont la conséquence directe de ces changements dans notre perception du Monde. Et internet n’a fait que prolonger et amplifier le phénomène. Double paradoxe parce que jamais l’homme n’a été aussi tenté de revenir aux croyances mystiques que depuis que la technologie occidentale s’est envolée vers des firmaments insoupçonnés. Aux Etats-Unis, près de 90% des chercheurs et scientifiques sont croyants. J’y reviendrai un jour dans une note, cependant la coexistence des mystères divines et de la rationalité scientifique est avérée. Et pourquoi paradoxe? parce que depuis la naissance des technologies nouvelles de la communication on n’a jamais aussi peu écrit à la main dans toute l’histoire de l’humanité. L’art de la Calligraphie était avant tout l’art d’écrire, et d’enluminer, et de tracer des lettres avec des outils (le roseau, la plume métallique, la plume de cygne…) et des encres teintées à la main.

Cet art s’est développé jusqu’à atteindre une perfection «divine» au vingtième siècle, mais le nombre d’initiés n’a jamais été aussi émacié. Nous avons tout, les outils, le savoir, les modèles, les supports, mais pas l’envie, ni la volonté de faire perdurer cet art majeur. Et on en vient presque à regretter que l’ordinateur ait balayé autant de belles volontés sur son passage. Mais comment? vous voudriez que nous revenions au papier, aux ratures, à l’encre qui fait des pâtés? Je n’ai rien dit de tel. Je constate, c’est tout. Nous vivons dans un monde de signes et de messages que les gens ne savent plus tracer à la main. Si Dieu existe? la question est de tous les temps, actuel et moderne. Il devait être calligraphe. La réponse fait référence au passé, par conséquent vous pourriez imaginer que Dieu n’existe plus, mais nous n’avons rien dit de tel. Juste que la manifestation divinement humaine de l’écriture est en train de disparaître.

Ce contenu a été publié dans Calligraphie, Ouvrages et Expressions, Typographie et typographies. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Si Dieu existe il devait être calligraphe (2)

  1. Koussay dit :

    IL est simple qu’on voir nettement qu’a ce jour ,il n’y a absolument pas aucune religion PURE !!!
    s-a-d: « sans ajouter des choses que Dieu ne les avait jamais dit et sans annuler des choses que Dieu les avait reellement dit  »
    L’une des nombreuses preuves : Simplement c’est l’existance des nombreux secte pour chaque religion