Typographic Communications Today (3) | Edward M.Gottschall

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Notes précédentes :

La Typographie selon Edward M. Gottschall | intro

Les Peintres et les Lettres | préface d’Alain Korkos à Typographic Communications Today

Graphic Design 20th Century | typographie approximative

Typographic Communications Today (1) | Le Wlassikoff

Typographic Communications Today (2) | du plomb au numérique

Lorsque Edward M.Gottschall s’attaque à «son histoire» de la Typographie et des Arts Graphiques, il se trouve rapidement confronté à plusieurs écueils, dont pour n’en citer que quelques uns:

• définir son périmètre ou corpus
• le volume (format et pagination) qu’il compte y consacrer
• le découpage
• les illustrations
• une difficulté majeure: le marketing de l’édition

Et je commence par la fin. Gottschall était n’oblions pas l’un des trois fondateurs d’ITC. Lubalin et Burns en tête. Il était un peu l’ingénieur, le financier, le logisticien de cette entreprise d’édition de caractères qui connut un des succès les plus fulgurant dans le monde extrêmement fermé des Fondeurs de caractères. La raison en fut comme je l’ai déjà expliqué dans mes articles consacrés à Herb Lubalin, que pour la première fois dans l’histoire de la typographie, la création des polices était déconnecté de l’industrie des fabricants de supports de composition.

ITC, d’emblée se positionnait comme un éditeur de caractères et non comme un fabricant. Ce qui lui vaut aujourd’hui encore d’avoir conservé une modernité structurelle puisque son modèle économique n’a souffert d’aucun vieillissement depuis près de 36 ans, tout de même un record de longévité dans un monde des industries graphiques qui connut des bouleversements saisissants.

Mais lorsqu’il s’attaque à l’écriture de cet ouvrage Gottschall est confronté à un frein immense. Celui d’être d’emblée taxé d’écrire un livre à la gloire d’ITC. Une sorte d’autopromotion marketing qui viendrait s’ajouter aux nombreuses publications des Upper & Lower Case et catalogues divers que la firme distribuait gratuitement de par le monde. Et du coup s’est posé pour lui tout un tas de questions d’ordre éthique, financier, marketing et, et méthodologique.

Pour balayer les arguments des détracteurs il décida tout d’abord du corpus:

L’évolution croisé des trois domaines historiques :

• la forme des caractères depuis la fin du XIXe siècle, avec tout de même un chapître entier consacré à une classification très «américaine» des caractères,
• l’évolution des technologies de composition qui influent considérablement sur les formes typographiques ainsi que sur leur créativité
• l’évolution graphique de la mise en scène de la typographie au cours du XXe siècle en prenant pour point de départ la fin toujours du XIXe.

Et puisque problème d’éthique il y avait, et que Gottsschall n’était lié à aucune contrainte économique aucun frein financier parce qu’ITC nagait alors en plein succès faisant des profits plus que confortables, il décida de consacrer et l’espace nécessaire (no limit) pour le format (260×360 fermé) et le nombre de pages (voire de cahiers) qu’il fallait pour racconter «son» histoire de la Typographie.
Au total il publiera 250 pages tiré sur un simili chromomat ou job classique en 135 gramme.

Pour les connaisseurs il respectera jusqu’à la superposition des alignements typographiques des pages recto-verso pour éviter le moindre cafouillage due parfois à la transparence des papiers.

Pour ce qui est des illustrations, Gottschall prendra tel Kissinger l’avion à Kennedy Airport et fera au moins deux tours du monde pour aller à la pêche aux images. Il n’avait pas trop le temps Gottschall. Devait déjà avoir plus de soixante ans et, sans internet pour communiquer. Avec un crédit quasi illimité, et la nécessité de boucler le dossier en quelques mois pour pouvoir prendre sa retraite, il a engagé tous les moyens nécessaires à la collecte des illustrations.

Son premier chapître : Many Faces of Typographic Design n’est qu’une mise en bouche avant l’entrée véritable. Il y étale en long et large la prolifération typographique pointant à la fois l’ordre et la confusion qui alterne dans cet art (en parlant de la scénographie).

 

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Seul clin d’œil à Herb Lubalin en ce début d’ouvrage…

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Le deuxième chapître: évolution et révolution depuis Constable à Kandinsky.

Là nous entrons dans le vif du sujet puisqu’il fait un rapide retour en arrière sur l’histoire de l’art pour venir en fin de compte légitimer avec l’apparition de l’Art Nouveau (Mucha, Grasset, Will Bradley) l’introduction de la typographie dans les arts plastiques. Un peu léger tout de même, surtout après avoir lu l’introduction d’Alain Korkos à cette série de billets. Mais il fallait bien démarrer son ouvrage.

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«L’Art Nouveau s’inspirait de boucoup d’influences: Les illustrations de livres de William Blake, la calligraphie Japonaise, les dessins incurvées de Van Gogh, les ornements Celtiques, le style rococo ainsi que les aplats colorés chers à Gauguin»…
Et il en arrive enfin à citer le Belge Henri Van de Velde qui fut appelé par le Grand Duc de Saxe en 1902 pour réorganiser l’institut des Arts Appliqués avec les Beaux Arts de Weimar. Sans doute anticipant ainsi sur la future fondation du Bauhaus par Walter Gropius.

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Une composition futuriste de F.T.Marinetti, 1919.

Et il aborde la naissance du mouvement Dada avec l’écrivain hongrois Tristan Tzara qui à l’instar des artistes contemporains épprouvait la nécessité de déconstruire les canons de l’esthétique traditionnelle en réaction aux pesanteurs d’un monde ancien qui refuse la modernité.

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à gauche Carlo Carrà (1914), à droite George Grosz, une couverture pour le magazine Der Blutige Ernst (1919).

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1912, Duchamp (l’image est ici couché à 90° à gauche ;-), Nue descendant un escalier.

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Kurt Schwitters, 1927, un projet d’alphabet phonétique.

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1917, Calligrammes de Guillaume Appolinaire et à droite, 1923, Ilya Zdanevitch. 40 polices étaient au moins utilisés dans cette composition. (1 police à cette époque correspondait non seulement à un dessin mais aussi à un corps donné).

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Wassily Kandinsky, 1934, huile et sable sur toile. Guggenheim, New-York.

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Toujours Kandinsky, 1923

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Mark Rothko; 1950

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Jackson Pollock, 1950

Le Chapitre III s’intitule : L’ordre après le Chaos

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suite ici : Typographic Communications Today (4) | Edward M.Gottschall

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Une réponse à Typographic Communications Today (3) | Edward M.Gottschall

  1. Bonjour,
    Pouvez-vous me dire s’il existe une version française de Typographic Communications Today, par Edward M. Gottschall ?

    à ma connaissance non, j’ai pour ma part essayé de traduire le plus fidèlement possible les quelques légendes et commentaires que j’ai publiés. ¶eter