Garamond vs Garamond | texture de la composition

Suite de l’article [Garamond vs Garamond | physiologie d’un caractère typographique]

Vous êtes sur le point de faire une mise en page. Un livre, une brochure, une plaquette institutionnelle, ou tout simplement le design d’une nouvelle papeterie. Au moment du choix de la typo, un nombre de possibilités infinies s’ouvre à vous. D’abord parmi tous les styles de familles, Elzéviriens ou Humanes-Garaldes-Réales (ou Transitionnels chez les Anglo-saxons) ou encore les Linéales (Bâtons-Antiques en France, mais Grotesques en Allemagne ou Gothic chez les Américains), ou bien et pourquoi pas une belle Mécane Egyptienne, Sérif-slab chez les Américains). Le choix d’une typo s’impose lors de l’analyse du contenu rédactionnel et du style du document, la Presse, le Livre obéissent à des usages, habitudes de lecture qui pour être transgressables n’en sont pas moins codifiés depuis plus de 500 ans. La publicité se permet à la fois plus de liberté lorsqu’elle travaille à faire connaître des produits nouveaux et modernes, mais s’il s’agit de Beauté, Luxe ou encore de l’institutionnel (Banques, Assurances, Gouvernement, Culture etc.) la tendance est naturellement de revenir à des expressions typographiques traditionnelles connotant des valeurs liées au passé.

Il en va ainsi du Garamond, dont l’usage est de plus en plus réservé au Livre et à l’expression publicitaire pour le luxe. La Presse, depuis que le Times de S. Morison a fait ses preuves tant en économie d’espace qu’en lisibilité s’est orienté plus précisément vers les Réales et nous y reviendrons dans une autre note.

Mais nous voici à analyser, comparer les Garamonds entre eux (voir le billet précédent). Les six dessins, fortement ou peu différenciés vous ont montré l’aspect graphique des tracés. Mais il était indispensable d’en venir à leur utilisation courante, la composition, qui est bien le lieu, la destination finale d’une création de caractère.

Voici six pavés de textes composés en corps 11 interligné 12 points. Notez bien qu’il est absolument indispensable de cliquer sur les compositions pour en voir le détail anatomique, car dans le blogroll ils sont considérablement réduits.

Garamondcomposimon
Garamondcompoadob
Garamondcompomonotyp
Garamondcompoberthold
Garamondcompoitc

Garamondcompostempel

 

Six Garamonds, six textes composés tous les six en c.11 inter.12 et vous éprouvez une sensation diffuse. Ce n’est pas du tout le même caractère. Toutes les différences que nous avons relevé dans la note précédente se retrouvent ici dans la texture même des pavés. Le Simoncini, le Garamond, le Monotype sont dessinés avec une hauteur de cap (X-Height) assez petit, il en découle que l’œil de la bdc est aussi assez réduit et du coup le texte composé en c.11 (un talus de 11 points identiques dans tous les cas, cf. note précédente) semble assez petit. Il en résulte tout de même un avantage s’il en est un, on peut entrer plus de signes dans un encombrement identique, avec un léger avantage pour le Garamond d’Adobe qui fait rentrer le texte du tramway sur sept lignes tout juste.

Le Garamond Stempel se compose sur sept lignes et demi et en clignant l’œil pour rétrécir votre champ de vision (jusqu’à ne plus voir que les masses de gris) vous constatez que c’est celui qui se trouve dans un gris médian par rapport aux autres Garamond.
Parce que si les Garamond de Berthold et d’ITC semblent plus présents à notre perception, c’est que soit leur dessin de cap. (et tout l’alphabet qui s’en suit) est vraiment très grand (Berthold), soit l’œil de la bas de casse exagéré pour donner plus de visibilité (Garamond ITC de Tony Stan). Mais du coup nous nous retrouvons avec des impératifs économiques de calibrage désastreux en apparence puisqu’en quelques lignes on prend une moitié de ligne en plus, ou même une ligne entière pour l’ITC.
Autrement dit et c’est un exercice que je vous invite à faire vous même, de composer les six textes avec des corps différents afin d’avoir un encombrement identique pour tous les pavés, et on s’apercevra alors que les Simoncini, Adobe Garamond et Garamond Monotype légèrement agrandis retrouveront leur raison d’être. Vous pensez que c’est aussi simple? Vous vous trompez. Et c’est là où ça se complique. En agrandissant les corps, il faudra aussi interligner un peu plus proportionnellement. Ce qui fait que l’on va reperdre de l’espace de composition. Et qu’au final un Garamond d’Adobe pour paraître d’égale densité qu’un Garamond Berthold ou ITC, aura un encombrement de composition peut-être plus grande. C’est donc une combinaison assez complexe même s’il parait relativement binaire que de faire correspondre le gris typo d’un caractère à celui d’un autre.

Ce sont des questions qui prennent tout leur sens dans l’édition lorsque le choix d’une typo pose le problème non d’une page supplémentaire au livre, mais parce que les pages fonctionnent par cahiers, celui d’être obligé de rajouter un cahier de 16 pages supplémentaires. On mesure là l’importance économique des dessins de caractères aussi bien pour l’édition que la Presse.

Note précédente : Garamond vs Garamond | physiologie d’un caractère typographique

 

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Une réponse à Garamond vs Garamond | texture de la composition

  1. Stephen Coles dit :

    Excellent comparison! Wish I could read the French, but the images tell a lot of the story. I’d love to see how Adobe’s new Garamond Premier Pro stacks up.

    The various Bodoni cuts could use this exercise too.