Paul Gabor | créateur typographe

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Au moment où Paul Gabor quitte son pays natal, il venait de dessiner pour la Fonderie nationale Hongroise (Magyar Betüöntöde) un garamond d’après le dessin original du Tótfalúsi de Kis Miklós (1650). La langue hongroise comporte un certain nombre de signes accentués <o, u> avec doubles accents aigus, ainsi que toutes les déclinaisons des voyelles accentuées en aigu long et trémas, qui n’existaient pas forcément en plomb durant les années «Gutenberg». Il était donc nécessaire d’adapter style et accentuation à une langue riche et expressive qui a donné au patrimoine littéraire mondiale parmi les plus beaux chefs d’œuvres, et de littérature, et de poésie (lire l’excellente note ici).

Il s’agit là d’un exercice de typographie des plus classiques qui mettent en œuvre les qualités d’architecte et de calligraphe du dessinateur.

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On a bien compris en regardant les affiches hongroises de Paul, que c’était là sa passion. Et pour chacune d’entre elles il dessinait un début d’alphabet comme par exemple:

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L’affiche ci-dessus a été dessinée en 1955. Il attendra jusqu’en 1983 pour en dessiner toutes les lettres de l’alphabet lorsque le salon des artistes décorateurs (le SAD) lui demanda de réaliser un programme de recherche sur l’identité visuelle de la République Française. A l’occasion, nous nous sommes réunis avec Paul pour déterminer une design-stratégie. Et il apparaissait assez évident que pour moderniser et rendre une certaine grace à l’image des «papiers» de la France, il fallait utiliser ces très belles lettres, incises, qui n’étaient pas sans rappeler les lapidaires romaines des inscriptions sur la colonne Trajane à Rome. De même que pour simplifier et symboliser la Marianne, nous nous sommes tournés vers une expression calligraphique, où l’écriture se fond avec le sujet.

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Et voici l’alphabet complet terminé ainsi qu’un ou deux exemples de déclinaisons sur les projets de papiers de la République (c’était avant l’informatisation des cartes d’identité).

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Nous n’avions pas voulu toucher aux codes couleurs de ces papiers pour juste démontrer sans aucun effet de manche l’impact d’une belle typographie sur un espace institutionnel.

Plus tard, il dessina dans un registre tout à fait moderne un alphabet corporate pour la banque de la Hénin. Assez fier le Vincent Rode qui en était le directeur de la comm. d’avoir pu imposer à sa direction générale une vision aussi contemporaine.

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Paul aura donc continué de dessiner, quelques alphabets encore jusqu’à la fin de sa carrière. Mais les technologies d’exécution n’étaient pas encore ceux du vectoriel d’aujourd’hui. Les courbes de Bézier étaient réservées à des Fonderies professionnelles et des technologies aux prix inabordables. Il faudra attendre 91-93 pour que l’on puisse enfin exécuter des alphabets dans des conditions de délais autrement plus rapides, sur Macintosh et Fontographer, ou FontLab aujourd’hui.

Deux exemples d’alphabets dessinés à la volée pour l’édition «l’âge d’homme» que Paul réalisa en 88:

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En 90-91 j’ai pu collaborer à son œuvre en achevant la série des Mermoz. La particularité de cette série est d’être parfaitement multiplexée. C’est à dire que les alphabets ne chassent pas plus malgré un engraissement progressif. Utile lorsqu’on compose des formulaires et des documents administratifs.

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En remerciement de la patience que vous avez eu de lire et découvrir cette biographie assez «chargée», je vous invite à télécharger cet alphabet Mermoz dans sa version de base, le Mermoz Book. Faites en bon usage. © peter gabor | janvier 2006.

Download MermozPGBook.otf.zip

Retrouvez l’intégralité du travail de Paul Gabor dans cette galerie consacré à son œuvre.

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Une réponse à Paul Gabor | créateur typographe

  1. ptilou dit :

    Toujours très intéressant…
    Il y aurait matière à faire un livre ! ou un catalogue d’une Expo ?

    Et puis pour le néophyte, la langue est imagée :

    « les alphabets ne chassent pas plus, malgré un engraissement progressif »

    Superbe !